SP
réunit les vieillards, les femmes, les enfants des déserteurs, et les fit jeter à la mer avec dix mille autres qui lui étaient restés fidèles. 11 semblait que l’empereur n’eût d'autre intention que d’anéantir ce qui lui restait de forces.
Le pape Sergius ayant refusé son approbation au concile quinisexte, l’empereur ordonna qu’on se saisit de sa personne ; mais le peuple de Rome le protégea. Justinien laissait prendre à ses favoris de telles libertés, que le chef des eunuques Étienne menaça de coups de fouet l’impératrice Anastasie, sa mère. Sa cruauté et son avarice lui faisaient verser le sang à flots, et il prodiguaiten édifices somptueux l'argent que luiprocuraient ses exactions ; c’est ainsi qu’il éleva une vaste salle de bal et un théâtre, pour la construction duquel il fit abattre une église, au grand scandale du peuple. 11 se livrait en outre à des débauches sans frein ; connaissant donc la haine qu'il inspirait, et le danger auquel il se trouvait exposé, Justinien donna au gouverneur Ruscius l’ordre insensé de faire, durant la nuit, un massacre général des citoyens, en commençant par le patriarche.
Le patrice Léonce, victime désigné au fer assassin, sut prévenir le coup. Encouragé par les astrologues, par le mécontentement général et sa propre ambition, il résolut de s’emparer du pouvoir. Après avoir fait prendre les armes à ses gardes, il entre dans le prétoire en feignant de précéder l’empereur, délivre les prisonniers qu’il arme, appelle le peuple à l'insurrection, et le cri de Mort à Justinien ! retentit sur tout le rivage du Bosphore. Le tyran abandonné est surpris dans son palais, et conduit dans l’hippodrome, où le peuple demande à grands cris son supplice; mais Léonce se contente de lui faire couper le nez et les oreilles, puis le relègue à Cherson dans la Crimée. Il était Agé de vingt-cinq ans, dont il avait régné neuf.
Léonce, monté sur le trône à sa place, envoya en Afrique l’armée la plus forte que l’empire eût mise sur pied depuis longtemps; néanmoins, elle laissa prendre Carthage et anéantir la domination romaine sur les bords où Scipion l'avait établie huit cent quarante ans auparavant. Alors les chefs, craignant le châtiment ou les reproches, se révoltèrent, et proelamèrent empereur un Capitaine des gardes, appelé Apsimar, qui prit le nom sinistre de Tibère, et fit marcher aussitôt l'armée sur Constantinople.
La capitale, désolée en ce moment par la peste, fut épou- Tibère in.
sin
Léonce,
vantée de cette attaque imprévue. Les citoyens étaient disposés lei à soutenir Léonce; mais les soldats auxiliaires ouvrirent les Te portes à l’usurpateur, et Léonce, arrêté à son tour, fut conduit , devant son heureux rival, qui lui fit couper le nez et le ren- a ferma dans un monastère, après un règne de trois ans. tie Celui d’Apsimar dura sept années. Son père Héraelius fit Ap avee succès la guerre aux Arabes dans la Cappadoce et la fu Syrie; mais, rivalisant de cruauté avec les peuples les plus bar- ét bares, il passait au fil de l'épée tout ce qu'il rencontrait. gné Justinin, quoique détrôné, ne s'endormait pas à Cherson, puil où il exerçait la tyrannie dont il avait pris l'habitude à Cons- teus tantinople; voyant qu'il s'est aliéné la population du pays, il né cherche un rcfuge près du kacan des Kharars, auquei il donne jl en mariage sa fille Théodora. Tibère, instruit de ses menées, pop fait promettre une somme considérable au kacan, qui s'engage ; la je à livrer son beau-père , et charge deux officiers de s'emparer de I de lui sous prétexte de lui rendre hommage, et de le conduire habi à l'empereur; mais Théodora en donne avis à Justinien, qui ou ] égorge les deuxtraîtres, s’embarque, et fait naufrage. Fais les vœu, si lu échappes au danger, lui dit un de sesintimes, de par- € sé donner à les ennemis ; mais il répondit : Puissé-je me noyer à tion l'instant si je fais grâce à un seul ! voyé Jeté vers l'embouchure du Danube, ilcherche un asile au- les près de Terbellius, roi des Bulgares, auquel il promet la main : Le de sa fille et la moitié des trésors de l'empire , s’il l’aide à re- cette Restauration MONter sur le trône. Le barbare consent au traité, et lui donne Wien de Justinien. quinze mille guerriers, avec lesquels il se présente à l'impro- nou
viste sous les murs de Constantinople, où il entre par trahison. ; de C Le peuple, séduit par ses promesses, crie : Vive Justinien /
Tibère, qui avait en vain cherché à s'évader, est arrêté et con- Fe duit dans l’amphithéâtre avec Léonce qu'il avait détrôné, et péril Justinien assiste au spectacle les pieds appuyés sur le cou des nous deux infortunés, tandis que la multitude adulatrice s’écrie avec par à le Psalmiste : Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, tu fouleras avait aux pieds le lion at le dragon. redo
Ulcéré par le malheur, Justinien (1) fait décapiter ses deux Bard rivaux, pendre Héraclius qui avait défendu l'empire, tuer les
pe sde. auxq principaux officiers de l’armée, arracher les yeux au patriarche al
à: 2 " | ors
Callinique, et jeter à la mer un grand nombre de personnes, Et Justi
vient
(1) 1 fut surnommé AAinolinèle, c’est-à-dire nez coupé, Il s’en était fait faive tirer
unen.0r, pour couvrir sa-difformité, tête
les Romains oseront appeler les autres nations bärbares ! s’écriait Terbellius.
Ce Bulgare qui l'avait remis sur le trône à prix d'argent, et aux :ic! il n'inspirait que haine et mépris, se fit céder une partie de la Thrace, où il appela l'empereur à une conférence. Après avoir mis à terre son large bouclier et promené son fouet alentour , il somma l'empereur de remplir d'argent ce cercle, puis de donaer à chaque auxiliaire bulgare une poignée d'or et d'argent. Justinien dut refréner sa colère et obéir ; puis, ayant osé déclarer la guerre aux Bulgares, il s'enfuit honteusement devant eux, après avoir perdu son armée : heureux encore d’avoir un esquif pour le ramener dans sa capitale,
ILsut mieux faire usage de ses armes pour se venger d’une population tranquille. Instruit que Ravenne avait manifesté de la joie lors de sa àéposition, il donna ordre à la flotte de Sicile de l’attaquer et de la mettre à feu et à sang; ses principaux habitants, amenés à Constantinople, furent livrés aux supplices ou plongés dans des cachots, Il envoya une autre armée punir les habitants de Cherson de la trahison qu'ils avaient préparée contre lui. Attaqués à l’improviste, ils tombèrent sans distinction sous le glaive des soldats ; quelques-uns d’entre eux, envoyés à Constantinople, furent hrülés vifs ou noyés, malgré les protestations du pape, enlevé lui-mëéme de son siége.
Le patrice Étienne, chargé de cette expédition ou plutôt de cette boucherie, avait cru pouvoir épargner les enfants; Justinien, irrité de cette ia‘-2ction à ses ordres, lui en envoya de nouveaux pour qu’il nu ‘rissât pas vivant un seul des habitants de Cherson. Le désesnoir .fit prendre les armes à un certain nombre d'individus, qui s'ewparèrent de quelques places for tes ; puis, sous la conduite de Philippique Bardanes, soldat im. périal relégué à Céphalonie par Tibère qui voulait détourner nous ne savons quels présages de grandeur, ensuite à Guerson par Justinien, ils repoussèrent les troupes que cet empereur avait envoyées contre eux. Après leur défaite, ces troupes, qui redoutent le courroux du tyran, passent sous les drapeaux de Bardanes et le proglament empereur ; à la tête de deux armées, auxquelles se sont réu:: " les Khazars, le nouveau chef marche alors sur Constantinople, où il fait son entrée sans coup férir.
dustinien, qui l’aitendait entre Chalcédoine et Nicomédie, de-
vient furieux à la nouvelle de son triomphe, et menace d’en tirer vengeance ; mais ses .oldats se révoltent et envoient sa tête à Philippir: ci l'expédie à Rome. Il avait régné huit
RE
Re
Fe ras Tu = =
Philippiques
8 juin.
ans cette fois, en laissant bien loin derrière lui les barbares les plus sanguinaires; il affectait pourtant la dévotion, et fut le premier qui mit l'effigie du Christ +1r les monnaies impériales. Tibère, son fils, s'était réfugie dans une é lise; mais, bien qu’il fût chargé des reliques les plus vénérées, et que, tenant une croix embrassée, il invoquât les noms les plus sacrés, il ne put détourner le coup mortel, et avec lui finit la race d'Héraclius, qui avait occupé le trône durant un siècle entier.