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Massacre de Ferden,
comme de se soustraire au baptême ou de rompre le jeûne du carême (1).
Dans l’assemblée générale convoquée par Charles à la source de la Lippe, une alliance fut conclue avec Sigefred, prince danois, et avec le kacan des Avares, alliance qui affermissait l’autorité du chef franc. Depuis que la Saxe était devenue une province franque, on n'avait plus à craindre de voir la barbarie sortir des forêts pour faire une nouvelle irruption dans les Gaules ; mais derrière les Saxons se trouvaient d’autres peuples, rebelles à la civilisation et avides de: s’élancer sur le Midi, les Slaves. Déjà les tribus des Sorabes et des Tzèques avaient conduit leurs troupeaux dans les pâturages en deçà de l'Elbe; les premiers même, établis entre ce fleuve et la Saale (Sala), tentèrent de mettre au pillage la Thuringe et la Westphalie.
Charles appela à Lippspring les chefs saxons, et, comme il ne leur importait pas moins qu'aux Francs de repousser cette invasion, il les invita à faire prendre les armes à leurs fidèles ; ce fut une confiance imprudente. Un changement de domination, d'institutions, de culte, ne peut s’accomplir sans de graves mécontentements ; les Saxons, qui avaient été soumis par force, et chez lesquels Witikind ne cessait d’attiser les haines et de tenir le patriotisme en éveil, devaient surtout être froissés. À peine se trouvent-ils réunis et les armes à la main qu'ils se révoltent contre les Francs, sous les bannières desquels ils ailaient combattre. Animés par la présence de Witikind, qu'ils revoient au milieu d’eux, ils leur présentent la bataille près du mont Sinthal, et triomphent de leurs vainqueurs. Le chambellan Adalgise est tué, ainsi que le connétable Genlon et le comte palatin Wolvad, lieutenant de Charles ; si le roi n’était pas survenu, un ‘utre corps d'armée courait risque d’être taillé en pièces.
C'était encore un mouvement de la noblesse; car le peuple se courba promptement devant Charles, qui, s’étant avancé jusqu’à Ferden (Ferda) sur l’Aller, réunit les Saxons en diète, et, dépouillant une clémence qui lui avait coùté si cher, leur enjoignit de lui livrer les principaux rebelles. Quatre mille cinq cents personnes, tant nobles qu'hommes libres, furent amenées à Ferden. Là, malgré leur humiliation et leurs prières, on les passa au fil de l’épée, en expiation de leur pertidie.
(1) Bauvze, Cap. de partibus Saxoniæ, 1, 250.
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Si cette effroyable tragédie nous fait frémir à tant de siècles de distance, nous étrangers au pays, que durent éprouver les concitoyens, les parents des victimes ? La douleur se changea en rage, et celle-ci amena une insurrection ouverte. Witikind, qui s'était réfugié au delà de l’Elbe, reparut pour exciter et diriger ses compatriotes, à qui la fureur fournissait des armes. Ilen forma une grosse armée, et vint camper près de Detmold en Westphalie, Charlemagne eut alors besoin de toute son admirable activité pour venir à bout de son entreprise; ayant attaqué Witikind, ou il ne le vainquit pas, ou ce fut au prix de tant de sang qu’il dut se replier sur Paderborn pour y attendre des renforts amenés par son fils Charles, qui, dans cette circonstance, faisait ses premières armes. Il put, avec ces troupes fraîches, reprendre l'offensive contre les Saxons qui s'avançaient vers Osnabruck, en chantant : Saint et généreux Wodan, viens en aide à nous et à nos princes Witikind et Chella contre leméchant Charles ! Je t'offrirai un buffie, deux brebis et le bu-
-lin; je l'immolerai tous les Francs sur la sainte montagne du
Hatz.
Une bataille terrible se livra au bord de l’Hase, et dura plusieurs jours; enfin Charlemagne l’emporta sur la fougue indisciplirée des Saxons, et il écrasa entièrement leurs forces. Witikind retourna chez les Danois, et les Francs se mirent à dévaster, sans rencontrer la moindre résistance, tout le pays situé entre le Weser et l’Elbe, afin d’affamer les habitants et d’abattre leur orgueil ; mais Charlemagne se considérait comme si peu assuré de la victoire qu'il tint, contre sa coutume, ses troupes sous les armes pendant tout l’hiver.
Au printemps, il entre dans le Bardengaw; informé que Witikind et son frère Albion font de nouveaux préparatifs de guerre, il leur offrit la paix, leur promettant le pardon et des récompenses s'ils cessaient enfin les hostilités. Affaiblis par tant de désastres, n’espérant plus guère relever leur patrie épuisée, les deux frères prêtèrent l'oreille à ses propositions, et se rendirent, après avoir reçu des otages, à Bardenwick (Vieux Lunebourg); de là ils passèrent en France, et, courbant leur front orgueilleux sous la volonté de Charlemagne, ils reçurent le baptême, en grande pompe, dans une assemblée solennelle convoquée à Attigny.
On conçoit la joie que fit éprouver au roi franc une conversion qui rangeait parmi ses fidèles les deux champions les plus héroïques des Saxons. À leur suite, en effet, un grand nombre
on.
289 NEUVIÈME ÉPOQUÉ.
dé nobles, soit qu'ils fussent entraînés par l'exemple, soit qu'ils désespéracsent dé leur cause, acceptérent le christianismie et le joug des Francs.
Dans l'intention de faire des Saxons et de ses autres sujets un seul peuple, il publia un capitulaire par lequel il leur attribuait les mêmes droits qu'aux Francs; ce qui leur valut d’être gouvernés par des comtes de leur nation, d'assister aux assemblées, et d’être traités à l’égal des vainqueurs pour la composition relative aux délits. Aussi les vit-on, après huit années de paix, combattre avec les Francs contre les Avares et les Slaves; il leur fut néanmoins interdit de se réunir en assemblées particalières et de se livrer à la pratique des anciéns rites idolâtres, sous la menace des châtiments les plus rigoureux. La loi prononce la peine de mort contre quiconque refuse le baptême, contre celui qui brûle un cadavre, selon l’ancienne coutume; même peine pour avoir immolé un homme au démon, conjuré avec les idolâtres contre les chrétiens ; peine de mort aussi contre celui qui ravit la fille de son seigneur. Si un noble fait un vœu aux fontaines, aux arbres, aux bois, où s’il mange en l’honneur des démons, qu'il paye soixante sous, trente si c'est un homme libre, quinze si c’est un colon, êt, s’il ne les a pas, qu'il serve l'Église jusqu'à salisfaction ; que chacun verse à l’Église la dime de ses biens et du produit de ses travaux (1).
Les Nordalbins ne se plièrent pas à ces lois rigoureuses ; conservant leur indépendance avec le culte paternel, ils ne cessaient d’insulter à la làcheté de leurs frères de l’autre rive de l’Elbe , et les excitaient continuellement à se révolter. Ils s'adressaient à des oreilles prêtes à les écouter, car beaucoup d’entre eux s’insurgèrent, et Charlemagne, à la tête de l’Hériban, les força à capituler à Sinfeld ; mais il vient à peine de
s'éloigner pour combattre les Avares qu'ils relèvent la tête, et
massacrent quelques-uns de ses capitaines restés parmi eux, ce qui lui fit prendre la résolution de passer l’hiver sur le Weser, pour consolider sa victoire. Son camp prit bientôt l’aspect d'une cour magnifique, où l’on vit arriver ses deux fils, les rois d'Italie et d'Aquitaine, Tudun, kacan des Avares, les ambassadeurs d’Alphonse, roi des Asturies, et ceux de Ben-Om-
(1) Cap. in partibus Saxoniæ. On a voulu voir, dans les tribunaux d’inquisition établis par Charlemagne, l'origine du tribunal wehmique, qui grandit ensuite au quatorzième siècle en Westphalie, et frappait dans le secret la trahison et les traîtres.
méia; émir de Mauritanie : réunion accidentelle, d'où naquit une ville qui conserva le nom de Nouvel Héristall.
Ces quartiers d’hiver duraient encore lorsque les Transalbins égorgèrent les commissaires chargés de percevoir le tribut et Godescale, envoyé par lé roi des Francs auprès des Ddnois, Charlemagne dut alors se résoudre à extirper les derniers germes de cette guerre rénaissante. Appuyé par les fidèles Obotrites, il dirigea les Frances contre ses ennemis irréconciliäbles, qu'ils aitaquèrent et défirent à Suentana. Il fit transporter un tiers de la population dans la Gaule; puis, iui-mêmeé ayant passé l’Elbe pour la première fois, il poussa jusqu’à l'Eider, et finit par soumettre tous les Saxons Transalbins. Ils ne restèrent pas tranquilles pour cela, et une série d’insurrections et de défaites se prolongea encore avant que Charlemagne réussit à les dompter en les tuant ou en les expatriant. Enfin il conclut à Sel{z une paix définitive avec les Saxons, qui embrassérent le christianisme et jurèrent fidélité au vainqueur, pour ne former bientôt qu’une seule nation avec les Francs. Réintégrés dans leurs biens, dans leur liberté civile et dans leurs lois nationales, ils durent obéir à leurs évêques et à des juges nommés par le roi (4); comme la perception du tribut avait été une cause perpétuelle de révolte de leur part, ils en furent affranchis moyennant un équivalent pe la dime, charge non moins onéreuse que pénible.
Les vaincus renoncèrent à leur ancienne liberté, fondée uniquement sur la possession territoriale ; vivant sur ies domaines de leurs a’:ux sans devenir vassäux, ils furent considérés comme déperdants du roi, et, à ce titre, soumis à l’Hériban. Les Frisons partagèrent leur destinée, et le souvenir où du moins le souffle de la liberté s’évanouit (2).
Les biens enlevés à la religion ennemie furent donnés à des
(1) Plusieurs modernes révoquent cette paix en doute. Nous n’avons rien trouvé (sauf le silencé gardé par les autres écrivains) qui vint contredire le poëte saxon quañd il l’affirme er ées termes :
Tum sub Judicibis quos rex imponeret ipsis, Legatisque suis permissi legibus uti Saæones patriis, et libertulis honore, Hoc sunt postrémo sociati fœdere Francis.
Lib, IV, 109-119.
(2) Morsenr (His!. d’Osnabruck, t. I, sect. nr, $ 40) et Lunen (Hist, de Germanie, tome 1%, p. 375) considèrent la soumission des Saxons comme un pacte d'amitié entre deux peuples traitant d'égai à égal. Ils ne manquent pas de bonnes raisons ; mais l’ensemble des faits ne les appuie pas.