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CHAPITRE VIII

Qui n'aurait cru que la menace incessante d’une nation aussi redoutable que les Arabes devait mettre un terme aux dissensions de l’empire d'Orient ? Mais la chute de celui d'Occident ne l'instruisit point, et il ne songeait ni à rajeunir ses institutions, ni à faire briller quelque lueur de liberté civile; s’appuyant sur des U'oupes étrangères, il provoquait par la {ÿrannie les insurrections el l'anarchie qui en est la suite, On le voit s'abandonner aux subiililés d'une théologie discoureuse : passer de lâches forfaits à de lâches scrupules; appliquer à l'hérésie la peine de la trahison, en multipliant les martyrs immolés pour des énigmes inextricables; enfin, sacrifier sa sécurité intérieure et ses plus belles provinces au caprice d'un schisme nouveau (1).

Le règne d'Héraclius, grâce aux victoires de cet empereursur les Perses, jeta un instant d'éclat; mais lui-même l'avait vu s’éclipser avant de cesser de vivre. Plongé d'abord dans le faste nonchalant de ses prédécesseurs, il s'était élancé, sans que l’histoire nous fournisse le motif de ce changement subit, à la tôle des armées, où il avait eombattu en héros; mais, comme s’il eût agi sous l'influence d’une sccousse galvanique,

(1) G. Frutay (Greece under the Romans : a historical view of the greek nation from the time of the conquest by the Romans until the extinction of the roman empire in the East; Edimb,, 1844) décrit la lutte entre le génie grec et le génie romain, et leur influence réciproque. De la çonquête à Constantin, Rome a la prépondérance, et la Grèce s'incorpore lentement à l'empire, De là jusqu'à Justinien, la Grèée, devenue chrétienne, acqniert la liberté individuelle, et survit à l'empire d'Oceident. L'âge de Justinien est une tyrannie légale, et l'esprit grec demeure esclave de la loi romaise. Les conséquences de cet assujettissement s'étendent jusqu'à la fin d'Héraelius. Ajors, evec l'invasion des Arabes, les empereurs sont obligés de s'appuyer sur les nafionaux, et l'élément grec reparaît pour éclipser totalement la civilisation romaine, au temps de Léon l'isaurien.

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à peiné eut-elle cessé, qu'il retomba dans l’inertie. Célébrant avec un orgueil puéril Ics triomphes remportés, il oubliait les défaites que ses armées essuyaient de la part des musulmans. Grâce à tant d'insouciance, ces nouveaux conquérants purent arracher à l'empire la Phénicie, Damas, l'Égypte, là Syrie, la sainte Jérusalem elle-même, sans qu'Héraclius osât se mettre à la tête de:sés troupes, pour soutenir de sa présence le courage que le péril avait rendu aux peuples menacés.

Ses pensées étaient tournées d’un tout autre côté : il s’occupaït de faire triompher une hérésie de son fnvention. Il voulut savoir de ses docteurs si, de même qu’il avait deux natures, le Christ avait deux volontés : « Une seule, lui répondirent-ils, attendu que, pur comme il l'était du péché originel, il ne pouvait vouloir que le bien. » Les catholiques, au contraire, soutinrent que le Christ avait deux volontés comme deux natures, bien que ces deux volontés, divine ct humaine, s’aèeordassént toujours, parce que le péché ne les mettait point en opposition.

L'empereur, jaloux d’interposer son autorité dans ce débat théologique, formula, dans le fameux édit appelé Æcthôse, la doctrine des monothéliles, qu'il voulait rendre générale dans tout l'empire, quand la mort vint couper court à ses projets, et terminer son règne, qui avait duré trente et un ans. Les monothélites prirent ensuite le nom du Syrien Maron, dont les disciples accueillirent cette doctrine, et firent surtout des prosélytes dans les vallées du Liban, où les montagnards prenaient fièrement le titre de mardailes ou rebelles,

Héraclius laissa deux fils (1), Héraelius Const: ct Héra-

(1) Erapereurs : Héraclius Constantin IT. , , , . . 1 Héracléonas, . . , . , . . . . , wi Constant 11. , , , , . . . , . . 0641—608 Constantin IV, Pogonat, . . , , . . 668—685 Justinien I... . . ,. . . . . , 685—69% Léonce, ,. . . . . . . . . . , 0695—698 Tibère III, Apsimar, . . . ,. . ,. . 0698—705

Justinien 11, rappelé. . . , , , , + 70n711

Philippique Bardanes, , , , , : + . 711—713 Anastase 11, , , , , . , ,. . . . 713—710 Théodose 111, . . . . , ,. . . 716—717 Léon IL, l'Isauvien, . : . . , . . . 717—741 Constantin V, Copronyme. ,. , . , » 741—775 Léon IV, Kazar, . , , , « + + + 775—780 Constantin VI. . . . . . , , ,. ,. 780-797

Irène, sa mère, , : , . . . , . . 797—802,

Héracléonas.

(AR 25 mai.

cléonas : le premier, âgé de vingt-huit ans, né d’'Eudoxie; le second, de dix-neuf, ayant eu pour mère Martine. Cette princesse, dont l'ambition aspirait à gouverner sous le nom de son fils, intrigua pour lui faire déférer l’autorité, en alléguant un testament de son père; mais le peuple, sentant combien le sceptre serait déplacé aux mains d’une femme alors que l'épée était si nécessaire, proclama Héraclius Constantin. Il avait fait ses premières armes en homme de courage; mais, vieilli

avant le temps, il renia son passé, et se livra même entière-

ment à Philagre, son trésorier, dont l’avarice sordide lui suggéra les plus mauvais conseils. Il contraignit le patriarche Pyrrhus à lui remettre une somme considérable déposée dans ses mains par l’empereur défunt, pour assurer l'entretien de sa veuve au cas où son beau-fils la chasserait du palais ; enfin il fit ouvrir le tombeau de son père, pour enlever de sa tête le diadème orné de pierreries avec lequel il avait été enseveli. Peut-être la vengeance de l’impératrice abrégea-t-elle ce règne imbécile et avare; toujours est-il que ce prince mourut empoisonné, après avoir occupé le trône cent trois jours.

Martine fit couronner Hémcléonas, au détriment de Constant et de Théodose, fils de l’empereur qui venait de mourir; mais bientôt il fut déposé par le sénat, qui lui fit couper le nez, à elle la langue, et les envoya tous deux en exil. Le choix du nouvel empereur ne fut pas libre pour cela; car Valentin, écuyer de Philagre, contraignit les sénateurs à élire Constant et à lui déférer la régeuce.

Ce règne fut des plus malheureux. Les musulmans, s'avançant de plus en plus et devenus puissants sur mer, s’emparèrent de l'Afrique, puis d’Arad et de Rhodes. Mohawiah envoya une armée pour ravager l'Arménie, et, enhardi par la négligence des impériaux, il osa songer à prendre Constantinople elle-même. 11 fit équiper à Tripoli une flotte nombreuse ; mais, au moment où elle allait mettre à la voile, deux chrétiens, qui étaient frères, trouvèrent moyen de s'échapper de prison avec :‘'autres, et de mettre le feu aux vaisseaux. Mohawiah en eut bientôt armé une autre, et, s'étant dirigé vers la Syrie, il battit la flotte commandée par Constant en personne. L'empereur lui-même aurait été fait prisonnier, si un soldat napolitain n’:t généreusement revêtu ses insignes et ne se fût laissé égorger à sa place, tandis qu'il s'enfuyait déguisé à Constantinople. Par bonheur pour lui, les dissensions qui éclatérent parmi les Arabes déterminèrent Mohawiah à se retirer,

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D'un autre côté, les Slaves envahirent le pays qui prit d'eux le nom d'Esclavonie, et l'empereur fit de vains efforts pour les en chasser. Constant avait bien plus à cœur de propager l’hérésie des monothélites ; à la suggestion du patriarche Paul, il promulgua, à l’imitation de son père, auteur de l’Ecthèse, un Type ou formule de foi par laquelle il prétendit imposer silence aux passions soulevées. Était-ce le moyen d'y parvenir ? Les catholiques résistèrent de tout leur pouvoir à une opinion fausse et imposée par la force. L'empereur persécuta ceux qui ne lui reconnaissaient pas le droit de commander aux consciences; le pape Martin condamna dans le concile de Latran l’hérésie, le Type, et les patriarches grecs qui le soutenaient.

Mais l’exarque qui commandait en Italie fit conduire le pape à Constantinople, sous l'accusation de trames et de blasphèmes; après avoir été trainé dans les rues, il fut relégué à Cherson, où il mourut. Constant fit couper la langue et la main droite au patriarche Maxime, qui s'était déclaré en faveur du pontife. Théodose, son propre frère, qui se faisait aimer du peuple par sa bonté et son orthodoxie, lui inspirait des craintes, d'autant plus vives qu’il se voyait haï. L'empereur le fit ordonner diacre, et lui donna de sa main le calice consacré; mais cette précaution ne le tranquillisant pas encore, il donna l’ordre de l'égorger. Le spectre de son frère ne lui laissa plus de repos; il croyait le voir durant la nuit avec un calice rempli de sang, qu'il lui présentait er disant : « Bois! »

Il résolut, pour se soustraire à ces visions et à la haine du peuple, d'abandonner Constantinople, en répandent ie bruit qu'il voulait recouvrer l'Italie et ramener l'aigle latine dans son ancien séjour; mais, lorsqu'il fut sur le point de s'embarquer, le peuple, qui se voyait enlever, par son départ, avec l'éclat et les avantages d’une capitale, les distributions de grain habituelles, 4e mutina, et retint sa femme et ses fils. Pour lui, ayant échappé avec peine à ses gardes, il mit à la voile, et cracha en s'éloignant contre la cité reiné; après avoir passé l'hiver à Athènes, il vint débarquer, à 1a saison nouvelle, en Italie, qui voyait pour la première fois un empereur de Byzance à la tête d'une armée.

Il fut d'abord heureux dans la guerre qu'il fit aux duchés lombards du midi; mais aussitôt que ses adversaires eurent obtenu des secours du haut pays, il essuya des défaites, Désespérant alors de reconquérir la Péninsule, il se ;ette en ennemi

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