‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 93 sur 135 · fév · texte numérisé non relu

fév

Mort de Consb tance. s 306,

98 juillet, |

Maxence, 33 octobre,

1er mars.

446 SIXIÈNE ÉPOQUE.

. Constance avait épousé en premières noces une femme de condition obscure, mais d’une grande piété, nommée Hélène, dont il eut Constantin, auquel probablement elle donna le jour à Daïssus , ville de la Dacie, Soit par égard pour une nouvelle épouse , soit par défiance envers elle, il envoya son fils à la cour de Dioclétien, qui, séduit par les rares qualités de ce jeune homme, beau , généreux, affable, cher au peuple et aux soldats, et dont une mâle prudence tempérait l’ardeur juvénile, le fit élever avec soin. Galère, jaloux de Constantin, amena Dioclétien à choisir d’autres Césars, au grand déplaisir des légions; devenu Auguste, il eut toujours l'œil sur lui, et l’aurait même tué, sans la crainte de l’armée qui lui était favorable , ou bien s’il n'avait échoué dans ses projets de trahison, Constance ayant appelé son fils près de lui, Galère lui opposa inille obstacles; mais il parvint à s'échapper, rejoignit son père, et fit heureusement avec lui la guerre dans la

. Bretagne aux Pictes et aux Calédoniens.

À la mort de Constance , Constantin fut salué empereur par les

| Soldats; selon l'usage , il adressa à l’autre Auguste, ainsi qu'aux

Césars, sa propre image, avec les insignes de l’empire. Galère, malgré le courroux qu’il en ressentit, se décida, pour éviter la guerre civile, à lui envoyer la pourpre, en lui donnant le titre de César, et à Sévère celui d’Auguste,.

Les cruautés de Galère, sa longue. absence et un recensement des richesses de chacun, fait avec une rigueur qui recourait même à la torture pour obtenir l’aveu des biens cachés , avaient déterminé un soulèvement général dans l'Italie, où Maxence, fils de Maximien et gendre de Galère, se fit proclamer Auguste. Quelques-uns ont cru qu’il avait été supposé par sa mère. Laid , vicieux, abhorré , il gagna les gardes prétorieries à prix d'argent. Les-Romains, pour se délivrer de Galère, les païens, dans l'espoir de relever l’ancien culte , lui prêtèrent aide et appui; alors Maximien, sortant de sa retraite, reprit en main les affaires , et reçut comme collègue de son fils les hommages du peuple et du sénat.

Sévère accourut de Milan pour réprimer ces usurpateurs ; mais son armée, qui avait autrefois obéi à Maximien, passa du côté du vieil empereur, et as assiégea “dans Ravenne TAuguste, rédit alors à céder la pourpre à son rival, qui lui promit la vieet la lui arracha ensuite. Maximien, tranquille de ce côté, voulut s’assurer de l’amitie de Constantin; il lui donna donc en mariage sa fille Faustine avec le titre d’Auguste,

Sur ces entrefaites, Galère avait pénétré en Italie; mais, en voyant l’immensité de Rome , ou plutôt la constance avec laquelle

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elle employait ses richesses contre celui qui voulaitles lui ravir, il n’osa l’assiéger, et se retira à Terni; puis, se défiant des dispositions de son armée , il rebroussa chemin , exerçant plus de ravages que n’aurajent pu le faire les barbares eux-mêmes.

Maxinien, se voyant moins considéré qu’il n’aurait voulu, chercha à supplanter son propre fils; mais, trompé dans son attente , il se rendit auprès de Galère, les uns disent pour l’exciter contre Maxence, d’autres, pour épier une occasion de le trahir. Quoi qu’il en soit, Galère donna pour successeur à Sévère Licinius, son ami, comme lui valeureux et ignorant, et même ennemi du savoir, mais, de plus, avareet débauché , malgré sa vieillesse ; à cette nouvelle Maximin, qui gouvernait ou plutôt opprimait l'Égypte et la Syrie, prit aussi le titre d’Auguste. Voilà donc six empereurs présidant aux destinées du monde romain : Constantin et Maxence en Occident, Maximin et Licinius en Orient; Maximien, que soutenaient les premiers, et Galère , qui avait de son côté les deux autres. Les uns et les autres n’étaient retenus dans leur désir d’en venir aux mains que par une crainte mutuelle. Maximien , repoussé par Galère , se réfugia auprès de Constantin, et déposa de nouveau la pourpre ; mais il voulut bientôt la reprendre. Profitant du moment où Constantin était occupé à combattre les Francs, il répandit le bruit de sa mort, et ouvrit le trésor d'Arles. À force de largesses, et en invoquant des souvenirs glorieux, il souleva les Gaulois #t tendit la main à Maxence ; mais Constantin, qui survint bientôt, l’assiégea dans Marsei!':. et, quand il le tint en son pouvoir, il ne lui laissa quele cho: 2: son

genre de mort,

Galère , moins malheureux que son collègue , partagea son existenceentreles travaux d'utilité publique , les plaisirs et lescruautés. Habitué au sang par ses persécutions contre les chrétiens , il montrait, en général, tant de barbarie que celui qui, condamné à périr, était décapité sans quelque aggravation de peine, se considérait comme favorisé. Jaloux du savoir et de l’indépendance, il bannit les jurisconsultes, les avocats, les gens de lettres, et fit rendre les jugements par des guerriers entièremer : :gers aux lois ; mais il se vit dévoré par des ulcères honteux et des insectes dégoütants , sans pouvoir trouver de soulagement ni de la part des médecins, qu’il envoyait souvent au supplice, ni de celle d’Apollon et d’Esculape, qu’il ne cessait d’invoquer. Croyant que le ciel le châtiait pour la persécution contre les chrétieas , il la suspendit par un édit promulgué au nom de Galère, de Licinius et de Constantin, et mourut peu de temps après,

Mort de Maxie mien, 310,

Mort de Gaitre, 30,

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Maximin accourut de l'Orient pour occuper ses provinces, et Licinius ne mit pas moins d’ardeur à s’y opposer; puis ils conclurent un arrangement qui leur donna pour limites l’Hellespont et le Bosphore de Thrace ; mais c’était une transaction d’ennemis, p'isovc les deux rivages furent couverts de troupes: Licinius re- ©! cie l’amitié de Constantin , Maximin celle de Maxence, et les peuples, victimes du délire des princes, restèrent dans une attente pleine d’anxiété.

Valérie , fille de Dioclétien et veuve de Galère, s’était retirée au près de Maximin , qui lui offrit de l’épouser en répudiant sa femme ; sur son refus, il err..:t contre elle tant de haine qu’il la bannit dans les déserts de la Syrie avec sa mère Prisca; il fit même périr ses amis et les personnes qui étaient à son service , et jamais Dioclétien ne put obtenir de lui que ni sa femme ni sa fille vinssent le joindre pour soutenir sa vieillesse.

Maxence tyrannisait l'Italie et l’Afrique ; un empereur qui surgit encore dans cette dernière province, lui fournit un motif de la soumettre aux plus grandes cruautés, de saccager Cirta et Carthage, et de prolonger les supplices et les confiscations. Ses folles prodigalités épuisaient Rome et la péninsule; il exigeait souvent des dons volontaires de la part des sénateurs , sévissait contre eux sur le moindre soupçon, en même temps qu’il déshonorait leurs femmes et leurs filles par la séductiou ou la violence. !l contraignit le gouverneur de Rome à lui céder Sophronie , sa i "me; mais celle-ci, vertueuse et chrétienne, demanda quelques instants pour se vêtir convenablement , et se tua après avoir prié. : 5 soldats, auxquels il permettait les mêmes excès, pillaient, tuaient et violaient : l’un recevait de Maxence la maison de campagne d’un sénateur, l’autre sa femme. Quant à lui , tout occupé de magie dans son voluptueux palais , il cherchait à lire l'avenir dans les entrailles de femmes ou d'enfants, et se vantait d’être seul empereur, les autres n’étant que ses lieutenants. Le contraste faisait ressortir davantage le bonheur dont jouissaient les provinces gouvernées par Constantin, qu', protégées contre es barbares, avaient éprouvé quelque soulagement par la dimin:tion äes impôts. À la nouvelle que Maxence r‘rissait une armée nombreuse pour lui ravir l'empire, ‘ ‘us prétexte de venger son père, il le prévint , et marcha sur! e, appuyé par le peuple et le sénat, qui l’appelaient à la délivrance de l’ancienne reine du monde.

Maxence, qui mettait toute sa confiance dans ses soldats, était parvenu à se les attacher; il porta le corps des prétoriens à son nombre primitif, arma quatre-vingt mille Italiens et leur adjoi-

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gnit quarante mille Maures d’Afrique , de manière qu’il comptait sous ses ordres cent soixante mille hommes de pied et dix-huit mille chevaux (4). Constantin n’avait en tout que quatre-vingt-dix mille fantassins et huitmille cavaliers; mais, après avoir laissé des garnisons dans les places où leur présence était nécessaire pour la sûreté du royaume, il ne put se faire suivre que de quarante mille soldats, braves, il est vrai, aguerris contre les robustes Germains el commandés par un chef expérimenté et aimé.

Tandis que sa flotte attaquait la Corse, la Sardaigne et les ports de l'Italie , il franchit les Alpes Cottiennes, et se trouva à Suze, au pied du mont Cenis, avant que Maxence sût qu’il avait quitté les bords du Rhin. Après s’être emparé de cette ville de vive force, il rencontre dans les plaines où coule la Dora un corps de troupes italiennes, dont hommes et chevaux sont bardés de fer, et le culbute; il entre à Turin, puis à Milan, et Vérone se rend à lui à discrétion, lorsqu'il a défait Pompéianus, qui la défendait avec beaucoup d’habileté.

Durant ce temps, Maxence s’étourdissait au milieu des plaisirs et se repaissait d'illusions; enfin ses officiers se décidèrent à lui représenter limminence du danger. Une troisième armée fut donc mise sur pied , et il en prit lecommandement malgré lui, honteux des gémissements dela multitude, et encouragé par cette réponse ambiguë des livres sibyllins :« Dans ce jour périra l'ennemi de Rome. » Les deux adversaires se rencontrèrent à neuf milles de Rome, dans un lieu nommé Saxa rubra ; Maxence vit son armée taillée en pièces, et lui-même , en fuyant, tomba du pont Milvius dans le Tibre. Constantin eut donc terminé la guerre en cinquantehuit jours, depuis son départ de Vérone.

Maître de Rome , il extermina fout ce qui appartenait à la famille du tyran; mais il refusa fermement aux clameurs de la multitude la mort des principaux partisans de Maxence. Renonçant à la cruauté dès qu’elle ne fut plus nécessaire, il oublia le passé, licencia les prétoriens et détruisit leur camp. Les délateurs furent repoussés , et ceux que Maxence avait opprimés respirèrent ; en deux mois, disent les panégyristes de ce prince, il cicatrisa les plaies faites par six ans de tyrannie.

Il rendit au sénat sa splendeur, et en obtint toutes sortes d’honneurs. Îl eut le premier rang parmi les empereurs , un arc de

(1) Romagnesi ( Dell’ indole e dei fattori dell’ incivilimento, p. I, ce. 2, $2), adoptant l'opinion de quelques-uns, représente Maxence comme faisant 47° 0pposizione armala in senso nazionale. J'ai recherché avec soin sur quoi pouvait s’appuyer une pareille opinion, et je ne lui aï pas trouvé le moindre fondement.

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Mort de Maxence.

1er mai,

# octobre.

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450 SIXIÈME ÉPOQG:Y.

triomphe qui subsiste encore , et plusieurs édifices conmencés par Maxence furent dédiés en son nom, pour ne rien dire des fêtes brillantes qui attirèrent du dehors une foule innombrable. Cons- -tantin donna sa sœur pour femme à l’empereur Licinius , et Dioclétien ayant refusé d’assister aux cérémonies du mariage, les empereurs lui écrivirent des lettres d’un ton si rude que sa mort en fut peut-être hâtée. Constantin marcha ensuite contre les Francs, qui réunissaient des forces pour attaquer l’empire; les ayant prévenus , il dévasta leur territoire , et leur fit beaucoup de prisonniers , dont un grand nombre fut jeté aux bêtes.

Maximin Daza ne ralentissait pas les persécutions contre les chrétiens , qui regardaient comme un châtiment du ciel la famine et une épidémie dont souffraient les provinces , ainsi que la guerre de la Grande-Arménie , alors soulevée, parce que le tyran voulait mettre obstacle au culte du vrai Dieu (4). Il attaqua Licinius, dont il avait pris ombrage ; mais, vaincu complétement, il s'enfuit jusque dans la Cappadoce ; puis , assailli d’horribles souffrances, il mourut à Tarse.

Licinius et Constantin restés maîtres, le premier de toutes les

provinces d'Orient, l’autre de toutes celles d'Occident, on pouvait espérer que le calme renaîtrait bientôt; il n’en fut pas ainsi , et les prétextes de rupture ne manquèrent pas. Constantin défit son rival dans la Pannonie et les plaines de la Thrace , puis lui accorda la paix; mais Constantin ayant poursuivi les Sarmates etles Goths, qu’il. avait mis en déroute, jusque sur le territoire de Licinius, les plaintes se renouvelèrent et finirent par amener la guerre. Licinius, battu de nouveau près d’Adrianopolis, vit sa flotte détruite dans le détroit de Gallipolis ; il fut obligé de demander la paix, et l’obtint.

Mais Constantin , apprenant qu’il recommençait à lever des troupes et appelait à son aide jusqu'aux barbares, le prévint dans ses projets et le défit si complétement qu’il ne vit pour lui d’espoir de salut qu’en allant se jeter aux pieds du vainqueur et en déposant la pourpre. Constantin l’accueillit avec bonté , voulut qu'il se plaçât à table auprès de lui, et l’envoya à Thessalonique avec toutes sortes d’égards ; mais après, il le fit étrangler. L’empire alors se trouva réuni sous la main vigoureuse de Constantin.

(1) Eusèser, IX.

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