‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 74 sur 135 · DIDIUS JULIANUS · texte numérisé non relu

DIDIUS JULIANUS

Sévère, soit. orgueil ou jalousie des soldats, soit ambition des chefs, protestèrent contre cet indigne marché. CARS d’une famille plus noble que les autres généraux , était né à Adru mète, en Afrique; après avoir écrit sur l’agriculture, il avait abandonné les lettres pour l’épée. Austère outre mesure, jamais il n’avait pardonné, et il faisait mettre en croix des centurions pour des fautes légères. Querelleur au sein de sa famille et avec tout le monde , il mangeait avec une gloutonnerie prodigieuse ; il avala dans un repas cinq cents figues, cent pêches , dix melons, cent becfigues et quatre cents huitres. Il commandait l’armée de Bretagne lorsque , sur une fausse nouvelle de la mort de Commode, il proposa de rétablir la république , ce qui le rendit cher au sénat et odieux à Commode; aussi le poignard des conjurés le sauva-til du châtiment. Refusant cette fois de prêter obéissance à Didius, il put facilement se soutenir dans l’île où il commandait, bien qu'il ne prit pas le titre d'Auguste.

Pescenni iger, natif d’Aquinum , d’une fortune médiocre et

Moins instruit qu’Albinus, parvint aux premiers grades militaires, / comme soldat vaillant et bon capitaine. Observateur de la disci-

cipline, il ne tolérait pas que les officiers maltraitassent lessoldats ; il fit lapider deux tribuns qui avaient soustrait quelque chose de la paye, et n’accorda qu'avec peine aux prières de l’arméé ia grâce de dix maraudeurs qu’il voulait punir demort pour avoir

dérobé des volailles; il ne permettait pas qu’on bût du vin dans son camp, exigeait que ses serviteurs portassent des fardeaux dans les marches, pour ne pas paraître oisifs, et cheminait luimême à pied , la tête nue. Dans le gouvernement aussi important

que lucratif de la Syrie , il s'était fait aimer, en alliant la fermeté à une affabilité bienveillante. A la nouvelle de l'assassinat de

Pertinax , tous l’exhortèrent à s’assurer l'empire, et les légions

de la frontière orientale se déclarèrent pour lui, ainsi que tout le pays qui s’étend de l’Éthiopie à l’Adriatique ; en outre, il reçut les félicitations des monarques qui régnaient au delà du Tigre et de l'Euphrate.

Lors de la solennité de l’acclamation, Pescennius interrompit l’orateur, qui , en débitant le panégyrique accoutumé , le comparait à Marius, à Annibal et à d’autres grauds capitaines : Racontenous plutôt, lui dit-il, ce qu'ils ont fait d'imilable. Louer les vivanis el suriout l’empereur, qui peut récompenser et punir, est

d'un flatteur. Vivant , je désire plaire au peuple ; mort, vous ferez mon éloge.

fe TsPapPatstst

Pescennius avait des vertus modestes, qui, estimables au second

Septime Sévère,

rang, ne suffisent pas ‘au premier ; au lieu de se concilier les armées d’Orient:et de marcher sur l'Italie , où il était appelé, il s’arrêta dans la voluptueuse Antioche, persuadé que son élection ne serait ni contestée , ni souillée du sang dés citoyens.

ile. que lui venait de se déclarer : c'était Septime Sévère, né àLeptis dans l'Afrique tripolitaine , d’une famille sénatoriale. Instruit dans les lettres, dans l’éloquence, dans les arts libéraux et dans la jurisprudence, il avait rempli des magistratures et commandé des armées; actif de corps et d'esprit, ennemi du faste et de l’intempérance, violent et opiniâtre dans l’amour commeé dans la haine , s’occupant de l'avenir et des moyens d’en profiter , prêt à sacrifier réputation et probité à l’ambition, il était enclin à l’avarice , et plus encore à la cruauté. L’astrologié, cette passion de ses compatriotes , l'avait flatté de l’espoir de l'empire ; il épousa donc une Syrienne nommée Julia Domna, parce que les astres lui avaient promis qu’elle serait la femme d’un souverain ; sous Commode , il fut accusé d’avoir interrogé les devins , pour savoir s’il deviendrait empereur.

Il commandait l’armée de Pannonie quand il apprit la mort de Pertinax; réunissant alors les soldats, il leur révèle la turpitude dés prétoriens , et les excite à la vengeance par un discours éloquent, et par la promesse plus éloquente encore d’un don double de celui de Didius. Avec là promptitude que la circonstance exigeait, il écrit à Albinus , en lui promettant de l’adopter et de le nommer César; puis, s’abstenant de toute démarche auprès Ge Pescennius, qu’il sait ne pouvoir séduire, il s’avance sur l’Italie sans accorder de repos à ses troupes ni à lui- même.

Didius, effrayé des nouvelles sinistres qui se succédaient, faisait fortifier Rome etson propre palais, comme s’il eût été possible de s’y défendre; mais les prétoriens , qui n’avaient que le courage de la révolte , tremblaient au seul nom des invincibles légions de Pannonie et de leur général, S'ils voulaient , en sortant des théâtres ou des bains , s'exercer au maniement des armes, ils savaient à peine les soutenir; les éléphants renversaient leurs conducteurs inhabiles , et la flotte de Misène manœuvrait mal ; le peuple riait, et le sénat se réjouissait.

Didius , en proie à l'incertitude , tantôt faisait déclarer Sévère ennemi de laipatrie, tantôt songeait à l’associer à l’empire; un jour il lui expédiait des messages, le lendemain, des assassins. Il ordonna que les vestales et les colléges des prêtres sortissent de la ville pour aiter au-devant des légions ; mais il éprouva un refus. IL arma les gladiateurs de Capoue; enfin il essaya de détourner

l'orage à l’aide de cérémonies magiques et par le sang d'un grand nombre d’enfants (1).

Mais les soldats de Ombrie , qui gardaïent l'Aperrine, , passèrent du côté de Sévère ; les prétoriens'en firent autant dès qu’il leur eut promis de leur ‘épargner tout châtiment ; à la condition que les assassins de Pertinax lui seraient livrés. Quand le sénat se fut bien assuré que ceux-ci étaient arrêtés , il décréta la mort de Didius, empire à Sévère , et les honneurs divins à Pertinax.

Des sénateurs illustres furent députés vers Sévère, etdes sicaires envoyés vers Didius , qu’ils trouvèrent larmoyant ét tout disposé à céder le trône, pourvu qu’on lui laissât la vie : Quel mal ai-je fait? s’écriait-il, ai-je jamais ôté la vie à personne? Mais il dut payer de son sangles soixante-six jours de règnequ’il avait achetés de son or.

Sévère , qui en quarante jours avait parcouru avec son armée huit cent milles de Vienne à Rome , obtint l'empire qu’il désirait, sans avoir besoin de sévir. Avant d'entrer dans Rome , il fit réunir les prétoriens en grande ténue , dans une enceinte formée de ses guerriers, monta sur son tribunal, et leur reprocha leur perfidie, leur lâcheté; leur ordonnant alors de rendre leurs chevaux et leurs enseignes , il les licencia comme traîtres ;' et les bannit à cent milles de Rome, Il fit ensuite exécuter les assassins de Pertinax, et, après lui avoir rendu dignément les honnears funèbres, il semit à flatter le peuple etle sénat ; mais, si quelques-uns croyaient à sa sincérité, beaucoup soupçonnaient en lui un Tibère.

Afin de remplacer lés prétoriens qu’il avait cassés , il en choisit quatre fois autant, qu’il prit non-seulemént en Italie, en Espagne et en Macédoine, mais encore parmi ses plus braves soldats , à quelque province qu’ils appartinssent ; cescinquante millehommes, la fleur des armées romaines, devaient être considérés par les légions comme léurs représentants , et détruire toutes les chances d’une rébellion. Chaque soldat eut ainsi l’espoir d’entrer dans le corps des prétoriens , tandis que la jeunesse italienne, dépouillée de ce privilége, s’adonna au brigandage et aumétier degladiateur.

L'autorité du préfet du prétoire fut agrandie ; car il resta à la tête de l’armée , et réunit en outre dans ses mains l’administration des finances et de la justice.

Soit gratitude , soit condescendance politique, Sévère accorda aux s0ldats anneau d’or, et augmenta leur solde; ce qui accrut parmi eux le luxe etla mollesse. La discipline en souffrit beaucoup,

XI, — Vié dé Didiés Juiian s,p. 62.

Mort de Didius, fer juin,

2 sue Sévère.

Moi t de Niger,

390 SIXIÈMÉ ÉPOQUE.

ét les officiers, en étalant le faste, la recherche en tout genre; excitèrent les soldats à les imiter.

Les choses n’en vinrent là que plus tard. Sévère se mit alors en marche à la tête déstroupes aguerries et dévouées ; pour s’assurer l’'émpire, qu'il avait acquis si facilement , et engagea la lutte contre ses deux rivaux ; lutte dans laquelle il ne s'agissait pas de vaincre des barbares, mais des troupes chez lesquelles il ‘y avait parité d’armes, de forces, de tactique. Sévère lemportait par la rapidité ; le coup d'œil, la mauvaise foi ; il promettait, et manquait à sa parole ; les deux autres comptaient sur ce qu’il disait et se trouvaient trahis. Lorsqu'il partit pour l'Orient, au lieu de déclarer l'intention de combattre son compétiteur, il annonça qu’il voulait remettre l’ordre dans les provinces. Il parlait de Niger avec le miel sur les lèvres, comme d’un vieil ami et d’un généreux vengeur de Pertinax ; il se proposait même, disait-il, de le faire son successeur. Après avoir ordonné d’arrêter ses fils avec ceux de ses officiers , il voulut qu’on les élevât avec ses propres enfants ; néanmoins il refusa de l’associer au trône , et le fit bannir par le sénat. Puis, poursuivant ses projets , il battit, à peu de distance de Cyzique, Émilien , général de Pescennius, et lui-même ensuite près de Nicée. Ne se tenant pas encore pour vaincu après ce double échec, Niger réunit de nouvelles troupes, et fortifia les passages du Taurus ; mais, défait de nouveau à Issus , aux mêmes lieux que Darius, il fut tué près d’Antioche, au moment où il cherchait à se réfugier chez les Parthes,

Sévère exerça des vengeances cruelles sur les partisans de son vieil ami; il fit mettre à mort les sénateurs qui l'avaient servi comme tribuns ou comme généraux, bannit les autres et confisqua

leurs biens. Beaucoup , dans les grades inférieurs , furent envoyés

au eupplice; il condamna avec leurs pères les fils des officiers qu’il avait gardés en otage, et extermina la famille de son rival. Les villes qui s’étaient déclarées contre lui furent dépouillées de leurs priviléges, entre autres Antioche , qu’il soumit à Laodicée ; ceux qui, bon gré mal gré , avaient fourni de l’argent à Niger, durent lui en verser le quadruple; les plaintes éclatèrent de toutes parts, mais il n’en tenait compte.

Dans la chaleur de la victoire , il passe l'Euphrate , tombe sur les habitants de l’Osroène et de l’Adiabène , qui, durant les dernières dissensions , avaient massacré les Romains et secoué le joug. Après les avoir vaincus, il pénètre dans l'Arabie , pour la punir d’avoir pris le parti de Niger ; il fait ensuite la guerre aux Parthes, conquiert une partie de la Mésopotamie, qu'il réduit en province

s SEPTIME SÉVÈRE. 391 *

avec Nisibe, sa capitale; et met le siége devant Byzance. Cette ville, la plus populéuse et la plus grande de célles dé la Thrace, admirablement fortifiée, et dont la flotte était de cinq cents voiles, se défendit avec: un courage éxtrême, lançant sur lénnémi jusqu'aux statues des dieux et des héros. La Faminé l’obligea énfin à se réndre, après trois ans de résistance, et le vainqueur, ne pardonnant ni aux hommes ni aux édifices , détruisit le principal boulevard de l'empire contre les barbares:

Albinus; qui aurait dû agir tandis que Sévère était occupé dans l'Orient , oubliant ses velléités patriotiques depuis que celui-ci lui avait donné le titre de César, s’'endormit sur ses promesses, et finit par se trouver seul contre üné armée enorgueillie par la victoire. Sévère, le sachant aussi cher au sénat qu'il avait la conscience d’en être haï, n’osait rompre avec lui ouvertement, et lui écri-

vait des lettres flatteuses ; mais, en même temps , il envoyait des

émissaires chargés de l’assassiner. Sa déloyauté fut découverte et proclamée par Albinus, qui ; prenant le titre d'empereur, passa dans la Gaule, et vit se réunir autour de lui des personnages considérables.

Sévère sacrifié alors une jeune fille, pour chércher dans ses entrailles quelle sera l’issuedela guerre (1),et tiénttêteà Albinus avec des forces redoutables. Cent cinquante mille Romains en viennent aux mains les uns contre les autres, près de Lyon, et la bataille se prolonge incertaine entre deux arthéés d’une valeur égale; Sévère court grand risque de la vie, mais énfin il l'emporte, et Albinus, blessé à mort, expire dux pieds de son compétiteur, qui le fait, avec une joie barbare; fouler aux pieds de son cheval, et abandonnér aux chiens sur le seuil de sa tente.

IL avait suffi à Sévère d'occuper Rome, pour setrouverle maître de l’empire ; deux batailles le firent triompher de la fartion de Niger, et une seule, dé celle d’Albinus : tant il impoñtait peu au peuple de savoir à qui il allait obéir. Les soldats eux-mêmes combattaient pour la gratification, et non par un sentiment de préférence ni par opinion. Le maître tombé, ils aspiraient aux libéralités d’un autre, et voulaient avoir leur part du pillage des provinces qui tardaient à faire leur soumission.

Le désir de la vengeance ne fut pas calmé chez Sévère par li sécurité. Bien qu'il eût promis de pardonner à la femme ét aux fils d’Albinus, il les fit égorger et jeter dans le Rhône, avec tous ses parents et ses amis, dont les biens enrichirent ses soldats et lui-

(1) Suivas, p. 257,

Mort d’Albin, 17 février.

même; en.envoyant au sénat la tête d’Albinus, il se plaignit, dans épou la lettre qui l’accompagna, des dispositions des pères: conscrits à aûra son égard, fit l'éloge. du gouvernement de Commode, .et ajoutait : mille Vous qui l’aimiez(Albinus), contemplez,. dans cette téte livide duits | les effets de mon ressentiment. Lorsqu'il fut de retour à Rome, il PI À se répandit dans la curie en injures contre Albinus, lut les:lettres ordo qu'on lui, avait adressées, et louales précautions prises par Marius, ce. fa | | Sylla, Auguste, en disant que Pompée et César avaient péri par: auta h } une clémence intempestive. Les faits ne démentirent pas les pa- autre ; roles; en peu de jours, quarante-deux sénateurs consulaires ou Plaut | | anciens préteurs tombèrent , immolés avec beaucoup d’autres à Ce [4 la vengeance, à la jalousie , à l’avarice de l’empereur. Il fit déitier du fe | Commode, et exécuter Narcisse qui l'avait crapolsonnd; puis il père partit pour de nouveaux combats. proje | De Brindes, il se rendit dans la Syrie, et à Nisibe en Mésopo- mais ” tamie, pour repousser les Parthes; ayant passé l’Euphrate, il s’em- de lu | para de Séleucie et de Babylone, qu’il trouva abandonnées, et lança É À 196, emporta Ctésiphon, capitale de l’ennemi, après une longue résis- règne à tance et des pertes considérables, causées par les maladies et la mort l famine. Rome reçut l’ordre de se réjouir de ces triomphes, et, au juger (| milieu des fêtes, il proclama Augustes ses deux fils, Caracalla et remp re Géta. leur a [LL Sévère prend quelque repos en Syrie, puis il visite l'Arabie et trême (| ! la Palestine, où il prohibe la religion hébraïque ou chrétienne ; ce potiqt LL Perséeu. Qui amène une nouvelle persécution. Il voulut voirles monuments sénat, | "on del'Égypte, et les Alexandrins obtinrent de lui nn conseil public, média î qui jusqu'alors leur avait été refusé. Après avoir fait recueillir mais, nl: dans les temples les livres relatifs aux sciences occultes, il les I ne: d enferma dans le tombeau d'Alexandre le Grand, afin que personne . fl | ne vit désormais ni ces ouvrages ni le monument. duits L Il n’oubliait pas, durant ce temps, de glaner, selon l'expression laissa, | de Tertullien, quelques-uns des fauteurs de Niger et d’Albinus, et blé pc de se défaire de ceux qui lui portaient ombrage. IL avait donné tions toute sa confiance à Flavius Plautianus , préfet du prétoire, dont d’huil il faisait sans cesse l'éloge dans ses entretiens familiers et au sénat; 'emel jamais Tibère n’avait dit tant de bien de Séjan. Sénateurs et sol- DaISSA dats offraient à ce favori des statues, des vœux , des sacrifices, sait le comme à l’empereur, et juraient par la fortune de Plautien ; on Sév n’arrivait que par lui jusqu’à l’empereur, et il disposait de tous les les an emplois. Aussi abusait-il de son autorité au point d'envoyer à la les gr

mort des personnages illustres, sans même en informer Sévère, qui, me plein de confiance dans sa probité, le combla d'honneurs, et fit @) €

épouser sa fille: Plautilla à Caracalla. La dot qu’elle lui apporta aurait:suffi, dit Dion, à cinquante reines; cent personnages dé familles nobles, quelques-uns même ayant des enfants , furent réduits, pour la servir, à la condition d’eunuques. : ::

Plus tard, Sévère conçut de la jalousie:contre Plautien , dont il ordonna d’abattre les statues ; certains gouverneurs, interprétant ce. fait comme un signe de disgrâce, s’empressèrent d’en faire autant dans leurs provinces; mais ‘les uns furent destitués, les autres bannis , et l'empereur déclara que celui qui manquerait à Plautien serait sévèrement châtié.

Cet:.excès de faveur ne devait pas durer. Caracalla, mécontent du faste de Plautilla, la prit tellement.en haine, elle et son beaupère, qu’il jura leur perte. Plautien, informé de ses dispositions , projeta de s’emparer du trône, en assassinant Caracalla et Sévère ; mais celui-ci, instruit bientôt de ce qu’il préparait, l’appela près de lui, et, comme il entrait dans l’appartement, Caracalla s’élança sur lui et le fit égorger, après ce qu’on pourrait appeler un règne de dix ans, Sa fille et ses complices furent exilés ou mis à mort; le fameux jurisconsulte Papinien, qui s’associa, pour mieux juger les procès, deux autres célèbres légistes, Paul et Ulpien , le remplaça comme préfet du prétoire. L'empereur promulgua, avec leur assistance, des lois d’une grande justice, bien que d’une extrême sévérité; mais il les décrétait et les exécutait lui-même despotiquement ; car, habitué à la vie des camps et se sachant haï du sénat, il dédaigna et foula aux pieds ce simulacre de pouvoir intermédiaire entre l’empereur et les sujets. Jamais il ne fit grâce; mais, une fois ses ennemis anéantis, il rendit l'empire florissant, Il ne se laissa point circonvenir par les affranchis, les tint éloignés des fonctions publiques, et corrigea les abus qui s'étaient introduits depuis Marc-Aurèle. Il avait trouvé le trésor épuisé ; il le laissa, après sa mort, regorgeant d’or, et les magasins remplis de blé pour sept ans (4), d'huile pour cinq; il avait pris ses dispositions pour la distribution à perpétuité d’une certaine quantité d’huile à chaque citoyen. La Libye tripolitaine en offrit volontairement pour honorer l’empereur, né dans son sein, et par reconnaissance de ce qu’il avait réprimé les barbares, dont elle subissait les fréquentes dévastations (2).

Sévère éleva de nouveaux monuments dans Rome, et restaura les anciens; ilen fit autant à Antioche, à Alexandrie et dans toutes les grandes villes, qui oublièrent la guerre civile, et dont plu-

(1) A raison de soixante-quinze mille boisseaux par an. (2) Constantin l'affranchit de cette contribution, qui était des plus onéreuses.

Papinien.

Guerres en Bretagne.

sieurs, en adoptant son nom, de regardèrent comme ses colonies. Le peuple en obtint des largesses et des spectacles, et lui dut la paix intérieure. !

Déjà, lorsqu'il combattait en Orient, les Calédoniens avaient fait une incursion dans la Bretagne , ét Lupus, qui la gouvernait, ayant peu de soldats à sa disposition, avait dû acheter la paix à prix d'argent. Plus tard, la partie septentrionale de l’ile se souleva, chassant les légions et ravageant le pays. Alors Sévère accourut, emmenant avec lui ses deux fils, pour les arracher à une vie dé- Le bauchée. Les Bretons effrayés demandèrent la paix sans l'obtenir; {4 mais, bien qu’iln’y eût jamais de bataille rangée; les éscarmouche: continuelles des Calédoniens, jointes aux fatigues dé la guerre, firent perdre aux Romains cinquante mille hommes (1).

Sévère, bien que goutteux et âgé, poursuivant l'ennemi sans relâche avec le fer et le feu , jusque dans ses retraites les plus inaccessibles, le contraignit à la paix ; puis, afin de séparer ses nouvelles conquêtes du pays qui restait indépendant, il éleva sur V’isthme une muraille d’une mer à l’autre , entre le Forth et la Clyde. Les Calédoniens restèrent peu de temps tranquilles; ayant appris que Sévère était malade, ils firent une nouvelle irruption, et i'einpereur envoya Caracalla pour leur faire une guerre d’extermination:;

Ceprince avait causé, par sa conduite infâme, la maladie de son père. Poussé par l'ambition à abréger les jours du vieil empereur, il. avait tenté de l’assassiner dans une bataille ; se trouvant alors à la tête d’une armée, l’occasion lui parut belle pour ses desseins impies. Déjà, avant de partir d’Éboracum (York), un certain nombre de soldats et de tribuns avaient refusé l’obéissance au vieillard infirme, qui adressa des reproches à l’armée et fit décapiter les plus coupables ; mais il pardonna à son fils, et cet acte de clémence, unique dans sa vie, fut plus nuisible au monde que toutes ses cruautés, Cependant le chagrin acheva de le ronger ;

(1) Mäcpherson rapporta à éetté expédition ‘+: 1: ‘cssian et «+ :ingal imaginaire, dont il fut tant parlé dans le sièu: 11:., ex qui valut à un poëte médiocre d’être comparé à Homère et à la Bible. En faisant célébrer par le père aveugle de Malvina les victoires du roi de Morven sur la rive du Carum, où Caracul, roi du monde, s'enfuit à travers les champs de son orgueil, il ne se rappela pas qué le nom de Caracalla, introduit plus tard , ne fut en usage qiaprès la mort de cet empereur, connu alors seulement sous celui d’Antonin. Cet: remarque est de Gibbon. Les Gaulois appelaient caracalla une certaine tanique longue ; comme le fils de Sévère l’adopta, et en fit distribuer au peuple, ü’admettant i$me près de lui que ceux qui la portaient, on lui donna le nom de Caracalla.

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Sall tiers prind libér del Géta ayan ajou vant on re Ile huit perie séna rent jusqi Alors chev.

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sentant sa fin approcher, il fit lire à ses deux fils le discours que Salluste met dans la bouche de Micipsa, pour exhorter ses héritiers à la concorde; il leur recommanda surtout (ce qui est la principale habileté des tyrans ) de 8e concilier les soldats par la libéralité, sans s’occuper du reste. Il fit transporter la statue d’or de la Fortune dans la chambre de Caracalla, puis dans celle de Géta, et s’écria : J'ai été tout, que m'enrevient-il ? Rien (1). Ensuite, ayant demandé l’urne préparée pour recevoir ses cendres, il ajouta : Tu renfetmeras celui pour qui la terre fut petite, Ne pouvant endurer ses souffrances, il demanda du poison, et, comme on refusait de lui en procurer, il mangea jusqu’à suffoquer. Il'approchaît de soixante-six ans , dont il avait régné dix-sept et huit mois. Son effigie en cire fut placée sur un lit d'ivoire , à draperies d’ot, autour duquel, pendant sept juurs , on vit accourir des sénateurs en noir et dés dames en blanc. Les médecins continuèrent régulièrement leurs Visites , en annonçant les progrès du mal jusqu’au septième jour, où la mort fut déclarée officiellement. Alors le lit funèbre fut porté dans le forum, sur les épaules des chevaliers ; accompagné des sénateurs et de la jeunesse, qui chantait des hymnes en l'honneur du défunt. Une magnifique pyramide en bois, à quatre étages, contenant quatre chambres l’une

sur l’autre , avait été élevée sur le Champ de Mars. Le simulacre

de Sévère, couvert d’aromates et de fleurs, fut placé dans la seconde, et , après des courses de chevaux faites autour de la pyramide par les chevaliers, on y mit le feu; alors un aigle s’élança du milieu des flammes, symbole de l’âme de Sévère remontant vers les dieux.

Quand ses cruautés cessèrent de faire trembler, on loua la justice de ses lois , et la perversité de son successeur lui valut d’être comparé à Auguste, Si nous considérons néanmoins qu'il anéantit les derniers restes de la république en foulant aux pieds le sénat, et qu'il introduisit , tant par les doctrines que par la pratique, le système despotique, nous aurons à lui demander compte de l’abus que ses successeurs firent de ce système , et de la ruine où il précipita l'empire.

(1) Omnia fui, et nihil expedit, Hist. Aug.

Apothéose.

4 février.

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