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les Égyptiens, les Alabdars, c'est-à-dire les Maures ou Berbers d'Afrique. Samaïl parcourut avec eux les provinces, mettant à contribution les villes qui ne se soumettaient pas volontaire: ment. Il déclara la déchéance de l'émir Hésam (Aboul-Khotar) et souleva les troupes, en faisant briller à leurs yeux l’es-
. poir du pillage, le seul capable de les séduire ; s’étant même
emparé de la personne de l'émir, il l’enferma au fond d'une tour dans Cordoue ; mais quelques amis fidèles trouvèrent le moyen de l'en tirer, et il parcourut la ville en criant victoire, Samaïl tarda peu à revenir, et Hésam ayant été tué dans une sortie, Cordoue retomba en son pouvoir. Il s'établit à Saragosse et gouverna le nord de la Péninsule, tandis que le midi obéis+ sait à Tuéba, frère de Taalaba, qui, dans cette insurrection, avait employé le bras vainqueur des Berbers.
L'intention commune des deux rivaux était de se maintenir au pouvoir en gagnant les walis par la connivence et en opprimant également chrétiens et islamites. Les mahométans gémissaient de cette tyrannie; mais à qui recourir? Les soulèvements continuels des Berbers donnaient trop à faire à l’émir d'Afrique, et l'Arabie était en proie à la guerre civile, Les plus nobles parmi les Arabes et les Égyptiens d’Espagne se réuni: rent donc pour remédier au mal, et convinrent d'élire un émir d’Afrique qui pût, au moyen de la prudence et de la force, apporter un terme à d2: divisions funestes, Leur choix tomba sur Yousouf el-Fehii, &e la tribu des Koréïchites, qui réprima les chefs turbulents ou se les concilia, Il fit réparer les ponts et les routes, régla la répartition et la perception des impôts, et divisa le royaume en cinq départements. Tuéba était mort; Ahmer ben-Amrou, émir de la mer et chef des Alabdars, avait obtenu Séville ; mais, devenu ennemi mortel de Samaïl à qui Saragosse était échue, et ne se trouvant pas appuyé par l'émir, il ranima la guerre civile, et se rendit maitre de la ville de son rival. Yousouf courut aux armes, et tout l'Espagne fut à feu et à sang,
Les chrétiens des Asturies en profitèrent. Alphonse porta ses conquêtes jusqu'aux bords du Duero, et s’en assura la possession par une ligne de châteaux ; il fortifia également les moindres passages des montagnes, et mérita ainsi le titre de Grand.
Sur ces entrefaites s'était accomplie en Arabie la révolution qui avait fait passer le pouvoir des Ommiades aux Abassides, Aboul-Abas avait confirmé Yousouf dans le gouvernement de
l'Espagne ; mais quatre-vingts scheiks environ, fidèles à la famille déchue des Ommiades, réunis à Cordoue, ne se promettant rien de bon de l'empire déchiré des califes, ni des émirs ambitieux qui se disputaient l'Afrique, résolurent de se donner eux-mêmes un chef.
Deux neveux d'Hescham avaient échappé à l’extermination des Ommiades : ils vécurent respectés pour leurs tranquilles vertus à la cour d’Aboul-Abas jusqu'au moment où l'envie les rendit suspects au calife. Souléiman, l’un d'eux, fut étranglé : Abd el-Rahman, qui s'était enfui chez les Bédouins, mena longtemps leur vie errante ; puis, ne se croyant pas assez en sûreté, il passa en Égypte et de là dans le Magreb; mais il y fut découvert, et ne parvint qu'avec peine à se soustraire aux recherches du gouverneur de Bourca. Il erra dans les déserts jusqu’au moment où il atteignit Thouart, campement principal de la tribu Zénéta, dont était issue la mère d’Abd el- Rahman ; il fut donc accueilli comme un frère, et tous lui promirent fidélité à titre d’hôtes et d’amis. Il ne paraît pas que la tranquillité pastorale lui eût fait abandonner toute idée de grandeur ; peut-être même ses émissaires dirigèrent sur lui la pensée des scheiks d’Espagne qui, le trouvant propre à réaliser leurs projets, l'invitèrent à sortir de son obscurité et à recouvrer la splendeur qui convenait au petit-fils de Mohawiah et de tant de califes. Il accueillit avec joie leurs propositions, et, après avoir obtenu quelque assistance des Zénètes, il débarqua sur les côtes d’Espagne.
Yousouf avait triomphé d'Ahmer et dompté ses fils, quand survint ce nouvel ennemi; il apprenait en même temps que dans toute l’Andalousie retentissait ce cri de rébellion : Que Dieu protége Abd el-Rahman ben Mohawiah, roi d'Espagne ! Yousouf et Samaï firent une résistance obstinée ; mais, vaincus à Musara, ils furent contraints de demander à traiter et de se soumettre.
Le calife d'Orient ne se résigna pas non plus tranquillement à la perte d'une aussi belle province; il envoya donc contre l’ommiade Ali ben-Moghéit, qui, traitant le nouveau roi d’aventurier rebelle, et faisant porter une bannière mise entre ses mains par le ealife lui-même, promettait les plus belles récompenses à quiconque se joindrait à lui. Il n’en fut pas moins vaineu et tué par Abd el-Rahman. Un guerrier intrépide sala la tête et la porta jusqu’à Bagdad, où il la suspendit aux murs du palais, au grand effrai d’Al-Mansor, qui s'applaudit
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d’être séparé par tant de pays et de mers d'aussi formidables adversaires.
Ce fut ainsi que l’étendard blanc, abattu en Arabie, se déploya sur les rives du Guadalquivir. Abd el-Rahman, maitre de l'Espagne, commença une série de rois ommiades indépendants des califes de l’Orient, ct s'empressa d'accueillir ceux qui étaient persécutés en Syrie, à cause de leur attachement à la famille déposséaée.
La révolution laissait en Espagne beaucoup de mécontents, individus qui regrettaient leurs grades ou la faveur dont ils jouissaient. D'autres, partisans zélés de l'unité religieuse, avaient le schisme en horreur. Un fanatique se mit en campagne pour détourner de payer l’asan, c'est-à-dire la dîme, à un prince qui l’'employait à faire la guerre aux vrais croyants du Magreb. L'Afrique fomentait ces haines, qui, étouffées d’un côté, éclataient de l'autre; mais quand les émirs d'Afrique songèrent à se rendre eux-mêmes indépendants, l'Espagne n'eut plus rien à redouter de ce côté.
Le royaume des Asturies aurait pu prospérer au milieu de ces agitations; mais, à la mort d’Alphonse, il s’éleva des mécontentemenis contre Froila, son fils, qui finit cependant par en triompher. Ce prince bâlit Oviédo, dont il fit la capitale de ses États, et défit d'abord Abd ei-Rahman ; mais, se sentant hors d'état de résister à l’ennemi extérieur, il acheta la paix des Arabes au prix d’un lourd tribut (4).
Elle dura tout le temps de son règne ; puis, lorsqu'il eut succombé sous le fer de ses proches, Aurèle, qui monta sur le trône, songea à se soustraire à ce tribut honteux. Mis les musulmans, ayant pénétré dans les montagnes, vainquirent les chrétiens à plusieurs reprises, et Aurèle n'obtint que par grace le renouvellement de l’ancien traité,
(1) « Au nom du Dieu clément et miséricordieux. « Le magnifique roi Abd el-Rahman accorde paix et protection à tous les chrétiens d'Espagne, séculiers ou clercs, ainsi qu'aux habitants de la Castille, promettant sur son âme que ce traité sera fidèlement observé de sa part; les chrétiens s'obligent de lui payer où de lui consigner annuellemen., durant cinq ans consécutifs, dix mille onces d’or, dix mille livres d'argent, dix mille chevaux et autant de mulets, mille cuirasses, mille lances et mille épées.
« Fait à Cordoue, le troisième jour de la lune de safer, l'an 142, »
Condé pense que le mot Caslela, Castille, a été vraisemblablement inséré dans ce traité par une erreur de copiste, attendu qu'à cette époque les Arabes appelaient Galice, et non Castille, le territoire situé au delà de la chaîne du Cuadarrama, ou Gibul Arerrnt
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Silo, qui lui succéda, dut s’y, résigner aussi, pour laisser sa nation recouvrer des forces à l'aide de la paix, acquérir cette solidité que donne le temps à toutes les institutions. Se sentant près de sa fin (1 ), et voulant prévenir des discordes dans le choix, de son successeur, il appela à la cour Alphonse, fils de Froila, . et ce prince se montra digne, par ses belles qualités, d'occuper le trône que lui destinait Silo. Afin de le déposséder, Mauréga, qu’Alphonse le Catholique avait eu d’une femme maure, demanda des secours à Abd el-Rahman; puis, devenu. roi, il resta fidèle aux Arabes, et encouragea les mariages entre eux et les chrétiens, au grand déplaisir de ses sujets, auxquels ce fait inspira peut-être l’idée de raconter
qu'il s'était obligé à fournir cent jeunes filles par an aux
Arabes.
Les alliances naturelles des Espagnols se trouvaient au nord des Pyrénées, où la prépondérance de Charlemagne aurait pu servir d'appui aux chrétiens. Ce héros passa en effet les monts, non pour faire triompher la croix, mais parce qu'il était appelé par les scheiks rebelles. Un des nombreux mécontents que le schisme avait faits, était Soliman ebn-Arabi, émir de Saragosse, qui, devenu l’ami des Alabdars, la famille la plus influente de la ville, leva contre Abd el-Rahman l’étendard de la révolte. L'émir de Barcelone, qui avait rendu hommage à Pépin le Bref, se rendit à la diète de Paderborn pour implorer l’assistance de Charlemagne. L'empereur lui accorda volontiers sa demande; mais, peu heureux dans son expédition, il
(1) On prétend que dans l'église du Sauveur, à Oviédo, se lisait jadis cette épitayhe, qui, en partant toujours de l’'S central, répète deux cent soixantedix fois SILO PRINCEPS FFCIT :
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