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villes, Le soleil resta obscuroi depuis le 4 août jusqu'au commencement d'octobre, à. tel point que l'on distinguait à peine le jour de la nuit; un hiver extraordinaire dans ces climats fit geler les deux mers jusqu’à cent milles des côtes, et la neige s'éleya à vingt coudées sur cette croûte glacée; puis, lors du dégel, des masses de glaçons vinrent battre les murs ébranlés de Constantinople, Enfin, une comète en farme de poutre em: brasée semontra pendant dix jours à l'oceient, et durant vingt etunau levant, au grandeffroi du vulgaire et à l’extrôme surprise des pauvres chroniqueurs, qui s'intitulaient historiens (1). De plus grands maux furent causés par la peste, qui, après avoir éclaté en Calabre, aù elle fut très-meurtrière, se répandit en Sicile, en Grèce, dans les îles de l'Égée et dans Constantinople,
| qu’elle désola pendant trois années.
Constantin avait dirigé une nouvelle expédition en Arménie, quand il fut rappelé par une irruption des Bulgares dans la Thrace: comme il s'avançait contre eux, ils le surprirent dans un défilé et le défirent, Revenu à la charge, il les vainquit à son tour sans perdre même un seul des siens, ce qui fit donner à cette campagne le nom de guerre noble. Télérie, rai des Bulgares, soupçconnant, qu’une victoire aussi facile était due à la trahison, eut recours à la feinte et écrivit à l’empereur que, fatigué de la guerre, il voulait abdiquer et aller vivre à Constantinople en simple particulier.
Il le priait, en conséquence, de lui indiquer les personnes de sa cour dont il lui conviendrait qu'il se fit accompagner. L'empereur le satisfit, et Télerie, considérant comme coupables d'intelligences avec lui ceux qu’il lui désigna, les fit tous massacrer,
Constantin s'avançait pour tirer vengeance de cet outrage, lorsque, atteint en route d’un charbon pestilentiel, il se fit transporter à Strongyle, où il mourut, après avoir régné vingt-
quatre ans, Prince vaillant, il sut défendre l'empire contre les
différents ennemis qui l'attaquèrent, et se montra dans ses actes prudent etmodéré. Les écrivains le dépeignent cependant comme dissolu à l'excès, couvert d’ulcères honteux, adonné à des voluptés si ignobles, qu'il se frottait d'immondices et eontraignait ses courtisans à en faire autant; brutal avec ceux qui l’entouraient jusqu'à les frapper, il se laissait effrayer par des
(4) Taéorm., ad Ann. Const., 23 et 24. Cet écrivain traversa l’Hellespont, avec trente personnes, sur les glaçons flottants.
fantômes qui Ini apparaissaient dans le sommeil : exagérations provenant sans doute de ce qu'il persécuta cruellement, à l'exemple de son père, ceux qui refusèrent de se soumettre à l'édit qui défendait d’honorer les reliques et les saints. 11 dé. fendit aussi d'embrasser la vie monastique, et confisqua les maisons religieuses; il obligeait les moines à se marier avee une pompe insultante, leur faisait brûler la barbe, et les contraignait à se promener dans l'hippodrome avec des femmes à leur bras. La peste ayant désolé Constantinople, il la repeupla au moyen de colonies d'ieonoclastes; il réunit, sous la présidence de Théodose, archevèque d'Éphése, un concile de prélats infectés de l'hérésis, qui déelarèrent mensongère la doctrine catholique concernant les images.
On vit done se renouveler l’atroeité des supplices et la constance des martyrs. Les moines du Mont Saint-Étienne et
. d’Auxence subirent le jugement, les tortures et la mort, plutôt
que de renoncer à ce culte. Les Italiens opposèrent une résistance encore plus énergique aux ordres de cet empereur; résistance qui, avec le temps, détruisit la domination grecque et inaugura le pouvoir temporel des papes dans la Pentapole, comme nous le verrons plus tard.
Léon IV, fils de Constantin, surnommé Le KAazar, de la netion à laquelle appartenait sa mère, fut assoeié à l'empire lorsqu'il était âgé d'un an à peine. Monté sur le trône à la mort de son père, il se donna aussitôt pour collègue son fils Constantin; pour lui assurer la couronne après lui, il eut reeours aux rites les plus propres à lier Ja conscience et à frapper l'imagination des Grecs, c'est-à-dire il fit prêter aux grands et au clergé, sur le bois de la vraie croix, le serment suivant : Par notre foi en Jésus-Christ, nous veillerons à x sûreté de Constantin, nous exposerons notre vie pour son service, nous demeurerons fidèles à luiet à sa postérité. Le procès-verbal de ee serment fut déposé, par ses ordres, sur l’autel de Sainte-Sophie. Les empereurs, par ces solennités, cherchaient à prévenir les troubles qui, à chaque succession au trône, bouleversaient l'empire, auquel la servitude n'avait pas même procuré le calme.
À ce moment encore, Nicéphore, beau-frère de Léon, tenta d'opérer une révolution; mais il fut découvert. Comme on pressait l'empereur de le faire mettre à mort avec «son frère, qui ne s'était pas rendu son complice, bien qu’il l’aimêt extrêmement: Au contraire, répondit-il, je pardonne à Nicéphore coupable en faveur de Christophare innocent ; et il le relégua à Cherson.
Léon 1V, néen 751.
Septembre.
Porphyrogenète.
Léon fit avec quelque succès la guerre aux Arabes qui, pour se venger, détruisirent les églises de la Syrie ; mais il dut trouver une consolation dans la conversion de Téléric, roi des Bulgares, qui se rendit à Constantinople pour recevoir:le baptéme. Léon lui accorda le titre de patrice, et conçut avec joie l'espérance de vivre désormais en paix avec ces voisins inquiets.
Cet empereur fit pourtant renaître des troubles. dans le pays, en se montrant à son tour hostile au culte des saints et de la Vierge; ayant trouvé dans l'oratoire d’Irène, sa femme, une image pieuse, il fit périr dans les tourments ceux qui la lui avaient procurée, et ne voulut plus partager sa couche. On crut donc voir. le doigt de Dieu dans le fait suivant : désireux d’avoir une couronne enrichie de pierreries que l’empereur Maurice avait suspendue sur l’autel de Sainte-Sophie, il la fit enlever et la posa sur sa tête; mais aussitôt son front fut couvert de taches livides et pestilentielles, et il mourut le jour même.
* Constantin V Il avait eu d’Irène un fils nommé Constantin, dit Porphyro-
génèle, parce: qu'il naquit lorsque son père était déjà revêtu de la pourpre. Le règne de ce prince ne commença pas non plus sans secousses ; Car plusieurs sénateurs réunis à d’autres grands personnages ourdirent.une trame en faveur de son oncle Nicéphore, celui qui déjà avait tenté de s'emparer du pouvoir ; mais Irène, ayant découvert la conspiration, punit les coupables du fouet et du bannissement ; puis, afin d’extirper le mal dans sa racine, elle. obligea tous;les frères de Léon à prendre les ordres sacrés, età administrer l’eucharistie au peuple dans la solennité deNoël. : ts ir-$
Dans la Sicile aussi, le gouverneur Elpidius se révolta, séduit peut-être par l'exemple du reste de l'Italie; mais, chassé de l'ile-par le patrice Tibère , il se réfugia chez les Maures d’Afrique, qui le proclamèrent empereur ; Irène, effrayée, dut négocier avec cet adversaire et lui assigner une subvention annuelle. Elle traita également avec leS Arabes, qui s'étaient rendus maîtres de la Grèce et du Péloponèse, et leur confirma ces possessions à la charge d’un tribut.
C'était le temps où Charlemagne grandissait en Occident, et il fut question entre ce ‘prince et Irène d’une alliance destinée à réunir les deux empires. L’eunuque. Élisée fut même envoyé
à la cour franque pour instruire la princesse Rotrude, fiancée
à Constantin, dans la langue et dans les usages grecs; mais Irène ne tint pas ses engagements, et contraignit son fils à épouser
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l’Arménienne Marie, irritée peut-être de ce que Charles avait enlevé aux Lombards le duché de Bénévent, bien qu’elle l’eût pris sous sa protection.
Constantin s’ennuya bientôt de la femme qui lui avat été imposée, et prit sa mère en aversion. Les courtisans, mécontents devoir l'autorité dans les mains d’une femme qui savait l'exercer par elle-même, lui répétaient qu'il était temps de sortir de tutelle et de prendre de fait le gouvernement dont il ne se trouvait investi que de nom. Il résolut de le faire, et commença par vouloir s'emparer de Saturacius, premier secrétaire d'Trène. Saturacius, informé du complot, prévint l’impératrice, qui condamna tous les complices de Constantin à la destitution et à l'exil. Son fils fut confiné dans un appartement du palais, et le sénat et l’armée durent la reconnaître pour maîtresse unique.
Quelques légions qui avaient leurs quartiers en Arménie refusèrent de se soumettre, et leur exemple entraina les autres, qui proclamèrent Constantin. Sa mère fut donc contrainte de lui rendre la liberté. L'empereur, réintégré dans son autorité, rendit à ses partisans leurs emplois, et bannit Saturacius avec les créatures de sa mère, après les avoir fait fouetter par la ville ; puis il fit conduire Irène, avec une rigueur respectueuse, dans un palais qu’elle avait bâti et remplide trésors. Mais, à son retour d’une expédition contre les Bulgares, il rendit à sa mère une autorité qu’elle savait si bien employer au profit de l'État.
Se flattant alors de succès heureux, il marcha de nouveau contre les Bulgares; mais il perdit dans cette campagne l'élite de ses soldats et de ses officiers. Rendu soupçonneux par la honte de sa défaite, il fit arracher les yeux à Nicéphore, à ses autres oncles et à Alexis Mosole, commandant des légions arméniennes. Ces légions, qui avaient toujours refusé obéissance à Irène pour favoriser Constantin, indignées d’être si mal récompensées de leur dévouement, se mirent en révolte ouverte, défirent et aveuglèrent les officiers envoyés contre elles; mais l'empereur, étant venu les attaquer en personne, les mit en déroute, fit exécuter tous les officiers, et emmena les soldats enchaîinés à Constantinople, d’où ils furent disséminés dans les îles.
C'était saper les fondements de sa puissance. L’ambitieuse Irène se réjouit de voir la destruction de ces ennemis opiniàtres, et, pour rendre son fils odieux, elle lui conseilla de répudier Marie, qu’il aimait peu, pour épouser Théodette, une de
19 août.
Irène,
2h décembre.
ses suivantes. Le clergé commence alors à discuter sur la validité du contrat et sur celle du divorce. La division descend
dons le peuple, qui allait secouer toute sujétion quand sur- :
vinrent les Bulgares et les Sarrasins. Les uns et les autres furent repoussés ; mais Irène conspira avec les principaux officiers pour déposer Constantin; qui, arrêté par ces derniers au moment où il s’enfuyait de Constantinople, eut les yeux crevés, et survécut peu de jours à cette opération, tant elle avait été faite avec une précipitation barbare. Deux de ses oncles qui s'étaient réfugiés dans Sainte-So : phie furent rélégués à Athènes; mais ils ne tardèrent pas à être tués au moment où ils cherchaient à exciter une sédition. Avec eux finit la race de Léon l’Iconoclaste.
Irène, la première femme qui eûtoccupé en son propre nom le trône des Césars, se concilia le peuple en favorisant le culte des images. À la prière du patriarche Tarasius, elle avait convoquéun concile auquel devaientassister les légats du pape Adrien; mais il fut dispersé par l’armée, qui était favorable aux iconoclastes. Quand ie tumulte fut apaisé, l’impératrice réunit à Nicée jusqu'à trois cent soixante-dix-sept évêques (VII concile général), qui acceptèrent les six conciles généraux, en rejetant celui des iconoclastes convoqué par Constantin. Ils exprimèrent ainsi leur décision : « Que les saintes images peintes ou sculptées « soient exposées, de même que la croix, dans les églises, sur « les vases, sur les ornements sacrés, sur les murailles, dans les « maisons, dans les rues, parce que.cela nous rappelle et nous « porte à aimer Jésus-Christ, sa mère, les apôtres et les saints. « Que l’on rende à ceux-ci le salut d'honneur, non l’adoration, « due seulement à la nature divine, On brûlera l’encens et l’on « allumera des flambeaux devant ces images, comme on le fait « pour la croix, pour les Évangiles et pour les autres choses « sacrées, parce que l'honneur qui se rend aux images se re- « porte à ceux qu’elles représentent, Telle est la doctrine des « Pères et la tradition de l'Église catholique, »
Favorable au culte des images, fondatrice de monastères et d’hôpitaux, pieuse dans les pratiques extérieures, il n’est pas étonnant qu'irène, cette femme ambitieuse au point de tuer son propre fils et ses beaux-frères, ait été vantée par les auteurs ecclésiastiques comme une nouvelle Hélène,
Il est vrai qu'elle donna de l'activité au commerce, affranchit les citoyens d'un tribut annuel, et s'appliqua sans cesse au soulagement du plus grand nombre. Les Sarrasins, se riant d’un
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empire gouverné par une femme, vinrent en armes jusqu'aux portes de Constantincple, et s’en retournèrent chargés de butin. Saturacius, son favori, non content du second rang, aspira au premier; ses projets ayantété découverts, l’impératrice seborna, pour le punir, à défendre que personne lui rendit visite : tant de bonté le toucha au point qu’il en mourut de douleur,
Charlemagne envoya à Irène une ambassade solennelle, pour lui annoncer son couronnement comme empereur d'Occident, et lui proposer de sceller une paix durable entre les deux empires, en lui donnant sa main. La proposition sourit à l’impératrice; mais, aux yeux des eunuques, e’était reconnaître une usurpation, ce qu'ils quälifiaient de lâcheté; ce fut surtout l’avis d’Aétius, eunuque tout-puissant, qui s'était proposé d’unir à Irène son propre frère Léon, gouverneur de la Thrace et de la Macédoine. Mais ce Léon ve convenait pas non plus aux grands, qui, dans la crainte de voir Aétius arriver à ses fins, jetèrent les yeux sur Nicéphore, patrice opulent. Alors ils répandirent le bruit qu’Irène voulait épouser Charles, et reporter en Occident le siége de l’empire, en laissant Byzance redevenir ce qu’elle était avant Constantin. Après lui avoir aliéné les esprits par ces rumeurs et par d’autres encôre, ils assaillirent le palais, et, s'étant emparés d'irène, ils conduisirent Nicéphore à Sainte-Sophie, où il fut couronné au milieu des applaudissements des nobles et des imprécations de la foule. Nicéphore se montra respectueux envers Irène jusqu’à ce qu’elle lui eût révélé le lieu où elle avait déposé ses trésors ; violant alors sa promesse solennelle, il la relégua dans un monastère, puis à Lesbos, où elle mourut de chagrin.
MÂIRES DU PALAIS.