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On croyait encore à l'intervention immédiate des puissances infernales dans les actions des hommes, à la possibilité defaire un pacte avec elles, surtout pour connaître l'avenir. Les prélats et les synodes élevaient continuellement la voix contre ces erreurs. Nous avons déjà vu avec quelle rigueur Charlemagne poursuivait chez les Saxons les rites profanes et la croyance aux sorciers. Le concile de Tours recommanda de répéter aux fidèles que les magiciens ne peuvent en aucune manière remédier par les enchantements aux maladies du corps, ni guérir les animaux estropiés; celui de Leptines condamna la violation des tombeaux, les Lupercales de février. Il défendit de tenir pour sacrés les bois et certaines pierres, des amulettes et des nœuds; de tirer des augures du vol des oiseaux, des fontaines, des chevaux, des bœufs, du feu produit par des morceaux de bois frottés l’un contre l’autre (nodfyr), et, ce qui doit paraître plus étonnant, de fréquenter les temples de Jupiter et de Mercure. |
Outre les décrets de réforme, les conciles eureut à s'occuper du dogme. On peut dire que les images du Christ et &es saints ne furent point ou presque point, dans l'Occident, l’objet d'un culte extérieur, soit à cause du danger qu’il y avait à les confondre avec les figures encore existantes du paganisme, soit parce que l’usage oriental d’adorer les images de l’empereur y était inconnu. Il est vrai qu’on honorait celle du Christ et des saints en faisant brûler devant elles des cierges et de l’encens ; mais on était loin de les confondredans l’adoration. Aussi, lorsque le concile de Nicée prescrit de rendre aux images des saints un culte d'honneur (xcooxévnaus) en réservant l’adoration (Aurpela) à celles de la Trinité, le texte fut mal traduit en latin, de sorte que trois cents prélats, réunis à Francfort, condamnèrent cette doctrine comme entachée d’hérésie, attendu que l'adoration (rpcsxévnaw) ne se devait qu’à Dieu seul. Le pape Adrien les éclaira sur le v“ritable sens des Pères de Nicée ; mais la passion s’en mêla. L Espagnol Claude, évêque de Turin, ne se borna point à blâmer le culte des images ; il alla jusqu'à nier l’invocation des saints, et prétendit que leurs reliques n'avaient pas plus de valeur que les restes des animaux. La décision du concile ne futadmise que sous le pontificat de Jean VII, lorsque le bibliothécaire Anastase en eut donné une version plus exacte.
Les deux natures, divine et humaine, ayant été proclamées indivisibles dans le Rédempteur, il naissait un doute sur le
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point de savoir comment, dans la nature humaine, Jésus- Christ avait pu jamais être fils de Dieu, qui est pur esprit, et qui n’engendre que spirituellement. Félix, évêque d’Ugel, et Élipand, archevêque de Tolède, crurent résoudre la difficulté en soutenant que le Christ, comme homme, est fils de Dieu par adoption, non par nature : distinction voisine de Nestorius, née peut-être de l'effort qu’on faisait pour rendre le mystère de l’incarnation moins répugnant aux musulmans et qui, sous le nom d’adoptianisme, sc répandit en Espagne et dans la Gaule méridionale. Ce fut la première contestation en matière de foi
L'ÉGLISE AU TEMPS DE CHARLEMAGNE
. dont s’occupèrent les théologiens d'Occident, depuis l'invasion
des barbares. Le concile de Ratisbonne la condamna, et Félix se rétracla ; mais il revint ensuite à son erreur et la soutint. Charlemagne confia à Alcuin le soin de la réfuter, et la décision de Ratisbonne fut confirmée par les synodes de Francfort et d’Aix-la-Chapelle.
Ce qui est particulièrement remarquable dans les conciles de France, c'est l'harmonie du pouvoir spirituel avec la puissance laïque, dont le premicr invoquait les lumières et l'appui. Nous lisons dans les actes du concile d’Arles : « Nous avons « énuméré brièvement ce qui nous a paru mériter une réforme, « et nous avons résolu de le présenter à l’empereur, en invo- « quant sa clémence, afin que, si quelque chose manque à ce « travail, sa prudence y supplée; si quelque chose est contre « la raison, que son jugement le corrige; si quelque mesure «est sagement ordonnée, que son autorité, avec la bonté di- « vine, la fasse exécuter. » Et dans le préambule du concile de Mayence : « Nous avons hesoin sur tout cela de votre appui et «de votre sainte doctrine, afin qu’elle nous avertisse et nous
« instruise avec bienveiilance ; et si ce que nou 18 déli- « béré vous en paraît digne, que votre autorité le lirme ;
«s’il vous semble qu'il y ait à reprendre, que votre grandeur «impériale en ordonne la correction. »
Cetie harmonie ne pouvait avoir que d’heureux résultats. Nous voyons en effet que ia liturgie devint plus régulière; le chant grégorien se répandit, propagé par les écoles de Metz et de Soissons; la magnificence, prohibée dans les vêtements privés des prêtres, fut employée dans les saintes cérémonies, et les religieuses se mirent à broder splendidement les orncments des églises; Wilfried fit traccr l'Évangile en lettres.d'or sur un fond pourpre, et l'offrit en don à une église, dans un étui d’or enrichi de pierreries,
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Alors furent compilés les livres sur toutes les cérémonies. De même que les Grecs composaient le {opicon, liturgie de toute l’année, y compris la messe et la psalmodie ; l’octoechos, chants sacrés, avec les diverses intonations; le paracleticon, leçons à réciter avec la messe; le menacon, office de chaque mois; l’euchologion, bénédictions et offices, les Latins eurent le graduale, psaumes que chante le chœur après la lecture de l'épître ; le liber oralionum, prières pour toute la liturgie ; le lectionarium, lectures tirées de l’Ancien Testament et des lettres apostoliques ; l’antiphonarium, chants qui s’alternaient entre le chœur et les fidèles iusqu’au neuvième siècle, où le chœur seul les répéta tour à tour; l’evangeliarium, évangiles disposés pour les leçons publiques; le rifuale et le pontificale romanum, qui indiquaient les rites et les actes du culte pour chaque fete. Ajoutez à cela les différents pénitentiaux ou codes des peines ecclésiastiques, et les Aoméliaires, recueï's de sermons à l'usage des prêtres et des fidèles.
Charlemagne aurait aussi voulu ramener la liturgie à l’unité, et on lit dans les livres carolins : « Plusieurs nations se sont « séparées de la sainte et vénérable communion de l’Église «romaine, mais non la nôtre, qui, instruite de cette tradition « apostolique par la grâce de Celui de qui dérive tout don parfait, « reçut toujours les grâces d'en haut. Étant done, dés les pre- « miers temps de la foi, fixée dans cette union et dans cette re- « ligion sainte, mais avec quelque diversité pour la célébration « des divers offices, elle connut enfin l'unité dans l’ordre de la « psalmodie, tant par les soins ct l’habileté de notre illustre « père, de vénérable mémoire, que par la présence dans les « Gaules du très-saint Étienne, pontife de Rome ; de telle sorte « que l’ordre de la psalmodie ne différa plus en rien pour tous « ceux qui élaient réunis par une même foi; que ces deux « Églises, jointes dans la lecture sacrée d’une seule +! même « loi sainte, se trouvèrent encore unies dans la vénérable tra- « dition d’une seule et même mélodie, et que la célébration «des offices ne sépara plus ce qu'avait réuni la pieuse dévo- « lion d’une foi unique.
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