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à un pouvoir despotique. Ils étaient alôrs nommés à vie par le
-peuple, qui conservait les comices et le droit d'élection.
Lorsque Charlemagne eut renouvelé l'empire d'Occident, il fit avec Constantinople une paix qui déterminait les limites du royaume italique, dans lesquelles il comprenait l'Istrie, la Liburnie et la Dalmatie. En conséquence, les doges de Venise et de Zara auraient dù prêter hommage à Charles; mais l’empereur Nicéphore, violant ce traité, envoya des troupes pour recouvrer la Dalmatie ; une trêve fut aussitôt rompue que conclue par Paul, duc de Zar: et de Céphalonie, qui occupa les ports de la Dalmatie, puis vint jeter l’ancre au milieu des flots où Venise commençait à s’accroître, et fit aussi une tentative sur Comacchio. Repoussé par les Francs, il chercha à entamer des négociations avec Pépin; mais elles furent contrariées par les frères Obelerio et Beato, doges de Venise, dans la crainte que . cession de la république ne fût le prix du traité.
Paul, s2 voyant entouré d’embüûches, ramena sa flotte à Céphalon:e, e* les Vénitiens demeurèrent exposés à la vengeance de Péoin, irrité contre eux parce qu’ils lui répondirent quand il rér...sia le serment d’obéissance : Nous ne voulons étre sujets (lo, que de l’empereur romain; parce qu'ils lui refusèrent secours {lans son expédition de Dalmatie, et que leurs persécutions contraignirent le patriarche de Grado de transférer son siége à Pola.
Pépin, ayant donc tourné ses armes contre eux, prit les îles de Grado, Héraclée, Chioggia, Palestrine, Équilo, Malamocco ; le doge alors, pour sauver Olivolo, Torcello et Caprola, promit de lui payer un tribut annuel.
Les Vénitiens, l’accusant de làcheté ou de trahison, expulsèrent Obelerio, qui passa en Orient avec toute sa famille.
Des discordes intérieures facilitèrent à Pépin la conquête de
Chioggia et de Palestrine, d’où il jeta un pont de barques jusqu'à Malamocco, siége du gouvernement. Sur la proposition d’Angelo Participazio, toute la population se transporta à Rialto. et l'amiral Victor d’'Héraclée laissa les bâtiments ennemis s'engager dans les bas-fonds des lagunes; puis, quand la marée basse les empêcha de se mouvoir, les Vénitiens les assaillirent avec les dards et le feu, si bien qu'ils eurent beaucoup de peine, au retour de la marée, à se réfugier dans le port de Ravenne (1).
(1) Nous parlerons ailleurs des traditions populaires relatives à Charlemagne,
gae.
Cette victoire dédommagea Venise des pertes éprouvées. Angelo Partecipazio, placé à la tête du peuple qu'il avait sauvé, transféra le siége du gor""rnement à Rialto, et fit construire une muraille pour défenire l’entrée de la lagune. A l’abri de ce rempart, Chioggia, Malamocco, Palestrine, Héraclée, relevées de leurs ruines, formèrent une couronne autour du palais du doge avec une soixantaine d’ilots réunis par des ponts; c'était comme un symbole de l’unité morale dont le pays attendait sa force. Ce groupe d’iles reçut le nom de l’ancienne patrie, et fut appelé Venise. Peu de temps après, deux citoyens, qui avaient fait le voyage d'Alexandrie, réussirent à lui soustraire le corps de saint Marc, en le cachant sous de la chair de porc, afin qu’elle ne fût pas visitée par les douaniers musulmans, ei le transportèrent dans leur patrie. Ce saint, dès ce moment, devint le patron de la république vénitienne. Une commune et un saint, tels sont les éléments dont les Italiens composèrent toujours leur liberté.
La flotte de Pépin n’obtint pas plus de succès contre la Dalmatie, et cette province resta aux Grecs. Les hostilités et les négociations se succédèrent jusqu’au moment où le patrice Arsaphe reçut à Aix-la-Chapelle, de la main de Charlemagne, le traité de paix qui cédait aux Grecs la ville de Venise, ainsi que celles de Trau, Zara et Spalatro. C’était pour l’empire grec une acquisition purement nominale, tandis que ces villes se trouvaient ainsi délivrées des inquiétudes sans cesse renais-
santes que leur causaient les prétentions :::5 Francs.
Quant à celles qui regardent l'Italie, personne ne le: a recueillies. La chronique vénitienne de Martin de Canale traite longuement de l'expédition de Charlemagne contre Venise ; il est question de son arrivée à Malamocco, dont tous les habitants se sauvèrent à Rialto. Harcelés sans relâche par les Francs, ils en vinrent un jour aux mains avec eux, et leur laissèrent une grande quantité de pains; ce qui fit reconnaître à Charlemagne qu'il ne les réduirait pas par la famine. Une femune, feignant la trahison, lui amena des gens qui, moyennant une grosse somme, construisirent un pont flottant où pourrait passer l’armée ; mais ils le construisirent de telle manière que la cavalerie des Francs fut engloutie. Alors Charles, découragé, demanda à voir le doge, et entra avec lui dans Venise. Pendant le trajet, comme le navire était arrivé à l'endroit où l’eau est la plus profonde, il y lança de toute la force de son bras : an long glaive, en disant : « Comme cette arme que je viens de jeter dans ia mer ne reparaitra plus, de même que personne au monde n'ait désormais le pouvoir de nuire à Venise ; et si quelqu'un le tente, que la colère de Dieu l'atteigne, comme elle s’est appesantie sur moi ct sur les miens. »
MIQT, UNIV, = D, VII.
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