CARACALLA ET GÉTA
parti sur l’autre , ou l’affaiblissement de tous deux. Elle détermina Caracalla à se trouver avec Géta dans son appartement , afin d'arriver à une réconciliation ; mais le premier égorgea l’autre dans les bras de sa mère.
Combattu entre le remords et la satisfaction que lui donnait le succès de son crime , le monstre s’enfuit au camp des prétoriens, se prosterne devant les statues des dieux, annonce qu’il vient d’échapper aux embûches de son frère , et déclare qu’il veut vivre ou mourir avecses fidèles soldats. Les prétoriens préféraient Géta ; mais le coup était porté, et ils trouvèrent plus sûr dedissimuler, d'autant plus qu’une gratification de deux mille cinq cents drachmes, accordée à chacun d’eux , apaisa les murmures. Son père ne lui avaitil pas dit : Fais-toi aimer des soldats, cela suffit ? I n’y avait rien à redouter du sénat ; quant au péuple , afin de le distraire, Caracalla laissa déifier Géta : Qu'il soit dieu (divus ), pourvu qu'il ne soit pas vivant (vivus). Et il consacra à Sérapis l’épée dont il l'avait percé.
Maïs les furies vengeresses déchirèrent le fratricide ; au milieu des occupations , des débauches, des flatteries , les images de son père et de son frère lui apparaissaient menaçantes, Afin d'effacer tout souvenir de sa victime, il menaça de mort Julie, qui le pleurait!, fit périr Fadilla , dernière fille de Marc-Aurèle , abattit les statues de Géta , et fondit les pièces de monnaie frappées à son effigie ; il fit enfin égorger vingt mille personnes soupçonnées de regretter ce prince. Il ordonna à Papinien , qu’il haïssait parce que Sévère lui avait recommandé de veiller à l'administration de l'État et de maintenir la concorde dans sa famille , d'écrire une apologie de son fratricide, comme Sénèque avait fait pour Néron; mais Papinien répondit : ZE est plus aisé de commettre un crime que de le justifier, et, par une mort intrépide, il mit le sceau à la renommée que lui avaient acquise ses connaissances , ses ouvrages et ses fonctions publiques.
Désormais habitué au sang, il ne cessa de le faire couler. Un sénateur était-il riche ou vertueux, il n’en fallait pas davantage pour qu’il fût jugé coupable. Un an après la mort de Géta, il sortit de Rome pour ne plus l’habiter, et parcourut les diverses provinces , surtout celles de lOrient , satisfaisant sa soif de supplices, non plus contre les grands ct les riches seuls, mais contre tout le genre humain.
Partout où il se trouvait, les sénateurs devaient lui préparer des banquets et des amusements d’une dépense énorme, qu’il abandonnait ensuite à ses gardes ; iui cicver des paiais et des théâ-
Mort de Gta 219, 97 février,
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Mort de Caras calla, ai7
8 avril.
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tres, sur lesquels il ne jetait pas même les yeux, et qu’il ordonnait de démolir. Afin de se rendre populaire, il prenait l’habillement du pays. Dans la Macédoine, en témoignage de son admiration pour Alexandre , il fit organiser un corps de son armée sur le modèle de la phalange , en donnant aux officiers les noms de ceux qui avaient servi sous le héros macédonien. Il fut idolâtre d’Achille en Asie , partout comédien et bourreau. Dans la Gaule, il répandit des torrents de sang, et fit tuer jusqu’aux médecins qui l'avaient guéri. Pour se venger d’une satire , il ordonna le massacre général des Alexandrins; du temple de Sérapis, on le vit diriger le carnage de plusieurs milliers damalheureux, tous coupables, écrivait-il au sénat. Il abolit à Alexandrie les réunions littéraires , chassa les étrangers à l’exception des marchands, et sépara les quartiers par des murailles gardées militairement. Il prodiguait l’or à des baladins , à des cochers , à des comédiens , à des gladiateurs ; un jour, portant la main à son épée, il répondit à Julie, qui lui faisait des reproches : Tant que j'aurai celle-ci, je ne manquerai jamais de richesses. Cependant, lorsqu'il eut dissipé l'immense trésor de Sévère , il alla jusqu’à faire de la fausse monnaie ; du reste , il ne s’occupait ni des affaires ni de la justice , et des affranchis, des histrions, des eunuques, remplissaient les premiers postes de l’État, Qu’importaient les plaintes du monde entier ? Fais-loi aimer des soldats, cela suffit. Or Caracalla les combla de largesses plus encore que san père, sans les réprimer avec la même fermeté. Chaque année, il leur distribuait soixantedix millions de drachmes, sans parler de leur solde, qu'il augmenta ; il les laissait croupir dans leurs quartiers , et provoquait leur familiarité en imitant leur manière de se vêtir, leurs habitudes et leurs vices,
{l'était naturel qu’il fût aimé d’eux, et qu’ils le protégeassent contre la haine générale. La préfecture du prétoire, qui, comme nous Pavons dit, embrassait alors toutes les attributions du pouvoir souverain, avait été partagée entre Aventus, pour le militaire, et Opilius Macrinus, pour le civil. Un devin africain prédit l’empire à ce dernier; Caracalla en reçut l'avis à Edesse au moment où il dirigeait un char, et remit la dépêche à Macrin, lequel comprit qu’il devait inévitablement mourir ou donner la mort ; il acheta donc le centurion Martial, qui frappa Caracalla au moment où il se rendait au temple de la Lune , à Carrhes. [l'était âgé de vingtneuf ans; Julie, sa mère, qui ne voulait pas survivre à l’abaissement de sa fortune, se laissa mourir de faim.
Ce monstre est mémorable pour avoir déclaré citoyens romaine