MAXIMIN
son fils, auquel les soldats baisèrent non-seulement les mains, mais encore les genoux et les pieds. Le sénat confirma ce qu’il ne pouvait empêcher, et bientôt commencèrent les vengeances et les cruautés. Maximin, conme ceux qui, partis d’un rang infime, parviennent à une haute fortune, craignait le mépris et les comparaisons. Une naissance illustre et un mérite reconnu étaient donc des crimes à ses yeux ; c’était un crime aussi d’avoir ri de lui, un crime de lavoir secouru “ans sa pauvreté.
Magnus, personnage consulaire, accusé de vouloir rompre le pont qu’il avait achevé sur le Rhin, pour le laisser sur l’autre bord au pouvoir des barbares, fut égorgé sans forme de procès, avec quatre mille prétendus complices, tous gens qui par leur naissance ou leur position étaient au-dessus du vulgaire, Sur un simple soupçon, gouverneurs, généraux, hommes consulaires, étaient jetés enchaînés sur des chars, et amenés à l’empereur, qui, non content de la confiscation et de la mort, les faisait livrer aux bêtes féroces, cousus dans des peaux d'animaux fraîchement tués, ou battre de verges tant qu'ils avaient un souffle de vie. Sa férocité n'épargna pas non plus les chrétiens.
Non moins cupide que barbare, il confisca les revenus que chaque ville mettait en réserve pour les distributions et les divertissements publics ; il dépouilla les temples, ilbattit monnaie avec les statues des dieux et des héros. L’indignation fut générale, et des soulèvements se produisirent dans certainsendroits. Dans l’Afrique, quelques jeunes gens très-riches, qu’un procurateur avide avait dépouillés de tous leurs biens, armèrent les esclaves et les paysans et proclamèrent empereur Gordien, proconsul de la province.
Ce sénateur, riche et bienfaisant, qui descendait des Gracques et de Trajan, oécupait à Rome le palais de Pompée, orné de trophées et de seintures ; sur la route de Préneste, il avait une maison de plai. ance d'une vaste étendue, avec trois salles longues de cent pieds chacune , et un portique soutenu par deux cents colonnes des quatre marbres les plus estimés. Dans les jeux qu'il donnait au peuple, il ne faisait pas paraître moins de cent cinquante couples de gladiateurs, et parfois il en donnait cinq cents. Un jour il y fit tuer cent chevaux siciliens et autant de la Cappadoce, mille ours et un nombre infini d'animaux de moindre valeur. Il renouvelà de pareils jeux tous les mois durant son édilité, et, lorsqu'il fut consul, il les étendit aux principales villes de l'Italie.
C'était là toute son ambition; paisible, du reste, au point de ne pas exciter la jalousie des tyrans, il cultivait les lettres, etcélébra en trente livres les vertus des Antonins. Il était presque octogénaire
Gordien,
Avril.
HE | Li]
Fin des Gor.
diens, 88,
Maxime et Baibin,
414 SIXIÈMÉ ÉPOQUE.
quand il fut appelé à l'empire ; ni ses larmes ni sés prières ne pu: rent le soustraire à ce malheur, et, lorsqu'il vit qu’il n'avait pas d’autre moyen d’échapper, soit aux soldats, soit à Maximin, il accepta la couronne et fixa sa résidence à Carthage. Son fils, qui avait vingt-deux concubines, dont chacune le rendit père de trois on quatre enfants, fut proclamé empereur avec lui ; il avait rassemblé soixante-deux mille voiumes , et lui-même composa des livres, dont quelques-uns sont parvenus jusqu’à nous.
En donnant avis au sénat de leur élection , les nouveaux empereurs protestaient qu’ils étaient prêts à déposer la pourpre si tel était son plaisir; ils ordonnèrent que leurs décrets ne fussent publiés qu’autant qu’ils auraient l’assentiment du sénat; ils rappelèrent les exilés , firent de généreuses promesses aux soldats et au peuple, et invitèrent leurs amis à se soustraire au tyran. La résolution du consul triompha de l’hésitation du sénat, qui déclara ennemis publics les Maximins et leurs adhérents, en promettant de récompenser quiconque les tuerait. La révolte se propagea dans toute l'Italie, où elle ne fut que trop souillée par le sang. Après s'être laissé avilir par un Thrace grossier, le sénat reprit de l'énergie et de la dignité ; il fit ses préparatifs de défense et de guerre , invitant par des députés les gouverneurs à venir en aide à la patrie. Partout les messagers étaient bien accueillis; mais Capélianus, gouverneur de la Mauritanie et ennemi particulier de Gordien, ayant réuni toutes ses forces, attaqua les nouveaux empereurs dans Carthage ; le fils périt en combattant, et, à la nouvelle de sa mort, son père s’étrangla, après avoir régné trente-six jours à peine. Carthage fut prise, et des torrents de sang assouvirent la vengeance de Maximin.
Aux premières nouvelles de la rébellion , le sauvage empereur était entré en fureur comme une bête féroce , se roulant par terre et heurtant sa tête contre les murs; puis, se jetant sur ceux qui étaient autour de lui , il les perça de son épée jusqu’à ce qu’on la lui eût arrachée de vive force. Bientôt il marcha sut l'Italie , annonçant un pardon absolu ; mais qui pouvait s’y fier ? Le désespoir inspira au sénat un courage que repoussait la raison ; s'étant réuni dans le temple de la Concorde, il proclama empereurs deux vieux sénateurs , Maximus Pupiénus et Claudius Balbinus, l’un pour diriger la guerre, l’autre pour administrer la cité. Le premier, fils d’un charpentier, assez inculte, mais courageux et sensé, étuit parvenu de grade en grade jusqu'aux premiers postes et à la préfecture de Rome ; ses victoires contre les Sarmates et les Germains, les habitudes austères de sa vie, qui n’excluaient pas l’humanité,
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MAXTMF ET BALBIN. A5
pu lui avaient valu le respect du peuple. Balbin, orateur et poëte en pas renom, gouverneur intègre de plusieurs provinces , aimé de tous, av était fort riche , libéral et ami des plaisirs sans excès, ivait Mais, pendant que tous deux offraient au Capitole les premiers qua- sacrifices , le peuple s’ameute, prétend faire aussi une élection , et nblé demande qu’ils s’adjoignent un neveu de Gordien, enfant de treize res , ans ; ils acceptent le César, et, le tumulte apaisé, ils songent à x se consolider.
npe- Maximin, à la tête de l’armée avec laquelle il avait plusieurs i tel fois vaincu les Germains, et projeté d’étendre les limites de l’empu- pire jusqu’à la mer du Nord , s’avançait furieux vers l'Italie, qu’il jpe- n'avait pas vue depuis son avénement. Lorsqu'il eut descendu les t ad Alpes Juliennes, il trouva le pays désert, les provisions consométo- mées , les ponts rompus, parce que le sénat voulait épuiser ses lara forces sous les places fortes, qui avaient été mises en état de tant défense. Aquilée l’arrêta d’abord, et repoussa ses assauts avec gen un courage héroïque , dans la confiance où elle était que le dieu ang. Bélénus combattait sur ses murailles. Si néanmoins Maximin t de | eût laissé cette ville derrière lui et marché droit sur Rome, quelles t de forces aurait pu lui opposer Pupiénus, venu jusqu’à Ravenne pour aicle lui tenir tête? À quoi eût servi l’habileté politique de Balbin Ca- contre les séditions de l’intérieur? Mais les troupes de Maximin , de trouvant le pays dévasté et une résistance inattendue, se mutisine nèrent ; illes punit avec une extrême rigueur. Enfin des prétoriens, où: qui tremblaient pour les jours de leurs femmes et de leurs enfants Mort de Maxiaix restés dans leur camp d’Albe, massacrèrent le tyran avec son 238,5 mars. vi. fils et ses plus zélés partisans.
A l’aspect de leurs têtes coupées , les portes d’Aquilée sont oueur vertes ; assiégeants et assiégés s’'embrassent, transportés de joie +re d’avoir recouvré la liberté. A Ravenne , à Rome, partout , le bonqui heur, l'ivresse , les actions de grâces aux dieux sont en proportion Lin de la terreur inspirée par ceux qui ne sont plus, et des espérances de que font naître les nouveaux princes. Maxime et Balbin supprimè oir rent où modérèrent les impôts introduits par Maximin , rétablirent mi la discipline , publièrent des lois opportunes avec l’ass entiment du ux sénat et cherchèrent à cicatriser tant de plaies saignantes. Maxime ji- demandant à Balbin : Quelle récompense devons-nous attendre ils pour avoir délivré Rome d'un monstre? Balbin lui répondit : uit L'amour du sénat, du peuple et de tous. Mais l’autre plus avisé, ds repartit : Ce sera plutôt la haine des soldats el leur vengeance. 16, Il devinait juste. Alors que la guerre durait encore, le peuple
et les prétoriens s'étaient déjà soulevés dans Rome, inondant les
Philippe.
at.
10 mars,
rues de sang, mettant le feu aux magasins et aux boutiques. Le tumulte fut apaisé , non éteint, si bien que les sénateurs se munissaient d’un poignard pour sortir, et que les prétoriens épiaïent une occasion de se venger. Tous se riaient également des faibles digues que les empereurs opposaient au torrent des factions. La fermentation s’accrut lorsque tous les prétoriens furent réunis à Rome ; ils frémissaient à l’idée que les empereurs élus par eux avaient été tués, et ils ne pouvaient sapporter que des créatures du sénat gouvernassent l’empire , et prétendissent remettre en vigueur les lois et la discipline. Des paroles ils en viennent aux faits, assaillent le palais, massacrent les deux empereurs, et emmènent au camp le jeune Gordien IT, qu’ils proclament seul empereur.
Cet enfant paraissait né, en effet, pour réconcilier les cœurs les plus rebelles : beau et plein de douceur, c'était le rejeton de deux empereurs morts avant d’avoir pu devenir mauvais. Cher au sénat, qui l’appelait son fils, les soldats voyaient en lui leur propre créature , et la multitude l’aimait plus qu'aucun de ses prédécesseurs. Misithée, son maître de rhétorique , puis son beau-père ét son capitaine des gardes, ayant éloigné les intrigants qui avaient usurpé la confiance du jeune empereur, lobtint à leur place , et sut s’en rendre digne par son mérite et sa probité , pendant la paix comme pendant la guerre.
Il fut appelé sur les champs de bataille par les Perses, qui, sous le commandement de Sapor (1), successeur d’Artaxar, avaient conquis la Mésopotamie , pris Nisibe etCarrhes , et ravagé la Syrie. Gordien, s'étant avancé contre eux, mit en déroute dans la Mésie les Goths et les Sarmates, qui lui barraient le passage , et, bien que défait par les Alains dans les champs célèbres de Philippes, il continua sa route; puis, repoussant les Perses, il mérita les honneurs du triomphe, qui lui furent décernés ainsi qu’à Misithée.
Mais ce dernier mourut peu après, et le commandement des prétoriens fut confié à Jules Philippe , qui, non content de ce poste élevé, travailla tant les soldats qu'il obligea Gordien à le reconaître pour son collègue; puis il déposa son bienfaiteur, et finit par l’assassiner à Zaït sur l’Euphrate.
Philippe, né à Bosra dans l’Idumée, était fils d’un chef de caravanes arabes ; on prétendit qu’il professait la religion chrétienne, mais ses actes sont loin de le prouver. Il ft un arrangement avec Sapor, et revint à Antioche, où, voulant assister aux solennités
(1) Schah-pour, fils de roi.
es. Le nunisnt une es dia ferunis à r eux aturés en vifaits, mmèmpe-
cœurs on de jer au Jropre décesère êt vaient ce, et a paix
il, SOUS vaient Syrie.
Mésie , bien ppes ; ta les ithée. t des poste recot finit
de Caenne,
avec nités