‹ Histoire universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 4 sur 79 · HE ET · texte numérisé non relu

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La Bibliothèque.

«V’on donne à manger, quarante mille Juifs payant tribut, « deux cent mille, tant Cophtes que Grecs, qui le payeront. « Elle a été emportée de vive force et sans capitulalion, ce qui « fait que les musulmans attendent NÉ le fruit de « la victoire, »

Omar ne leur accorda point le pillage; il ordérina que les richesses conquises fussent réservées pour les. services publics et la propagation de la foi. Il est rapporté qu'Amrou, moins grossier que ses compatriotes, se plut quelquefois, durant son séjour à Alexandrie, à s'entretenir avec le grammairien Jean, laborieux péripatéticien, qui se serait hasardé à lui demander en don la bibliothèque royale, trésor sans valeur pour ces conquérantsillettrés. Amrou la lui aurait volontiers abandonnée ; mais Omar exigeant un compte détaillé de toutes les dépouilles, il lui envoya demander son consentement à cet effet. L’ignorant empereur des fidèles répondit : Si ées écrits sont conformes au livre de Dieu, ils deviennent inutiles ; s'ils lui sont confraires, il ne fau! pas Les tolérer. En conséquence, tous les papyrus dis tribués entre les quatre mille bains d'Alexandrie servirent à les chauffer durant six mois.

Quoique ce fait.ne repose que sur la foi d' un narrateur tardif (4), il s'accorde parfaitement avec la nature des vainqueurs. Qu'on y croie ou non, c’est exagérer l'importance du dommage que de supposer qu'il s’agit ici de la bibliothèque réunie dans le Bruchion par les Ptolémées; car l’on sait qu’elle fut incendiée au temps de César, et que celle dont Marc-Aurèle enrichit le Sérapion fut dispersée à l’époque de Théodose, si complétement qu’il n’en resta que les coffres vides (2). En admettant que ces

(4) ABpazcarr, écrivain du treizième siècle, dans le Compendium mirabilium Ægypti. C'est de lui que l’a pris Aboulfarage, chrétien jacohite, né dans l'Asie Mineure en 1226, Eb1 Khaldoun, auteur du huitième siècle de l'hégire, a écrit ce qui suit : « Que devinrent les ouvrages scientifiques des Perses, qu'Omar fit détruire quand il conquit leur pays ? Où sont ceux des Chaldéens, des Syriens, des Babyloniens? Où sont ceux des Égyptiens, qui les précédèrent ? Les travaux d'un seul peuple sont parvenus jusqu'à nous, c'est-à-dire ceux des Grecs, » Nous citerons ce passage, non pour venir à l'appui du fait ci-dessus raconté, mais pour indiquer que les sources grecques ne sont pas les seules auxquelles les Arabes purent puiser les notions scientifiques dont on leur fait honneur,

(2) Pauz Onose dit : Extant, queæ et nos vidimus, armaria librorum quibus direptis exinanila ea u nostris hominibus nostris temporibus. Hist., VI, 15.

Le dilemme d'Omar fut renouvelé plusieurs fois à l'époque de la réforme. Les réformés, aprè: avoir brûlé vif le curé d: Berzé, se précipitèrent sur la célèbre abbaye de Cluny, et détruisirent tout ce qu'ils ÿ trouvèrent de manuscrits et de

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pertes eussent été réparées en partie, la deruière collection ne pouvait avoir une grande importance ni pour le nombre des ouvrages, ni pour leur rareté.

La perte d'Alexandrie fut plus pénible que toute autre à Constantinople, désormais privée du blé qui subvenait à ses besoins. Ce malheur empoisonna les derniers jours d'Héraclius. Son successeur tenta de la recouvrer, et le pott du Phäre fut repris deux fois avec les fortifications ; mais Amrou revint toujours repousser les Grecs, et il jura de rendre Alexandrie accessible de toutes parts, comme la demeure d'une prostituée. En effet, il la démantela; puis il s’occupa de consolider sa conquête en faisant des incursions dans la Cyrénaïque, et en s’alliant avec les Berbers, peuple nomade qui avait les mêmes usages que les Arabes, et auquel Omar donna le titre de frères.

L'Égypte eut à souffrir à la fois des maux de l’invasion et du triomphe d’une faction nationale ; mais Amrou la soumit à une administration vigoureuse, bien que tolérante. Il pourvut à ce que les grains de ce pays fertile procurassent à Arabie l'abondance dont avaient joui jusqu'alors les capitales du monde romain. Le Nil fut remis en communication avec la mer Rouge par le canal de Kolzoum, long de quatre-vingts milles, Des taxes nouvelles remplacèrent l’injuste capitation, et le tiers de leur produit fut employé à l'entretien des digues et des canaux. Le pays sembla revivre sous une administration plus simple et plus en rapport avec sa nature {1).

chartes, disant que c'étaient tous livres de messe. (THÉODORE ; 1 2ŸZE.) = L'anabaptiste Rothman de Münter procl:ma que la Bible était seule nécessaire; et qu'il fallait brûler tous les autres livres, comme inutiles et dangereux ; ce qui fit mettre le feu à la bibliothèque de Rodolphe Langius, composée entièremeut de manuscrits grecs et latins. (Canrou, Histoire de l'anabaptisme, iv. V, p. 101.)

(1) Relation transmise, selon l'historien Al-Wakédi, par Amrou au calife Omar :

« Au nom de Dieu, etc. Au successeur du prophète, empereur des fidèles, salut. Figure-toi une belle campagne, située entre deux déserts et deux rangées de montagnes, ressemblant à l'échine d’un chameau ou au ventre d'un cheval étique, Toutes les riches p'oductions de Syène à Menka sont dues au fleuve bienfaisant qui coule majestueusement au milieu de la grande vallée. 11 croît et diminue en des temps aussi réguliers que le cours du soleil et de la lune. À une saison donnée de l’année, toutes les sources payent à ce roi des fleuves le tribut annuel imposé par la Providence. Ses eaux s'élèvent jusqu'à ce qu'elles aient dépassé ses rives et couvert toute l'Égypte, en y déposant un limon fécond, Les communications entre les villes et les villages ont lieu à l'aide de légers bateaux, aussi nombreux que ies feuilies qui tombent des palmiers. Quand les eaux ne sont plus nécessaires à l'amélioration du sol, le fleuve docile rentre dans le lit

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