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CHAPITRE XX

Lorsque Constantin se dirigeait vers l’Italie pour aller combattre Maxence , toute l’armée vit sur le soleil deux lignes rayonnantes

(1) Voyez : BozLanni et HENScHENIT, Âcéa sanctorum quotquoi orbe coluntur ; Anvers, 1643-1694.

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en forme de croix, avec cette inscription : Tu vaincras par ce siqgne (T'aërn vixñoetç). Plus tard, cetempereu: reçut en songe l’invitation d’adopter la croix pour enseigne; il en fit donc faire une avec le monogramme du Christ >k, et l’attacha au labarum, c’està-dire à l’étendard impérial, pour remplacer les images des dieux qu'il était d’usage de porter à la tête des armées (1).

Voilà donc la croix qui, de l’opprobre du Golgotha , a été appelée à guider les armées, à resplendir sur le front des rois et à ouvrir une civilisation nouvelle, mais à travers les luttes et les souffrances qui sont indispensables pour le triomphe de la vérité.

Nous avons déjà fait mention (2) de ceux qui, les premiers , propagèrent le christianisme par l’exemple , par la mort, par la grâce, jusque dans les contrées les plus reculées. La voix des apôtres retentit par toute la terre; mais, comme leur humilité ne nous a pas laissé de souvenirs dans tous les pays qu’ils ont convertis, nous devons nous renfermer presque exclusivement dans le monde romain. La critique ne peut accepter à la rigueur l’expression de saint Justin martyr, quand il s’écrie : Il n’est pas de peuple grec ou barbare, pas de nation, quels que soient son nom et ses mœurs, quelque ignorante qu'elle soit de l’agriculture et des arts, qu'elle habite sous des lentes ou s’en aille errante sur des chars couverts, chez laquelle ne s'élèvent, au nom du Christ crucifié, des prières au Père et Créateur de toutes choses (3). Cependant il est certain que le christianisme se répandit avec une rapidité qui, si l'on tient compte des obstacles, suffirait à faire foi de son origine

Ruenicer , De statu et cond. Paganorum sub imp. Christianis post Constantinum; Breslau, 1825.

NeANDER, Allgemeine Geschichte der christlichen Religion und Kirche ; Hambourg. 1825-1830, 6 vol. in-8°,

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GitseLer, Manuel de l'hist. ecclésiastique (allemand). L'auteur est protestant. Un autre manuel catholique a été publié par DoELLINGER.

BLuMHARUT , Aist. générale du christianisme dans tous les pays, etc. Ouvrage allemand, traduction en français par Cosre; Valence, 1838. Il existe en outre des histoires particulières des Églises de chaque pays, telles que l’Ztalia sacra, par Ucueunt; la Gallia christiana, par SainTe-Manruës ; l'Æspaña sagrada, par FLores ; l'Anglia sacra (Lond., 1691 ); l’Africa christiana, de Morcelli, etc.

(1) L'étendard ainsi consacré fut appelé Zabarum, mot qui déjà désignait l'enseigne impériale.

(2) Voy. ci-dessus, chap. VII.

(3) Dial, cum Tryphone. Gibbon, qui cherche à diminuer le nombre des chrétiens, dit qu'ils ne pouvaient dépasser un vingtième de la population de l'empire. Ce serait déjà une proportion immensément superieure à celle de toute autre secte,

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divine. Outre la Judée , l'Italie ; la Grèce et l'Égypte , les provinces situées entre l’Euphrate et la mer Égée reçurent l'Évangile de la bouche dePaul ; PApocalypse nous rappelle les sept Églises asiatiques d'Éphèse , de Smyrne, de Pergame , de Thyatire, de Sardes. de Laodicéeet de Philadelphie. Dans la Syrie, celles de Damas, de Bérée ( A/ep) et d’Antioche étaient illustres. Chypre, la Crète, la Thrace , la Macédoine, accueillirent les apôtres , qui semèrent aussi la vérité au sein des anciennes républiques de Corinthe, de Sparte et d'Athènes.

D'Édesse, où le christianisme fut emnbrassé par beaucoup de personnes, il put se propager dans les villes grecques et syriaques qui obéissaient aux successeurs d’Artaxar, en dépit de la hiérarchie vigoureuse des mages perses et de leur culte intolérant. La Grande-Arménie le reçut de bonne heure de la Syrie; mais elle ne fut convertie en entier qu’au quatrième siècle, quand Tiridate fut baptisé par saint Grégoire Z{luminator. Une prisonnière chrétienne le porta dans le Caucase, en amenant un prince ibère à confesser la divinité de Jésus et à demander des missionnaires à Constantinople.

Mais, de même que les cités antiques voulaient tirer leur origine des deini-dieux, les Églises aspirèrent en trop grand nombre à l’honneur d’avoir été fondées par les apôtres ; car il en est à l’égard desquelles subsistent encore des témoignages contraires, Sulpice Sévère atteste que la religion du Christ ne passa que tard de l’autre côté des Alpes, et cite un bourg populeux où, de son temps encore, personne ne connaissait Jésus-Christ (1). On ne voit apparaître dans les Gaules que les Éghses de Lyon et de Vienne, sous les Antonins, et, sous Décius celles d’Arles, de

Narbonne , de Toulouse, de Limoges, de Clermont , de ours et de Paris. Bien que beaucoup de villes eussent certairenisnt embrassé lu foi quand elle pouvait encore coûter le imartise, la

masse de la population ne devint chrétienne qu’à parur du moment où les persécutions eurent cessé , alors que le zèle de saint Martin de Tours et de son successeur saint Brice, de saint Corentin de Quimper, de saint Marcel de Paris, fut récompensé par de glorieux triomphes.

Sans croire que, dès l’an 180 , le pape Éleuthère eût envoyé des missionnaires dans la Grande-Bretagne à la requête d’un certain roi Lucius, nous lisons dans Tertullien que /es Cambiiens et

(1) Vemo noverat Christum. Dial, A, Serius trans Alpes Dei religione suscepta. (Hist, eccl., II.)

les Calédoniens, invincibles jusqu'alors aux armées romaines, fu-

rent subjugués par le Christ (1). ss Saint Jacques le Majeur, auquel les Espagnols rappôrtent leur de conversion (2), ne paraît pas être sorti de la Palestine, où il souf- ai frit le martyre neuf ans après Jésus-Christ, avant la dispersion des ad apôtres. La méme incertitude couvre l’origine des Églises d'Afrique, da dans lesquelles prospéra le bon grain, grâce aux évêques établis Its en grand noinbre jusque dans les moindres villes, et au zèle de lib champions éloquents de la foi, notamment de saint Cyprien. Les da livres saints avaient été traduits dans lEthiopie dès le deuxième cl: siècle ; l’Église y fut ensuite établie par Frumence, qui, après avoir pê converti le Négusc , fonda l’évêché d’Axum. Déjà, au temps de de Néron, trente-trois ans après la mort du Christ, il y avait dans PI: Rome beaucoup de chrétiens (3. Déjà ils sont clairement distin- | gués des juifs; déjà on ne peut les punir qu’en inventant contre ls eux d’absurdes calomnies ; déjà ils ont pénétré dans les provinces le éloignées, et l’on se vante comme d’un triomphe de les avoir ex- vai tirpés (4). Lucien trouve le Pont, sa patrie, envahi par des épicu- tou riens et des chrétiens (3). Quatre-vingts ans seulement après la éto venue du Christ, Pline se plaint que les temples sont déserts, les che victimes sans acheteurs , et il en accuse cette superstition chré ten tienne répandue jusque dans les hameaux et les chaumières. qu’ Alors les prosélytes n'étaient plus seulement des gens vulgaires ; | que Pline en rencontrait de toute condition et de tout âge. Tertullien la g déclarait au proconsul que, s’il persistait à faire la guerre aux chré- leu tiens de Carthage, il pouvait décimer la ville, et qu’il trouverait mo parmi les coupables beuucoup de personnages de son rang, des der sénateurs, des matrones, des amis. L’édit de l’empereur Valérien I suppose que des sénateurs, des chevaliers romains et des dames de les haut rang ont été convertis. aff Se Cette diffusion fut favorisée en partie par des circonstances hu- difl sa christian. Maines (6). Bien qu’un édit d’Auguste eût prohibé lessociétés nou- inu

velles {étaigiu), le christianisme était \oléré d’abord comme une

(1) Apologie.

(2) L'ést ce que soutient D. Enmico FLones, España sagrada, t. XII, Saint Paul manifeste l'intention de se rendre en Espagne, dans son épître aux Ro- à mains (XV, 24 et 28). On a prétendu que saint Pierre était allé à Tarragone. inc (3) Multitudo ingens « (4) On a trouvé en Espagne nne pierre avec cetle inscription : NERONi. cr. CAIS AUG, PONT. MAX, OB PROVINC, LATHONIB. ET HIS QUI NOVAM GENERI HUMANO tute SUPERSTITION. INCULCAB, PURGATAM.— MuRATOR, 1, 99. (5) In Alexandr., 95. (Hd (6) Dorruincen.

28, fu- secte judaïque (4). Le monde civilisé se trouvant réuni dans l’étendue de l’empire, les propagateurs n’eurent point à lutter contre it leur des inimitiés nationales, et les conquêtes des Romains tournèrent | souf- ainsi à leur avantage. Ajoutez à cela l'usage de l’idiome grec on des adopté par les apôtres, idiome le plus raffiné, et qui, répandu frique, dans tout l'Orient depuis la conquête d'Alexandre, était connu en établis Italie et dans les Gaules de quiconque avait reçu une instruction zèle de libérale. Des hommes pleins d'érudition et profondément versés n. Les dans les belles-lettres ne tardèrent pas à concilier l'estime des axième classes supérieures à l’enseignement, dédaigné d’abord, des 8 aVOIr pêcheurs galiléens ; enfin, un système qui mettait à nula pauvreté nps de des autres philosophies fut exposé dans la langue d’Aristote et de t dans Platon.

distin- En effet , la Providence n’avait point refusé aux peupies , même contre les plus abandonnés, ni la lumière pour découvrir la vérité, ni bed le penchant instinctif pour respecter au moins ce qu’ils n’a- Lou vaient pas la force de pratiquer. Les hommes avaient beau s’eépicu- tourdir au milieu des affaires ou des voluptés, ils ne pouvaient après la étouffer dans les consciences cet instinct puissant qui porte à reris, les chercher ce qu’est Dieu, ce qu’est l’homme ; quels rapports exisn chré tent entre l’un et l’autre; comment le pécheur peut se racheter ; ce 2s . qu’ildeviendra après la mort. Que pouvaient répondre à de pareilles

gaires ; questions l’orgueil glacé des stoïciens, la dépravation épicurienne, rtullien la grossièreté des cyniques , le scepticisme académique? Les meil- 1x chré- leurs maîtres faisaient naître le désir de la vérité, au lieu de le puverait modérer, répondant par des doutes et des subtilités, quand l’âme g, des demandait le repos de la certitude,

alérien La religion païenne pouvait-elle donner cette certitude? Mais mes de les oracles avaient, pour ainsi dire, perdu la voix depuis que les

affaires se traitaient dans les conseils des rois, parce qu’il était plus ces hu- difficile d’en prévoir les décisions ou dangereux de les révéler, et és nou- inutile de persuader au nom des dieux ce qu'imposait le décret ne une d’un maitre, La foule paraissait si dégoûige des anciennes divi-

nités qu’il fallait sans cesse en introduire de nouvelles, dont le symbole ne fût pas avili par une interprétation matérielle, et raviver la foi par de nouveaux rites, au milieu de cette déplorable incertitude des consciences, qui flottaient entre la superstition et

(t) Knarrr, Prol. de nascenti Ch isti Ecclesia secta judaicæ nomine tuta (1771), et Séspensrucken, de Chrulianis ad Trajanum usque a Cæsaribus et senatu romano pro culloribus relig'onis mosaicæ semper habitis ( Helmstadt, 1760 ), ont exagéré en soutenant “ue les chrétiens se propagèrent à l'ombre du judaïsme.

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