‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 73 sur 135 · PERTINAX · texte numérisé non relu

PERTINAX

point que Pertinax fut obligé de convertir en argent monnayé les statues renversées de son prédécesseur, de faire vendre à l’encan ses armes , ses chevaux, ses vêtements de soie , ses meubles, ainsi qu’un char qui indiquait l’heure et le chemin parcouru (1), ses concubines et ses esclaves, à l'exception seulement de ceux qui, nés libres , avaient été enlevés violemment. Il contraignit les favoris du tyran à restituer une partie de leurs richesses mal acquises, et s’en servit pour payer, outre les prétoriens, les créanciers de l’État , les pensions échues, et ceux qui avaient souffert quelque dommage. Il abolit les droits onéreux qui entravaient le commerce, et exempta d'impôts , durant dix années, ceux qui remettaient en culture les champs déserts de l'Italie ; enfin il déclara qu’il n’accepterait aucun legs au détriment des héritiers légitimes, rendit la patrie et leurs biens aux bannis pour cause de trahison, châtia les délateurs, et défendit qu’on inscrivit son nom aux lieux habituels, disant : Z/s appartiennent au public, et non pas à l'empereur.

S'il méritait par cette conduite l’amour des gens de bien, auxquels il rappelait Trajan et Marc-Aurèle, il ne pouvait plaire à ceux qui profitaient du désordre et du silence des lois. Les prétoriens, dans la crainte qu’il ne réformât la discipline, regrettaient Commode, et Lætus, qui avait espéré tout faire à son gré sous un empereur créé par lui, excitait parmi eux le mécontentement. Trois jours après l’élévation de Pertinax, ils voulurent porter à l’empire le sénateur Maternus Lascivius, qui s’arracha avec effort de leurs mains, pour courir vers Pertinax et protester de son innocence. Le consul Falco leur prêta plus volontiers l’oreille, et l'empereur s’en plaignit, sans vouloir pourtant qu’il fût cc 1damné ; mais, quatre-vingt-dix jours à peine après son avénement, quelques centaines de prétoriens traversèrent Rome en tumulte , et se ruèrent dans le palais, que leur ouvrirent les gardes et de lâches affranchis. L'empereur, se présentant à ces séditieux, les réprimanda de leur rébellion , et leur représenta les maux qui en résulteraient; quelques-uns, honteux de leur révolte, remettaient déjà leur épée au fourreau, quand un Batave perça l’empereur de son javelot, et les autres l’imitèrent. Pertinax, s’enveloppant la tête de sa toge, expira sous leurs coups, en priant’le ciel de le venger ; son corps fut porté en triomphe par les prétoriens au milieu de la ville frappée de stupeur.

Ici nouvelle scène. Cette soldatesque annonçait que l’empire était

(1) Vie de Pertinax, page 56.

DIST, UNIV, = T, Vs

Mort de Pertinax.

L'emptrea En vente, et serait donné au dernier enchérisseur. Sulpicius, beaulencan. bère de l'empereur, qui l'avait envoyé au camp pour apaiser le tumulte , n’eut pas horreur de venir marchander un trône souillé

par le meurtre de son parent. Mais d’autres compétiteursse met-

taient sur les rangs ; la nouvelle en étant venue aux oreilles d’un

Milanais très-riche, nommé Didius Julianus, qui, sans songer

aux calamités publiques , traitait en ce moment ses amis , ceux-ci l’excitèrent à enchérir. Après avoir un peu hésité, ce vieillard se

rend au camp, et lutte avec Sulpicius ; il promet de rétablir les s

largesses faites par Commode , et, de cinq mille drachmes offertes becfi,

pour chaque soldat, il arrive à six mille deux cent cinquante, paya- tagne bles comptant ! il pro

9 Jugurtha. Rome a tranvé-y-acheteur! et odi

Didius Juta-1 Didius, proclamé à grands cris, est conduit, au milieu des du ch # prétoriens, à travers les rues désertes de Rome, puis au sénat, put fé qui, après l’avoir entendu énumérer ses propres mérites et vanter ne pri la liberté de son élection, le félicita en termes obséquieux du Pes bonheur public. Moins S’étant rendu au palais, suivi du même cortége de soldats , il | comm vit le trône de Pertinax et le repas frugal préparé pour lui; mais cipline ce spectacle ne refréna ni son ambition ni sa prodigalité; il se fit il fit Le servir avec plus de splendeur que jamais, et passa la nuit à table, la pay à jouer aux dés et à admirer le danseur Pylade. grâce Didius, élevé aux emplois par Marc-Aurèle, à la recommanda- dérob tion de sa mère, avait commandé en Germanie, défendu la Belgi- son c | que et l’Illyrie ; puis il devint consul et fournisseur des vivres à dans k

| Rome. Commode l'avait épargné, et Pertinax lui témoignait de même | l'amitié. Il prodiguait follement ses immenses richesses; mais un que lu

| sceptre acquis par ce moyen dut lui paraître bien lourd. Lorsque à une les prétoriens, séduits par l’appât de l’argent et par le nom de Pertine Commode que Didius avait pris, l’accompagnèrent au sénat, pas de la f un applaudissement ne s’éleva parmi le peuple; quelques-uns le pays même lui lancèrent des injures, quelque affabilité qu’il montrât, les félic et malgré l’argent qu’il distribuait à la plèbe. Ce mode d'élection, de l’Eu non moins nouveau que honteux, excitait partout l’indignation. Lors La multitude mécontente ne tarde pas à se soulever ; irritée de l’orater la résistances qu’elle éprouve, elle court aux armes, se rue dans à Mari | ! le cirque où Didius assistait aux jeux , renouvelle ses imprécatians nous p À contre lui, et appelle les armées des frontières à venir veuger la vants e (fl majesté de l'empire ainsi prostituée. d'un fu 1 Ce cri fut entendu : les armées de Bretagne, de Syrie , d'Hlyrie , mon él à commandées par Clodius Albinus, Pescennius Niger et Septime Pesc.

Rs

Page 1