‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 72 sur 135 · PERTINAX · texte numérisé non relu

PERTINAX

tention d’égorger Commode et de se faire empereur. Déjà quelques-urs s'étaient mêlés aux gardes du palais, quand Maternus 158. fut trahi, et son supplice fit avorter le complot.

Cependant la valeur des généraux put réprimer les Frisons et , repousser les Calédoniens, qui avaient franchi la muraille d’Adrien ; quant à Commode, il s’attribuait les honneurs de ces victoires et le titre d’empereur, sans voir jamais le champ de bataille. Une fois seulement il annonçs le dessein de passer en Afrique; mais, lorsqu'il eut ramassé beaucoup d’argent à cet effet, il le 3 dissipa en festins et en débauches.

Les misères de son règne furent accrues par des désastres acci-

. dentels. Il y eut plusieurs tremblements de terre; la peste éclata | dans Rome , où elle moissonna jusqu'à ceux et trois mille indivi- \ dus par jour; les flammes dévorèrent le temple de la Paix, édifié : par Vespasien , où étaient déposées les dépouilles de la Judée, les ; ouvrages de littérature :t les productions les plus précieuses de l'Arabie et de l'Égypte. Le feu prit au palais même, ainsi qu’au temple de Vesta, d’où s’enfuirent les vierges sacrées, en exposant pour la première fois aux regards profanes le Palladium, sauvegarde de l'empire. =

Un danger privé accomplit enfin ce que n’avait pu faire l'indi- RE gnation publique; en effet, Marcia, concubine de l'empereur, commode. Lætus, capitaine de ses gardes, et Éclectus, son chambellan, sachant qu’il avait résolu leur mort, empoisonnèrent Commode :| il était âgé de trente et un ans à peine , et en avait régné près de: s1 décembre. treize (4).

Le sénat , qui était descendu au dernier degré d’abjection , reprit courage quand il le vit mort ; il fit abattre ses statues, effacer son nom des inscriptions, et refuser la sépulture au vil gladiateur, au parricide, au tyran plus sanguinaire que Néron ; mais Septime Sévère ne tarda point à le mettre au rang des dieux, sans oublier les sacrifices ordinaires et les solennités pour célébrer son an-

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niversaire.

Les conjurés coururent à la demeure d’Helvius Pertinax , vieuX\ nelvius persénateur consulaire et alors préfet de la ville. En s’entendant ap-! {4

peler, il süpposa, comme il était minuit, qu'ils venaient de la |

part de Commode pour lui donner la mort ; il les fit entrer, et

leur dit qu’il les attendait depuis longtemps, puisque Pompéianus | et lui étaient les deux seuls amis de Marc-Aurèle qui vécussent | encore.

(1) Sa vie privée, par Lampri

rodien commence avec son

ide, se trouve dans l’AÆist. Aug., et l’histoire d'Ii-

Pompéianus, le vertueux époux de Lucilla, sœur de Commode, conserva toujours une contenance digne ; refusant de paraître à l’amphithéâtre et de voir le fils de Marc-Aurèle s’y prostituer dans sa personne et son-rang, il resta de préférence à la campagne, sous prétexte d’infirmités, qui ne cessèrent que durant le règne bien court de son successeur.

/ Pertinax était né près d’Albe, dans le Montferrat, d’un char-

: bonnier esclave, qui lui donna ce nom, pour son opiniâtreté à

: vouloir abandonner le métier paternel , et se faire maître de grec et de latin à Rome. Cette profession lui rapportant peu d’avantages, il entra au service, devint centurion, puis préfet d’une cohorte en Syrie et en Bretagne. Marc-Aurèle le dégrada, sur une accusation portée contre lui ; puis, l’ayant reconnue fausse, il le nomma sénateur, et l’envoya, avec la première légion , faire la guerre aux Germains. Après avoir soumis la Rhétie, Pertinax fut nommé consul; puis il se vit, sous le règne de Commode , élevé et abaissé tour à tour , jusqu’au moment où la fortune l’appela au gouvernement de Rome. Homme de bien, assidu aux affaires , grave sans orgueil , doux sans faiblesse , prudent sans astuce, frugal sans avarice, grand sans ostentation, ami de l’antique simplicité romaine, il parut à Lætus et aux conjurés trèspropre à réparer le mal causé par celui dont ils avaient tranché les jours.

Ils l’entraînèrent donc au camp des prétoriens, qui, malgré leur affection intéressée pour Commode, acceptèrent le nouvel empereur moyennant la promesse de trois mille drachmes par tête, et le conduisirent, couronné de lauriers, au sénat, afin qu’il approuvât son élection. Les applaudissements étouffèrent la voix de Pertinax , quand il pria les sénateurs de l’exempter d’un tel fardeau ; ils lui conférèrent le titre d’Auguste , de père de la patrie, de prince du sénat , et les consuls prononcèrent son panég yrique. Il ne permit pas qu’on appelât Auguste sa femme, qui ne le méritait point, ni son fils César, tant qu’il ne s’en serait pas montré digne. Il leur céda à tous deux ce qu’il possédait de fortune, pour qu’ils n’eussent rien à demander à l’État; puis, afin que son fils ne fût pas gâté par le luxe énervant de la cour, il l’envoya faire son éducation près de son aïeul maternel.

Pertinax conserva sur le trône ses vertus privées. Simple dans sa manière de vivre, il continua ses relations avec les sénateurs les plus estimables , les invitant à des soupers sans étiquette, dont riaient ceux qui préféraient les profusions sanguinaires de Commode. Ces prodigalités avaient cependant épuisé le trésor, au

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