‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 88 sur 135 · DE CLAUDE I! À DIOCLÉTIEN · texte numérisé non relu

DE CLAUDE I! À DIOCLÉTIEN

La chute de l’empire est retardée par une succession de vaillants empereurs. L'armée proclame Claude comme le plus digne de soutenir le nom romain et la dignité impériale ; son élection est confirmée par les sénateurs , qui répètent bien haut qu’ils ont toujours désiré pour empereur Claude ou un prince semblable à lui. Cet Illyrien, monté au trône sans l'avoir acquis par un crime, continua le siége de Milan jusqu’à ce qu’il se fût emparé d’Auréolus, qu’il fit tuer à la demande de armée; il battit ensuite les Germains qui s’étaient avancés jusqu’au lac de Garda. De retour à Rome, il s’occupa de réparer, autant qu’il lui fut possible , les désordres causés par les troubles précédents; il laissa le sénat condamner à mort les amis et les parents de Gallien, puis il leur accorda leur grâce.

S’étant avancé contre les Goths, qui, après avoir ravagé les provinces , se retiraient par la haute Mésie , il écriviten ces termes au sénat: « Je me trouve en face de trois cent vingt mille ennemis. Si « je suis vainqueur, je compte sur votre reconnaissance ; si le ré- « sultat ne répond pas à notre espoir, vous vous souviendrez que « l'empire s’est trouvé épuisé par le règne de Gallien ; la faute en « est à lui et aux tyrans qui ont désolé nos provinces. Nous « n'avons ni lances, ni épées, ni boucliers; les Gaules et l’Es- « pagne, âme de l’empire , sont au pouvoir de Tétricus , et Zé- « nobie occupe les archers. Quelque peu que nous obtenions , ce « sera déjà beaucoup. »

Quelques jours après, il put écrire de nouveau : « Nous avons « défait les Goths , et détruit leur flotte de deux mille bâtiments ; « la campagne est couverte de boucliers et de cadavres , et nous « avons fait tant de prisonniers que chaque soldat a eu pour sa « part deux ou trois femmes. » Il ne fallait rien moins que des victoires aussi signalées pour fixer la fortune chancelante ; mais Claude avait à peine régné deux ans, qu'il fut emporté par une épidémie. Le sénat lui décréta les honneurs divins , et fit suspendre dans la salle de ses séances un bouclier d’or avec son effigie ; le peuple lui dressa deux statues, une de six pieds de haut , en or, l’autre en argent, du noids de auinze cents livres, Son frère

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Quintilius fut appelé d’une voix unanime à lui succéder; mais, après dix-sept jours , il fut massacré par l’armée ou se donna la mort.

Aurélien fut proclamé son successeur. Né en Pannonie dans une condition obscure, il avait donné tant de preuves de force et de vaieur que les soldats le désignaient sous le nom de Manus ad ferrum , et répétaient en son honneur des chansc®s dont le refrain était : Mille, mille, mille, ont été tués par lui; car on disait qu’il avait égorgé de ses mains en différents combats neuf cent cinquante ennemis. Les Goths , échappés à la dernière déroute, cessèrent d’être arrogants et lui demandèreut la paix: il la leur accorda volontiers , attendu que les Alemans , iss Jutunges et les Marcomans menaçaient l’Italie, où ils pénétrèrent malgré ses efforts, le défirent près de Plaisance, et marchèrent droit sur Rome. L’épouvante fut alors au comble; on consulta les livres sibyllins, et l’empereur lui-même se plaignit au sénat de ce qu’il procédait mollement à l’accomplissement des rites religieux : Hé quoi , disait-il, éfes-vaus réunis dans une église chrétienne, et non dans le temple de tous les dieux? Examines, et, quelque dépense , quelque animal, quelque homme qu'exigent les livres sacrés, j'y saurai pourvoir. Des processions de prêtres vêtus de blanc, au milieu de chœurs de jeunes filles et de jeunes garçons, parcoururent la campagne en offrant des sacrifices mystiques , et ranimèrent le courage des Romains. Aurélien, qui avait rallié les débris de son armée , battit à son tour les Germains près de Fanum, et acheva de les exterminer dans plusieurs autres combats; il défit aussi les Vandales, qui avaient traversé le Danube, et es contraignit à lui donner pour otages les fils de leurs deux rois, Comme il était néanmoins plus jaloux d’un avantage réel que d’une apparence flatteuse , il abandonna la conquête de Trajan , et la Dacie , devenue indépendante, rendit à l’empire de véritables services, soit en habituant les barbares à l’agriculture , soit en les repoussant ; tandis que la Dacie d’Aurélien, nom donné à la Mésie, reçut les Romains , qui durent évacuer le pays situé au delà du Danube.

A son retour à Rome, il trouva un tel désordre qu'il dut avoir recours aux mesures Îles plus rigoureuses ; plusieurs sénateurs furent envoyés à la mort sur des accusotions légères, dénuées même de preuves. Il répara les murailles de la ville, en leur donnant un développement de vingt et un milles; mais, si une telle étendue flattait l’orgueil des Romains, il se trouvait humilié par

i ? 3 nhanunh la pensée que la capitale de l'empire était réduite à chercher sa

Aurélien,

Zénobie.'

propre sûreté derrière des remparts. Aurélien rétablit la discipline (1), et punit très-sévèrement les plus légères fautes des soldats, L’un d’eux ayant fait violence à la femme de son hôte, il le fit lier à deux arbres courbés avec force, qui, en se relevant, déchirèrent son corps ; aussi la soldatesque chantait : Celui-là a versé plus de sang qu'un autre n’a bude vin. D'ailleurs, il faisait paraître la discipline moins pesante en s’y soumettant lui-même ; étranger à toute espèce de faste, il interdit à sa femme de porter des vêtements de soie , parce qu’ilsse vendaient au poids de l’or (2).

Quand il eut tout préparé pour la paix et la guerre, il marcha contre Zénobie. À peine la veuve d’Odénat fut-elle devenue la reine de l'Orient, qu’on créa pour elle une généalogie qui la faisait descendre des Ptolémées ; elle était issue certainement d’une famille illustre; non-seulement elle entendait le latin, le grec et Pégyptien, mais elle savait l’histoire et s’occupait à l'écrire, outre qu’elle avait appris à l'école de Longin à discuter sur Platon et sur Homère. A la chasse, elle rivalisait avec son époux ; à la guerre, avec les meilleurs capitaines. Elle fit revêtir la pourpre à ses trois fils, Hérennien, Timolaüs et Valballat, associés à l'empire , et les força d’abandonner l’idiome grec pour la langue latine ; elle gouverna cinq ou six ans comme leur tutrice. Tour à tour grand prince et grand capitaine, prudente dans le conseil, ferme dans ses résolutions, admirablement généreuse, étrangère à l’amour et aux petitesses qui déshonorent la cour des reines, tantôt elle le disputait en magnificence aux monarques perses et se faisait adorer comme eux la face contre terre ; tantôt, avec le casque de

(1) Il descendait à cet égard dans les plus petits détails, comme en fait foi la lettre suivante, adressée à un de ses lieutenants : « Si tu veux être tribun, si même tu es attaché à l'existence, maintiens tes soldats dans le devoir. Qu'aucun d'eux ne dérobe les poulets ou les brebis d'autrui. Qu'il leur soit défendu de voler du raisin, d'endommager les semences, d'exiger des habitants de l'huile, du selet du bois, chacun devant se contenter de ce que lui fournit le prince, Les soldats ont à se réjouir du butin fait sur l'ennemi, non des larmes des sujets romains, Que chacun ait ses armes bien luisantes ; que les épées soient bien aïguisées et affilées, les chaussures bien cousues. Que les vêtements neufs remplacent ceux qui sont usés. Qu'ils mettent leur paye dans leur poche et non dans les lavernes. Que chacun porte son collier, son anneau et son bracelet, et ne les vende ni n’en dissipe le prix. Que l’on soigne et qu'on étrille le cheval et la bête de somme qui portent les bagages, ainsi que le mulet commun de la compagnie, et qu’on ne vende pas l’avoine qui leur est destinée, Que l’un aide l'autre. Ils ont un médecin sans qu'il leur en coûte rien, Qu’ils n’emploient pas l'argent à consulter des devins. Qu'ils vivent constamment dansleurs logements, et, s'ils se querellent, ne manque pas de leur infliger de bonnes bastonnades, »

(2) Absit ut auro fila pensentur, Libra enim auri tunc libra serici fuit.

1 # p, ‘4 aADinss Vonssoue, dans la Vie d'Atrélien.

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soldat et le manteau d’empereur, elle marchait à latête des troupes, $’élançant à cheval ou sur un char de guerre. Parfois elle donnait des banquets, et, à la manière des Césars, elle buvait aux officiers de l’armée et aux ambassadeurs de Perse et d’Arménie.

Restée, par la défaite d’Héraclien, maîtresse de la Syrie et de la Mésopotamie, elle avait profité du moment où Claude combattait les Goths pour s'emparer de l'Egypte, d’une grande partie de l'Asie, et ses regards se portaient sur la Bithynie.

Aurélien, résolu à l’arrêter, entra dans cette dernière province, puis dans la Cappadoce. Ayant trouvé de la résistance à Tyane, il jura d’exterminer jusqu'aux chiens ; mais, comme la trahison d’'Héraclamon lui livra la ville, il dit qu’Apollonius, le fameux thaumaturge, lui était apparu et lui avait défendu de mailtraiter ses compatriotes. En conséquence, il enjoignit à ses soldats d’assouvir leur colère sur les chiens de la ville et sur Héraclamon , qui avait livré sa patrie.

Étant parvenu à renfermer Zénokie dans Palmvre, Aurélien employa contre les remparts de cette ville toutes les machines de guerre connues ; mais les assiégés se défendaient avec un courage héroïque : C’est chose incroyable, écrivait l’empereur, que la quantité de dards et de pierres qu’ils font pleuvoir sur nous sans tréve ; mais je me confie dans les dieux , qui ont toujours secondé nos entreprises.

Zénobie attendait des secours des Perses et des Sarrasins ; mais les premiers furent coupés dans leur marche, les autres corrompus. Alors elle résolut d’aller en personne réclamer de nouveau l’assistance'des Perses ; mais, au moment où, à la faveur de la nuit, elle s’enfuyaix avec ses trésors, chargés sur des dromadaires , elle fut atteinte par Aurélien et resta sa prisonnière. Lorsqu'il lui demanda comment elle avait osé résister, elle femme, aux empereurs romains, elle répondit qu’elle le reconnaissait, lui, pour Auguste, mais qu’elle n’avait cru ni Gallien ni les autres dignes d’un si grand nom.

Palmyre obtint d’être épargnée en livrant ses richesses ; cependant beaucoup de ceux qui avaient secondé la reine furent noyés ou égorgés, entre autres le philosophe Longin, maître de Zénobie. Dès lors l'amitié d’Aurélien fut recherchée à l’envi n°r les Blemmyes, les Axumites , les Arabes, les Bactriens, les Tbères, les Sarrasins, les Albanais, les Arméniens, même par les Éthiopiens, les Indiens et les Chinois.

Mais à peine l’empereur s’était-il mis en route, qu'il apprit que

Ruines de Palmyre,

les Palmyriens, relevant la tête, avaient massacré le gouverneur romain et la garnison ; il revient alors sur ses pas, et, tombant sur eux avant qu'ils aient eu le temps d'organiser la défense , il les fait massacrer sans distinction de sexe ni d’Age, et détruit la ville,

Le nom de Palmyre disparut si complétement de l’histoire que l’on ignorait en Europe jusqu’à son existence, lorsque des marchands anglais, en 1690, entendant à Alep des Bédouins raconter des merveilles d’immenses décombresamoncelés dans le désert, voulurent juger de ce qu’il y avait de vrai dans leurs récits; bien que dévalisés sur la route une première fois, et arrêtés dans leur voyage, ils triomnhèrent de tous les obstacles, et découvrirent les débris de cette prodigieuse cité, dont ils publièrent l'existence. Les Européens ne virent là qu’une fiction brillante, jusqu’au moment où deux Anglais, Lawkins et Wood, donnèrent la description et les dessins exacts de ces ruines magnifiques , qui s’étendent sur un espace de cinq mille sept cent soixante-douze mètres et l’emportent, selon eux, surtout ce que possèdent l'Italie et la Grèce (1). Un bel arc de triomphe s'élève sur une place où aboutissent trois rues dont la longueur totale n’est pas moindre de douze cent vingt-neuf mètres; des portiques ornés de statues et d'inscriptions , quatorze cent cinquante colonnes, dont cent vingtneuf encore debout, les bordaient des deux côtés ; deux de ces colonnes s’élèvent à vingt mètres, et leursoubassement dépasse la hauteur d’un homme. Ces fûts mutilés, dont quelques-uns sont surmontés d'un fragment d’architrave , sans un seul mur plein, tranchent d’une façon singulière sur l’horizon sans bornes du désert. Les portiques conduisent à des tombeaux magnifiques, bâtis en forme de tours carrées, à quatre et cinq étages, en marbre blanc, avec des figures ct des arabesques en relief, On attribue aux trois premiers siècles de l’ère vulgaire ces constructions admirables de style et d'exécution, malgré la profusion des ornements qui caractérise le genre oriental, Ce qu’elles offrent de plus remsrg'able est le temple du Soleil, avec sa cour de six cent soixante-dix-neuf pieds carrés, entourée de trois cent soixante-quatre colonnes, sur double rang, de quinze mètres et demi de hauteur, sur un mètre quarante centimètres de diamètre. Au milieu s’élève le temple, dont Ja façade a quarante-sept pieds, et les côtés cent vingt-quatre; il est entouré d’un péristyle de quarante et une colonnes de marbre blanc, ayant plus de seize mètres d'élévation. Les architraves , les corniches, les plafonds , les portes, sont couverts de sculptures

(1) Woon, Ruines de Palmyre, Londres, 1753; Ruines de Balbek, 1757.

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merveilleuses ; aux proportions élégantes, et d’un dessin parfait, bien que trop surchargé. Des additions postérieures indiquent qu’il a servi au culte du Christ, puis à celui de Mahomet.

Nous ne saurions nous éloigner de ces ruines sans dire aussi un mot de celles de Balbek on “éliopolis; on y voit encore deux temples de trente-huit mètt, sur trente-sept, et de quatre-vingtseize sur quarante-sept, avec une enceinte de deux cent quatrevingt-dix-neuf mètres de longueur sur cent trente:six de largeur, un grand portique, une vaste cour octogone, etuné autre rectangulaire ayant une galerie. Un groupe de six colonnes corinthiennes est encore debout ; elles ont dix-neuf mètres de hauteut sur sept de circonférence ; et les morceaux se rattachent avec tant de solidité qu’ils ne se sont pas même détachés dans plusieurs de celles qui gisent à terre, Des blocs ayant jusqu’à onze mètres de longueur sur trois d’épaisseur forment un mur surmonté de trois pierres qui occupent cinquante-sept mètres; d’autres pierres dépassent vingt-trois mètres sur quatre, c’est-à-dire que le volume en est plus considérable que celui d’un obélisque. Nous ne'savons rien de cette ville, qui dut aussi sa prospérité au commerce et au passage des caravanes, sinon qu’elle était encore florissante sous les Antonins.

Et tout cela au milieu du désert, où il n’existe pas une seule carrière ! Mais les habitants de ces villes, qui n’avaient pas de territoire, voulurent, comme ceux de Venise, de Gênes et de Pise, embellir leur patrie en témoignage d’affectionet de richesse. Quelle impression éprouve le voyageur, quand, au milieu de ces sables immenses où il ne rencontre pas une hutte, pas un arbre, il aperçoit devant lui la ville au nom poétique, qui devait au commerce une vie si active, et dont l’épée romaine a fait un vaste tombeau! A l’heure qu'il est, trente ou quarante familles occupent des cabanes de terre dans l’enceinte du temple de Palmyre; elles sont entourées de débris majestueux, dont elles ne recherchent pas l’origine et necomprennent pas la magnificence. Volney exhalait au milieu de ces ruines ses désolantes élégies , montrant les peuples comme une race misérable qui s'élève, s'étend et périt au gré du hasard, jouet constant de la force et de l’imposture,

L'Égypte s'était aussi révoltée par les manœuvres d’un certain Firmius de Séleucie , qui avait acquis tant de richesses en trafiquant avec les Arabes, les Blemmyes de l’Éthiopie et les Indiens, qu'il pouvait, disait-il, entretenir une armée avec le seul bénéfice qu’il

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tirait du papyrus et de la colle. Afin de seconder Zénobie, il: prit le titre d’Auguste et empêcha, l’exportation des grains, ce qui mettait Rome en grand péril; mais Aurélien, étant tombé sur lui avec sa promptitude et son bonheur accoutumés, l’envoya au supplice. Il se dirigea ensuite vers l’Europe, dans l'intention de recouvrer l’Espagne, la Gaule et la Bretagne, en les arrachant à Tétricus; celui-ci, qui depuis cinq ans avait. plus ;jobéi que commandé à ses soldats turbuients, vint se rendre à lui, spontanément, etces provinces, après treize ans, se trouvèrent réunies à l'empire. | 1

Le triomphe d’Aurélien fut pompeux. En té‘e marchaient vingt éléphants, quatre tigres, avec deux cents animaux, des plus rares et des plus curieux de l’Orient et. du Midi; puis on voyait, seize cents gladiateurs ‘'cstinés à l’amphithéâtre. À leur suite venaient les trésors de l’Asie et de la reine de Palmyre, dans un bel ordre, quoique dans une confusion apparente; puis, sur une jinfinité de chars, des étendards, des casques, des boucliers et des cuirasses. Les ambassadeurs des nations les plus éloignées, Éthiopiens, Arabes , Perses, Bactriens, Indiens, Chinois, attiraient les regards tant par leur physionomie étrangère que par la richesse et, la singularité de leur costume. Les productions de toutes les contrées , et les couronnes d’or offertes à l’empereur par les villes recannaissantes , attestaient l’obéissance et le dévouement du monde pour cette Rome, qui était alors sur le bord du précipice.

Derrière s’avançaient de longues files de Goths, de Vandales, de Sarmates, d’Alemans, de Francs, de Gaulois, de Syriens, d’Égyptiens enchaînés , dix femmes guerrières prises les armes à la main dans les rangs des Goths, et appelées Amazones. L’empereur Tétricus et la reine Zénobie parurent aussi dans ce triomphe : le premier, avec les braies gauloises, la tunique jaune et le manteau de pourpre , accompagné de son fils et des courtisans gaulois; la reine de l'Orient, couverte de pierreries, des chaînes d'or aux mains et au cou, soutenue par des esclaves persanes, suivie du char magnifique qu’elle avait fait préparer pour monter triomphalement au Capitole , et de deux autres chars aussi splendides, celui d’Odénat et celui d’un roi perse. Un quatrième char portait Aurélien , traîné par quatre cerfs (rennes?) enlevés à un roi goth. Les sénateurs et les plus illustres citoyens fermaient le cortège, qui s’avançait au milieu des acclamations. Les jeux du cirque, des représentations scéniques, des combats de gladiateurs et de bêtes féroces, des naumachies, couronnèrent la fête et rendirent cette solennité mémorable.

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Bien que l’armée de Syrie eût demandé à grands cris la mort de Zénobie, Aurélien, épargnant ses jours, lui donna dans les environs de Tibur des terres considérables pour vivre conformément à son rang; il établit noblement ses filles, et conféra au seul de ses fils qui eût survécu une petite principauté dans l'Arménie. Quant à Tétricus, il lui accorda le titre de collègue et le gouvernement de la Lucanie.

Dans la pensée de remédier au désordre des mœurs, il promulgua des lois contre l’adultère et le concubinage, qui ne fut permis qu’avec les femmes de condition servile. Il punissait avec sévérité ses esclaves et ses affranchis, et, s’ils commettaient un délit, il les livrait au magistrat ordinaire. Il éleva dans Rome un temple au Soleil, tout resplendissant de métaux précieux et de perles, avec des vases d’or du poids de mille cinq cents livres. Le Capitole et d’autres temples furent ornés des dons qu’il avait reçus des princes étrangers, et il assigna des revenus pour les prêtres et le culte. Outre l’huile et le pain, il distribuait au peuple de la chair de porc, et voulait y ajouter du vin ; mais le préfet du prétoire lui fit observer que la multitude , enhardie par cette libéralité, finirait pas exiger des poulets. Il détérmina la quantité de blé, de papyrus, de verre, que l'Égypteserait tenue de fournir annuéllement. Après avoir fait remise de toutes les dettes que les particuliers avaient contractées envers le trésor, il publia une amnistie générale pour les crimes d’État; mais un soulèvement excité par une réforme dans le système des monnaies, sans qu’on sache en quoi elle consistait, et qui fut étouffé dans des torrents de sang, réveilla le caractère sévère d’Aurélien ; il sévit surtout contre les sénateurs, qui furent punis de mort ou jetés dans les prisons. Dès lors, son orgueil ne reconnut d’autre droit que celui du glaive, et il traita l'empire en pays conquis.

Ces rigueurs lui valurent, de la part du sénat, une haine égale à l'amour que lui portait l’armée, et ce fut pourtant au sein de celle-ci qu’iltrouva la mort. Il s’apprêtait à venger Velérien sur la Perse, lorsque Mnesthée, son affranchi et son secrétaire, qu’il avait menacé pour quelques extorsions, résolut de prévenir le châtiment ; dans ce but, il montra aux principaux officiers de l’armée une fausse liste de proscrits, et leur persuada d’éviter la mort en la donnant à l’empereur. En effet, entre Héraclée et Byzance, il fut assassiné par ses gardes; mais, quand la liste qui avait causé sa mort fut reconnue fausse , les conjurés jetèrent Mnesthée aux bêtes, et érigèrent un temple au restaurateur de l'empire. Il est vrai que, durant les cinq années de son règne, Aurélien avait cicatrisé les plaies

HIST, UNIV. — Te Ve 28

Meurtre d’Aurélien,

Juin.

Tacite.

25 septembre.

dont la nonchalance de Gallien avait été la cause; il repoussa de l'Italie les barbares , rendit à l’empire son unité, reçut l’hommage d’'Hormisdas, successeur de Sapor, et, si sa rigueur excessive ne permet pas de le compter parmi les bons princes, il fut du moins un des plus utiles dans un temps où l’épée seule pouvait sauver un empire fondé par l’épée, Il avait d’abord toléré les chrétiens ; mais il se proposait de les exterminer, quand la mort l’appela à rendre compte de ses projets à un maître plus grand que lui.

Les principaux officiers, honteux de s’être suuillés du sang d’Aurélien, n’osèrent lui donner un successeur ; ils écrivirent au sénat pour qu’il choisit un prince qui fût à la hauteur des circonstances et pur de lassassinat du dernier, Tacite, prince du sénat, dissuada ses collègues d'accepter ce qu’on leur proposait, dans la crainte d’exciter des troubles si le chuix des sénateurs déplaisait à l’armée. L'élection fut donc renvoyée à l’armée, qui la renvoya de nouveau au sénat. Une troisième tentative n’eut pas plus de succès, de sorte que l’empire resta vacant pendant huit mois. La tranquillité intérieure n’en souffrit pas; mais, comme les ennemis, de l’autre côté de l’Euphrate et du Danube, devenaient plus entreprenants, Marcus Claudius Tacitus finit par être prociamé d’un commun accord. Il voulut en vain s’en excuser en alléguant ses soixante-quinze ans ; il fut contraint d'accepterle soin de l’État et du monde, que lui décrétait l'autorité du sénat, et qu'il méritait par son rang ainsi que par ses actions,

Le nouvel empereur était issu de Tacite l'historien ; il ordonna de faire chaque année dix copies des ouvrages de son illustre aïeul. D'un caractère doux, admirateur de la simplicité antique, il céda son patrimoine à l'État , aflranchit tous les esclaves de Rome, et trouva dans sa tempérance et son économie les ressources nécessaires aux libéralités impériales. Il fit fermer entièrement les maisons de prostitution et les bains publics avant la nuit, destina des temples et des sacrifices aux bons empereurs, rejeta le témoignage des esclaves contre leurs maîtres, et défendit de dorer et d’amalgamer les métaux (1); enfin il rendit leurs anciennes attributions aux sénateurs , qui, pleins de joie , firent des processions solennelles et se hâtèrent de prescrire à toutes les villes, ainsi qu'aux peuples alliés, de leur envoyer les appels des proconsuls , au lieu de les adresser à l'empereur ou au capitaine des gardes. Ils désignaient les proconsuls, et conféraient les magistra-

(1) De Claude IT à Dioclétien on ne fit plus de monnaies d'arsent, mais des

monnaies de cuivre ârgenté ; les pièces d’or continuèrent à être pures, parce que .

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tures avec une si complète liberté qu’ils refusèrent le consulat à un frère de Tacite, recommandé par lui à leurs suffrages. Les édits impériaux étaient sanctionnés par eux : manifestation de l’antorité sénatoriale.

Tacite se concilia l’armée par des largesses, et en la conduisant contre l’eunemi; mais, d’une part, la rigueur du climat, de l’autre, les instances turbulentes dessoldats, enhardis par son naturel bienveillant, le conduisirent au tombeau après un règne de six mois à peine : il se trouvait alors en Cappadoce.

Florianus, son frère , se fit revêtir de la pourpre et obtint l’obéissance des provinces d'Europe et d'Afrique ; mais, en Asie, trois légions se déclarèrent pour Probus, et une guerre civile commença , dans laquelle Florianus fut tué, Probus, natif de Sirmium, avait toutes les qualités d’un grand prince; il battit les barbares qui avaient envahi la Gaule, et les repoussa au delà du Rhin. Il contraignit les Goths et les Perses à demander la paix , subjugua les Isauriens en les disséminant dans les provinces les plus éloignées, defit les Blemmyes qui habitaient entre l’Éthiopie et l'Égypte, et assura la paix à l’extérieur.

Bien plus, il méditait (projet plus beau que facile à réaliser ) de ‘

désarmer les Germains et de les amener à remettre leurs différends à la décision des Romains ; en attendant, il fit construire une ligne de défense, consistant, non plus en des troncs d’arbres et en palissades, comme celle de Trajan, mais en une muraille de maçonnerie qui s’étendait du voisinage de Neustadi et de Ratisbonne à travers les montagnes et les vallées, les fleuves et les marais, jusqu’à Wimpfen sur le Necker, et joignait le Rhin après deux cents milles de parcour:. Il contraignit encore les Germains à fournir chaque année seize mille hommes des plus robustes , qu’il répartit dans les troupes nationales ; en effet, le recrutement deve nait de jour en jour plus difficile parmi les populations amollies de VItalie et des provinces de l'intérieur.

{l trouva un compétiteur dans Sextus Julius Saturninus, qu’appuyaient les turbulents Alexandrins, mais qui fut bientôt vainçu et tué. Proculus d’Albenga se révolta contre lui dans les Gaules ; il avait amassé, en faisant la course sur ner, à l’exemple de ses ancitres, de si grandes richesses qu’il put armer deux mille esclaves à lui; mais, defait par Probus, il fut trahi par les Francs. L'Espagnol Bonosus, qui du métier de maître d’école était parvenu à commander la flotte sur le Rhin, l'ayant laissé surprendre et incendier par l'ennemi, se révolta par crainte du châtiment et se soutint assez longtemps ; mais enfin il fut vaincu, etse donna

Avril.

Probus.

Août.

Carus.

Carin et Numérien,

Janvier

la mort : il ness’était pas rendu moins célèbre dans les url de Bacchus que Proculus dans ceux de Vénus,

Quand la guerre cessait, Probus employait les soldats à: des travaux utiles; il leur fit planter en vignes les coteaux dé la Gaule, de la Pannonie et de la Mésie , réédifier plus de dix villes détruites et ouvrir des canaux ; mais, ayant manifesté l'espoir d'assurer bientôt la paix générale et de se passer des soldats, ceux-ci le massacrèrent : catastrophe désormais inévitable, que les empereurs fussent misérables comme Gallien , ou prudents, justes et respectés comme Probus.

Les troupes proclamèrent Marcus Aurélius Carus, préfet du prétoire, qui nomma Césars ses fils Carin et Numérien , et défit les Sarmates dans la Thrace, assurant ainsi la tranquillité de l'Illyrie et de l'Italie ; puis il songea à faire la guerre longtemps méditée contre les Perses, guerre défensive devenue nécessaire.

Varanne II, monté nouvellement sur le trône, avait déjà envahi la Mésopotamie ; mais, apprenant que les Romains s’avançaient, il battit en retraite et envoya des ambassadeurs à Carus. Ils le trouvèrent en costume militaire , recouvert d’un manteau de pourpregrossière , et dinant, assis sur l’herbe, avec un morceau de lard et des pois ; quand ils eurent exposé l’objet de leur mission, il leur répondit, en ôtant une petite calotte dont il couvrait sa tête chauve : Si votre prince ne veut pas plier devant les Romains, je rendrai la Perse aussi nue d'arbres que ma téte l'est de cheveux.

Afin qu’on ne vit pas dans ces paroles une vaine menace, il entra dans la Perse, en proie alors aux factions, et occupée par une guerre avec l’Inde ; il avait déjà pris Séleucie et Ctésiphon, quand il mourut frappé de la foudre. Les soldats, qui cruvent voir dans cette mort un présage sinistre, obligèrent Numérien son fils à s’éloigner du Tigre, terme fatal des conquêtes romaines. Ce-prince, doué des plus belles qualités, était, comme poëte, supérieur à tous les hommes de son temps, et l'orateur le plus éloquent du sénat ; mais il fut tué dans la retraite,

De la Gaule , où il avait fait la guerre non ans habileté, Carin se rendit à Rome, et devint le chef unique de l'empire, Dans l’espace de peu de mois, il épousa et répudia neuf femmes, sans compter toutes celles qui durent satisfaire sa lubricité ; il perdait le temps en concerts, en danses, en plaisirs obscènes, Les amis, les conseillers de son père, ceux qui pouvaient lui reprocher ses vices ou qui avaient été ses égaux dans la vie privée, furent. mis à mort par ses ordres. Orgueilleux avec les sénateurs; il se vantait

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