VALÉRIEN. A
côté du Rhin ; par les Goths et les Carpiens, qui envahissaient la Mésie, la Thrace et la Macédoine ; par les Scythes, qui tombaient sur PEuxin, et poussei”nt jusqu’à Chalcédoine , Nicée et Aparnée. Sapor avait déjà occupé toute l'Arménie, soumis la Syrie et pris Antioche ; dans cette entreprise, ce roi avait suivi l’impulsion et les avis d'un certain Gyriade, jeune homme de famille noble , mais déshonoré , qui, fatigué des réprimandes de son père, après avoir volé de fortes sommes d'argent , s’était enfui chez les Perses, où il prit le titre d’Auguste.
Valérien , vainqueur des Goths, arriva trop tard pour arrêter les ravages des Scythes, qui dévastaient le pays et se retiraient à la hâte; mais dans la Mésopotamie il affronta Sapor, qui le vainquit et le fit prisonnier. Le roi des rois , enorgueilli de son triomphe et de cette proie opime, le conduisit enchaîné à travers les principales villes , lui appuyant le pied sur le dos pour monter à cheval. L'empereur vécut plusieurs années dans la captivité; après sa mort, son Cadavre fut écorché, et sa peau, suspendue dans un temple, resta comme un souvenir perpétuel de la honte des Romains. Tel est du moins le récit de quelques historiens; d’autres, au contraire, affirment que le roi victorienx n’usa point de cruauté à l'égard de son prisonnier, dont la plus grande douleur fut de voir son fils, loin de chercher à hâter sa délivrance, se réjouir d’un revers qui avançait pour lui linstant de régner. Aux yeux des chrétiens , ce désastre fut un châtiment de la persécution dirigée par l’empereur contre les fidèles , à l'instigation de Marcien, célèbre magicien venu d'Égypte, qui lui persuada que jamais empire ne pourrait prospérer tant qu’on n’anéantirait pas un culte en abomination aux dieux de la patrie.
A la nouvelle de la défaite de Valérien, tous les ennemis de Rome se précipitent contre elle comme de concert : les Goths et les Scythes dévastent le Pont et l’Asie ; les Alemans et les Francs se jettent sur la Rhétie , et pénètrent jusqu’à Ravenne ; les Quades et les Sarmates occupent la Dacie et la Pannonie; d’autres envahissent l'Espagne et prennent Tarragone. Le péril avait réveillé l'énergie des sénateurs , qui firent marcher les prétoriens restés en garnison, en leur adjoignant les plébéiens les plus robustes, ce qui détermina la retraite des barbares. Cet accès de courage donna de l’ombrage à Gallien, resté seul maître de l'empire; dans la crainte de le voir un jour déployé contre les tyrans, il interdit aux sénateurs toute fonction militaire, avec défense d’approcher du camp des légions ; les riches amollis acceptèrent cette exclusion comme une faveur.
Valérien prisonnier, 9260,
Ville persécution,
cf Le cena A A Eh 1
Régillus.
Posthuinius.
Les barbares une fois repoussés de la Dacie et de l'Italie, Gallien chercha à se les rendre favorables en contractant avec eux des liens de parenté; il épousa donc la fille de Pipas, roi des Marcomans , quoique la vanité romaine eût toujours considéré de pareilles unions comme profanes. Dans l’Illyrie , il défit et tua Ingénuus, qui s'était fait proclamer empereut ; puis, pour se venger, il fit passer au fil de l’épée les habitants de la Mésie , innocents ou coupables (1). [ne suffit pas, écrivait-il à Vérianus Céler, que lu fasses mourir simplement ceux qui ont porté les armes contre moi, et qui auraient pu périr dans la mélée; je veux que dans chaque ville tu extermines, jeunes ou vieux, sans en épargner un seul, tous ceux qui m'ont voulu du mal ou qui ont parlé injurieusement de moi, fils, père et frère de princes. Fais comme je ferais moi-même, qui l'écris de ma propre main (2).
Ce décret, dicté par la fureur, allait être exécuté, quand ceux qu’il menaçait , poussés au désespoir, proclamèrent empereur (. Nonius Régillus. Dace d’origine et descendant de Décébale, qui combattit contre Trajan, sa vaillance était si grande que Claudius (futur empereur) lui avait écrit, à l’occasion de ses victoires : Il fut un; temps où l'on t'aurait décerné le triomphe ; aujourd'hui je te conjure de vaincre avec la plus grande précaution, et de ne pas oublier qu'il est quelqu'un à qui les succès. porieraient ombrage. Cette valeur le porta sur le trône, mais ne put l’y maintenir, car bientôt il fut tué par ses soldats.
Un autre empereur avait surgi dans les Gaules. Cassius Labiénus Posthumius, de basse origine, mais excellent capitaine, assiégea , dans Cologne, Saloninus, fils de Gallien, le tua , et reçut l'hommage de la Gaule, de l’Espagne et de la Bretagne; durant les sept années qu'il se soutint , il chassa les Germains de la première de ces provinces, rétablit la tranquillité et se fit aimer.
Tant de troubles intérieurs donnaient aux Perses toute facilité pour ravager à leur gré les provinces de l'Orient. Sapor, ayant pénétré dans la Cilicie, saccagea Tarse, occupa Césarée, dont il massacra les habitants, en déclarant qu’il voulait passer d’une montagne à l’autre, après avoir comblé de cadavres la vallée qui les séparait. Chaque jour il faisait conduire les prisonniers à l’abreuvoir comme un troupeau, et ne leur donnait que la nourriture nécessaire pour prolonger leurs souffrances.
(1) Voy. dans les Scriptores Hisl. Aug. TREBELL. PouLionr, Valerianus, Gallieni duo, triginta tyranni; Maxso, les Trente Tyrans, qui font suite à la vie de Constantin (allemand),
(2) Vies des Trente Tyran, c. VIII.
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Baliste, capitaine des prétoriens sous Valérien, après avoir rassemblé les débris de l’armée de ce prince, ose tenir tête aux Perses; suppléant au nombre par fa rapidité et la tactique, il délivre Pompéiopolis en Cilicie, taille en pièces les Perses dans la Lycaonie, fait beaucoup de prisonniers, et s’empare des femmes de Sapor ; puis, se retirant avant d’être rejoint par ce prince, il arrive comme l’éclair à Sébaste et à Corissa de Cilicie , où il surprend et massacre les envahisseurs.
Sapor eut encore pour adversaire Odénat de Palmyre , cheick d’une tribu de Sarrasins , aguerri dès l’enfance par la chasse et les combats. Quand il vit Sapor devenu redoutable par sa victoire sur Valérien, il lui adressa des protestations de soumission, accompagnées d’une longue file de chameaux chargés des dons les plus rares. Le roi des rois trouva qu’il y avait de l’insolence , de la part d’un homme sans nom, à oser lui écrire; il déchira sa lettre, fit jeter ses présents dans le fleuve, et répondit qu’il lui apprendrait ses devoirs envers son maître, en l’exterminant lui et les siens, à moins qu’il ne vint se prosterner à ses pieds , les mains liées derrière le dos.
Cet outrage fit frémir d’indignation l’Arabe, qui jura d’humilier tant d’arrogance ou de périr ; se déclarant donc pour les Romains, dont Palmyre était alors une colonie , il s’unit à Baliste et le seconda de tout son pouvoir. Sapor, désolé de la perte de ses femmes et redoutant de plus grands revers, battit en retraite devant ces deux adversaires audacieux; mais , comme il traversait l’Euphratésienne à peu de distance de Palmyre, Odénat tomba sur lui, et tailla en pièces son arrière-garde. Contraint alors de franchir l’Euphrate en désordre, il perdit beaucoup de monde, et se vit réduit à acheter de la garnison romaine d'Édesse Ja faculté de se retirer sans être inquiété, moyennant l’abandon de tout l’or qu’il emportait du pillage de la Syrie.
En pénétrant l’année suivante dans la Mésopotamie, Odénat reprit Nisibe et Carrhes, puis s’avança jusqu’au centre de l'empire pour délivrer Valérien ; il défit Sapor en bataille rangée, et le força à s’enfermer avec sa famille dans Ctésiphon. Alors de tout le royaume accoururent les seigneurs perses pour défendre la capitale; mais Odénat les mit en déroute, et peut-être ses efforts auraient été couronnés de succès, si les séditions sans cesse renaissantes au sein de l’empire n’eussent rendu toute grande entreprise impossible.
Nommé par Gallien, en récompense de ses services signalés, commandant général de toutes les forces romaines en Orient,
Baliste,
Odénat,
Palmyre.
Trente Tyrans.
Odénat prit le titre de roi de Palmyre. L'histoire de cette ville est un épisode oriental au milieu des sombres horreurs des tyrans latins et des invasions de barbares. Nous avons vu avec quelle opportunité Salomon l’avait fondée dans le désert, à trois journées de l’Euphrate , pour servir de halte aux caravanes allant de l’Europe dans l'Inde; elle devint florissante sous les Séleucides , et son commerce et ses richesses s’accrurent durant une longue paix. Strabon n’en fait pas même mention ; Pline dit qu’elle était considérable par sa situation, par la richesse de son territoire et ses agréables ruisseaux, et qu’isolée du monde par le vaste désert dont elle était entourée, elle avait conservé son indépendance entre les Parthes et les Romains, désireux à l’envi de la mettre dans leurs intérêts.
Tandis que Baliste et Odénat se distinguaient par d’éclatants exploits, Gallien se dégradait au milieu des plus abjectes prostituées; sa cruauté s’exerçait, non contre les sénateurs, comme celle des empereurs précédents, mais contre les soldats, dont il faisait mourir jusqu’à trois et quatre mille dans un jour. Il eut une fois la fantaisie ridicule de se montrer en triomphateur, suivi de faux prisonniers déguisés en Goths, en Sarmates, en Francs et en Perses. Quelques plaisants s’approchèrent de ces derniers, et se mirent à les examiner attentivement ; comme on leur demanda ce qu’ils observaient avec tant de soin, ils répondirent : Nous cherchons le père de l’empereur. Gallien les fit brûler vifs : excellent moyen d’avoir raison. Il s’amusait aussi à discuter avec le philosophe Plotin, et se proposait de lui confier une ville pour y réaliser la république de Platon. Il composait en outre de beaux vers et d’admirables harangues; il savait orner un jardin et faire avec une grande habileté les apprêts d'rn dîner. Il se faisait initier aux mystères de la Grèce, sollicitait ue place dans l'aréopage d’Athènes, et prodiguait à ses triomphes immérités ou au luxe de sa cour les trésors que réelamaient la misère générale et de grandes calamités; du reste, il ne prenait aucun souci des intérêts publics. On lui apprend la mort de son père : Je savais, réponditil, qu'il était mortel; on lui annonce la perte de l'Égypte : Nous nous passerons de ses toiles; l'occupation de la Gaule : Rome périrait-elle faute des éloffes d'Arras? le pillage de l'Asie par les Scythes : Ne pourrons-nous donc nous baigner sans sel de nitre ?
Cette indolence suscitait de toutes parts des usurpateurs, connus dans l’histoire sous le nom des Trente Tyrans, bien que ce nombre ne soit pas exact; mais comment suivre sans ennui et
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Parvenu par sa valeur aux premiers grades militaires, Macrien se révolta contre le fils de Valérien, et se fit proclamer empereur avec l’aide de Baliste. A cette nouvelle, P. Valérius Valens, proconsul dans l’Achaïe, prit le même titre, et Pison, envoyé contre lui, en fit autant ; ce dernier était d’une famille illustre et un homme de grandes vertus, car Valens lui-même, en apprenant qu’il avait été tué, s’écria : Quel compte aurai-je à rendre aux juges infernaux pour la mort d’un homme qui n'avait pas son égal dans l'empire! Le sénat décréta son apothéose , en disant que jamais il n’y avait eu un homme meilleur ni plus ferme.
Macrien, s’étant avancé contre Gallien, fut défait sur les confins de la Thrace et périt dans le combat. Alors Baliste prit le titre d’empereur dans Émèse, tuant quiconque tardait à lui rendre hommage; mais un sicaire de Gallien lui arracha la vie. Un Sempronius Saturninus , on ne sait de quel pays, s’arrogea aussi ce titre; en Égypte, Émilien se fit proclamer, et s'occupa de rétablir l’ordre dans ce pays bouleversé; mais l’Égyptien Théodote, envoyé contre lui par Gallien , le battit, et, l'ayant pris, le fit conduire à Rome, où il fut étranglé en prison. Dans l’Asie Mineure, les Isauriens proclamèrent Caïus Annius Trébellianus, qui succomba sur le champ de bataille; malgré sa mort, ils refusèrent de se soumettre , et dévastèrent l’Asie Mineure et la Syrie jusqu’au temps de Constantin. Un Titus Cornélius Gallus, proclame Auguste en Afrique, fut mis en croix au bout de sept jours.
Posthumius, qui s’était soutenu dansles Gaules, s’associa Favonins Victorinus, résista aux attaques répétées de Gallien, et vainquit aussi L. Élien, proclamé empereur à Mayence ; mais, ayant refusé, à ses soldats le pillage de cette ville, il fut massacré par eux avec son fils. Spurius Se: 1lius Lollianus , qui lui succéda, fut assassine à linstigation de Victorin, qui resta seul maître des Gaules et périt sous le fer d’un époux outragé. Il avait désigné son fils pour lui succéder; mais les Gaulois, s’irdignant d’obéir à un enfant , élurent M. Aurélius Marius, armurier, d’une force et d’une valeur extraordinaires, à qui, trois jours après, un de ses ouvriers enfonçait une épée dans le cœur, en disant : C'est loi qui l'as forgée. Les soldats le remplacèrent aussitôt par Tétricus , sénateur et personnage consulaire , qui resta en possession de la Gaule, de l'Espagne et de la Bretagne, Ces princes éphémères étaient élevés et abattus par Victoria, mère de Victo-
Macrienu,
Valens.
S. Saturninus,
Émillen.
C, A. Trébellien.
T. Cornélius,
Fin de Posthumius.