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CHAPITRE XI

Pépin d’Héristall avait eu d’Alpaïde un fils nommé Charles (Karl), qu'il avait déshérité, comme complice de l'assassinat de Grimoald. Plectrude, qui le savait vaillant et résolu, et craignant qu'il ne déjouât ses projets, l’avait fait enfermer à Cologne ; mais, dès qu'il fut informé des dispositions hostiles des ” Austrasiens, il s'enfuit, et fut bientôt proclamé prince des Francs orientaux par les vassaux de son père et par les principaux seigneurs.

Charles, dont la main robuste savait faire usage de la francisque, ayant assailli les Frisons, qui s'avançaient sur Cologne, à l'instigation de Raghenfred, les mit en déroute; comme il était inférieur en nombre, il ne put les empêcher de se joindre aux Neustriens qui assiégeaient cette ville ; mais il les harcela tellement qu'il les contraignit à se retirer; puis, ayant passé les Ardennes avec des forces plus considérables, il vainquit les Neustriens près de Viney, et soumit tout le pays jusqu’à la Seine. Il fit proclamer roi d’Austrasie un prétendu Mérovingien, qui prit le nom de Clotaire IV, et mourut au bout de deux ans.

Une invasion des Saxons interrompit le cours de ses succès ; mais à peine les a-t-il repoussés jusqu'au Weser, qu'il revient; Plectrude lui ouvre legs portes de Cologne, et lui livre les trésors dont la mort de Théodoald le laissait héritier, A Soissons, il défait de nouveau Raghenfred, prend Paris, et soumet la contrée jusqu’au nord de la Loire.

Les Aquitains, qui toujours regardèrent les Francs comme des étrangers, avaient combattu avec Raghenfred pour la dé-

fense des Mérovingiens. Hubert, un de leurs comtes, chasseur fameux, alla d’abord s'établir. dans la Neustrie avec Ébroïn, puis dans l’Austrasie avec Pépin; mais un jour, un cerf mira- saint Hubert. culeux lui étant apparu dans la forêt des Ardennes, il abandonna le siècle pour servir Dieu, fonda l'évêché de Liége, et fut invoqué comme patron des chasseurs.

Eudes, comte d'Aquitaine, de Gascogne et de Provence, qui s'était rendu indépendant après la bataille de Testry, et venait d’être défait à Soissons, conclut un traité avec Charles, auquel il livre Raghenfred et le roi Chilpérie. Le premier est relégué à Angers, l’autre reconnu roi, et Charles gouverne sous son nom. Lorsqu'il a cessé de vivre, il tire de l’abbaye de Chelles un autre moine qu'il dit fils de Dagobert III et qualifie de 72. Thierry IV. Après la mort de sa dernière créature, Charles, qui regardait ces mannequins comme superflus, n’élut pas s d'autre roi. | L Charles, à qui ses premières victoires avaient mérité le sur ; nom de Martel ou Marteau, le justifia par celles qu'il remporta é dans la suite ; car il passa toute sa vie à combattre les ennemis s * de l’intérieur et de l'extérieur, Cinq fois il fut contraint de | 8 marcher contre les indomptables Saxons, dont il finit par for- 720. " cer une partie à lui payer tribut. Les Bavarois et les Alemans 718. durent se courber sous le joug, et leurs ducs redevinrent vas- : : saux des Francs, dont le royaume recouvra vers l'Orient ses an- , ciennes frontières. Durant ce temps, saint Wilibrod, conver- 7. l tissant les Frisons, les civilisait peu à peu, et les amenait à rese pecter les chrétiens, leurs voisins.

a Mais de nouveaux ennemis s’avançaient sur les contrées méé ridionales. Les Arabes, après avoir soumis l’Espagne et atteint t les Pyrénées, jetaient d’avides regards au delà de ces montagnes, qui les séparaient de riches pays exempts encore de leurs déprédations ; ils revendiquèrent la Septimanie, la partie là plus méridionale de la Gaule, se fondant sur ce qu’elle avai été autrefois une province des rois goths (4). Des prétextes à plus frivoles ont fait éclater la guerre entre des nations qui se ; vantaient d’être plus cultivées et plus amies de la justice que - les Arabes. Il n’en fallut pas davantage pour que El-Horr, qui À avait succédé à Abou-el-Aziz, fils de Mousa, songeât à soumettre ce pays; mais il fut repoussé par les montagnards des

(1) Reinaub, Invasion des Sarrasins en France; Paris, 1836. FAURIEL, Histoire de la Gaule méridionale, t. I, p. 22-95.

Pyrénées. Le calife, mécontent, le remplaça par El-Samah, qui, poursuivant l’idée de son prédécesseur, réunit une armée et franchit les monts. L'occasion était favorable ; car, si le pays au delà de la Loire obéissait à Charles Martel, Eudes, violant le traité de paix récémment conclu, enlevait à son autorité l’Aquitaine et la Provence, et les grands de la Bourgogne lui refusaient toute obéissance.

Les Arabes, ne rencontrant plus d'obstacles, établirent une colonie dans la ville de Narbonne, et s’avancèrent jusqu'à Toulouse; ils étaient près de s’en emparer, quand ils virent paraître Eudes, à la tête de ses vassaux d'Aquitaine. Le vaillant duc, à qui le pape avait envoyé trois éponges servant à nettoyer la table de l’eucharistie, encouragé par ce don précieux, tailla en pièces les Sarrasins, et tua El-Samah lui-même. Ambésa, nouveau gouverneur de l'Espagne, à qui pesait la honte de cet échec, envoya différents corps ravager la Gaule, où il vint bientôt lui-même ; après avoir saccagé Carcassonne, il se rendit maître de Nîmes par capitulation, dévasta toute la Provence, et, remontant le Rhône, poussa jusqu’à Autun en Bourgogne. Ce torrent fut arrêté à Sens par l’évêque Ebbon, qui donna à Eudes le temps d'arriver et de mettre en déroute les Arabes, dont le général périt dans le combat.

Les dissensions intérieures auxquelles l'Espagne fut alors en proie l’empêchèrent, durant quelque temps, de songer à attaquer la Gaule; mais enfin Abd-el-Rahman (Abdérame), qui avait sauvé les débris de l’armée d’El-Samah, fut appelé à la gouverner. Ce choix déplut à Othman ben-Abou Néza (Munuza), chef des troupes cantonnées entre l'Ébre et la Garonne, et qui, durant plusieurs mois, avait exercé le pouvoir dans la Péninsule. Berber d’origine, il voyait déjà avec déplaisir les violences auxquelles ses compatriotes étaient en butte en Afrique de la part des Arabes ; d'ailleurs, comme il aspirait à se rendre indépendant, il demanda au comte Eudes son amifié. Il ne pouvait rien arriver à celui-ci de plus inattendu ni de plus désirable ; car un traité avec Othman le mettait à l'abri des incursions des Arabes, et lui donnait un appui contre le maire du palais des Francs; il scella donc l'alliance en lui donnant en mariage sa fille Lampagie.

Il ne tarda point à s’en repentir ; car Charles Martel, pour le punir d’avoir violé la convention de Soissons, l'attaqua et porta le ravage dans l’Aquitaine; d'un autre côié, Abd-el-Rahman envoya pour châtier le Berbère qui avait outragé la reli-

gion et la politique, en épousant une chrétienne, fille d’un ennemi; Othman, bloqué dans Puycerda, n’échappa au péril

. qu’en se donnant la mort, et sa femme fut envoyée au calife

pour accroître le nombre des beautés fournies par la Circassie et le Khorassan.

Alors, pour réparer l'honneur des armes musulmanes, favorisées d’ailleurs par l’inimitié d'Eudes et de Charles Martel, Abd-el-Rahman franchit les Pyrénées avec une grosse armée, que suivaient des femmes et des enfants; car, au lieu d’une simple excursion, il se proposait de planter l’étendard du prophète dans ce nouveau royaume, et d'en faire un centre d’action d'où les Arabes pussent envahir l’Europe à l'occident, tandis qu’ils s'ouvriraient le passage à l’orient par Constantinople, ville toujours menacée par leurs armes. Entrant donc dans la Gascogne par la vallée de la Bidassoa, il commença à ravager l’Aquitaine, dont le duc fut accusé d’être de connivence avec les envahisseurs ; puis il se dirigea sur Bordeaux. Les Aquitains, qui avaient en vain défendu leur patrie de position en position, s'étant réunis sous les bannières du comte Eudes, présentèrent la bataille à Abd-el-Rahman, sur la Garonne ; mais ils furent taillés en pièces, et le duc se réfugia auprès de Charles.

Les musulmans, que rien n’arrêtait plus, continuèrent à s'avancer, dévastant, tuant, insultant surtout aux choses saintes, couvents, églises, religieuses; après avoir pillé l'église de Saint-Hilaire, à Poitiers, ils se dirigèrent sur Tours, pour enlever les trésors accumulés par la dévotion sur le tombeau de saint Martin.

L'épouvante répandue par les rapides triomphes de ces bandes dévastatrices, vomies par l’Asie et l'Afrique pour anéantir la civilisation et la foi, rendait encore plus grave le péril qui menaçait non-seulement la France, mais l'Europe entière. Le ciel permit que Charles animât de son courage ses vaillants Austrasiens réunis sous sa bannière, et les conduisit sur la Loire pour sauver le sanctuaire de la France. Les deux armées, qui se rencontrèrent dans les plaines entre Poitiers et Tours, engagèrent des luttes partielles durant sept jours; enfin Abdel-Rahman ordonna la bataille générale, qui commença avant l'aube. «Les Francs, dit Isidore de Béja, étaient rangés comme « des murs solides, comme un rempart de glace, contre lequel « les Arabes, armés à la légère, se brisaient sans l’ébranler. « Ils s’avançaient et se retiraient rapidement; cependant ils

« étaient moissonnés par l'épée des Germains, sous les coups « de laquelle tomba Abd-el-Rahman lui-même, La nuit sur- « vint, et les Francs élevèrent leurs armes, comme pour de- « mander du repos à leurs chefs, voulant se réserver pour le « combat du lendemain, car ils voyaient la campagne couverte «au loin des tentes des Sarrasins; mais quand, l’aube venue, «ils se rangèrent en bataille, ils s’aperçurent que les tentes «étaient vides, et que les Sarrasins, effrayés de la grande « perte qu’ils avaient éprouvée, s'étaient retirés pendant la nuit «et se trouvaient déjà loin. »

L'imagination exagéra les résultats sanglants d'une journée qui sauvait l'Europe. Le nombre des Arabes tombé sur le champ de bataille fut évalué à trois cent soixante-quinze mille: les exploits de Charles Martel et de ses guerriers devinrent des miracles, que la tradition mit ensuite sur le compte de Chorlemagne et de ses paladins. La vérité est que les chrétiens ne se crurent pas en état d’inquiéter la retraite des Arabes, et que ceux-ci renoncèrent à la pensée de subjuguer la Gaule, sauf à venir la piller de temps à autre (1).

La victoire de Charles Martel lui assura la possession de la Gaule méridionale; car bientôt Eudes lui rendit hommage pour l’Aquitaine et la Gascogne. La première s’iaint révoltée après la mort de ce duc, Charles lui ravit son indépendance. Atton, l’un des deux fils d'Eudes, demeura prisonnier, et Hunold reçut ce duché du maire du palais, en lui jurant fidélité,

Charles dirigea ses armes contre les Frisons, dont le duc Poppon avait renoncé au christianisme et à l’obéissance ; il le vainquit et le tua dans une bataille sanglante, puis fit une justice terrible des temples et des idoles relevés.

La Bourgogne subit elle-même le joug, et des comtes francs furent établis à Lyon et dans le reste du pays pour le gouverner; mais les seigneurs bourguignons, ne pouvant se résigner au joug, se révoltèrent, et leur chef Mauronte s’entendit avec

(t) Vingt-deux ans après, Isidore de Béjà chanta la victoire de Poitiers, et l'on trouve déjà dans ses vers les rimes ou plutôt les assonances qui étaient

communes dans la poésie du moyen âge, et qui sont restées dans la versification

espagnole :

Abdirraman mulliludine replelan Sui exercilus prospiciens terra, Montana Väccorum disecans, Et frelosa et plana percalcas, Trans Francorum intus expedilar, etc.

Yousouf, gouverneur arabe de Narbonne, auquel il livra les places importantes d'Arles et d'Avignon. Ainsi, par la trahison des Francs, les Arabes redevinrent menaçants pour les Gaules et osèrent même assiéger Lyon. Charles, qui faisait en ce moment la guerre aux Saxons, vola à la défense du pays avec son frère Childebrand, et, après avoir repris Avignon, s’avança sur Narbonne, siége de la domination arabe dans la Septimanie, Atima, qui en était le gouverneur, lui opposa une résistance courageuse, et Okba, émir d’Espagne, envoya aux siens un renfort considérable sous les ordres d'Omar-ebn-Kaled, qui débarqua sur la côte; mais Charles l’attaqua dans la vallée de Corbière, tailla les Arabes en pièces, et tua Omar lui-même.

Sans être découragés par ce revers, les Sarrasins renouvelèrent peu après leurs attaques contre la Provence, favorisés encore par Mauronte, qui leur livra Marseille et des villes des bords du Rhône, Charles revint donc à la charge, de concert avec Luitprand, roi des Lombards, qui se voyait aussi menacé sur les côtes de la Ligurie, L’effort réuni des deux nations amena l'expulsion des mahométans de Marseille et d’Arles, et les resserra dans la Septimanie; puis, afin qu'ils ne pussent plus s'établir au delà de l’Aude, Agde, Béziers et Nimes furent démantelées, et l’on dévasta le pays dont ils demeuraient possesseurs. Quelques années après, Okba réunit de nouvelles forces pour une expédition contre les Gaules; mais un soulèvement des Berhères le contraignit de se diriger d’un autre côté, et les discordes des musulmans suspendirent les incursions au delà de leurs frontières du nord.

Après des exploits aussi éclatants, Charles Martel fut salué comme le sauyeur de l’Europe et du christianisme, Luitprand conclut un traité d'alliance avec lui; le pape Grégoire II lui envoya des présents, et lui décerna le titre de patrice romain; mais, pour subvenir aux dépenses de tant de guerres, et récompenser les compagnons de ses victoires, il eut recours à des expropriations ; il dépouilla notamment de leurs biens les églises et les monastères, pour gratifier ses officiers. La chronique d’Auxcrre raconte qu’il ne laissa à l’évêque de cette ville que cent manses {douze cents arpents), et donna en fief le reste à six vaillants capitaines bavarois: ce qui prouve combien les églises étaient richement dotées. Déjà Ebroïn n’avait pas craint de donner à bail emphytéotique à des séculiers des propriétés ecclésiastiques, et souvent les conciles élevèrent des plaintes contre des usurpations du même genre, que se permettaient

les Mérovingiens. Ces domaines, qu’on accordait à la prière de quelques particuliers, reçurent le nom de précaires, et ceux qui en étaient investis se considéraient comme les avocats ou les défenseurs temporels des monastères ou églises dépossédés. Charles Martel fit prêter serment en son propre nom, sans se soucier du roi, par les individus auxquels il accorda des bénéfices de cette nature; il introduisit même alors la cérémonie de l'hommage féodal : tant ilse regardait comme le véritable maître des Francs, bien qu'il ne prit jamais ni le titre ni les insignes de roi.

Accoutumé à l'autorité absolue des camps, il l’exerçait aussi

en temps de paix, donnant et ôtant à son gré les évêchés ou abbayes. Il enleva au siége de Reims Rigobert, son parrain, pour mettre à sa place Milon, simple clerc tonsuré, qui l'avait suivi à la guerre ; ce fut ainsi qu'il modifia tout à fait la discipline ecclésiastique, et contribua beaucoup au changement des mœurs. Les écrivains ecclésiastiques le désignent donc comme un tyran; ils racontent même qu'Eucher, évêque d'Orléans, ayant été ravi en extase, vit Charles au plus profond de l'enfer, et sut par un ange que les saints qui tiendront la balance lors du jugement dernier l'avaient condamné à des peines éternelles pour avoir envahi leurs biens, Eucher ajoutait, pour appuyer son récit, qu'on ne trouverait plus les cendres de Charles; en effet, lorsqu'on ouvrit son tombeau, il était vide, avec des traces de feu, et l’on en vit sortir un serpent. * Le besoin où il était d'entretenir de grosses armées (et il est étonnant qu'il ait pu le faire sans les lever parmi les Germains), son éducation toute guerrière, l'ambition qui le poussait à s'élever pour abaisser les ducs, et la nécessité de repousser les étrangers, peuvent rendre l’histoire plus indulgente à son égard que les chroniques. D'ailleurs lé zèle qu'il apporta à soutenir saint Wilibrod et saint Boniface dans leurs efforts pour la conversion des Frisons, des Thuringiens et des Saxons, le courage qui lui fit convertir avec l’épée, comme le disait le pape Grégoire, plus de cent mille infidèles, doivent être acceptés par elle à titre de compensation.

Charles survécut deux ans seulement à ses triomphes, après avoir déjoué une conspiration ourdie par Sonichilde, sa femme, qui voulait rétablir l’autorité des Mérovingiens, tentative qui fut la dernière. D'accord avec les grands du royaume, il partagea le territoire franc entre ses deux fils Carloman et Pé-

pin, sauf quelques domaines réservés pour Grifon, le plus jeune

de ses fils; il mourut à Kiersy sur l'Oise (1).

Les Mérovingiens étaient tellement oubliés qu'il ne fut pas fait mention d'eux dans ce partage; mais, des dissensions s'étant élevées entre les deux fils de Charles, ils s’entendirent pour déférer de leur chef, et sans avoir consulté ni les évêques ni les grands, le titre de roi à un enfant imbécile, rejeton prétendu de Chilpéric IL, et qu'ils intitulèrent Childéric II. Pépin et Carloman gouvernèrent sous son nom, comme préfets par la grâce de Dieu, ou plutôt ils régnèrent, comme ils le disaient eux-mémes. Dans le partage du territoire, le premier eut la Neustrie, la Provence et la Bourgogne; l’autre, l’Austrasie, la Souabe et la Thuringe. Mais Grifon, mécontent de se voir exclu, fomenta les dispositions hostiles des leudes et du clergé, désireux d'échapper à l'oppression dans laquelle les avait tenus le bras puissant de Charles. Il souleva aussi en sa faveur les Saxons, les Bavarois et les Alemans; mais ses frères s’emparèrent de iui dans la ville de Laon, le jetèrent au fond d’une prison, enfermèrent sa mère dans l’abbaye de Chelles, et soumirent les révoltés. Odilon, duc de Bavière, beau-frère des deux maires du palais, fut vaincu et repoussé au delà de l’Inn; il n'obtint la paix qu’en promettant obéissance. Hunold, duc d'Aquitaine, qui, pénétrant dans la Neustrie, s'était avancé jusqu'à Chartres, reconnut l'impossibilité de relever une dynastie dont il avait été jusque-là le soutien, et se fit moine dans l’île de Ré ; son fils Waïffre fut réduit à rendre hommage pour son duché. Les Bourguignons furent privés de leurs patrices, et tenus de se soumettre aux comtes ordinaires.

Après avoir aidé son frère à pacifier le royaume, Carloman, se sentant fatigué de la vie tumultueuse des camps, résolut d’embrasser la vie religieuse; ayant donc renoncé à sa dignité en faveur de Pépin, il se rendit à Rome avec une suite magnifique, offrit des présents splendides au pape, tant en son nom qu'en celui de son frère, se fit couper les cheveux, et se renferma dans un couvent qu’il fonda sur le mont Soracte. Ennuyé easuite des visites d’une foule de Francs, qui venaient chaque année en pèlerinage à Rome, il se retira dans le monastère du

(1) 11 laissa en outre trois fils naturels : Remi, qui fut par la suite évêque de Rouen ; Jérôme, père de Fuldrade, fondatrice de l’abbaye de Saint-Quentin; Bernard, qui, devenu veuf, prit l’habit monastique à Corbie. Hildetrude, sa fille légitime, épousa le duc de Bavière; ses deux filles naturelles, Gontrude et Théodrade, prirent le voile.

21 octoure

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Saint Boniface,

moïit Cäééin. Il avait laissé dans lé monde deux fils, Drogon ét

Pépin, en les recommandant à leur oncle; mais celui-ci, afin de rester maître absolu de la Neustrie et de l’Austrasie, leur fit revêtir l’habit monastique. |

Les monastères étaient ainsi le refuge des grands déchus où des cœurs affligés, et en même temps l'asile du peu de savoir qui avait survécu à tant de bouleversements, le centre de l’activité intellectuelle et le foyer d’où la civilisation se répandaït sur l'Europe. Les esprits se fortifiaient en effet dans cette pieuse solitude, où l’on s’habituait à l’abnégation de sa propre volonté, à l’obéissance absolue, au sacrifice de soi-ménie. Au moindre signe du pontife ou de leur abbé, des hommes pleins de foi prenaient le baton de voyageur, ét s’én allaient à travers monts et mers, chez des nation: barbares et ennemies, recruter de nouveaux serviteurs au Christ, de nouveaux prosélytes à la vérité, se trouvant bien récompensés s'ils avaient obteñnà le salut d’une seule âme au prix de leur propre vie.

Les monastères fondés en Angleterre se proposèrent surtout pour tâche la conversion des Germains; l’Anglo-Saxon Wilfrid, connu sous le nom de saint Boniface, apôtre de la Germanie, mérite plus qu’un conquérant l’attention de l’histoire,

En treize ans de fatigues sans relâche, il convertit les peuples de la Hesse et de la Thuringe; ainsi ces Saxons insulaires répandaient avec effort, parmi leurs compatriotes du continent, le christianisme catholique romain, qui plus tard devait recevoir d'eux-mêmes le coup le plus rude dont il ait été atteint.

Les conversions tournaient au grand profit de la civilisation ; car ces indomptables tribus germaines, entraînées par leurs sympathies, se mettaient en rapport avec les Francs et avec Rome, dont ils vénéraient le nom. Des hordes errantes s’éta blissaient à demeure autour de l'église et du cimetière; les villes de Mayence et de Cologne acquéraient de la vie, et la propageaient alentour. L'école de Fulde, que saint Boniface fonda avec le Bavaroïis Sturm , dans la partie la plus solitaire de la vallée de Faggis, entre la Hesse et la Thuringe, instruisait la jeunesse, qui, de retour dans son pays après avoir revêta le ministère de la parole, répandait au loin les idées de morale et les institutions civiles,

. Charles Martel seconda l’œuvre de Boniface ; la politique des rois francs était favorable aux missionnaires qui auoucissaient la férocité de leurs voisins les Germains. De cette association

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