‹ Histoire universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 19 sur 79 · PL · texte numérisé non relu

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faisait appeler au milieu de la nuit les cadis et les vizirs de la

cour ; puis il ordonnait d'introduire des cantatrices; on dan-

sait, on jouait des instruments, et, cela fait, il congédiait la D Ge

Ca mélancolie et son humeur guerrière s’épanchaient en chants poétiques, dont il nous est resté quelque chose, et surtout un hymne de combat qui commence ainsi : « Jai vu les tabîmes s'ouvrir tout hérissés d'épées.; mais je me suis élevé « sur la cime des monts, et les monts sont devenus d’humbles « vallées. ‘2 166 irontères le disent : redoutent-elles le « piétinement des cavaliers ennemis? Voient-elles briller le « glaive dans leurs mains? Entendent-elles d’autre bruit que « celui des ruisseaux tombant des rochers, et entraînant dans « leur cours les arbres de la forêt ? Mes frontières diront que, « si je suis le premier des héros, mon épée fut toujours la « première à se teindre de sang. De jeunes guerriers ont fui, « effrayés à l’aspect des dangers et des fatigues, mais non « ceux de mon escadron d'élite; car celui qui m'accompagne « ne connut jamais l'infamie ni la peur.»

Les livres de sa bibliothèque, dont il avait fait lui-même le catalogue raisonné, s’élevaient au non:':re de quatre ce. mille volumes. Le califat de Cordoue lui fut redevable de deu: nstitutions, une armée régulière et soldée, avec ses magasin. de vivres et de munitions, et une forte marine.

Dans les autres pays, les Goths ont laissé la réputatioi de barbares et d’ignorants; mais leur domination en Espagne est considérée comme un âge d’or, un temps de vertu, d’héroïsme, de poésie. Cela provient, non pas absolument des bonne: qualités de ce peuple, qui, à vrai dire, fut pourtant le moins grossier parmi les Barbares, mais de ce que l'on associa à leur nom le souvenir de l'indépendance nationale, et de ce gx on put les comparer aux: nouveaux envahisseurs.

Nous connaissons assez les Arabes pour nous figurer le ravage qu'ils firent dans la Péninsule, eux qui étaient conquérants comr’e les autres, et, de plus, adversaires de la religion dominant: ‘’inrent ensuite les discordes entre les envahisseurs eux eme. et les indigènes les virent, avec une satisfaction amcre, verser des flots-de sang pour conserver le droit de les opprimer. Une fois résolus à s’établir en Espagne, les Arabes cessèrent de dévaster systématiquement le pays, et conservèrent tout ce qui ne menaçait pas directement leur domination. Ils laissèrent aux Mc.arabes leurs propriétés, dont

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ils ne payaient l’impôt qu’à raison de 5 0/0 comme les musulmans, et un dixième sur le produit des immeubles. Les mâles n'étaient soumis qu’une fois à la capitation. Ils s’emparèrent des armes et des chevaux, les vaincus étant exelus du service militaire ; ils s’attribuèrent les biens du fisc, nne partie de ceux du clergé, et confisquèrent ceux des émigrés et des prisonniers. Les diocèses restèrent les mêmes, avec leur clergé séculier et régulier, et leurs évêques furent élus librement. Quant aux anciennes églises, les Arabes en convertirent plusieurs en mosquées, avec défense d’en construire de nouvelles et de réparer celles qui en avaient besoin ; les rites étaient célébrés, mais non publiquement, et l’on évitait toute pompe extérieure ; Les chrétiens ne pouvaient pas même sonner les cloches, à l’exception des Mozarabes de Cordoue.

Il nous reste un curieux document de l’époque, dans une convention accordée, en 734, par deux capitaines sarrasins aux habitants de Cordoue et des environs, où il est spécifié que les chrétiens auront à payer le double des Arabes; les églises, vingt-cinq livres d’argent; les monastères, cinquante; les cathédrales, cent, Les chrétiens, y est-il dit, auront un comte de leur nation à Coimbre, un autre à Agucda pour rendre la justice; mais nul ne pourra condamner à mort sans l’ordre de

T'algasil arabe. Si un chrétien tue ou injurie un Arabe, il sera

jugé par l’algazil, d’après les lois de l’offensé. Si un chrétien fait violence à une jeune fille arabe, il devra se faire musulman et l’épouser ; autrement, il sera mis à mort; il subira la peine capitale, si l’outrage a été fait à une femme mariée. Le chrétien qui entrera dans une mosquée, ou parlera mal d'Allah et de Mahomet, sera tenu de se déclarer musulman, ou périra. Les prêtres diront la messe les portes closes, sous peine de dix livres d'argent d'amende. Les évêques ne maudiront pas les rois musulmans, sous peine de la vie. les monastères seront laissés en paix, à la charge de payer cinquante livres d'argent. Celui de Lorban fut exempté de ce tribut, parce que les moines étaient dans l'usage d'indiquer de bonne foi aux musulmans les meilleurs endroits pour la chasse, et leur faisaient bon accueil; aussi pouvaient-ils venir à Coïmbre, et y acheter avee exemption des taxes, mais il leur était défendu de sortir du territoire sans permission.

Il nous reste aussi un décret de 759, par lequel Abd elltahman réglait pour trois ans le tribut annuel dû par ses sujets chrétiens; il consistait en six cent vingt-cinq livres d'or,

vingt mille marcs d’argent, dix mille chevaux, autant de mulets, mille cuirasses, et autant de sabres et de lances.

Du silence des historiens musulmans et de la partialité des modernes qui vantent la tolérance des califes, nous pouvons conclure que la division entre vainqueurs et vaincus, source de tant de souffrances pour les autrés peuples, fut encore envenimée en Espagne par les haines religieuses. On raconte que les chrétiens fournissaient aux Maures un tribut annuel de cent jeunes filles, et que sept filles de Simancaf, destinées à en faire partie, se coupèrent le poing, et réveillèrent par cet acte de courage l'énergie des Espagnols, qui se délivrèrent par les armes de cette ignominie (4). Abd el-Rahman ayant persécuté et mis à mort quelques Espagnols pour cause de religion, des moines sortirent de leur ermitage, prêchant contre le faux iman, de sorte que les musulmans craignirent une révolte. «Le fond des cachots (dit Euloge de Cordoue, «un des martyrs de cette époque) est plein de prêtres qui « chantent les louanges du Seigneur, tandis que les églises «sont muettes et que les araignées y filent leur toile; mais « le sacrifice le plus agréable à Dieu est celui d'un cœur con- «trit. »

Rodrigue, prêtre de Cordoue, avait deux frères, dont l’un s'était fait musulman, ce qui occasionnait des contestations et des querelles sans fin; un jour que Rodrigue s’efforçait de les apaiser, il fut frappé et laissé sur la place à demi mort. Le mécréant appela les voisins, et prétendit que son frère, bien que prêtre, voulait mourir musulman. Rodrigue, qui avait repris ses sens, entendant cette imposture, prit la fuite ; mais obligé de rentrer à Cordoue pour un motif impérieux, à l’instant où la persécution sévissait, il fut reconnu par le mauvais frère qui le conduisit au cadi, lequel le fit jeter en prison et précipiter dans le fleuve, avec d’autres chrétiens également fermes dans leur foi.

Flora, née d’un père musulman et d’une mère chrétienne qui l’avait élevée dans la vraie croyance, cacha d’abord sa religion, puis la confessa publiquement. Son frère, pour s’en venger, fit emprisonner beaucoup de prêtres et de religieuses; mais, ne pouvant la ramener à la foi de ses aïeux, il la livra au cadi qui, sur son aveu, la fit battre si cruellement, que son

) Ce fait, qui n’est rien moins que certain, a fourni à Lopez de Véga le t

d'une de ses tragédies.

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crâne était découvert; puis il la rendit à son frère pour la guérir et la convertir ensuite. Flora fut confiée aux soins de quelques femmes ; mais, à peine rétablie, elle prit la fuite, et fit rencontre, dans une église, de Marie, sœur d’un diacre qui avait souffert le martyre. Ces deux femmes, impatientes d'imiter son exemple, se présentèrent devant le cadi et confessèrent généreusement leur foi. Le cadi les fit jeter en prison, et les menaça d’attenter non-seulement à leur vie, mais à leur pudeur; puis, voyant qu’elles restaient inébranlables, il ordonna de leur trancher la tête et d'abandonner leur corps aux chiens. Euloge, qui les avait vues en prison, nous a conservé le souvenir de leur martyre, et celui de quelques autres chrétiens qui moururent avec uhe fermeté digne des premières victimes de la Rome païenne. En décrivant tout ce que les prêtres avaient à souffrir, «aucun de nous, dit-il, n’est en sûreté, dès qu'une affaire l’appelle au dehors ; à peine s’aperçoit-on que nous sommes prêtres, qu'ils nous poursuivent en agitant des crécelles, comme si nous étions des fous échappés ; outre les invectives, les enfants nous lancent des pierres. Beaucoup de musulmans ne permettent pas que nous les approchions, et ils se croiraien: :vuillés si nous touchions seulement leurs vêtements. Aussitôt qu'ils entendent le tintement de nos cloches, ils déversent sur notre religion toutes sortes de malédictions. »

Souvent les Mozarabes insultaient à Mahomet, ex 1e répondaient qu'avec des signes d'horreur à l'invitation du muezzin

‘ de se rendre à la prière. De là des réactions, et, sous Abd el-

Rahman, un grand nombre de Mozarabes furent îrés: leurs restes étant considérés comme sacrés, il ordonna de ‘es brüler, et fit déclarer par un synode que les saints Pères biâmaient ces provocations au martyre.

Ainsi les musulmans, comme les autres tyrans, n'étaient bons qu’à l’égard de ceux qui pliaient sous leurs volontés et leur croyance. Cet esprit d’hostilité fut une des causes qui pouvaient faire présager que la prospérité apparente du règne des Arabes ne durerait pas, et que les États chrétiens, toujours attentifs à profiter de leurs fautes et de leurs malheurs, grandiraient sur leurs ruines. A l’intérieur, les diverses tribus, loin de se fondre en un seul corps de nation, se détestaient les unes les autres; joignez-y les querelles religieuses dont nous avons parlé. Ces calamités servaient d’aliment à l'ambition des walis, toujours avides d'indépendance.

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Plus tard nous expliquerons lé mote de gouvernement des émirs, et comment, en favorisant les arts et les sciences, ils ont jeté assez d'éclat pour faire vanter par plusieurs écrivains l'époque de leur domination en Espagne.

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