‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 98 sur 135 · SANT · texte numérisé non relu

SANT

les conversions} aussi la persécution, commencée en Égypte, se propagea-t-elle dans le reste de l'empire. Douze chrétiens, de Scylla dans l'Afrique consulaire, après avoir résisté aux caresses et aux menaces, furent martyrisés sans fairé entendre une plainte ; leur nom répété dans les assemblées encouragea les chrétiens , et servit même à convertir beaucoup de gentils.

A la mort de Sévère, les chrétiens avaient aëquis tant de force qu'au lieu de se réunir, comme ils faisaient d’abord, dans des maisons particulières ou dans des lieux cachés, ils purent élever des églises, acheter des terrains dans Rome et faire leurs élections publiquement ; l’empereur Alexandre les admit dans son palais comme prêtres et comme philosophes , et des évêques , des docteurs, obtinrent ses bonnes grâces. Mais, lorsque Maximin, qui lui succéda, punit les amis de son prédécesseur, beaucoup de chré: tiens furent enveloppés dans le châtiment; puis d’autres eurent le même sert, à l’occasion d’un tremblement de terre qui se fit sentir dans la Cappadoce et dans le Pont.

& l'empereur Philippe, peut-être à cause des exhortations d’0: rigène, favorisa les chrétiens au point de faire supposer qu’il avait embrussé leur foi, Décius se montra extrêmement hostile à leur égard. Un poëte fanatique se mit à déplorer en public Pabandon de l’ancienne religiun : la multitude demanda que le sang des impies coulât en réparation, et les magistrats cherchèrent à se concilier la faveur populaire en accédant à ses vœux.

La peste, qui dans ce temps dévasta l'empire, contribua aussi à exciter la fureur du peuple et la superstition des agents du pouvoir contre ces victimes innocentes, qui ne se vengeaient qu'en prodiguant les bons vffices, les prières el la charité. Les principaux évêques furent alors immolés ou exilés; durant seize mois, le clergé de Rome fut réduit à l’impossibilité de procéder à l'élection d’un nouveau pontife, en remplacement de Fabien, qui avait été mis à mort.

On mit dans les tortures les derniers raffinements dela cruauté; le juge, après avoir fait subir à un infortuné le supplice du che valet et des plaques rougies au feu, ordonna qu’il füt oint de miel, et exposé au soleil pour être dévoré par les mouches. Un autre, dans la vigueur de l’âge, fut conduit dans un jardin déiicieux, et attaché sur un lit avec une prostituée ; alors ne sachant plus coin: ment résister à ses excitations impudiques, il se coupa la langue avec ses dents, et la lui cracha au visage (1). D’autres ne surent

(2) L'hlitoire dus Sept dofinañts se rapporte à celle époque; c’étaient des frères qui, s'étant enfuis d'Éphèse à cause de la persécution, se réfugièrent au

Ville person:

tlun,

1Xe pareouton.

pas résister aux tourments:; ét. dé ‘cé nombre furent: deux Romaines, Numéria et Candida ; un certain Lucien, qui:se trouvait en prison à Carthage, informé du fait;écriviten-ces:termies à Célérin, qui lui demandait si elles étaierit dignes de pardon‘: d: Le « bienheureux martyr Paul, élant encore dans lemonde, m'ap- « pela et me dit : Lucien, je te dis devant Jésus-Christ :8t, après « qu'il m'aura äppelé à lui, quelqu'un te demande la paix, donne- « la-lui en mon nom; car nous lous que Dieu'a daigné appeler. à lui dans cette perséculion, nous avons, d'un ‘commun ‘accord; “octroyé des'lettres\ de paix à ceux qui ont failli: Sachez donc; mon frère, que je suis disposé à'exécuter l’ordre laissé par Paul, ‘ét que nous l’avons établi ainsi depuis que nous nous retrouvons dans cette affiction , l’empereur ayant ordonné qu’on nous laissâtmourit de faim ; enférmés dans deux:horribies:cachots, où la chàleur est insupportable; maintenant nous voyons un: peu de lumière. Jé vous prié donc de saluer Numéria et Candida , qui auront la paix, selon la recommandation de Paul:et des autres martyrs, dont voici les noms : Bassus, qui mourut dans les carrières; Mappalique ; par la corde ; Fortunion, en prison ; Paul, après la torture’; Fortuna, Victorin, Victor, Hérennia, Créduli, Hérennus, Donat, Fermus, Ventus, Fructus, Julie, Martial et Ariston, qui sônt morts dé faim -dans:la prison, par la volonté de Dieu. Il vous sera bientôt annoncé- que nous les avons suivis: car depuis huit joursnoüs sommesrenférmés de nouveau, après avoir réçu durant cinq jours un peu depain et d’eau; strictement mesurée. Je demande que, lorsque le Seigneur aura accordé la paix à l'Église , ‘celles qui ont erré obtiennent la:paix, selon l’ordre de Paul'et notre délibération, après avoir exposé leur faute devant l’évêque et fait pénitences et non- seulement elles, mais tous ceux aexquele vous savez ‘que s’étend notre intention. » 6 i! 10} Valérien , vers la fin de son règne, éd de nouveau les chrétiens, à la suggestiondu préfet Macrien, Égyptien d’origine et versé dans la magie. Dans le nombrétombèrent d'illustres victimes, les papes Étienne et Sixte IL, et l’évêque de’ Carthage Cyprien. Laurent, aui gardait les trésors de l'Église, sommé de: révéler où ils étaient ‘déposés; montra une troupe de pauvres,' a il fut: grillé sur des charbons.

Gallien suspendit les perséoutions et, quoiqu'il Ù eût encore

RARARERRRSARARA A

fond d'une caverne, el s’y endormirent dans. le Seigneur. Leurs corps, iboet retrouvés lougtemps après, et le bruit se répandit parmi le vulgaire qu'ils avaient dormi jusque-là.

x Rotrouvait es à Cé- 5 d Le , m'apti après y donneppeler à accord;

z'donc; ar Paul, pouvons ous laislots 5 où ‘un! peu andida , ‘et des ut dans prison ; nia, Cré- , Martial r la voes avons ouveau, AU, stricaura aclacpaix , r exposé tulement d notre veau les igine et ictimes, yprien.

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quelques; victimes sous Aurélien, l'Église put. AEqEIE cette apparence de légalité que le-temps confère... ;:,

: Le nombve-des:prosélytes augmenta au point: que l'on dut partout agrandir les églises. Des chrétiens obtenaient les magistratures, lesévêques étaient considérés et.honorés. Paul de Samosate en offrit surtout un exemple ; ayant déposé l’esprit.évangélique, il introduisait. le faste païen dans. les. choses sacrées, extorquait de l'argent, vendait les dignités, compliquait les affaires, préchait en sophiste plutôt qu’en. apôtre , se plaisait dans la. mollesse et finit par tomber: dans l’hérésie. Les. évêques, après. avoir vainement

Chenché, à le ramener dans:la véritable: voie, le déposèrent et lui élurent un successeur, sans avoir pris l’avis du clergé et du peuple. Cette: irrégularité fut dénoncée à Odénat:et à Zénobie, dont la faveurmaintint Paul dans ses fonctions jusqu’à la victoire d'Aurélien. Ce: prince appela devant lui les deux partis; mais, comme il ne se sentait pas en iétat de prononcer, il renvoya la décision aux évêques

Italie, soit qu’il les réputât-plus impartiaux soit qu’il voulût ac-

croître l'influence de la capitale sur les provinces.

IL est dans la, nature de l’homme de laisser languir une croyance lorsqu'elle ne rencontre point d'obstacles, et de la raviyer quand elle ‘est combattue, Les païens ; qui n’avaient qu'indifférence ou mépris pour deur religion, s’y; attachèrent; par esprit de réaction,

quand les chrétiens se mirent à en démontrer la fausseté et l’indé-

cence. Ils prétendirent que les doctrines ou les pratiques dont le bonrsens faisait justice dès qu’on les connaissait, étaient des additions populaires ; ou des symboles d’une sagesse mystérieuse et d’une:mmorale sublime; on. revint donc au respect des ançiennes fables ,ret le dépit de les voir dénigrées par les nouveaux sectaires fit qu'on voulut, les soutenir par tous les moyens. Les sacrifices fuvent en conséquence plus multipliés, plus pompeux que jamais, et l’on en introduisit même de nouveaux. Des initiations et des expiations:; destinées à suppléer à ce que l’Église promettait par le baptême et la confession, furent proposées aux croyants; puis vinrent les miracles, les prophètes, les oracies, les guérisons aux temples d'Esculape; le fanatisme du peuple s’en exalta tellement que les villes ét les corporatiôns demandaient à l’envi aux empereurs: l’exécution des anciennes lois, c’est-à-dire l’extermination des chrétiens.

Leurs réclamations trouvèrent un appui: dans Maximion et Galère. Ce dernier s’étant abouché avec Dioclétien après la guerre de Perse, à l'effet de statuer sut le sort des chrétiens , ils délibérèrent avéc un petit nombre de personnages éminents, dont

l'avis fut d’extirper une secte qui, formant un État dans l’État , entravait son action et pouvait menacer son existence. Il est vrai que le christianisme, qui s'était grandement répandu, décomposait l’unité si nécessaire des lois et des croyances ; or ik fallait, . pour la eonsolider, ou rendre le nouvelle religion dominante, ou “le détruire dans ses racines. Dioclétien n’eut pas la bonne ins+ piration ou la volonté de prendre le premier parti; il adopta lé , second.

Le jour des fêtes Terminales, le préfet du prétoire et les prina férter. CiPAUX fonctionnaires entrèrent de force dans l’église principale Xrsecu- de Nicomédie, où ils ne trouvèrent aueun objet du eulte; après avoir brûlé les saintes Écritures, ils abattirent en peu d'heures ce temple, qui, s’élevant dans la partie la plus haute et la plus peuplée de la ville, dominaitle palais impérial. L'édit de proseription générale fut promulgué le lendemain. Les églises durent être démolies dans toutes les provinces : peine de mort contre quiconque assisterait à des conventicules secrets ; injonction de consigner les livres saints, pour être brûlés solennellement ; les hiens des églises furent ou vendus à l’encan, ou confisqués, ou donnés à des corporations et à des courtisans. En outre , le refus de rendre hommage aux dieux de Rome fut puni , pour les hommes libres, par l'exclusion des honneurs et des emplois; pour les esclaves, par la perte de tout espoir d’affranchissement. La loi cessa de protéger les uns et les autres; les juges durent aecueillir toute acousation contre les chrétiens, et n’admittre en leur faveur ni réclamation ui excuse. Si ce décret, d’une perversité si tyrannique , n’était attesté uniformément par un grand nombre d’historiens ; on aurait peine à le croire émané du chef d’une nation civilisée; car il enveloppait dans la persécution la plus furieuse une grande partie du monde, en donnant libre carrière à toutes les violences, à toutes les haines privées, sans laisser même à ceux qui devaient ensouffrir le droit de porter plainte.

Un chrétien plus généreux que prudent (1); lisant cet édit-affiché dans Nicomédie , le déchira et se répandit en invectives amères contre les Césars. Comme les gouvernements injustes ne punissent rien plus sévèrement qu’une manifestation qui a pour but d’improuver et de condamner leurs méfaits, cet infortuné, bien que d’une condition honorable, fut brülé à petit feu pour vebger Pin-

(1) &t si non recto, magno lamen animo, dit Lacrance, c. 12. Et cette con équité de jagément est rémarquäble an milien de l'admiration des uns ét de la sep!

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Et cette ét de la

jure faite à. la majesté impériale ; sans parvenir à altérer le sourire qui resta sur ses lèvres au milieu d’une agonie atroce.

Ce spectacle, et les applaudissements prodigués par les chrétiens à ce héros, inspirèrent à Dioclétien une sorte de trouble et un sentiment de crainte. Le feu ayant pris deux fois dans cette journée à son palais de Nicomédie, il y vit une vengeance des chrétiens conjurés, disait-on, avec les officiers les plus intimes de sa maison. Galère , feignant d’apercevoir partout des embûches, ne voulut pas demeurer davantage dans cette ville, et le faible emprteur laissa un libre cours aux plus féroces exécutions. « On emprisonnait les prêtres , dit Lactance , et tous les ministres de la religion ; puis, sans les entendre, sans même les interroger, on les trainait à læ& mort. Les chrétiens, sans distinction d'ôge ni de sexe ; étaient condamnés aux flammes , et, comme il y en -avait un grand nombre ;, on ne les livrait plus isolément au sup-

plice, mais on les entassait sur les bûchers. Les esclaves étaient jetés à la mer avec des pierres au cou; là persécution n’épargnait personne , et les juges, siégeant dans les temples, contraignaient tout le monde à sacrifier; les prisons étaient pleines ; on imaginait de nouveaux genres de tortures, et, pour que personne n’échappât à tant de cruauté ; on dressait des autels devant les grilles des cachots et devant les tribunaux , afin que les accusés sacrifiassent avant de plaider leur cause ; ils étaient traduits ainsi, non-seulement en présence des juges, mais en présence des dieux. »

Les seènes de Nicomédie trouvèrent dans les provinces des imitateurs empressés; les églises furent spoliées (1), puis incendiées. Une ville de la Phrygie, où l’on eraïgnait de la résistance, vu le grand nombre des fidèles , reçut un détachement de légionnaires. Ason arrivée , tous les croyants se réfugièrent dans l’église, résolus à s’y défendre ou à périr. Les soldats mirent le feu à l'édifice, et les brèlèrent jusqu’au dernier.

Les chrétiens furent aussi accusés de quelques rébellions dans Ja Syrie et sur les confins de FArménie ; de là , pour Dioclétien, un motif à aggraver la rigueur de sesordres, en manifestant l’intention d’abolir le nom chrétien,

L'Espagne, bien qu’elle fût sous les ordres de Constance ; trouva dans le gouverneur Datien un farouche exécuteur de Fédit de pro-

LAARAARrER

(1) L'inventaire fait alors du mobilier de l’église de Cirtha en Numidie a été conservé ; il porte : Deux calices d'or, six d'argent, six urnes, une chaudière,

sept lampes, le tout en argent; plus, des ustensiles de cuivre et des vête-

Br La Enr Lu fase dans, a ee et dans la :

Après la condamnation de plusieurs chestiènss il en vit d’autres qui äccouralent au tribunal en. confessant leur foi-et en \demandant la mort; puis tous’ entonnaient des cantiques. d'actions de

grâcés jusqu’au moment où ils expiraient. L'Église d'Italie fournit. une abondante moisson de martyrs : à Rome, \e comédien. Géné-.

sius, la jeune Sotéris, Pancrace, Agé de quaiorze ans, Agnès, de douze, le Milanais Sébastien, le prêtre Mareel,, l'exorciste Pierre; à Bologne, Agricola et Vital son esclave, : à Milan, Nasar, Celsus, Nabor, Félix, Gervais et Protais; } Aquilée, Causius , Cantien.et-

Cantiénilla, de la famille Anicia: gloires nouvelles, d’un pays où :

la gloire avait consisté jusqu ’alors à tuer, non à souffrir. siu0is +

L'Église gauloise fut aussi fécondée par le sang. d’une foule de: martyrs, et illustrée par des prodiges, Les serviteurs du Christ: habitant Vienne et Lyon écrivaient en cestermes ,à leurs frères :

d'Asie et de Phrygie ayant la méme foi. et la méme ‘espérance ;: en leur racontant les particularités de leurs supplices ; :& La: haine: « des païens était si animée contre nous .qu’ils nous .chassaiént:

« des maisons, des bains, des places, et ne. souffraient pas en :

« général qu’un seul de nous se. montrât en, public. Les. plus.

« faibles se sauvèrent, les plus courageux s’exposèrent.à la per: :

« sécution. D'abord le peuple s’élançait contre eux confusément, « par masse , avec des vociférations, les trainant, arrachant leurs

« vêtements, les lapidant , les déchirant, leur faisant essuyer tous :

« ce que la fureur peut inventer de plus cruel. Puis, amenés :sur :

« la place, interrogés publiquement par le tribun: et les magis-

« trats de la ville, ils étaient mis en prison jusqu'à l’arrivée du. « gouyerneur. Ils parurent ensuite devant lui; or, comme il. les:

« traitait cru lement, Vésius Épagathus, jeune homme.de mœurs

« Lee ÉrSenA le, ot plein de zèle. ne pouvant.endurer ces traiter « ments :! 110 nd | être enfeudu pour présenter leur défense! ét :

« démontrer que nous n’étions pas des impies.; Tous:ceux qui. en « touraient le tribunal s’étevèrent contre lui; le gouverneur, au

« nie avec le titre, d’avocat.des chrétiens. Il y en eut dix en- « viron auxquels manqua la force de résister, pour ne s'être ‘pas « apprêtés d'avance au combat. Leur chûte nous causa une vive

lui.

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« affliction, et diminua le courage des autres, qui, n’étant pas en- « care, arrêtés, 'assistaient les ‘martyrs et ne les abandonnaient « point;quelques peines qu’ils düssent souffrir. L’incertitude où « nous étions à propos de leur confession nous tenait dans l’ap- « préhension, non'que les tourments nous effrayassent, mais nous « pensions à la fin, et nous redoutions que certains d’entre eux « ne pussent résister jusqu'aux dernières épreuves. »

Parmi cette légion glorieuse qui, durant quatre siècles, renouvel& dans ses mernbres la passion'de Jésus-Christ, nous ferons une mention particulière de quelques héros chrétiens.

Lorsque Trajans’avaänçaitcontre les Parthes, il fit paraître@evant lui à ‘Antioche l’évêque Ignace, disciple des apôtres . et lui dit : « Qui'es-tu, misérable , pour fouler aux pieds mes oréves et per- « suader aux autres de courir à leur ruiné? » L’évêqu ayant répondu qu’il s'appelait Théophore, c’est-à-dire Porte-Dieu , lempereur ajouta : «Qui-appellés-tu Porte-Dieu?— Celui qui a Jésus dans « le cœur, — Pensés:tu donc que nous n’ayons pas dans le cœur « les dieux qui‘combattent avec nous nos ennemis? — lu te « trompes’ en appelant dieux les démons des gentils : ya « qu’un:seul Dieu, qui a fait le ciel , la terre, la mer, tout, 1 n’y « a.qu'un'sevl JésusiClirist, fils unique de Dieu, au royaume du- « quel: j'aspire.-— Veux:tu parler de celui qui fut sacrifié ous « Ponce Pilate? C’est celui qui « crucifié mon péché avec son au- « teur; etqui met toute la'nature et les démons sous les pieds de « ceux qui le portent dans leur cœur. »

Trajan:; après avoir entendu cette confession absolue de la s#5vinité du :Ghrist, envoya à Rome pour qu’il fût puni de mort. De toutes parts aceouraient des évêques , des diacres, dés fidèles, envoyés par tes Églises pour le secourir, payer pour lui, recevoir sa bénédiction , et c’était un spectacle nouveau pour le monde que le triomphe d’un homme enchaîné. Lorsqu'il fut arrivé dans la capitale ; il:craignit que la piété des fidèles n’obtint sa grâce (1),

ctil les supplia dé ‘lui laisser cuéillir la palme triomphale ; s’age-

nouillant avec ses frères , il pria le Fils de Dieu pour les Églises, pour la fin de la persécution, pour le maintien de la charité entre les fidèles, Traîné énsuite à Pamphithéâtre ; il fut livré aux bêtes

(1) À n'est pas pôssiblé de imanifester la soif du martyre avec des paroles plus vives: que celles d'Ignace; elles ünt été conservées par saint Jérônfe dans le Catalogue des: écrivains ecclésiastiques. Ufinam fruar besliis quæ mihi sunt præparalæ !..quas. el oro mihi veloces esse ad comedendum me, ne, sicul aliorum marlyrum, non audeant corpus mneum aftingerc. Quod si

venire nolucriné, ego vim Jaciain wé devorer.

490 SIMÈME ÉPOQUE.

pour l’amnsement du peuple-roi ; à l’occasion des fêtes Sigillaires. Les gentils applaudissaient les lions qui le déchiraient, tandis que les fidèles priaient pour lui et donnaient avis de son martyre à tous leurs frères en Jésus-Christ ; afin que ce jour füt solennisé à perpétuité.

Sous Marc-Aurèle fut martyrisé Polycarpe, évêque de Smyrne, âgé de soixante-dix ans. Informé qu’on le cherchait pour le mettre à mort, il se retira à la campagne, priant jour et nnit, au milieu de quelques fidèles, pour l’Église universelle; arrêté dans cet asile par des archers, ce vieillard inoffensif leur fit servir à souper, etse mit à prier avec tant de ferveur que les satellites en furent eux-mêmes touchés. Ils le mirent sur-un âne, et le conduisirent à la ville; Hérode, juge de paix (signvapync) , qui était venu à sa rencontre avec Nicétas son père, le prit dans sa voiture ; et tous deux l’exhortaient à céder : Quel mal y a-t-il; lui disaient-ils, à appeler César seigneur, à sacrifier et à se sauver ? Mais, comme il persistait, ils le jetèrent en bas du char, et il se blessa à la jambe. Sans se plaindre, il les suivit à pied dans l'amphithéâtre, au milieu de la rumeur du peuple entier ; il répondit aux exhortations réitérées du proconsul : Së vous penses qu'il soit de voire honneur de me faire jurer par ce que vous appeles la fortune de César, el si vous témoignez ainsi ne pas me connaitre, je vous dirai qui je suis. Je suis ehrélien, et, si vous voulez savoir ma doctrine, donnez-moi un jour, el je vous l'exposerai. Comme le proconsul lui répliquait qu’il devait s'adresser à la multitude : Je consens, reprit-il, à vous parler, puisque notre loi enseigne de rendre aux puissances élablies par Dieu l'honneur qui leur est di; mais je ne crois pas celte plèbe digne que je me diseulpe devant elle, Et comme le magistrat ajoutait : Jure par la fortune de Césur, el dis : Que les impies disparaissent du monde! Polycarpe dirigea ses regards sur ba multitude , étendit lamain sur elle, puis, levant les yeux au ciel, il s’écria en soupirant : Que les impies disparaissent du monde! Alors le proconsnl fit crier par le héraut, dans l’amphithéâtre, que Polycarpe se confessait chrétien , et la foule des païens et des Juifs se mit à hurler : 4 /@ mort ! à la mort ! Quand le bûcher fut prêt, il refusa de se laisser clouer sur un madrier, comme c'était l'habitude : Celui, dit-il, qui me donne la force d'affronter le supplice du feu, m'en donnera assez pour l'endurer sans l'aide de ces clous. Tout en priant et en bénissant, il fut livré aux flammes.

Acax, évêque d'une église d'Orient , fut amené devant Marcien,

nétsAsnnzws Ans ina ; î i 1 1 ; personnage consulaire, qui lui dit : Vous qui vives selon las lois

rom aime pour Marc offre à un entre da vi imite bien, lomn meur de m raiso:

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PBASÉCUTIONS. 491

romaïnes, vous devez aimer nos princes? Il répondit : Qui aime l'empereur plus que les chrétiens? Nous prions pour lui, pour tous les soldats, pour tout le monde. — C'est bien, reprit Marcien; mais, pour que votre dévouement apparaisse mieux, offrez avec nous un sacrifice. Sur le refus de Pévêque de sacrifier à un homme ; ils commencèrent à discuter sur la divinité, et Acax entra dans le détail des turpitudes d’Apollon. Quand il s'agirait de la vie, vous parait-il que je doive adorer ceux que je ne dois pas iniler; eeux dont vous-mémes puniriez les imitateurs ? — Voilà bien, répliqua- Marcien ; comme les chrétiens inventent des culomnies contre nos dieux; c'est là votre habitude. Saecrifie, ou meurs! Aeax repartit alors : Les brigands de la Dalmatie disent de même : L'argent, ou la vie! Il ne s'agit pas de savoir qui a raison, mais qui a la force. La discussion, qui dura longtemps, fut transmise de point en point à l'empereur Décius, qui en rit de bon cœur, donna un gouvernement à Marcien, et fit remettre Acax en liberté.

Hippolyte, prêtre romain ; avait adopté l’hérésie de Novat; mais, lorsqu'on le conduisit au supplice , ilne cessa de répéter au peuple accouru sur son passage : Retournez à la foi catholique! A Ostie ; quand le préfet romain, qui avait déjà fait mettre à mort une foule de ces croyants obstinés ; entendit le nom du prêtre, il ordonna de le lier, comme PHippolyte de la Fable; à deux chevaux indomptés , qui le déchirèrent en lambeaux.

Génésius , habile comédien , représentait sur le théâtre un baptême chrétien; mais FEsprit-Saint s'étant tout à coup révélé en hi, il avait à peine terminé cette parodie bouffonne qw’il se déclara sérieusement converti, et donna aux assistants un autre spectacle, celui de son propre martyre.

Saprice , prêtre , et Nicéphore, laïque , tous les deux d’Antioche, avaient fait succéder à Pamitié la plus vive une haine si violente qu'ils évitaient de se rencontrer. Nicéphore ; trouvant que cette inimitié ne convenait pas à des chrétiens, envoya inutilement plusieurs personnes vers Saprice, pour se réconcilier avec lui; enfin il alla lni-même le trouver, mais toujours en vain. La persécution éelata , et Sapriee , avouant qu’il était chrétien , fut condamné à mourir ; Nicéphore le suivit durant tout le trajet ; en le priant de lui rendre son amitié, tandis que les bourreaux le bafouaient de ce qu’il demandait pardon à un homme qui marchait au supplice. Saprice ne lui répondait pas ; et restait inébranlable. Cet homme, qui manquait de charité, manqua aussi de constance ;

us : » mnt !Ù 22 Alibaus md à di HtAd des arrivé au pied de lécnafaud, 1 56 aéciara prét à sacrinér aux

dieux, Nicéphore mittouten:œuvrepour-obtenir qu'ilne repoussât pas là couronne :qui-l’httendait;; mais; voyant: ses efforts inutiles, lui-même se déclara chrétien: etprêt;à 'mourir:! Le magistrat: lui accorda ce qu'il demandait, le:martyre.c 26 tn nc ‘Lorsque Adrien eut terminé sa:splendide ‘habitation de Tibur; il commença, pour linaugurer; des sacrifices pompeux mais les victimes, les auspicés , les augures > ou ne donnaientiaucunis «signes ;.ou n’en offraient que: de sinistres: Les dieux; interrogés à l’aide d’évocations plus puissantes ; répondirent : «Comment ren: « drions-noùs des oracles , quand chaque jour Symphorose, avec « ses sept fils; nous outrage en invoquant son Dieu ? » L'empereur la fit venir, et lui demanda qui ‘elle était. Elle répondit : Mon mart Gétuliusiel son frère Amantius, tribuns. militaires ont souffert tous deux pour Jésus-Christ ;: plutôt. que de:sacrifier aux dieux, ils se sont laissé ‘trancher la téte , en acquérant d'opprobre sur la terre et la gloire parmi les anges: Adrien lui ayant donné le choix ou de sacrifier aux dieux ou de leur être sacrifiée, elle n’hésita point, car elle brûlait -de rejoindre son) époux, L'empereur la fit donc:conduire dans le templé d'Hercule ,‘où:elle fut souffletée, puis suspendue parles cheveux, sans que sa fermeté se démentit; enfin elle fut jetée dans ces! cascades célébrées par les chants voluptueux d’Horace. Ses enfants imitèrent sa constance. Quand Symphorien fut conduit au martyre à Autun’; 54 mère luicriait du haut: des remparts : Mon fils, élève ton cœur au eiel, da vie ne t'est pas enlevée ; tu l'échanges contre une meilleure; Félicité , matrone d’une naissance illustre, exhorta de même à ‘une mort courageuse ses sept fils, en assistant à leur supplio pour les suivre bientôt dans le ciel. DRE TI Lé ministre des persécutions de Valens à Édesse demanda à une femme : Où cours-tu en: si grande hâle? A l'église. «— Ne sais-lu pas qu'on tue tous ceux qui s’y trouvent? + C'est. pour cela que j'y cours. — El.ce petit enfant? Je veux qu'il participe, lui aussi, «au martyre. A Durant la persécution de Dioclétien, on vit un | enfont ‘âgé de sept anis à peine , nommé Barulas, vonfesser un seul Dieu et refuser d’en adorer d’autres ; le juge le fit fouetter jusqu’au sang en présence de :sa mère, qui, intrépide alors que les assistants versaient des pleurs, l’exhortait à la constance. Quand ellé l'enteudit condamner à la-mort elle le detre elle-même wie du supplice, et le remit au bourreau! après l'avoir embrassé iet s'être recommahdée à ses prières; puis elle étendit ses vètements pen recueillir son sang et su tête, qu’elle emporta.: 1 teurs oh

repouérât inutiles, ae lui

de Tibur, $ mais les CUS «si ITOSÉS à nent ren:

ose, Avec Pmpereur dit: : «Mon res :0n{ sacrifier rant d'ophi ayant sacrifiée, \) ÉPOUX; à où:elle fermeté brées par mstance.

sa mère au ciel,

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:Qrille;: jeune ;enfant de: Césarée ,;avait, sans cesse à. la bouche le:nom: de Jésus ; ce qui: fut cause :que:plusieurs enfants de son âge:le prirent en haine:;:et que: son père de chassä de sa maison en l’abandonnant sans secours, Le:juge le fit donc: venir en:su présence’, et mit en œuvreavec lui:les. caresses et les menaces; mais ibn’en obtint que ces mots: Les reproches me réjouissent;: pance

que Dieu: me louera; chassé de ma maison, j'en ai une meilleure.

Le-‘juge, informé que. la: vue du bûcher ne l’avait pas ie l'envoya au supplice, qu’il subit avec-eourage.

On rapporte que , sous: Dioclétien, la légion Thébéenne tout entière endura le martyre dans le Valais, ‘en face de la belle cascade de Pissevache, pour n'avoir pas voulu persécuter les chrétiens : « Nous sommes vos soldats , disaient-ils, nous recevons de vous: la solde; mais nous recevons de Dieu la vie , et: nous devons lai conserver l'innocence. Voulez-vous que nous employions notre épée contre. l'ennemi? nous le ferons ; mais non contre des innocents. Nous avons les armes à la main, et nous ne: vous opposons cependant aucune résistance, parce que nous aimons mieux mourir. irréprochables que de vivre parjures. » Distinction inconnue :aux:80ldats de l'antiquité , et qui préludait aux ts nouveaux où l’obéissance devait être raisonnée, |

A Sébaste, pendant la persécution de Licinius ,, quarante soldats'de différents pays, s'étant généreusement déclarés chrétiens, furent, par un raffinement nouveau de cruauté, exposés durant une nuit entière , au milieu d’un hiver rigoureux , dans: un bain glacé, tandis qu’à côté un bain tiède les invitwt à venir chercher un soulagement à leur souffrance: Un seul, ne pouvant résister, y courut ; les autres s’exhortaient réciproquement comme en un jour de bataille. Le lendémain , tous , par une transition subite, furent jetés dans les flammes. Les bourreaux en avaient oublié un à dessein sur la place, dans l’espoir qu'il abjurerait; mais sa mère le poussa en lui disant : Va, et termine avec tes frères l'œuvre que tu as bien commencée, afin de ne pas te présenter le dernier devant Dieu!

Comme le j juge reprochait à Afra , prostituée de la Rhétie, son ancienne ignominie, elle lui répondit qu’elle avait distribué largent mal gagné aux pauvres, qui , du reste ; n’acceptèrent pas sans beaucoup de difficulté ce prix de son infamie ;- elle eomprenait désormais, disait-elle, que Jésus-Christ était venu pour appe-

ler à lui les pécheurs, puisqu'il lui permettait de pouvoir confesser son, saint: nom en. “ss dé: la mort, et de serions misépicorde pour ses méfaite, :. TRAIT it à

ETS ee se rer PA mr À

—— © ER trente A taire

4% SIXIÈNE ÉPOQUE.

Potamienne , esclave égyptienne d’une grande beauté ‘fut dénoncée comme chrétienne par son maître, aux obsessions déshon: nêtes duquel elle avait résisté. Le préfet Aquila n6 rougit pas de descendre avee elle à la plus ignoble médiation, én la ‘préssant de céder; sur son refus, il la condamna à être plongée dans la poix bouillante , après avoir été violée par le bourreau. Elle lé supplia de lui épargner ce dernier supplice : Par la vie de l'empereur, s’écriait-elle , j4 vous prie, je vous conjure de ne pas me faire dépouiller et exposer nue ; mais que l’on me plonge péu à peu dans la chaudière, couverte de mes vétements.

Sept vierges d’Ancyre , vespectables par leur âge et leur sin: teté, avant d’être noyées, furent exposées aux insultes d'une tourbe de libertins ; mais Thécuse, l’aînée d’entre elles, enlevant son voile et montrant ses cheveux blancs à celui qui voulait l'outrager : Peut-être as-lu une mère à la téle blanchie comme là mienne. Laisse-nous nos larmes, et garde pour toi l'espérance du pardon que Jésus-Christ l’accordera.

Aglaé était une dame romaine tellèment opulente qu’elle avait donné trois fois, à ses frais, des spectacles publiés. Soixahtetrois agents administraient ses revenus, sous la surveillance de Boniface, hospitalier et généreux avec les pauvres, mais de mœurs relâchées , et qui vivait avec elle dans le péché. Agläé, mécontente de la vie déshonnête qu’elle menait, chargea son ami de se rendre en Orient, et de lui rapporter des reliques de martyrs, afin qu’elle pût les honorer et obtenir'son pardon par leur intercession. Il partit donc avee douze chevaux , trois litières et beaucoup de parfums , et, dans la route, il se mit à songer sérieusement à une tâche qu'il avait acceptée en plaisantant, pria et fit abstinence. Arrivé à Tarse, il fut témuin du martyre de plusieurs chrétiens, et, touché de leur fermeté, il réclama leurs prières. Le gouverneur le fit arrêter et livrer aux tourments les plus eéruëls, qu’il supporta avec une patience exemplaire ; en expiation de ses débauches passées, Aglaé, instruite du martyre de celui qu'elle avait aimé, racheta son cadavre à un prix énorme , et; révenue de ses erreurs, elle distribua ses biens aux pauvres, donna la liberté à ses esclaves, et se retira du monde , avec un petit nombre de suivantes,

À Carthage ; Perpétue et Félicité se rendirent célèbres par un saint héroïsme. La première, d’une famille noble, Agée de vingtdeux ans, ayant un enfant à la mamelle ; habitait avéc son père, sa mère et deux frères ; Pautre était esclave, et au moment de devenir mère. Le père de Perpétne, naïen télé, la nrescait de sa -

crifies en ra au Sri rant j'impl jours vu jar chale et jé Tertit gent sortir je le désols sai pl « mon I grand pour { âge, d'opp qui ne pas ct ver. le « C les me sa fill notre voudr se reti appel les qu au tri lesse prosp lui : 1 mon mand jesen de va non

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PERSÉCUPIONS. 495

crifier aux dieux, « Comme j'étais restée quelque temps {dit-elle en racontant son martyre) sans voir mon père , j'en rendis grâce au Srigneur, et son absence me permit de reprendre haleine. Durant ce peu de jours, nous fûümes haptisées, et, en sortant de l’eau, j'implorai de Dieu la patience dans les peines corporelles, Quelques jours après, nous fûmes mises en prison, ce qui m'effraya, n'ayant vu jamais de pareilles ténèbres, Quelles horribles journées ! quelle chaleur produisait l'encombrement | Les soldatsnous maltraitaient, et j'étais dévorée d'inquiétude pour mon enfant, Alors les diacres Tertius et Pomponius, qui npus assistaient, obtinrent à prix d’argent que nous pussions respirer durant quelques heures. Nous sortimes, et chacun pensait à soi. Je donnai le sein à mon enfant, je le recommandai à ma mère , et consolai mon frère ; mais je me désolais en voyant combien je leur causais de douleur, et je passai plusieurs jours sur une telle croix.

«Le. bruit s'étant répandu que nous devions être interrogés, mon père vint de la ville à la prison, et me dit, en proie à une grande affliction : Ma fille, pitié pour mes cheveux blancs ! pitié pour ton père ! Si je mérile ce nom, si je l'ai élevée jusqu'à cel âge, si je l’ai préférée à mes autres enfants, ne me couvre pas d'opprobre. Songe à ta mère, songe à l'enfant que tu nourris el qui ne.pourra te survivre, Renonce à celte obstination, pour ne pas causer notre perte à lous ; ear aucun de nous n'osera plus lever, le front, s'il doit l'arriver malheur.

« C’est ainsi qu’il me parlait avec attendrissement, me baisant les mains, se jetant à mes pieds, pleurant, et m'appelant non pas sa fille, mais sa dame, J'étais touehée de compassion , en voyant que, de toute la famille, il serait le seul à ne pas se réjouir de notre martyre, et pour le consoler je lui dis : 74 en sera ce que Dieu voudra, car nous nesommes pas en notre pouvoir, mais au sien. Il se retira contristé, Le lendemain, à l'heure du diner, on vint nous appeler pour l’interrogatoire ; le bruit s’en répandit aussitôt dans les quartiers voisins, et attira une foule de gens. Nous montâmes au trilunal.. Le procureur Flavien me dit : Songe à la vieillesse de ton père, à lu faiblesse de ton enfant ; sacrifie pour la prospérité des empereurs. — Je ne le ferai pas, répondis-je. Et lui: Es-tu chrétienne? — Je suis chretienne, repartis-je. Comme mon père s’efforçait de m’entrainer du tribunal, Flavien commanda qu’il fût chassé ; on le frappa même d’un conp de verge que je sentis, comme si j'eusse été hattue moi-même, tant j'étais alligée de voir mon père maltruité dans sa vieillesse. Alors Flavien prononça notre sentence, ordonnant que nous fussions exposés aux

bêtes. Nous retournâmes joyeux:àJa.prison. et ÿ'envoyäi aussitôt le diacre Pomponius, demander à mon. père. monenfant, quiiétait habitué à rester à côté, de moi et, à, prendre mon: : lait; mais je ne pus l’obtenir 8h Dieu permit que, l'enfant ne cherchât pas mon sein, et que e lait ne m’incommodât point, 1 . Li

La piété de ceux qui leur survécurent.a; décrit-ainsi leu di :

« Félicité était dans le huitième mois de1sa, grossesse; voyant ‘le jour du spectacle approcher, elle vivait. dans une grande appréhénsion que son martyre ne fût différé, parce.qu'ilétait défendu de tuer les femmes enceintes, Les compagnons de son:sacrifice s’affligeaient pour leur part. de la laisser seule sur.la route :de leurs communes | espérances ; tous se. réunirent: donc: pour prier et gé-

mir ensemble trois. jours avant. le, spectacle. A. peine: la prière était-elle finie, que les douleurs la prirent, .et,- comme \l’accouchement est, naturellement plus. pénible dans le huitième mois, elle souffrit extrêmement, et elle, gémissait. Gest: pourquoi un geôlier lui dit : Si tu te lamentes à celle heure, que, feras-tu quand lu seras exposée aux. bétes? Elle mit. au, monde une. fille, qu’une chrétienne a élevée comme la. sienne propre. Les frères etitous les autres eurent permission d'en trer.dans la prison et de:s'encou-

rager entre eux. Le geôlier était converti..La, veille. du, pombat, on leur servit selon l'usage le, banquet libre, qui. se faisait. en public; mais les martyrs le changèrent en;une 484p8, @tiils,parlaient au peuple avec la liberté accoutumée, lui disant; Regardez-nous bien en face, pour nous reconnaître au jour du jugement. .

« Quand l’heure du combat fut venue, les martyrs sortirent de la prison pour l'amphithéâtre comme. pour le. ciel, joyeux. et. plus émus d’a'égresse que de frayeur. Perpétue les suivait, le visage serein et d’un pas tranquille, comme une personne appartenant à Jésus-Christ, les yeux, baissés. pour en cacher l'éclat aux spretateurs. Félicité était satisfaite de se trouver délivrée, afin de pouvoir affronter les bêtes féroces, Arrivés à la porte, on voulait les obliger à prendre les ornements de ceux qui figurent dans, de pareils spectacles : c’étaient, pour les hommes, le manteau rouge des prêtres de Saturne; pour.les femmes, les ; bandelettes que portent sur la tête les prétresses de Cérès; mais les martyrs refusèrent les livrées de l'idolâtrie, ,

« Quand Perpétue et Félicité furent dépouillées de leurs vêtements et envelopppées de filets pour être exposées. à.une génisse furieuse , le peuple frémit d'horreur à voir l’une si délicate , et l’autre à peine relevée de couches; elles furent donc, retirées et enveloppées de larges habits. Perpétue, heurtée la.première, (ut

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: PERSÉUUTIONS, 397 rrenversée sarle dos selle sé réléva ur son séant , et, comme sa ; robe était: déchirée: dan icôté, élle a'tita pour ‘couvrir sa cuisse, «plus occupée de°sà pudéür! que dé’ sa souffrancé. Elle rassem-

‘bla ses Cheveax quiretômbaiènt épars, äfin de ne pas paraître en deuil, et voyant Félicité étendue ; elle lui tendit la main pour l'aider à seirelever. Les martÿrs allèreht ainsi vers la porte Sana- Vivaria ; :où-Pérpétue fut accueillie par un catéchumène nommé Ruëticus, ‘Alors; comme se véveillant d’un profond & sommeil, elle Se unit à regardet autour d'elle, éit disant : Eh bien? quand nous edposera-t-on\ à celle’ génisde? Quand elle apprit ce qui. s'était paséé;'ellè me voulüt 1 croiré-qué lofsqu’ellé eut remarqué sur son corpsiet str:ses habits les traces de ce: qu’elle avait souffert,

5e $on frère étant venu près d'elle, Pérpétue lui dit ainsi qu’à Rusever Restes'fermes dans la:foi, dimez-vous les uns les autres, et ne prener pas scandale dénos souffrances. Le petple les redemanda dans Yariphithéâtre ; ‘où lés deux martyrs sé rendirent d’ellesmêmes; après s'être donné le baiser de paix. Per pétue échut à un gladinteur mexpérimenté, qui la piqua entre les os et la fit crier ; 3 ca lès supplicés' des patients démi-morts étaient le noviciat des ghadiateurs.'A'la- fin, ‘elle dirigea ellé-mè mê à sa gorge le bras mal assuté-de:sonf bourreau. 5’

C'était avec tin Sémblible: héroïsme quë ces victimes généreuses assuräicnt l'éfnancipation de 1a fémme etrachetaiént leur sexe d’un honteuxesclavage, et une à la dignité sainte de la femme chrétienne. :* "©"

Dans les dérnières érsèéiton El le nombre des chrétiens. S ’était télléent accru qu’it obligeait à quelques ménagements ; souvént on ‘sévissait contre l’évêque , sans molester le troupeau; il était pérmis- assister lés condaninés et de recueillir leurs restes. Cécilius Gyprianus, éVèque de Carthage, s était soustrait, longtemps au persécutions que lui suécitait son zèle, soit en se cachant, soit en fuyant, e qui lui attira des reproches de l'Église de, Rome; mais’, quand lle proconsul Paternus lui intima l’ordre impérial, enjoignant h'éeux qui avaient abandonné l'antique religion d’yrevétiir ét'dé I pratiquer, Cyprien’ n’hésita point à s’y refuser, sans, négliger’ toutefois d’allégiter son titre de citoyen romain. et de protester de son dévouement aux empereurs. Il fut donc banni, puis rappélé; et enfin éondamné à mort. Deux officiers vinrent. le prétidré d'ansléur hat le conduisirent dans la maison de l’un d'eux, etle gâvddrent à souper à une table bien servie, en laissant plusieuts dd ses lithiis Venir s’éntretenir avéc, lui, tandis qu’au dehors la nuits dos RES Hhinplissdit fa rue. Quand | la sentence fui

498 SIXIÈME ÉPOQNE.

prononcée, tous s'écrièrent : Nous mourrons avec lui !'puis, lorsqu’ileut été conduit au lieu du supplice, ses diacres'etses prêtres l’accompagnèrent, et l’aidèrent à se dépouiller de ses vêtements ; ils étendirent des morceaux d'étoffes pour recueillir son sang, et, après sa décollation, ils donnèrént au bourreau vingt-cinq pièces d'or, comme le saint l’avait ordonné; puis ils portèrent son cadavre en triomphe au cimetière chrétien.

Les édits de Dioclétien furent modifiés sous ses successeurs, selon le caractère de chacun d’eux : Constance les adoucit ; Maximien, Galère et Maximin ajoutèrent à leur rigueur, Maxence rendit à l’Afrique quelque repos, peut-être dans l’intention de s’attacher un parti dont la persécution même montrait la force. Sous lui, nous voyons Marcel, évêque de Rome, imposer des pénitences sévères à ceux qui avaient succombé dans la persécution précédente : rigueur qui excita beaucoup de dissensions et le fit exiler par l’empereur (1). Mensurius, évêque de Carthage, donna asile dans sa maison à un diacre qui avait écrit contre l’empereur, et refusa de le livrer. Appelé à Rome pour rendre compte de sa conduite, il fut renvoyé absous (2).

Galère déploya une bien plus grande sévérité dans l’Illyrie, la Thrace et l’Asie, ainsi que dans la Syrie, la Palestine et l'Égypte ; et même lorsqu'il eut accordé le repos à l’Église, Maximin, qui administrait sous lui, continua par cruauté et superstition le massacre des chrétiens, et chercha à donner au paganisme ce qui lui manquait, une constitution modelée sur celle de l’Église, Après avoir réparé et orné les temples dans les principales villes, il subordonna les prêtres des différentes divinités à des pontifes chargés d’exciter et d’amener à l’idolâtrie ; ces pontifes, de même que les

(1) Voir son épitaphe dans GruTER, Znser., 1172. On trouve dans le même ouvrage deux autres inscriptions ainsi conçues : Dioclétianus Jovius, Maximianus Herculéus , Césars Augustes, après avoir étendu l'empire romain dans l'Orient et dans l'Occident, et détruit le nom des chrétiens, qui pérdaient la république.......v

« Dioclétien, César Auguste, après avoir adopté Galère dans l'Orient, détruit en tous lieux la superstition du Christ et étendu le culte des dieux, ... »

L'inscription rapportée par Maspeu, Hisé. de España, V, 372, est plus remarquable encore :

IL INVICTI CÆSARES — MATRI DEUM — SACELLO — IN DURII AMNIS ANCONE — INSTRUCTO SUB MAGNÆ PASIPHAES NUMINE — PRIVATUM DIANAE SACRUM — FORDAM VACCAM ALBAM — IMMOLAVERE-— OB CHRISTIANAM — EORUM PIA CURA-— SUPRESSAM EXSTINCTAMQUE — SUPERSTITIONEM — DIOCLEC — MAXIMIAN — GALERIUS — ET CONSTANTIUS — IMPER AUGGGG PERPETUI,

Le pieux Constance Chlore est ici complice de la persécution, (2) OraT., Contra Donatist.. 1, 17, 18.

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cite, « une sc toute

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179, S0- Maxi- > rendit ttacher ous lui, 1ces séédente :

ler par le dans t refusa onduite,

yrie, la Égypte; in, qui le mase qui lui e, Après es , il sus chargés e que les

s le même aximianus l'Orient et la républi-

Orient, dé- HiGux , » + ” kst plus re-

ANCONE — — FORDAM SUPRESSAM RIUS — ET

évêques relevant des métro, tains, furent sous la dépendance de grands prêtres qui,. vêtus de blanc et choisis dans les principales familles, agissaient comme vicaires immédiats del’empereur. En outre, il se fit exhorter par toutes les villes à suivre plutôt la justice que la clémence à l’égard des chrétiens, généralement abhorrés , et il confia l'exécution de ses édits aux prêtres'et aux magistrats, qui non-seulement les chassèrent , mais leur infligèrent mille tourments et même la mort. Peut-être voulait-il ainsi se concilier la faction païenne; mais, comme Galère approchait de sa fin, il ne voulut pas avoir pour ennemis tous les chrétiens, et ralentit la persécution ; en effet, en 310, nous trouvons que dans * la Syrie on réédifiait les églises (1).

Ce n’était donc plus par sentiment religieux que l’on déclarait la guerre aux chrétiens ou qu’on leur accordait la paix , mais par politique (2); il s’agissait d’écraser ou d’élever une faction devenue déjà assez forte pour tenir en suspens la fortune de l’empire.

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