‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 99 sur 135 · APOLOGIES ET PE · texte numérisé non relu

APOLOGIES ET PE

IL y a quelque chose de plus pénible aux propagateurs de la vérité que les persécutions et la mort : c’est la calomnie ou l’indifférence, et, sous ce rapport, la patience des premiers chrétiens fut mise à de rudes épreuves. Juvénal décrivit un de leurs supplices avec l’insouciance du libre penseur qui voit tuer des fanatiques (3). Ta= cite, soit ignorance ou malignité, dit que les chrétiens formaient une secte odieuse parmi celles qui infectaient Rome , cloaque de toutes les immondices (4). Pline le Jeune ne peut les croire coupables, et pourtant il les punit; Pline l'Ancien, Plutarque, Sénèque,

(1) Eusèse, de Martyr. Palestinæ, c.13.

(2) Mosuei dit : Talem fuisse christianorum statum, qualem reipublicæ, p. 955.

(3) Pone Tigellinum : {æda lucebis in illa, Qua stantes ardent, qui fixo gutture fumant, Et latum media sulcum deducit arena.

(Sat. 1, 156.)

I fait allusion aux fanaux des jardins de Néron. (4) Annales, XV, 44.

b00 jrs SOUÈME ÉPOQUE...

Quintilien ,neles, nomment même pas, La longue histoire de Dion Cassius n’en. fait pas mention, L'His/oire Auguste, très-étendue aussi, en parle. fort. peu, et Lucien fait sur eux des, plaisanteries absurdes:(4).. Tous, les doctes accusent les prédicateurs de PÉvangile de s’adresser. à des femmes, à des enfants, à des esclaves, et “AI, d’avoir affaire aux gens éclairés. « Dans les maisons

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à Qu Si: péurtant. lei lue intitulé é-Philopalori n'est péé, d'un it, lus ancien. Une de leurs assemblées y est ainsi: dépeinte :.. : 8

Critias. Je suivais une ruelle de la ville, quand, je vié,.une troupe de gens . qui se parlaient à l'oreille. Je fixai mon regard sur eûx pôur y cliérchér quelqu’un de ma connaïssäncé, et jé distinguai le politique CON ie chéquier] je suis lié d'amitié dépais inon: enfince: } SEX

:Tryphon,:; Je ne:sais qui tu.venx! yes Peut: être, celui qui, préside à, ja répartition des tributs?.Kh bien ? ;

Crilias, Ayant fendv la foule, je me mis à côté de lui, ‘et, après oi avoir adressé un mot’, ’j'enfentis un petit ‘vieillard , nommé Éariéène, qui, d'une Voix gréle ét en parlant ‘du ‘nez, non Faus ‘ayoir : ‘bien toussé' ét erdché, s’exprima ainsi : Celui que je l'ai dit payera le reste des lributs ; il acquittera, toutes mes, dettes publiques.et privées, el recevra toules personnes sans s'informer de leur profession. Caricène ajouta d’autres futilités également applaudiés par les assistants, dont la nouveauté des chôses avaït attiré l'attention. Un autre frère, appelé Clévochariné, sans! chaussures el-sans cliapeau, avec‘un- manteau rapiécé, grommelait entre ses dents. Un homme en:piètre équipage, qui venait des montaunes et-.avait la tête rase, me le montra. Alors un, des assistants an regard furcuche me tira par le manteau, croyant que j'étais de la congrégation , ét m'invita pour mon malheur à me rendre à la réunion de ces SOrCIEÉS . Nous avions déjà passé lé seuil dé bronae'et les portés de:fer, comme: dit'le poëte, quand, après ayoir, grimpé tout: en: haut d’nne maison {par un escalier tortueux, nonsarrivons,, non,daus. une salle de Ménélas,, resplendissante d’or:et d'ivoire, mais dans une mansarde dégoûtante. J'y vis des figures, pâles, défaites, penchées vers la terle, qui, dès qu'elles m eurent aperçu, s'en vinrent joÿeuses au-devant dé moi, me démändant si’ j'apportais quelque nouvéllé! sinistre. Il sémblait que ces: gens désirassent des événements: terribles, ;et qu'ils ;se. plussent an récit des désastres, Après s'être parlé, à. Lo oreille, ils-s’enquireut donc qui. j'étais, d’où je venais. Puis, comme des gens qui vivent dans l'air ils me demandèrent des Hbuvelles de Ja ville et dun monde. Quand j'eus répondu : ‘Tout le monde est dans l'allégrésse ét'y\ sera encore à l'avenir, ñ8 froncèrent' le ‘soûrbil; et repartirent qu'ils n’en serait: pas ainsi, que de grandes calamités; secpréparaient, que bientôt le nuage, éclaterait…., lg se mirent alors à débiter ce qui leur passait par la cervelle, ; que les affaires changeraient de face ; que Rome serait troublée par les factions ; que nos armées seraient défaites. Ne pouvant plis: ÿ ‘tenir, je

m'écriai, hors de moi: "Ah ! mtsdrables 1:. que les maux prophétisds par vous relombent'sur votre téle, puisque vous laiméz-si pèé le patriel!::

Tryphon.: Etique répondirent , ceux dont le. chef’est:anssi dégarni, que l’esprit ?

Crilias, Ms prirent la chose tranquillement, et écoururént À ours ‘suterfuges accoutiimés, prétendant Voiv'ces cliosés en songe, ajrès ‘avoir jeñné dix soleils et passé la nuit à chanter des hymnes... Alors, avec un sourire faux, ils se le-

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APOLOGIES ET CONTROVLNSES 501

(G “particulières, dit Celse, on voit dés hommes incultés, de gros- « siers ouvriers en line, rester mubts devant les vieillards et ‘tes « : pères de famille’; maïs reticoutrent-ils désenfants ou’ desfemmes, « les Voilä qui pérorént, et léur donnent à entendre qu’il ne faut d ‘écouter ni pères ni pédagogues , qui déraisbtinent et sont iica- « ‘pabiés ‘de échnaïtré et d'apprécier la vérité ; ils encouragent les « enfants à secouer le joug, et à venir, soit au gynécée, soit dans «'la boutique d'un! blanchisseur, soit dans Frs me isavetier, pour « apprendre ce qui est parfait, » * CEE

. C'est ainsi qu'ils les tournent en ridicule; mais le soleil n’en brille pas moins, parce qu'il, plait. à “quelques-uns de fermer tes yeux à sa clarté. La parole avait beau ètre étouffée oubafouée, elleretentissaît dé totites parts, pénétrait dans les écoles; et se trouvait soutenue par des écrits remarquables, par | unie argurentation pressante, si bien: qu'il.ne, fut plus permis, aux hommes instruits de négliger la doctrine nouvelle ; qui Len Pexamen œk demandait justice:

.Une opinion ést déjà puissante quand le parti qui pêut Popprimer par la force se, sent entraîné à la combattre par des raisons. La question.une fois -transportée.sur le terrain de, la discussion; les chrétiens’ purent accepter le défi; ot; tandis que les martyrs attestaiént lavérité pat le sang, les apolôgistes la défendirént avec leur esprit... S Ga

: La premnièn apologie fut none par .le Fer Aristide

‘àce prince, pour. Aui, remontrer.combien il convenait, peu d’ac-

corder aux vociférations du vulgaire le sang de tant d’innocents qui, n ’étaient ‘Coupables que ‘de nom. L'empereur lui avait répondu qu’on,ne devait pas laisser ce genre dé procès sans examen, qu’autrement:il en, naitrait des désordres ; qu’ ‘il ne fallait pas toutefois prêter l'oreille aux plaintes confuses ni aux: bruits vagues, mais faire justice toutes les fois que'les chrétiens’ seraient accusés de faire quelque chose contre la loi ; il ordonhait, en outre, de punir lescalomniateurs (4). Cet ordre ralentissait , maisne faisait pas cesser la persécution; Marc-Aurèle donna des instructions dans le même sens, déterminé peut-être parles représentations de deux évêques, Méliton de Sardes et Apollinaire de Gérapolis.

Justin, de Sichem en Famarie, après avoir étudié dans toutes les

(1) Eusèse, Hist. IV, 8, 9.

écoles de philosophie sans y trouver la vérité, avait quitté l’idolâtrie pour le christianisme ; il adressa à Adrien, à Vérus et à Lucius, au sénat et au peuple romain, une apologie dans laquelle il se plaint de ce que les chrétiens seuls soient persécutés, lorsque tant d’absurdes religions, tant d’imposteurs sont tolérés ; de ce qu’on les accuse de ne pas suivre les rites des gentils, quand les gentils eux-mêmes ne s’accordent pas et disputent pour savoir, entre les animaux, lequel sera la victime, lequel sera le dieu. Bien que le secret des assemblées fût caché aux profanes, Justin l'expose aux empereurs, en racontant la forme du baptême et de l’eucharistie; il explique ce que les chrétiens pensent des choses d’en haut. Le règne qu’ils attendent, dit-il, n’est pas de ce monde ; car alors ils devraient Pattendre dans cette vie, tandis qu’au contraire ils vont avec joie à la mort, qui hâte le règne de Dieu, Afin d'atteindre à ce terme de leurs vœux, ils s’abstiennent du mal et font le bien; l’homme parmi eux garde une continence parfaite, ou, s'il se marie, il ne croit pas qu’il lui soit permis d'exposer ses enfants, comme les gentils le font communément , avec l’approbation des philosophes et la tolérance des princes. « Nous « croyons que les hommes pervers exposent seuls leurs enfants, « parce que nous observons que la plupart ne les élèvent que « pour les prostituer; car l’on voit chez toutes les nations des « milliers d'enfants destinés à des pratiques perverses, et qu’on « élève comme autant de troupeaux de bétail. Vous en tirez un « tribut, au lieu d’en délivrer votre empire, et ceux qui abusent « de ces infortunés, outre le péché qu’ils commettent, peuvent « être amenés par le hasard à abuser de leurs propres enfants. » Telles étaient les mœurs des Romains sous un empereur des plus sages, et pourtant saint Justin ne rapporte pas tout. Il continuait ainsi : « Dans la crainte qu’un enfant exposé ne périsse , et « pour ne pas être homicides, nous ne nous marions qu’autant « qu’il nous est donné de pouvoir élever nosenfants, et quand nous « renonçons au Inariage , nous gardons une continence parfaite. « De plus, à Alexandrie, un des nôtres, afin que vous voyez qu'il « n’est rien dans nos mystères des iniquités qui nous sont attri- « buées , présenta une supplique au gouverneur Félix pour qu’il « permit à un chirurgien de le faire eunuque, en disant que cette « permission était nécessaire. Félix ne voulut pas répondre à la « requête, et le jeune homme qui la lui avait adressée resta satis- « fait dans sa conscience. »

Enfin, comme il était utile de justifier les chrétiens sur le fait de leurs assemblées et cérémonies, saint Justin ne s’abstient pas d’en

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révéler le secret, bien qu’il ne fût pas permis régulièrement d’en parler devant ceux qui n'étaient pas chrétiens. 11 explique ainsi le baptême : « Nous ferons connaitre maintenant comment nous « sommés consacrés à Dieu et renouvelés en Jésus-Christ, afin que « l’on ne pense pas que nousletenions caché malicieusemeut. Ceux « qui sont convaincus de notre doctrine, et qui promettent de « mener une vie conforme à ce qu’elle prescrit, sont obligés par « nous à jeüner, à prier, et à demander à Dieu la rémission de « leurs fautes passées, et nous prions et jeünons avec eux. Nous « les conduisons ensuite en un lieu où est l’eau, et là ils sont ré- « générés comme nous l’avons été ; il faut pour cela être lavé dans « Peau au nom de Dieu, père de toutes choses, et de notre Sau- « veur Jésus-Christ, crucifié sous Ponce Pilate, et de ’Esprit-Saint, « qui a prédit par les prophètes tout ce qui est arrivé au sujet de « Jésus-Christ. Nous appelons ce bain i//umination, parce que les « âmes s’illuminent en lui.

« Après le baptême , le nouveau fidèle , admis ainsi que nous « lavons dit, est amené parmi les autres frères dans le lieu où ils « sont rassemblés, pour prier en commun avec recueillement tant « pour eux que pour lilluminé , et pour tous lesautres fidèles, en « quelque pays qu’ils se trouvent, afin qu'ayant connu la vérité il « nous soit donné, à l’aide des bonnes mœurs et de l’observation « des commandements, d'arriver au salut éternel, Les prières ter- « minées, nous nous saluons par un baiser ; puis on présente à « celui qui préside l’assemblée du pain et une coupe de vin et « d’eau. Ensuite il loue et glorifie le Père-au nom du Fils et du « Saint-Esprit, et leur rend des actions de grâces pour les dons « reçus d’eux. Quand la prière et les actions de grâces sont finies, « tous les assistants disent à haute voix : Amen, ce qui, en hébreu, « veut dire : Ainsi soit-il. Enfin ceux qu’on appelle diacres distri- « buent le pain , le vin, l’eau consacrés, et en portent aux absents. « Cette nourriture à nom parmi nous eucharistie, et il n’est pas « permis d'en approcher à quine croitpoint dans la vérité de notre « doctrine, n’a pas été lavé pour la rémission de ses péchés, et ne « vit pas selon les préceptes de Jésus-Christ ; car elle n’est pas « prise par nous comme pain on comme breuvage ordinaires; « mais, de même que, par la parole de Dieu, Jésus-Christ s’est in- « carné et a pris chair et sang pour notre salut, ainsi cette nour- « riture , sanctifiée par l’oraison de son Verbe, devient la chair et « le sang de Jésus-Christ incarné, et deviendra notre chair et notre « sang par la transformation qu’elle subit. Voilà ce qui se passe « parmi nous; en outre, ceux qui peuvent le faire secourent les

de

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pauvres. Ainsi nous sommes toujours unis; et; pour chacuñe.

des offrandes., nous bénissons le Gréplonr dans son Filsiet dans, l'Esprit-Saint. in da

« Le jour! du soleil, ceux qui. de mentet denis la, ville ou à la,

campagne se réunissent dans un même lieu, et, lorsquele temps nous le permet, nous lisons les écrits des apôtres et des: prophètes. Au moment où le lecteur s'arrête, celui qui préside: fait un discours au peuple, en l’exhortant à imiter des exemples si glorieux ; ensuite nous nous levons et faisons nos prières, après lesquelles on offre, comme je l'ai dit, le pain , le vin.et l’eau, Le prélat rend , du mieux qu’il peut , des actions de grâces par des oraisons pieuses , et tous répondent : Amen. On distribue à tous les assistants les choses consacrées , et il.en est envoyé par les. diacres aux absents, Les plus riches donnent librement. aux autres, et, selon qu’il leur plaît, ils payent une certaine contribution ; ce qu’on recueilledecettemanière est gardé par le prélat, pour aider les orphelins, les venves, ceux qui, par suite d’intirmités on nar d’autres causes, sont devenus pauvres , et pour assister les prisonniers et les étrangers. En un mot, il doit en faire usage en faveur de tous ceux qui se trouvent dans le besoin. Le plus souvent, nous nous réunissons le jour du soleil, parce que c'est le jour dans lequel Dieu commença la création du monde, où Jésus-Christ ressuscita et apparut à ses disciples , pour leur enseigner ce que nous vous exposons.

« Si nos usages vous paraissent raisonnables , respectez-les ; s'ils vous paraissent inconvenants, méprisez-les ; mais ne condamnez pas pour cela à la mort des gens qui n’ont fait aucun mal, car nous vous affirmons qu> vous ne fuirez pas le juge-

« ment de Dieu en persévérant dans une pareille injustice ; de notre

côté, nous dirons : Que la volonté du Seigneur soit faite! » IL'est beau de voir ces hommes calomniés s'écrier : -« IL fut un temps où nous aimions les plaisirs licencieux, maintenant nous aimons la pureté ; nous pratiquions les arts magiques, maintenant nous nous confions dans la volonté de Dieu; nous cherchions à acquérir le bien d'autrui par tous les moyens, maintenant nous mettons le nôtre en commun; nous nous haïssions les uns les autres, maintenant nous vivons en famille et prions pour nos ennemis... Beaucoup étaient violénts et vaniteux, quiont pris une manière de vivre régulière. »

Mais les chrétiens avaient à souffrir de leur vertu même, Une

femme qui s’est convertie-ne veut plus seconder le libertinage de son mari; celui-ci, irrité, accuse de sa conversion un nommé Pto-

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lémée , qui ; traduit dévant ‘Urbicius, préfet de la ville, est condamné tu: supphice. Alors ün'certain Lucius reproche au préfet d'envoyer à la mort un homme qui n’est ni adultère ;ni voleur, ni homicide, disant que telle ne peut être l'instruction de l’emnereur ni du sénat. Urbicius lui demande s’il'est aussi chrétien, et, sur sa réponse affirmative, prononce contre lui lasentence capitale, Lucius l'en: remercie ,: parce: qu'il le délivre ainsi de mauvais maîtres pour l'énvoyer à Dieu, le meilleur des pères et des rois. Untroisième se confesse chrétien à son tour, ét il ést aussi condamné à mourir.

Ce fut alors que Justin fit sa seconde Apologie, où il s'élève contre des procès dans lesquels on arrachait, à l’aide de tortures horribles, à des-fommes, à des enfants, à des esclaves, l’aveu de crimes supposés, et demande de pouvoir publier les doctrines chrétiennes, afin que les hommes d’un jugement droit voient combien elles sont'au--dessus des autres philosophies. Il ne paraît pas que ces écrits, qui furent scellés du sang de leur auteur, aient beaucoup servi à la paix de l’Église.

Athénagore adressa aussi des plaintes à Marc-Aurèle et à Lucius Vérüs, parce qu’on refusait aux seuls chrétiens la tolérance accordée à tous : « Les persécuteurs, dit-il ,; ne se contentent pas « de nous.enlever nos biens, sachant quenous y renonçons volon- « tiers; ils nous attaquent dans notre existence, par des accusa- « tions qui s’adresseraient mieux à ceux qui nous les opposent. « Qu'ils nous convainquent du moindre tort, et nous ne refusons « pas le plus:cruel châtiment; mais tout ce qui nous a été imputé « jusqu'ici n’est qu'une vague rumeur ; aucun chrétien n’a jamais « été convaincu de crime, et parmi eux il n’y a de méchants que « les hypocrites. »

Les trois méfaits dônt il les disculpe spécialement sont l’athéisme, l’inceste et les festins de chair humaine, « Vous trouverez « parmi nous, poursuit-il, des hommes de travail, des femmes de « bien, qui ne pourraient vous démontrer par des paroles la vé- « rité de nos doctrines, mais bien par des œuvres l’utilité pra- « tique de leurs sentiments. Leur esprit ne leur fournit pas de rai- « sonnements, mais ils accomplissent de bonnes actions : mal- « traités, ils ne se révoltent pas; implorés, ils donnent ; ils aiment « les autres comme eux-mêmes, Prendrions-nons tant de peine « pour être bons, si nous n’étions persuadés que Dieu nous regarde, «et qu’une vie plus belle nous attend après cette existence mor: « telle? Notre espoir en cetté autre vie nous fait mépriser celle-ci, « et détester jusqu'à la pensée du péché. Selon la différence de « l’âge, nous regardons les antres hommes comme des fils, où

Athénagore.

Minucius Félix,

Tertullien.

« comme des frères et des sœurs, ou comme des mères et des « pères. En préservant la pureté de ceux que nous considérons « comme des parents, nous nous baisons avec une grande re- « tenue, comme on s’acquitte d’un acte religieux , et, si cet acte « était souillé seulement d’un désir, il nous priverait de la vie « éternelle. Chacun de nous se marie pour avoir des descendants, « et imite l’agriculteur, qui, après avoir répandu le grain sur son « champ, attend patiemment le fruit ; beaucoup vieillissent dans « le célibat, dans l’espoir de s’unir ainsi plus étroitement à Dieu. « Ilne nous est pas permis de nous opposer à celui qui nous « frappe, et de ne pas bénir celui qui nous maudit ; car, au lieu « de nous contenter de la justice qui réprime, nous devons nous « montrer bons et patients. Et il pourrait se faire que nous man- « geassions des hommes! Nous avons des serviteurs qui voient « tout ce que nous faisons, et aucun d’eux n’a déposé contre nous. « Comment tuerions-nous des hommes, nous qui. ne pouvons « même souffrir la vue de justes exécutions; qui ne supportons « pas comme vous celle des gladiateurs et des bêtes féroces of- « ferts en spectacle, et ne croyons pas qu’il y ait de différence « entre celui qui assiste à un massacre et celui qui le commet; nous qui traitons d’homicides l’avortement et l’exposition des « enfants? »

Octavius et Cécilius, le premier converti, l’autre encore païen, s'étaient rendus à Ostie, où Minuoius Félix , avocat célèbre, se trouvait à sa maison de campagne. Ils se promenaient un matin sur la plage, quand Gécilius, à la vue d’une idole de Sérapis, porta la main à sa bouche en la baisant, ainsi que cela se pratiquait en signe d’adoration ; ce dont Octavius le bläma, comme d’une puérilité indigne d'un homme tel que lui. Comme ils s’étaient arrètés ensuite sur la plage à regarder des enfants qui faisaient des ricochets sur l’eau avec des galets, Cécilius resta quelque per soucieux, à cause des paroles qui lui avaient été dites ; ils se proposèrent donc de soumettre la chose à une discussion entre eux. Tel est le sujet d’un dialogue de Minucius Félix (1), qui parfois exhale un parfum de platonisme. Céciliussoutient les dieux , la croyance antique, générale, contre cette folie d’une nation nouvelle, souillée de sales infamies et persécutée ; mais les deux autres battent si bien en brèche tous ses arguments, qu’il finit par s’avouer vaincu et converti.

Quintus Septimius Florens Tertullianus , de Carthage, réputé le

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père de l'Église le plus éloquent dans la langue latine (1), composa une apologie en faveur des chrétiens, persécutés alors en Afrique, en démontrant , au sujet de la fameuse lettre de Trajan à Pline, l'injustice qu’il y avait à les punir pour leur nom seul; à leur refuser la défense et le ministère des avocats , dont jamais aucun accusé ne doit être privé; à ne pas éclaircir les délits confessés sous des tortures, et à ne pas s’enquérir de la qualité, du temps, du mode et des complices. « Vous interrogez les autres pour savoir « s’ils sont coupables, et nous pour nous faire nier que nous le « soyons. Un hoinme dit : Je suis chrétien , et le dit avec vérité; « vous siégez sur le tribunal pour chercher à nous faire proférer « le mensonge. Cette marche, inverse de la marche ordinaire, « devrait pourtant vous faire soupçunner qu’une force secrète peut « seule vous contraindre à agir contre les lois et contre les usages qui « partout régissent le barreau. Les tyrans emploient les tourments « pour châtier le mensonge; vous autres, parce qu’on dit la vé- « rité. Si l’aveu est fait sans attendre les tourments, on ne doit « plus y avoir recours; il suffit de prononcer la sentence. Vous « vous figurez qu’un chrétien est souillé de toutes sortes de méfaits, « que c’est un ennemi des dieux, des empereurs, des lois, des « bonnes mœurs, de la nature, et vous ne lui demandez qu’un « désaveu, pour le déclarer innocent : c’est agir contre les « lois... »

Après avoir fait ressortir l’illégalité de la procédure , il s’élève contre ce qu’il y a de révoltant à châtier un si grand nombre de personnes : « Que ferez-vous, dit-il, de milliers d’hommes, de « femmes, de tout âge, de toute condition, qui tendent les bras à « vos chaînes? De combiendebüchers, de combien de glaives n’au- « rez-vous pas besoin? Décimerez-vous Carthage? » Il ose même remonter jusqu’à la source de l'autorité, en disant que les lois humaines ne sont pas infaillibles, qu'il en est que l’on abolit, d’autres que l’on introduit. A l’accusation de manger des enfants, il oppose l'usage d’immnoler des enfants à Saturne, continué en Afrique jusqu’au proconsulat de Tibère, qui fit attacher les sacrifi-

(1) Q. Sept. Florentis Tertulliani opera, cu adnot. Rigaltii jurisconsulti ; Paris, 1634-1664. Tertullien, dans son Apologie, c. V, avance que Tibère, auquel il avait été rendu compte des miracles du Christ, proposa au sénat de le reconnaître pour dieu ; mais que le sénat s'y refusa, Son assertion à été accueillie non-seulement par la foi timide, mais encore par des historiens de mérite. Si l'on réfléchit pourtant que Tertullien ne l'appuie d'aucune autorité, que le sénat n'aurait osé contredire Tibère sur quelque proposition que ce fût, que ce prince

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M —— + MOUV SV VUINU 4 2010

breux, la critique ne saurait l'adopter, Voyez Plutarque.

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Éret-ererpsr retiens

cateurs aux arbres dont le temple était ombragé. Si pourtant cet usage avait cessé publiquement, on le prâtiquait encore en secret. 1l rappellé les hommes immolés à Mercure par les Gaülbis , le sang humain versé dans Roïne en l’honheur de Jupitér, quand les chrétiens s’abstenaient, au contraire , de goûter à quelque sang que ce fût (1).

A l’imputation de sacrilége, il répond en mettant à nù la folie du culte païen, qu’il compare à celui des chrétiens : « Nous ado- « rons un seul Dieu , qui, par sa parole, son esprit ét sa puissance , « a tiré du néant cet univers avec tout cé qui le compose, c’est- « à-dire avec les éléments, les corps et lès ésprits, pour qu'ils « fussent l’ornement de sa grandeur. Voulez-vous lé conhaitre « dans ses œuvres? Mais vous avez le témoignage de notre âme, « qi, en dépit de la mauvaise éducation, des passions et de l’as- « servissement aux faux dieux, chaque fois qu’elle se réveille, Pap- « pelle par le seul nom de Dieu, en disant : © grand Dieu! O « bon Dieu! Ce qui plaira à Dieu; Dieu ‘le voit; Je le recum- «a mande à Dieu ; Dieu me le rendra. C'est là un aveu de l’âme, « qui ne se dirigé pas vers lé Capitole, mais vers lè ciel. Afin que « nous eussions de lui èt de sa volonté une connaissance plus « parfaite, il nous a donné le secours des saintes Écritures } car, « dans les commencements, il a envoyé sur la terre des hommes « dignes, par leur justice et leur sainteté, de le connaître et de le « faire connaître aux autres. Ils furent remplis dé son esprit , afin « de proclamier qu’il n’y a qu'un Dieu, ayant créé toùte chose, « formé l’homme de terré, réglé le cours du monde, donné des « préceptes dont l'observation fût un moyen de lui plaire, ét que « vous ignorez où que vous laissez en oubli; un Dieu qui , à la fin « du monde, jugera ceux qui le servent, pour leur donner en ré- « compense la vie éternelle, et condamnera lés impies ‘au feu « éternel, après avoir ‘fait réssusciter tous les morts. Nous « avons ri dans un ‘temps dé ces doctrines, et nous avons été « de votre parti: les hommes ne naissent pas Chrétiens , ils le « deviennent, »

A l’égard du erimé de lèse-majesté , il répond en assurant que, si les chrétiens ne manifestent pas leur dévouement par des'serments et des bassesses, ils priént du moins pour l'empereur, ñon des divinités imaginaires, mais le vrai Dieu, afin qu'il lui accordé une longhe vie, un règne tranquille , la sécurité dans ses pa-

(1) Enexécution d'une règle émaniéo du concile des apôtres, et longtemps observée:, les ebrétiens s'abatenaient du sang et ue mangeajent point la:chair tes animaux étouffés.

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lais , des soldats courageux, un sénat fidèle , un peuple vertueux, et Ja paix dans le monde entier. « Établir des foyers et dresser «. des tables en public, manger au milieu des rues, faire de la

« ville entière une taverne, mêler le vin à la fange, el courir les « rues par bandes pour commettre des indécences, c’est faire peu « d'honneur au prince. Ne saurait-on donc exprimer l’allégresse « publique autrement que par une honte publique? Serons-nous « donc coupables, parce que nous accomplissons les vœux que « nous faisons pour l’empereur avec chasteté , sobriété et modes- « tie; parce que nous ne couvrons pas nos portes de branches «de laurier, et que nous nous abstenons d’allumer des lampes en « plein jour, comme on le fait pour signaler les lieux infâmes? »

Jl démontre, que les individus les plus empressés à rendre aux empereurs ces vains témoignages d'affection, étaient les sujets les moins fidèles et les plus disposés à la rébellion ; au contraire , les chrétiens perséçcutés obéissent, et, lors même que le peuple prévient les ordres suprêmes en les tuant, et viole jusqu’à leurs cadavres , ils ne songent pas à se venger; et pourtant, quoique nés d'hier, nous occupons les iles, les cités, les places fortes, les campagnes, le palais, le sénat, le forum; nous ne vous laissons que vos temples. Étant sinombreux, nous pourrions faire la guerre au gouvernement ou d'abandonner; mais notre croyance nous détourne de l'ambition et de l'effusion du sang. Il n'est pas vrai que nous soyons inactifs pour cela; nous nous appliquons, au contraire, au commercçe ,; à la navigation, aux armes, à l'agriculture ; nous payons les impôts, et, si nous n'enrichissons pas les lemples, ni des femmes perdues et des astrologues, nous ne donnons pas non plus d'occupation aux tribunaux.

« Je sais bien que nos modestes repas du soir sont en mauvais « renom, non-seulement comme coupables, mais encore comme « étant d’une extrême recherche ; et pourtant l’on ne dit rien « des, banquets de tant de congrégations païennes. Notre cène in- « dique d’où elle tire son origine dans $on nom d’agape, qui en « grec signifie charité; c'est un soulagement que nous donnons « aux pauvres, On n’y voit ni bassesse. ni débauches, et l'on ne « s’assied point à table sans avoir prié le Seigneur; chacun mange « selon ses besoins , et ne boit qu'autant qu’il est. convenable, «, sans offenser la pureté. Nous prenons une pourriture mesurée « comme des gens qui doivent prier Dieu mème dans la nuit, et « nous parions comme des personnes qui savent être sous le re- « gard,de Tous Après s'être lavé les mains-et avoir allumé les

lampes, tous sont invités à chanter les lonanses de Dieu tirées

« des livres sacrés, ou composées par quelqu'un de nous. Le repas « se termine dé même par la prière ; enfin nous nous séparons « avec retenue et modestie. Telles sont les assemblées des chré- « tiens; nous sommes les mêmes réunis et séparés; personne n’est « offensé par nous , n’est molesté par nous.

« On devrait plutôt donner le nom de factieux. à ceux qui cons- « pirent contre les chrétiens , sous le vain prétexte qu’ils sont la « cause de tout désastre public. Si le Tibre déborde, si le Nil ne « déborde pas, si l’eau manque, si la terre tremble, s’il sur- « vient une disette, une peste, on s’écrie aussitôt : Les chrétiens « aux lions! De grâce, qu’on me dise si de pareils maux, et « d'aussi nombreux, ne sont jamais arrivés avant le règne de « Tibère et la venue de Jésus-Christ? Ce sont là les effets du « courroux de Dieu, justement irrité contre les hommes cou- « pables et ingrats. Et cependant, quand la sécheresse fait crain- « dre la stérilité , vous sacrifiez à Jupiter, en fréquentant les bains, « les hôtelleries et les autres lieux de débauche. Nous autres, « nous cherchons à fléchir le ciel par la continence, par la fruga- « lité, par les jeûnes, en nous revêtant d’un sac, en répandant « la cendre sur nos têtes; puis, quand nous avons obtenu mi- « séricorde , nous rendons hommage à Dieu. Mais ces disgrâces « ne nous abattent pas ; nous n’avons dans ce monde d’autre désir « que de le quitter le plus tôt que nous pourrons, »

Tertullien déploya aussi toute son énergie contre les spectacles, contre les théâtres surtout, extrêmement nuisibles , tant par leur origine idolâtre que par les dangers inhérents à leur nature, et par les passions qu'ils excitent. Il traita de différents cas d’idotrie , ainsi que de la toilette des femmes, du martyre , du baptême, de la pénitence , de la prière, en réprouvant toujours les abus et les superstitions. Dans son livre des Prescriptions, ouvrage d’une grande autorité, il combat les hérétiques par des raisons légales, comme incapables d’être admis à discuter sur les saintes Écritures, attendu qu’ils ne les connaissent pas; il les confond en leur rappelant qu’ils sont nés de la veille, tandis que l’'Église croit ce qui fut enseigné par les apôtres, et par les Églises qu'ils ont fondées.

On peut toutefois reprocher à Tertullien d’avoir été trop passionné pour ses propres opinions, trop absolu malgré de trèsgrandes connaissances , et de s'être laissé séduire par les erreurs des montanistes, qui étaient en rapport avec la sévérité de son esprit. Alors, poussant ses doctrines à l'excès, il nia qu’il fût permis de se soustraire par la fuite à la persécution ; il multipliait

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APOLOGIES ET CONTROVERSES. b11

les jeùnes obligatoires, et ne voulait pas que ceux qui étaient tombés dans l’impureté fussent admis à la pénitence. Se fondant sur des inspirations auxquelles il était réduit à croire après avoir répudié l'autorité de l’Église vivante , il finit par se séparer de ses nouveaux sectaires, parce qu’il soutenait la matérialité et même le sexe des âmes; il persévéra dans ces erreurs au point de faire douter de son salut.

Entièrement pur du symbolisme des Orientaux, et tout positif, il est dans ses ouvrages grave , austère, mais incorrect, affecté dans le style comme dans la pensée, fatigant par excès d’abondance, obscur par excès de précision (1).

Aussi passionné que Tertullien, Cécilius Cyprianus, de Carthage, procède toutefois avec plus de mesure, et l’on ne sait ce qui domine le plus en lui, de la grâce ou de la vigueur; il écrivit avec une douce et limpide abondance un grand nombre d’ouvrages, au moyen desquels il contribua, peut-être plus que tout autre, à séparer la foi et l'examen, la révélation et le raisonnement, dont le mélange produit l’asservissement ou l'erreur de l'intelligence ; tandis que leur distinction ouvre à l'esprit humain le champ de l’infini, en le faisant passer du symbole à la réalité. Dans ses traités De vanitate idololatriæ et de unitate Ecclesiæ, il combat spécialement l’ancien culte et les nouveaux schismes, en établissant l’unité de la foi dans l’unité de la chaire romaine (2). Informé que le pape

(1) d. P. Chorpentier, Études historiques et littéraires sur Terlullien ; Paris, 1838,

(2) « Saint Paul, dit-il, pose les fondements de l'unité de l’Église par ces paroles : Travaillant avec soin à conserver l'unité d'un méme esprit par le lien de la paix, vous n’éles tous qu'un corps et qu'un esprit, comme vous avez lous été appelés à une méme espérance; il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptéme, qu'un Dieu père de tous, qui est au-dessus de tous, qui étend sa providence sur tous, et qui réside en nous tous. (Aux Éphésiens, 1V, 3 à 6.) Tel est le principe de l’unité auquel nous devons nous tenir inviolablement attachés , nous évêques surtout, qui avons l'honneur de présider à l'Église.

« Comme il n’y a qu'un seul Jésus-Christ, de même il n’y a qu'une seule Église, une seul: chaire fondée par saint Pierre, par la parole même de Jésus- Christ : dès lors il n'y a qu'un seul autel, an seul prêtre; il ne doit point s’en trouver deux, ni en exister un autre qui soit différent, Une coupable démence, une impiété sacrilége, peuvent seules avoir le droit de violer l’ordre établi par Dieu même.

« En’y a qu’un seul épiscopat, dont chaque évêque fait solidairement partie.

« Un seul épiscopat existant, il n’y a qu'une seule Église répandue dans l’immense multitude des membres qui la composent. Du soleil partent un grand nombre de rayons, un seul est le foyer de la lumière; un arbre a beaucoup de rameaux, mais tous sortent d’un seul tronc, qui a enfoncé dans la terre des

Cyprien,

Arnobe,

Lactance 318,

allait faire des concessions au schismatique Félicissime, il Jui écrivit : Très-cher frère, un évêque peut étre lud, non pas vaincu. J'embrasse donc tendrement quiconque est vraiment repentant ; mais, si quelqu'un pense se faire ouvrir la porte par la terreur, qu'il sarhe que le camp du Christ ne se prend pas par la menace. Plein de sentiment et de chaleur, il a, au jugement de Fénelon, un grandeur et une véhémence qui rappellent Démosthène, Lui aussi tomba dans l'erreur, mais il racheta sa faute par un généreux martyre.

Arnobius était de même Africain, Après avoir longtemps soutenu le paganisme, ilse déclara vaincu et se rendit à l’Église, qui lui enjoignit d'employer contre l’idolâtrie l'influence de sa parole. De même qu’il avait commenté les auteurs profanes, il offrit, dans ses livres Contre les gentils (1), la plus complète réfutation des anciennes croyances, en s'adressant aux hommes capables de tenir une balance exacte entre celles-ci et les nouvelles; dans son zèle de prosélyte, il demande non-seulement la destruction des théâtres, mais des œuvres des poëtes. Diffus et apprêté comme un habile rhéteur, sans être profond dans la connaissance de la vérité, il cite rarement le Nouveau Testament, jamais l’Ancien, employant du reste tout ce qu’il a de force pour confondre l’idolâtrie, et ceux qui prétendaient que « depuis le christianisme le monde « avait péri, que le genre humain était devenu la proie de tous les € MaAUX. »

Son mérite est d’avoir formé un autre puissant champion du christianisme, Lactance, qui fut chargé par Constantin d’initier Crispus, son fils, aux sciences qu’il avait apprises en Asie. Il y a plus d'imagination oratoire que de vérité historique dans son petit traité De la mort des persécuteurs. Quand il vit, alors que la vérité était combattue par le glaive, deux philosophes se lever pour la discréditer par leurs livres, il en conçut tant d’indignation qu’il se pro-

racines profondes ; beaucoup de ruisseaux s'écoulent d'une source, mais leur origne est une.

« Un rayon ne peut se séparer du soleil ; il ne donne plus de lumière quand il n'est plus en relation avec son principe; un rameau détaché de l'arbre ne jette plus de racines; un ruisseau dévié de sa source se dessèche soudain. Telle est l'image de l'Église. La lumière divine qui l’investit embrasse dans ses rayons le monde entier ; mais elle provient d’un point unique, qui distribue la splendeur en tous lieux sans que l’unité du principe en soit décomposée. Sa fécondité inépuisable étend ses rameaux sur toute la terre, et verse an loin ses eaux abondantes; mais c'est partout le même principe, la même mère qui manifeste sa vigueur dans le nombre de ses fils, » De Unilate, Epistola ad plebem. (1) Annomir Arn Adversus gentes, libri VIT; Leyde, 1651,

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posa de réfuter non-seulement ces deux adversaires, mais tous les ennemis des chrétiens; c’est ce qu’il fit dans ses /nstitutions divines (1), publiées vers la fin du règne de Constantin. Faible théologien, il combat les erreurs sans savoir les éviter lui-même ; moins remarquable par une éloquence élevée que par le choix de l'expression, s’il est le plus élégant des auteurs ecclésiastiques latins, il mérite peu le titre de Cicéron chrétien. Bien éloigné de partager l’indignation de Julius Firmicus (2), qui appelait sur l’idolâtrie la rigueur des lois, il proclama que la religion est la chose la plus spontanée et la plus libre (3). Loin de nous la pensée de nous venger de nos persécuteurs! que le soin en soit laissé à Dieu. Le sang des chrétiens retombera sur la tête de ceux qui l'ont versé.

Les paroles des saints Pères. soutenues par le martyre, ne pouvaient rester infructueuses ; elles trouvaient même un écho dans les pays lointains. Déjà, au temps de Marc-Aurèle, il est fait mention d’une école chrétienne fondée dans Alexandrie en opposition à l’Académie païenne, et qui avait pour but de former des défenseurs de la vérité ; mais elle n’acquit d'importance que vers la fin du second siècle , quand le stoïcien Panthène, converti à la foi, dirigea l’école des paroles sacrées (Gidaoxaheïov iepév Xéywv), enseigna du haut d’une chaire chrétienne les doctrines métaphysiques du Musée, et songea le premier à réduire la religion en système.

Il eut pour successeur Clément d’Alexandrie (4), très-versé dans la philosophie de Platon, et dont les ouvrages principaux sont le Pédagogue et les Stromates. Dans le premier, qui est un résumé sommaire de la morale chrétienne à l’usage des catéchumènes, il descend aux moindres règles de la vie et du costume. Il recommande que le vêtement soit blanc, ses couleur ni plis traînants, et plus soigné chez les femmes; celles-ci doivent aller chaussées, les hornmes pieds nus ; il défend l’or et les pierreries, l'usage de se teindre le visage et les cheveux, ainsi que l’excès de parure, le trop grand nombre d’esclaves, surtout d’eunuques, de nains et de monstres, et de nourrir beaucoup d’animaux, au lieu de donner du pain aux pauvres. Il ne veut pas qu’on fréquente les bains, surtout s’ils sont communs aux deux sexes , et recommande d’exer-

(1) L, Coeur Lacranrn Opera; ed. Galæi et variorum ; Leyde, 1660, (2) De errore profanarum religionum.

(3) Nihil est tam voluntarium quam religio, V, 20. (4) CLEMBNTIS ALEXANDRINI opera græce et latine quæ exstant ; ed. Porren; Oxford, 1715 ; 2 vol. in-folio ; réimprimés à Venise, IST, UNIV, = T, V, 33

Panthène,

Clément d'A.

lexandrie, m, Ch 217,

cer le corps à la lutie, à la paume, à la promenade, mais plus encore dans les accupations domestiques, à puiser de l’eau, à bêcher, à fendre du bois. JL proscrit les dés et antres jeux des gens oisifs, le cirque et le théâtre, ainsi que les saluts à haute voix dans la rue, pour ne pas se faire inutilement reconnaitre par les infidèles.

Ces reproches montrent avec quelle difficulté le christianisme parvenait à changer des habitudes détestables : les chrétiens euxmêmes s’abandonnaient encore aux frivolités et aux infamies des gentils ; entourés de mignons, parfumés, parés avec luxe , ils se plongeaient dans l’intempérance. Les femmes, chargées de perles et de pierre sprécieuses, se déshabillaient en présence des hommes, et entraient dans des bains dont la magnificence est à peine cvoyable (1).

Son autre ouvrage, les Séromates, est un recueil de notions variées et décousues sur l’histoire, à propos de laquelle il nous a conservé des détails très-importants qu’on ne trouve point ailleurs; sur la logique, c’est-à-dire sur la distinction de la foi ei de la science, et sur les règles de l'argumentation ; sur la théorie, où il examine philosophiquement la doctrine évangélique et la certitude des connaissances humaines.

Dans son Exhortation aux gentils, il entreprend de prouver que, dans chaque siècle, l’unité de Dieu et les vérités capitales furent professées par des philosophes et des poëtes, et qu’ils les ont tirées du peuple hébreu (2), ce qu’il soutient avec un grand appareil de science.

Lançant avec énergie l’invective contre le paganisme : « Je dé-

« chirerai, dit-il, le voile qui couvre vos mystères, et je ferai :

« connaitre aux contemplateurs de la vérité les prestiges cachés de « vos rites secrets. Quel excès d’impudence ! Il fut un temps « où la nuit couvrait de son ombre les voluptés d’hommes mo- « dérés; maintenant, consacrée à l’incontinence , elle révèle les « infamies des initiés , et les torches éclairent le vice et la pas- « sion... Chante-nous, Homère, ton bel hymne : Les amoureux

(1) « Leur bain est une chambre de construction merveilleuse, portative, transparente, couverte d’une toile, remplie de siéges d’or et d'argent, ainsi que de vases de la même matière, daus quelques-uns desquels on met des boissons, dans d’autres des mets, et d’autres enfin servent pour le bain, Les barres du fourneau sont même en argent. Leur jntémpérance est telle qu’elles n’entrent jamais dans le bain sans être ivres, et là, elles étalent la vaisselle d’argent la plus riche et la plus magnifique pour satisfaire leur vanité. »

. (2) Nous avons cherché à prouver la même chose, mais en montrant ces vérités déduites de la tradition primitive des hommes avant leur disper sion.

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« larcins de Mars ef Vénus. Mais non, tais-toi; le chant qui en- « sejgne J’idolâtrie n’a rien de beau. Nous ne voulons pas même « souiller nosoreilles en entendant des paroles d’adultère etde for- « nication.. Vas dieux, cruels et impitoyables envers les hom- « mes, non-seulempent obscurcissent leur esprit, mais se plaisent « à voir leur sang couler daps les combats féroces du cirque et de « l’arène , dans les batailles meurtrières où ils sont invoqués, dans « Jes sacrifices qu’ils exigent des villes et des peuples. Aristomène, « dans la Messénie, imriole une triple hécatombe d’hommes au « Jupiter d’Ithome , et, dans le nombre des victimes, se trouve « Théopompe, roi de Lacédémpne. Les habitants de la Chersonèse « Taurique immolent à leur Diane tous les naufragés qui abordent « sur leurs rivages, et ces sacrifices sont célébrés dans une tra- « gédie d’Euripide. Monime, dans les Choses admirables, rapporte « qu’à Pella, en Thessalie, on sacrifiait un Achéen à Pélée et à « Chiron; Anticlès et Dosidas disent que les Lyciens , originaires « de Crète, offraient des victimes humaines à Jupiter; les Les- « biens à Bacchus; les Phocidiens à Diane Taurique. Érechthée « d'Athènes et le Romain Marius immolèrent leurs propres filles; « l’un à Proserpine , l’autre aux dieux Averrunces. C’est ainsi que « les démons font voir combien ils aiment les hommes, et de pa- « reilles superstitions peuvent trouver des sectateurs ! Et ils ne « s’aperçoivent pas que ce ne sont pas là des holocaustes, mais « des meurtres; que ni le nom ni le lieu ne peuvent changer l’es- « sence des choses; qu’immoler à Diane et à Jupiter est la même « chose qu’immoler à la colère, à l’avarice , à la vengeance , à « d’autres démonsde même espèce ; que massacrer un homme sur « l'autel ou sur la route, c’est tout un ! »

Il oppose l’idée du progrès à l'esprit de conservation , qui devenait le refuge du paganisme menacé : « Direz-vous qu’il n’est pas « permis de bouleverser les usages qu’on a reçus de ses ancêtres? « Et pourquoi donc ne reveriez-vous pas à votre premier aliment, « au lait auquel vous habituèrent vos nourrices quand vous ne fai- « siez que de naître? Pourquoi accroitre ou diminuer les biens « paternels, au lieu de les conserver tels qu’ils nous ont été trans- « mis? Pourquoi avons-nous renoncé aux choses que nous faisions « lorsque nous étions enfants? Nous nous sommes corrigés de « nous-mêmes, sans avoir besoin de maîtres ; mais si, en ce qui « touche à cette vie passagère, vous ne vous montrez point jaloux « observateurs des institutions paternelles, pourquoi, dans ce qu’il y a de plus important, ne rejetteriez-vous pas une coutume qui serait mortelle?... Vous avez blanchi dans le culte des fausses

« divinités; venez à cette heure vous rajeunir à celui du vrai « Dieu. C’est un bel hymne que l’homme élève vers son ‘Créateur « lorsqu'il accomplit des œuvres de justice , ‘et dans celui-là re- « tentissent toutes les paroles de la vérité... Que l’Athénien « suive les lois de Solon, l'Argien celles de Phoronée , le Spartiate « celles de Lycurgue; mais, si tu es chrétien, tu as le ciel pour « patrie, Dieu pour législateur... Salut, Ô lumière descendue du « ciel, plus pure que celle du soleil, plus aimable que ce qu AL ya « de plus doux dans la vie!... Qui la suit connaît ses erreurs , « aime Dieu et le prochain, accomplit la loi, et obtient récom- « pense. L’'Évangile est la trompette du Christ; il l'a remplie de « son souffle, nous en avons entendu le son, et, nous couvrant « de la cuirasse de la justice, du bouclier de la foi, nous nous « sommes préparés à combattre le péché. D

On a souvent abusé du précepte évangélique de pauvreté, soit en l’exagérant dans l’application, soit en le considérant. comme funeste à la société ; l'explication qu’en donne Clément, dans son traité intitulé : Quel riche est sauvé? mérite donc d'être rapportée : « Le précepte, dit-il, est accompli , quand les richesses se « convertissent en matièré et en instruments de bonnes œuvres. « Indifférentes de leur nature, il ne convient ni de les blâmer ni « de les discréditer sans raison. Tout dépend de l'usage qu’on «en fait; il ne faut pas non plus leur imputer les maux qu elles « occasionnent , mais aux passions et aux penchants vicieux qui « dénaturent les dons du Créateur en les détournant de leur usage « et qui emploient au mal ce qui peut devenir pour nous une « source de mérites. »

Nous ne saurions passer sous silence, parmi beaucoup d’autres apologis :s, Apollonius, martyr, qui plaida devant le sénat la cause de la foi (1); Denys, évêque de Corinthe, qui, dans différentes épîtres, expliqua la doctrine catholique et combattit l’hérésie, et Tatien d’Assyrie, qui fut disciple de saint Justin. En écrivént contre les Hellènes (2), ce dernier démontre la vanité de leurs études, surtout les contradictions de leurs philosophies, auxquelles il oppose la vérité catholique sur la nature de Dieu et le libre arbitre : « Quand, dit-il, quelques cyniques , dont le « seul mérite est d'offrir aux yeux une épaule négligemment cou- « verte, des cheveux hérissés , une barbe et des ongles longs, et

(1) Cum judex mullis cum precibus obsecrasset, pettssetque ab flo ui coram senatlu rationem fidei suæ redderet, elegantissima'oratione pro defensione fidei pronunciala... (EusèBe, V, 21.)

(2?) Les païens étaient désignés sous ce nom dans l'Orient.

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« de dire qu ’ils n’ont besoin de rien , reçoivent des empereurs jus- « qu'à deux cents pièces d'or, de pension, prétendra-t-on obliger « Jés chrétiens à à suivre les, usages des gentils? » Et il se met à prouver longuement que la vertu est incompatible avec l’idolâtrie, avec les monuments érigés à des femmes déshonorées , avec l’infamie du théâtre , qui révèle les méfaits enveloppés du nanteau de la nujt; avec Vinutilité des athlètes et l’atrocité des gladiatéurs, entrètenus tout exprès pour amuser par leur mort. La philosophie des chrétiens n’étant pas seulement à l’usage des riches, c’est à tort qu’on es raille de descendre à discuter avec des, enfants et des femmes. Tatien chercha à ramener au sentiment chrétien la philosophie orientale, qu'il regardait comme infiniment supérieure à cellé des Grecs, bien que viciée par l’idolâtrie. Mais il alla parfois trop loin, en voulant concilier les émanations avec le dogme catholique ; puis il se fourvoya même tout à fait par excès de rigueur, en condamnant le mariage et l'usage de la viande où du vin, en quoi consistait l'hérésie des hydroparastates.

Les erreurs de la philosophie grecque furent aussi combattues par Hermias, qui vécut dans le second siècle (1), et celles des philosophes orientaux par saint Irénée, apôtre des Gaules et évêque de Lyon, qui subit le martyre au commencement du troisième siècle.

Îl a été publié, sous le nom de Denys Aréopagite, plusieurs ouvrages mal à propos attribués par quelques-uns au cinquième siècle, puisqu'ils sont déjà cités par Origène. Instruit dans la philosophie orientale , l’auteur la représente comme transformée par le dogme chrétien; ses livres de la Hiérarchie et des Noms divins expliquent, autant que l’homme peut le faire, la génération du Verbe et celle des idées. La scolastique y trouva au moyen âge une source abondante de discussions.

Athénagore réduit à “éant les explications allégoriques au moyen desquelles on a essayé, récemment encore, de défendre ou d’excuser le paganisme : « En admettant, dit-il, que Jupiter soit le feu, Junon la terre, Pluton l'air, Thétis l’eau, tout cela constitue les éléments, mais ne forme pas des dieux ; la divinité commande, les éléments obéissent; or attribuer la même vertu à l’être qui commande et à celui qui sert, c’est assimiler la matière changeante, périssable, corruptible , à un Dieu incréé, éternel , toujours semblable à lui-même, »

« J’abandonne Platon, dit Justin , non que sa doctrine soit con-

(1) Irrisio gentilium philosoph

Hermias.

Athéragore, Denys Aréopagite.

traire à celle de Jésus-Christ, mais parce qu’ellé en diffère en certains points; j’en dis autant des disciples dé Zénon , des poëtes et dés historiens. Îls n’ont cultivé qu’une partie de la raison , qui est universellement répändué, et ils ont éxprimé d’une manière admirable cétte partié accessible À leur intelligence; mais dans quelles contradictions ne sont-ils pas tombés sur les points les plus graves, pour n'avoir pas st élever à la doctrine par excellénce , à cette sciencé divine qui n’erre jamais! Ce qu’ils ont dit dé beau nous appartient, à nous, chrétiens, qui aimons et adorons, après Dieu le Père, la Parole divine, lé Verbe engendré de ce Dieu incréé , ineffablé.… C’est à l’aidé de la raison, qu’il mit en nôüus comme une semence précieuse, que des philosophes purent entrévoir la vérité, mais commé à travers un voile qui en obscurcissait l’éclat. Cé germe rudimentdire, cette ébauche, proportionnés à notré faiblesse, peuvéñit:ils Se comparer avec la vérité elle-même, communiquée danS s4 plénitude et dans toute l'extension de la grâce? 5

Origène, Origène , natif d'Alexandrie , brille att premier rang parmi les nous philosophes chrétiens. Avide du martyre , dont Léonidas son père avoir avait cueilli la palme duränt la persécution de Sévère , il visitait logiqi lés prisonniers, les accompagnait au tribunal et au supplice, sans hasär s’effrayer des vociférations du peuple ni des châtiments des magis- rence trats. Obligé de s’entretenir continuellement dvec des fémmes pour étàn les catéchisér, il se dépouilla de la virilité, en interprétant l’Évan- doxes gile selon la lettre, afin de ne pas donner prise à la malignité. Il jügea: se rendit à Rome, dont il voulait connaître l’Église, et finit par leur 4 se fixer à Césarée , où, pris eh äffection par Ambroïse, son riche la pui prosélyte , ilse mit à commenter PÉcriture sainte; il étuit assisté à nou de sept secrétaires écrivant sous sa dictée , d’autant de libraires et géoth de quelques jeunes filles, qui faisaient des copies de ses ouvrages. la Fair

Lors de la persécution de Décius, Origèhe fut jeté en prison et iles,

mis à la torture; mais on lui laissa la vie, dans l'espoir qu’il suc- passio comberäit ét eti entrainérait d’autrés par son éxémplé; il resta pôt ar ferme héanmoins, et adressa même aux fidèlés des lettres pleines prod de chaleur, pour les exhorter à la constätice. Après la mort dé d’auts Décius, il se retira chez uné dame pieusé, dont il mit à profit la IL ter riche bibliothèque, et composa chez elle les Heæaptes et l'Exhor- sance tation au martyre, adressée à Ambroise , qui était incarcéré ; plus tard, il commenta les livres saints, en écartant les apocryphes et (1) ç en collationnant les parties authentiques ; il copia les différentes nÔMe, traductions en trois exemplaires, un de trois, un de six , un de And huit coionnes, puis celle des Septante séparément, en indiquant, vel tal

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par dés amnotationts intérlinéaires, ce qu’il avait ajouté au texte hébreu. IH écrivit vingt-cinq volumes sur l'Évangile selon saint Matthieu, et' beaucoup plus sur les petits prophètes, moins pour en dégager Ie señis réel que pôur le faire concordet avec sa propré pensée. À voir la masse dé ses œtivres, on est étonné qu'un séul homme ait suffi à les composer et même à les écrire (4). indépendamment d’un travail si laborieux, il avait des conférentes dvec les fidèles, des discussions avec les hérétiques , et cotrespondait avec beaucoup de personnes; soit pour se disculper, donner des conseils, adresser des demandes à l’empereur Philippe, où pour raviver la ferveur des chrétiens, surtout afin qu’ils ne manquassent pas d'assister le dimanche et le vendredi à la iecture et à l’éxplication des textes sacrés. Le gouverneur de lArabie et Mammée, mère de l’emperéur Alexandre, voulurent l’entendre traiter de l'âme, ét une foule de disciples étaient avec lui du matin au soir, Plein de bienveillance envers eux, il étudiait leur caractère, ét saint Grégoire , évêque de Néocésarée et son disciple, nous retrace ainsi sa manière d’instruire ses élèves : « Après les avoir préparés par des discours irrésistibles , il leur enseignait la logique , les accoutumant à n’acceptér ni à réfuter les preuves au hasard, mais à les éxaminer attentivement sans s’arrêter à l'apparence ni aux paroles dont l'éclat éblouit ou la simplicité dégoûte, ét à ne point répudier des choses qui semblent d’abord des para doxes et sé trouvent souvent vraies; en nn mot, il voulait qu’ils jügeassent de tout sainement et sans préventions. Puis il fixait leur ättention sur la physique, c’est-à-dire il leur faisait considérer la puissance et là sagesse infinie de l’auteur du monde, si propre à nous hümilier ; il professait aussi les mathématiques ; surtout la géothétrié et l’astronomié. Enfin venait la morale ; mais, loin de la faité cohsister en vains discours, en définitions et divisions stéiles, il l’enseignait avec la pratique , indiquait les mobiles des passions, afin que l’Âme, en se voyant comme dans un miroir, pt arracher jusqu’à la racine des vices et fortifier la raison ; qui produit toutes les vertus. Aux discouts il joignait les exemples, d'autant plus qu'il était lui-même un modèle dé toutes les vertus, Il terminait ses leçons par la théologie, en disant que la connaissance la plus nécessaire est celle de la cause première : il leur

(1) Quis nostrum tanta potest legere quanta tlle conscripsit? Saint Jé- RÔôME, Can, — Nemo mortalium plura; ut mihi sua omnia non solum non perlegi, sed ne invent: i quidem posse videantur. Vincent de Lérins, Com. Dé La Rue, prieur de Saint-Maur, à publié ORiGEMS opera Omnia qua grace

vel latine tantum exstant, en4 vol.; Paris, 1793.

faisait lire tout ce qu’avaient écrit les anciens, poëtes:ou philosophes, grecs ou barbares, excepté ceux qui enseignaient l’athéisme, afin: que ; connaissant le fort et le faible de toutes les opinions, ils pussent se préserver des préjugés; mais, ‘lans cette lecture , il les guidait par la main pour les ‘empêcher de trébucher, et leur:montrer ce que chaque secte renferme d’utile ;: car il les connaistnit toutes parfaitement. Illes exhortait à ne s'attacher à aucun philosophe;, quelque renommé qu’il fût, mais à Dieuet aux prophètes. Enfin il leur expliquait les saintes "Écritures, dont ik était l’'interprète le plus érudit. »

L'ouvrage d’Origène qui produisit les résultats les plus utiles est son: écrit contre l’épicurien ‘Celse, qui, au temps d’Adrien, avait composé un Discours sur la vérité ,; par lequel il combattait les Juifs et les chrétiens ; il se vantait d’avoir lu leurs livres, dans lesquels il puisait des motifs de dédain et des calomnies, reproduites misérablement par les philosophes du dix-huitième siècle. Origène confirme la religion moins à l’aide d’arguments que par des faits, en discutant sur les prophét'es, sur les miracles de Jésus-Christ, que Celse ne niait pas, mai: tribuait à la magie , etsur ceux qui se renouvelaient fréquer : : dans l’Église; il lui opposait surtout le changement des mœurs, la continence, le zèle pour la conversion d’autrui.

De même que l’école d'Alexandrie avait visé à absorber le christianiséme dans sa philosophie universelle, ce Leibuitz des premiers siècles prétendit adapter le platonisme à la religion chrétienne. Il chercha un double sens dans les récits évangéliques, en leur en supposant un mystique; il voulait qu’ils continssent deux vérités à la fois ; l’une historique, l’autre morale, premier pas vers l’école protestante des modernes exégètes de l’Allemagne , laquelle prétend que, même dans le simple récit des faits, le sens littéral ne domine pas toujours. Mais il est d’une très-grande difficulté de construire un système sur une matière pleine de mystères profonds; en effet, la foi se trouve trop au-dessus de la science , et le christianisme , infini comme il l’est, ne peut se restreindre dans des formes limitées, sans que la révélation perde, soit dans son essence, soit dans sa puissance spirituelle.

En voyageant dans l’Achaïe pour apaiser des hérésies , il fut ordonné prêtre; mais, lorsqu'on apprit qu’il était eunuque , et dès lors exclu des ordres sacrés par les canons, une grande rumeur s’éleva parmi les tidèlés. Ce motif, et aussi quelques erreurs disséminôes Cane ( ses v'éctite; Mebareue pires évêque d rl

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Origène se ot surtout line) un traité des. principes (Kept kpxüv), dans lequel, niant la dualité du princtpe des choses, il soutient que Dieu est. bon et immuable, les créatures libres et capables: du bien comme du mal; mais il va trop loin dans les conséquences, en, prétendant que l'inégalité des créatures provient de, leur. mérite, Dieu, créateur nécessaire parce qu’il est tout-puissant, seigneur et maître, dut de toute éternité créer des êtres qui lui obéissent , et il produisit d’abord quelque chose de passif qui fut le sujet des formes, c'est-à-dire la matière, Dans l’origine, les esprits vécurent de la vie.divine, commeintelligences parfaites; puis, ayant faibli dans la charité, quelques-uns abusèrent de la liberté, et leur essence devint moins subtile; ce qui les fit tomber à l’état d’âmes emprisannées dans des corps divers, Les moins coupables animèrent les planètes, d’autres les anges, d’autres les hommes ; d’où il suit que la création entière est une grande chute , dont elle tend à se relever en passant par différents états, jusqu’à ce que la matière.elle-même subisse une transformation glorieuse Les peines n’ayant d'autre but que la correction de celui à qui elies sont appliquées, il en résulte la négation de l'éternité du châtiment , tout, après la consommation des siècles , devant entrer dans l’unité générative (apocatastasis).

Ces erreurs de la préexistence et de la chute personnelle, dont il revint peut-être , furent plus tard soutenues et réfutées lorsque les ariens cherchèrent à appuyer d’une telle autorité leurs subtilités nouvelles. Cet homme, d’une vie irréprochable, et qui crut toujours à la puissance de la raison, fut révéré par ses contemporains, qui voyaient en lui presque un nouveau Platon. L’Église le considère comme un de ses plus illustres docteurs, et saint Jérôme n’nésita point à le nommer Le plus grand maitre des Églises, après les apôtres, en disant qu'il serait prêt à prendre à sa charge les erreurs qu’on. lui imputait, pourvu qu’il en eût aussi le savoir; mais son opinion se modifia plus tard, comme nous le verrons. En.effet, si le style enveloppé d'Origène, ses réfutations apparentes , le tour biblique de l’expression et le respect dù à un homme éminent jetaient un voile sur les erreurs de sa doctrine, on..y reconnut. par la suite le germe des hérésies d’irius sur le Verbe, de Macédonius sur le Saint-Esprit, de Pélage sur la Grâce, de Nestor et d’'Eutychès sur l’Incarnation. Tous s’appuyaient sur Origène , peut-être parce qu'il lui manquait cette précision qui üé s’acquiert que par l'habitude des discussions contradictoires.

592 SiXiEME ÉFOQUE.

L’origénismé, sans parler des dogmes, resréseñté le contraste du christianisme contemplatif de l’Orient ave le christianisine actif et mondain de l’Océident.

On aura pu remätquer uné différence éhtre lés Pèrés latins et les Pères grets; car, bien qué l'Orient eût transmis à l’Occident une grändé partié de sa cultüre intellectuellé, et reçu de lui ses lois et son gouvernement, ils différaient néanmoins de caractère, dé mœurs et de croyance. Îls Se8èrvaient de deux lihigués officielles, dont cliacuné avait sa littérature propre ; ils adofaient les mièriies dieux, mais d'une manière différente. Les pérsontiés éclairées entendaient donc prêchét le christianisme sous Pinfluence d’idées tout autres à Rome qu’à Nicomédie et à Alexandrie ; ïl fut aussi combattu dans ces diversés contrées avec dés armés différentes. A Rome, en partie à causé de la langue, la métaphysique et la hante philosophie n’avaiéht jamais prospéré , tandis que la saine intelligence et l'esprit pratique s'y déployèrent au plus haut degré dans la législation. Les apologistés latins n’offrént donc pas un grand appareil d'esprit, et conservent quelque chose de la fierté rofiaine ; raides, ôpiniâtres, ils dédaignent de s’abaisser, de transiger avec l’ennemi , d’enploÿer même contré lui d’autres armes qüe les léurs propres; aussi négligent-ils lés oriements de l’éloquence, les ressources de la logique, les réminiscences d’une littérature qu’ils repoussent. La culture intellectuelle était encore florissante en Grèce quand le christianisme apparut, ce qui fit qu’il éprouva une résistdnce énergique; mais, lorsqu'il y trouva des défenisetirs, ceux-ci, sortis des écoles, en conservèrent les habitudes et les défaüts. Plusiétirs des Pères grecs avaient, comme saiht Clémétit, passé d’une philosophie à l’autre, en cherchant un but à la vie , ue règle aux actions, jusqu’au moment où ils s’étaient approchés du christianisme dans la même intention ; il avait rempli leur attente, et, comme David, ceints de lépée ravie au géant , ils étaient descénidus dans la licé.

L’ennemi même que les uns et les autres avaient à cofnbattre était différent, Rome, pour qui la religion et l’État sont une même chose , ne sait cofidartiner rigoureusement le christianisme qu'en le déclarant enneini au genré humain, c’est-à-dire de l'empire ; son géhié légal décrète et tue, il ne discute pas; les apologistes, de leur côté , opposant rigueur à rigueur, se contentent d’exposer le dogmië et de s’attacher à la lettre écrite, Lés Arécs, au contraire, se sont vu arracher les institutions de léurs ancêtres, et n'ont gardé de leur ancienne gloire que les souvenirs; le goût de

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APOLOGIÉS ÉT cONTROVERSES. 523

chez eux, si bien qu'ennuyés de ressasser les vieilles questions Sophistiques ét métaphysiques , ils sé jettent avec avidité sur ce qui leur offre un aliméënt plus vital et plus substantiel. Mais les rhéteurs ét les sophistes , aveuglément attachés aux doctrines de l'école; considèrent les chrétiens comme des novateurs insensés ou dangereux , qui, rejetant les idées les plus unanimement adinises , et méconnaissant l'autorité de la tradition, plongent la conscience humaine dans l'incertitude. Ainsi, tandis qu’à Rome les magistrats ehvoyaient à la mort, les savants de la Grèce examinaient, discutaient, et les apologistes étäient dès lors obligés d’entrer daris des détails minutieux , d'accepter l’objection captieuse, dé battre en brèche lés subtilités paradoxales ; sentant tout ce que la liberté de là pärnle a Gé puissance, ils démandaient seulément que la forcé f’intervint pas dans la discussion de la vérité.

Le génie grec, spéculatif de sa naturé, épris de tout ce qui est culture intellectuelle , proclame les services rendus par la philosophie; le génie romain, orÿänisdteür par essence, en signale les abus, la déclare inhabile à fonder üh ordre de choses réel, exalte la société spirituelle, $on gouvernément et ses institutions. Dès lors, les papes s’appliquent surtout à maintenir et à développer la constitution chrétienne , à modérer la vivacité des esprits, jusqu'à ce qué tout ce qui se rattache à la foi soit complétement affermi.

Parfois les docteurs grecs et latins se montrent plus désireux d’abattre l'ennemi que dé l’éclairer, et ne reculent pas devant l’empioi d'arguments et de moyens que là critique repousse. Il n’est donc pas difficile, soit de découvrir dans leurs œuvres quelque partie faible, ou de tourtiet én ridicule l’insistance qu’ils mettent à renverser des objections puériles (1), soit de signaler les exagérations partiales auxquelles entraîne toute grande lutte de doctrines ; mais, si l’on ne tient pas compte du genre d’ennemis qu’ils avaient à combattre , on pourra leur adresser bien plus de reproches encore, et surtout celui de faiblesse, quand ils se servent d’armes appropriées à leurs adversaires. Parmi ceux-ci les uns , à la manière des Grecs, niaient tout; d’autres, selon le génie de l'Orient, se fondaient sur certaines traditions antiques, comme firent les protestants du seizième siècle, qu, par opposition aux catholiques, combattaient toute autorité, en même temps qu’ils prétendaient

(1) Minucius Félix s'occupe de démontrer qu'il est faux que les chrétiens adorént y tête d'ane.

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