‹ Histoire universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 18 sur 79 · SR CT · texte numérisé non relu

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fit une retraite désastreuse, et perdit à Roncevaux l'élite de ses guerriers. :

Abd ciRahman vit done, partie par force, partie par suite de hégociations, son autorité respectée à Tolède, à Mérida, à Séville, à Saragosse, à Valence, et il s’efforça de rétablir l'ordte. Religieux, affable, prudent. équitable, il multip!'a les cadis pour rendre justice, étaklit des écoles, 2t fnda div aouvelles mosquées qu'i: dota; puis, à éhacune d'elles il atiacha des personnes chargées d'enseigner le Coran selon la doctrine d’'El- Auzéi de Damas, :pportée dans le pays par l’Andalous Saxat

ben-Saléma, doctrine qui fut plus tard abandonnée | our celle

dé Malek ébn-Anas. Il célébra les fêtes avec une grande solennité, fit baitre monnaie (1), embellit en narticulier Cordoue, où il éleva une mosquée ; ii voulait qu'eli effaçât celle des Abassides à Bagdad, et fñt l'égale de celle de Damas. Quelquéfcis, il montait sur la grande tour afin de jouir de l'aspect d'un horizon aussi étendu que celui des plaines au milieu desqueiles il avait élé élevé ; car le séjour de la délicieuse Espegne n'avait pas éteint chez les Arabes l’amour du pays natal; aux noms de Séville, de Cabra, d’Elvira, de Jaën, ils substituaient ceux d'Émésa, de Wasita, de Damas, de Quinsarina. Abd el-Rahman planta à Cordoue un palmier, le premier qui ait ombragé l’Espagne, et parfois il lui adressait ce chant : « Beau palmier, tu es comme moi étranger sur cette terre ; « inais la brise d'Occident caresse mollement tes feuilles ; tes « racmes trouvent un sol fécond, et ta tête s’élève dans un air «pur. Oh! comme tu pleurcrais s' tu pouvais éprouver les

« peines qui me consument! Tu n’as rien à redouter de la.

«mauvaise fortune; je reste, moi, exposé à ses coups. Quand «les événements contraires et la fureur d’Abbas mé bannirent « de la patrie, ines larmes arrosèrent les palmiers qui crois- « sent Sur les rives de l’Euphrate; mais ni lès paliers, ni le « fleuve, n'ont gardé souvenir de ma douleur, roi, beau pal- « mier, tu ne regrettes pas la patrie! »

M régna trente-deux ans, et eut pour successeur Hescham, qu’il avait précédemment associé au trône. Ses frères, peu disposés à obéir, soulevèrent d'verses provinces, et il fallut

(1) On y lisait d’un côté: AZ/ah et, et n'y a de Dicu qu'Allah ; et pour exergue : Au nom d'Allah. :. nonnaic fut fabriquée tn Andalousie, l'an, . . On lisait au r: :s: cest un; est élernelz il n'a pas Le père, pas de fils, pas d'ég’ «ir excrque : A rhome!, envoyé de Dieu

pour faire connatire sa loi," ‘a cure triomphante malgré le: infitèles.

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les soumettre par la force des armes. Lorsqu'il se fut affermi sur le trône, il songea à terminer la conquête de la Péninsule en proclamant la guerre sainte, à laquelle tous devaient concourir de leur bras ou de leur argent, soit par la fourniture d’armes ou dé chevaux. Abd el-Vaïd, à la tête de trente mille guerriers, marcha contre les Asturies, et poussa jusqu’à Lugo, en dévastant tout sur son passage.

Bermude le Diacre, qui avait succédé à Maurega, se sentant affaibli par les années, eut la générosité de confier le commandement à Alphonse II, déposé naguère; prenant des mesures aussi promptes qu'efficaces, le nouveau chef repoussa l'ennemi, réprit sur lui territoire et butin, et le contraignit à hattre en retraite.

bkermude, par reconnaissance, céda au jeune héros la couronne qu’il lui avait conservée, et qu’Alphonse sut garder pour lui-même, en tenant les Arabes dans leurs limites sans les ménager, et en s’avançant victorieux jusqu’à Lisbonne, La pureté de ses mœurs le fit surnommer le Chaste ; il envoya des présents à Charlemagne et fit prospérer le royaume. Cependant, les mécontents le déposèrent, et le renfermèrent dans

le monastère d’Abéila; mais, au retour du péril, il se vit réta-

bii, et se signala par de nouvelles victoires.

Un autre corps de l’armée arabe, sous les ordres d’Abd el- Malek, s'était jeté sur la Gaule narbonnaise, avait repris et détruit Girone, et chassé dans les montagnes les chrétiens de la Celtibérie; traversant ensuite les Pyrénées, Abd el-Malek brûla les faubourgs de Narbonne, et se dirigea sur Carcassonne. Les

. vassaux francs se serrèrent autour de Guillaume, comte de

Toulouse, chargé par Charlemagne de la défense des provinces du midi; mais ils furent défaits à Villedaigne, et les Sarrasins parcoururent sans obstacle la Septimanie, d’où ils repassèrent en Espagne, poussant devant eux une foule de prisonniers, et emportant d'immenses richesses destinées à terminer la grande mosquée de Cordoue. Cet édifice, converti aujourd’hui en çathédrale, a six cents pieds de long sur deux cent cinquante de large. {1 est soutenu par mille quatre-vingt-trois colonnes de marbre et de jaspe, qui le divisent en dix-neuf nefs, dont chacurr 8 sa porte en bronze ornée de bas-reliefs; celle du milieu est dorée. :: était éclairé durant la nuit par quatre mille sept cents lampes qui brôlaient cent vingt mille livres d'huile par an; on employait aussi annuellement cent vingt livres de bois d'aloès et d'ambre gris pour 1€ parfumer,

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Hescham construisit le pont de douze arches sur le Guadalquivir, fonda des écoles, imposa aux chrétiens l'obligation d'apprendre la langue de leurs maîtres, et de renoncer au latin dans les actes officiels. Poëte lui-même, il protégea les poëtes et les gens de lettres ; il planta des jardins, où il cultivait des fleurs de ses propres mains. Voici de sa poésie : « La main de « celui qui possède une âme noble est ouverte et libérale; l’a- « vidité du gein ne s'associe pas avec la magnanimité. J'aime « les jardins fleuris et leur douce solitude; j'aime la brise des « champs et la riante parure des prés; mais je ne cherche « pas à les posséder. Dans quel but le ciel m’a-t-il procuré « des trésors, si ce n’est pour que je pusse donner? Donner est « mon bonheur dans les temps prospères; mon devoir est de « combattre quand la guerre in’appelle, et j'emploie, selon «le besoin, -ou le glaive ou la plume. Mais que mon peuple « surtout soit heureux : je n’ai pas besoin d’autres biens. »

Il adressa ce discours à son fils Al-Hakem, qu'il avait fait proclamer’ son successeur : « Que mes dernières paroles pénè- «trent jusqu’au fond de ton cœur pour y rester gravées; ce « sont les conseils d’un père qui t'aime. Les royaumes sont de « Dieu, qui les donne ou les reprend à son gré. Rendons-lui « des grâces éternelles de nous avoir placés sur le trône d’Es- « pagne, et, pour nous conformer à sa volonté sainte, faisons « du bien aux hommes, seule fin pour laquelle il 4 mis en nos « mains le pouvoir suprême. Que ta justice, toujours égale, « protége sans distinction le pauvre et le riche. Ne souffre pas « que tes ministres soient injustes à l'ombre de ton nom. Mon- «tre-toi doux et clément envers te: sujets, car Dieu est notre « père commun. Choisis, pour gouverner tes provinces, des « hommes éclairés et sages. Punis sans pitié les agents préva- « ricateurs qui épuisent le peuple par des exactions arbitraires. « Traite les soldats avec bonté, mais sans leur montrer de « douceur, afin qu'ils n’abusent pas des armes que la nécessité «t'obligera de leur confier. Qu'ils soient les défenseurs, non « les tyrans du pays. Songe que l'amour des peuples fait la « gloire et la sûreté des rois; que la puissance d’un prince « qui se fait craindre est fugitive, et que la ruine d’un État « dont le souverain s’est rendu odieux est certaine. Protége « les laboureurs dont les travaux nous nourrissent ; veille sur «les champs et sur leurs récoltes. Conduis-toi, en un moi, «de manière que le peuple vive heuraux à l'ombre de ton « trône, et jouisse avec sécurité des biens et des piais rs de

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« la vie. Voilà, mon fils, en quoi consiste un gouvernement «sage. »

Al-Hakem répondit mal aux leçons et aux exemples de son père; d’un naturel dur et emporté, il se montra vain et présomptueux. Ses oncles remirent en avant leurs anciennes prétentions, tandis que les Gaulois recouvraient pied à pied la Narbonnaise envahie. La valeur de Fotéis réprima les premiers et repoussa les autres. Louis, roi d'Aquitaine, envoyé par Charlemagne au secours du roi des Asturies, prit Barcelone après une vigoureuse résistance ; mais Al-Hakem envahit peu après la Navarre, et, descendant vers l’Ébre, il s’empara de Huesca.

Amrou, qui gouvernait Tolède en son nom, versait des torrents de sang chrétien. Au milieu d’une fête, qui n'était qu’un piége, il arrêta et fit décapiter dans une soirée quatre cents nobles de Tolède (cædes foveæ). Hakem lui- même, renfermé avec ses femmes, ne faisait sentir son pouvoir que par des ordres sanguinaires et par des impôts énormes. Cordoue finit par se révolter, et le roi, s’étant jeté sur les insurgés, les vainquit, puis livra la ville au pillage et au massacre. Trois cents personnes empalées offrirent un horrible spectacle le long du fleuve ; enfin, dprès trois jours, Ai-Hakem fit suspendre les exécutions, et permit à ceux qui restri":t d’abandonner le pays. Quelques-uns allèrent porter le: aisère à Tolède; d’autres, au nombre de huit mille, passèrent en Afrique, et accrurent la population de la ville naissante de Fez ; quinze mille, ayant gagné Alexandrie, la tinrent à leur merci, jusqu'au moment où les walis d'Égypte les déterminèrent, moyennant des sommes considérables, à se transporter en Crète. Rejoints dans cette île par des Égyptiens et des Syriens de l'Irak, ils fondèrent Candie et se livrèrent à la piraterie.

Les remords vinrent assaillir, au milieu des voluptés, Hakem le Cruel, et déterminèrent chez lui des acc: iolie. Un jour que l’esclave chargé d’humecter et de parfumer sa longue barbe avait tardé d’un instant, il lui lança à la tête un flacon de musc; comme celui-ci gémissait tout bas : Eh quoi / s'écria Hakem, crains-lu que les parfums ne viennent à manquer, parce que j'en ai brisé une fivle? Ne sais-tu pas que, pour en avoir continuellement , j'ai fait rouler trois cents têtes dans un jour ?

Parfois il réunissait les scheiks et l’armée, comme pour une

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