‹ Histoire universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 53 sur 79 · DYNASTIES VI, VA, IX, X, X1, XI ET XII · texte numérisé non relu

DYNASTIES VI, VA, IX, X, X1, XI ET XII

Le dernier des Han orientaux ayant été déposé par Songchao, Zou-wou-ti, fils du vainqueur, commenca la dynastie des

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Tsin. Après d’énergiques résistances, il triompha de ses rivaux et des Tartares leursalliés. Il soumit aussi Nankin et leroyaume, de Hou, ramenant à l’unité l'empire, qui comprenait alors cinq cent vingt-trois villes du bourgades, défendues par deux cent trente mille guerriers.

Cinq mille actrices, chargées d’amuser la cour de Hou, corrompirent entièrement Zou-wou-ti, au point qu'il ne songea plus qu’à vivre dans d'insouciantes voluptés. Il se faisait trainer dans un char léger, à travers des pares immenses, par des moutons dressés à cet effet, et descendait où ils s'arrêtaient, pour souper auprès d'une de ces femmes, qui lui servaiént à l’envi des friandises, et cherchaient à faire ‘arrêter les moutons à leur porte, en leur donnant les herbes qui leur plaisaient le plus. .

Au milieu de ces lâches loisirs, il laissa les guerres se raviver, et son long règne, comme celu de‘Hoëi-ti, son fils incapable, fut sans cesse bouleversé; il périt, dit-on, cent mille Chinois dans ces troubles civils, dont profitèrent les petits princes pour relever la tête, et les ennemis pour faire des incursions.

Liéou-yuan, l’un des chefs des Hiong-nou, après avoir servi dans de hauts emplois les empereurs de T'sin, songea à se rendre indépendant, et peut-être à rétablir la famille des Han, dont il prétendait descendre par les femmes. S’étant appliqué à civiliser ses sujéts et à établir des lois, il ôbtint le commandement de cinq hordes des Hiong-nou, avec lesquelles il se dirigea contre la Chine, dont il se fit proclamer empereur; il eut bientôt fait Hoëi-ti prisonnier, et il le dégrada au point de l'obligér à le servir à table comme échanson; puis il le fit périr par le poison. Il se livra aux plus grandes cruñntés, et malheur à qui aurait osé lui adresser des représentations ! Cependant les ministres vinrent une fois le trouver, en faisant apporter leurs cercueils à la porte du palais, et lui montrèrent qu'il méritait le titre de tyran. Il les écouta et les récompensa; mais il ne changea rien à sa manière d’agir.

Les grands du royaume jurèrent, en buvant du sang, de réunir leurs forces pour soutenir ia famille impériale. Liéou-yuan étant mort, son fils Liéou-tsan fut tué par son ministre, qui, après avoir insulté et brûlé les cadavres de ses prédécesseurs * proclame Yuen-ti, rejelon des Tsin; comme cé prince trans-

porta le siége de l'empire de Ho-nan à Nanking, les meni-

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bres de sa famille furent désignés sous le nom de Tsin orientaux.

Le calme ne se rétablit pas. Le fils de Liéou-tsan, qui donna À sa dynastie le nom de T'chao, continua la guerre contre les

Tsin, secondé par la vaillance de Chi-lé, chef intrépide des Hiong-nou; mais ce guerrier, récompensé par des outrages, songea à emrloyer son épée dans son propre intérêt; ayant donc renversé Liéou-tsan, il substitua sa famille à celle de Tchao ; elle domina trente-trois ans dans le nord-est de la Chine, et fut enfin renversée par les Uei. "

On raconte que le prince de Tchao construisit dans Yé un palais d’une somptuosité inexprimable, avec des murs de marbre fin, et des plafonds enduits de vernis splendides; les clochettes suspendues autour des corniches étaient d'or, les colonnes d'argent, les portières couvertes de perles. Quand cet édifice, auquel travaillèrent les artistes les plus habiles, eut été terminé, le prince y plaça de belles jeunes filles qu'il avait choisies dans les familles des mandarins et même parmi le peuple. Mille d’entre elles, montant des chevaux magnifiquement enharnachés, formaient sa garde et l'accompagnaient dans ses voyages. Ce palais était habité par plus de dix mille personnes, astrologues, devins, artisans, et tous étalaient continuellement la parure la plus brillante.

Plusieurs empereurs, dont les règnes furent troublés par des soulèvements continuels, portèrent successivement la couronne; circonvenus par des eunuques et leurs ministres, ils s’occupaient d’argumenter avec les bouddhistes, ou de chercher avec les Tao-ssé le breuvage d'immortalité.

Liéou-you, né de parents pauvres, mais doué d’un esprit vif et intelligent, apprit à lire et à écrire sans maître, et s'enrichit de connaissances variées ; honteux d’une position qui le réduisait à vendre des sandales de bois pour vivre, il s’enrôla comme soldat, et se signala par sa valeur, surtout contre Soung-hen, piate redoutable, qu'il débusqua du Kiang, d'où il voulait remonter jusqu'à la métropole de l'empire. Mis à la tête de l'armée, Liéou-you repoussa les nombreux compétiteurs au trône des Tsin, et fut, en récompense de ses services, nommé prince du Sung. Il poursuivit le cours de ses victoires; mais ayant marché contre le prince de Hia, il vit son entreprise échouer par la faiblesse de l’empereur Nang-ti ; pour se venger, il le fit étrangler, et lui substitua son frère Kong-ti, qui, redoutant un sort pareil, traça sur un feuillet de papier rouge son abdi-

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cation; ce fut ainsi que finit la dynastie des Tsin, après cent cinquante ans d’une domination faible et agitée. Liéou-you ordonna à Tciang-uei de porter le poison au monarque déchu; mais Tciang-ueï, n'osant ni désobéir à son nouveau maitre ni donner la mort à l’ancien, but lui-même le breuvage fatal. Alors Liéou-you ordonna à Kong-ti de se tuer, et, comme il répondit que la religion de Fo lui défendait le saiciue, il le

fit égorger.

Liéou-you commença la nouvelle dynastie des Sung; ve sur le champ de bataille, habile dans le gouvernement, sans orgueil ni ostentation, fidèle aux anciennes doctrines, magnanime et bienfaisant, il aspirait au titre, si souvent prodigué et si rarement mérité, de père du peuple ; mais il mourut après avoir régné deux ans. Chao-ti, son fils dégénéré, fut bientôt déposé, mis à mort, et remplacé par son frère Uen-ti, auquel les historiens ne reprochent que la protection qu'il accorda aux

bonzes.

Un lettré lui dit un jour : Z! y a quatre cents ans que la secte de Fo s'est glissée dans l'empire, où elle s'est tellement étendue qu’il n'y a pas de bourgade où elle n'ait des tours et des temples: que de bois, que de pierres, de briques, de fer et de plomb consommés ! Combien de bronze, d'or et d'argent employés pour les idoles qu'on y adore! Votre Majesté ferait bien de démolir ces édifices et de réparer ses monuments publics avec leurs matériaux, L'empereur n'en fit rien; mais il construisit un vaste collége, qui fut une pépinière de personnages illustres. Il renouvela l’usage d'élever à la cour des vers à soie avec les mûriers desjardins royaux, effeuillés par l’impératrice elle-même; c'était elle aussi qui travaillait de ses mains la soie dont on tissait les étoffes pour le grand sacrifice au ciel,

Dans le changement de dynastie, divers princes s'étaient soulevés, et, dans le Nord surtout, les Ueï fondèrent un empire. Uen-ti soutint contre eux des guerres continuelles, jusqu'au moment où il fut tué par son fils aîné, qui lui-même reçut la mort de son frère Hiao-wou-ti. Parvenu au trône par un crime, ce prince songea à détruire le foyer des troubles intérieurs, en disciplinant ses parents, qui, possesseurs de vastes domaines, étalaient un luxe impérial et commandaient despotiquement à leurs vassaux. 11 leur représenta que leurs divisions pourraient frayer la route à quelque autre famille, et les

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CHINE, — SÉPTIÈME DYNASTIE. 415

respecté par les Ueï et les États voisins, et le pays prospéra. Son fils Fi-ti, libertin effronté, gâta son ouvrage et eut un digne successeur dans Ming-ti, prince cruel et sans pudeur, qui introduisait des amants auprès de ses femmes, qu'il était impuissant à féconder. Il laissa le trône à Liéou-you, engendré de la sorte, en le recommandant à Siao-tao-ching, qui était son premier ministre et le général de ses armées; mais celuici, qui aspirait au trône, se débarrassa des deux fils supposés de Ming-ti, et de tous ceux qui pouvaient traverser ses projets. La dynastie des Sang fut alors éteinte, et celle des Tsi commença avec le nom de Kao:ti (1).

Kao-ti établit sa cour à Nankin ; il disait : Que je règne seulement dix années, et je rendrai l’or aussi commun que la fange; mais il mourut la quatrième année de son avénement. Wouti, son fils, décréta que les mandarins ne resteraient pas en fonctions plus de trois ans, et que leur administration serait soumise à un contrôle,

Sous son règne parut le lettré Fan-tchin, adversaire acharné des bonzes; pour les contredire, il enseignait la fatalité, et proclamait que tout périssait avec le corps. Un fils de l’empereur, qui l'avait toujours à ses côtés, lui demanda un jour comment il pouvait expliquer par sa doctrine la condition diverse des hommes: La vie, répondit:il, ressemble aux fleurs des arbres, qui d'abord sont des boulons, puis éclusent, s'eépanouissent, et finissent par étre emportées par le vent. Parmi les hommes, quelques-uns sont comme les draperies du lit; d'autres, comme lex tréteaux qui le soutiennent. Prince, vous êles la couverlure ; mes pa: eils sont les tréteaux par lesquels vous étes soutenu. Quoique différents par la richesse et l’usrge, leur principe et leur fin sont les mémes. L'aspect de l'homme est l'indice de ses pensées. Les pensées sont les instruments dont il se sert pour entreprendre quelque chose. Les pensées sunt comme le tranchant du sabre. Quand le sabre est détruit, le tranchant ne l'est-il pas aussi ?

Il ne manquait pourtant pas d'à-propos et de sagesse dans les conseils qu'il donnait. Un jour le prince vit, en revenant de la chasse, un champ d'épis mûrs; il en cucillit quelquesuns et les montra à Fan-tchin : {ls sont beaux, dit le lettré ;

(1) Tsi-tsou-cao-hoang-ti, c'est-à-dire le grand empereur très-sublime , titre commun à plusieurs fondateurs de dynasties. Les Uhinois disent seulement, par abréviation, Kao-ti, où hién, pour le distinguer des autres empereurs du môue now, is y ajoutent celui de sa dynastie, et l'appellent Tsi-Aao-(i.

IXe dynastie.

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mais vous ne faites allenticn qu'à leur beauté, non aux fatiques qu’ils coûtent. Sivous pensiez de combien de sueurs votre peuple les a baignés durant trois saisons, vous prendriez ces chasses en dégoût.

Les empereurs Ueï restaient en possession de la partie septentrionale du Chan-si. Ils avaient, en conséquence, de fréquentes relations avec l'Asie moyenne et occidentale, recevant des ambassades de la Perse, de la Transoxiane, du pays des Alains et de l'Inde; mais les partis, sans cesse aux prises, ne purent jamais avoir la paix ni en laisser jouir les autres. Le pays néanmoins se trouvait alors gouverné par un prince dont les intentions étaient les plus pacifiques, et qui disait : Si mes prédécesseurs prolongèrent autant la guerre, ce fut pour consolider la paix. Maintenant que tout est tranquille, je n'«pprouverai jamais que l'on trouble cet état de choses pour un léger motif. I s'occupa de préférence à rétablir la discipline cet à abaisser des favoris indignes. Désireux de s’instruire, il avait toujours, soit à cheval, soit en litière, un livre à la main; il réunit un jour tous les vieillards de ses États, leur donna un banquet, où il s’assit avec eux, et interrogea leur prudence et leurs souvenirs, tant sur le gouvernement que sur les mandarins.

Un ambassadeur, questionné par lui au sujet de la dynastie des Tsin, répondit : Elle n’a pas fait grand bien au pays ; elle s'est élevée non par le mérite, mais par la fortune, el ne pourra se maintenir longtemps. Elle gouverne d'une manière rude et vulgaire. Il y a une infinité de charges, et il ne se trouve personne pour les bien remplir. Rien ne parait stable et régulier. Le peuple murmure, et aspire à changer de maitre.

bon. En effet, les Tsin ne durèrent pas. Mung-ti, un des pires ty-

rans, acquit le trône et s’y soutint par la cruauté. Pao-kiouan,

50. son fils, se souilla de toutes les ignominies. Siao-y, son géné-

ral, avait bien défendu l'empire contre les Ueï, mais l’empe-

reur le fitempoisonner. Alors son frère Siao-yan, craignant le

même sort, prit les armes, ct, appuyé par les mécontents,

502. déposa Hoti, frère de Pao-kiouan, se fit reconnaître empereur, et commença la dynastie des Liang.

À° dynastie. Wou-ti (c'est le nom qu'il prit) rendit à l'empire son éclat.

Il rétablit les communications avec l’Asie méridionale, en en-

voyant fréquemment des vaisseaux à l’île de Ceylan et dans

les ports de l'Inde ; il reçut aussi des ambassades de la Perse

ct du centre de l'Asie. Voyant ics croyances nationales aitérées

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par le bouddhisme et les Tao-ssé, les disputes incessantes et les persécutions ajouter sans cesse aux maux qui minaient le pays, il songea à raviver la philosophie de Confucius, considérée toujours comme la seule légale; alors il fit construire une salle en honneur de ce grand homme, ouvrir des colléges dans chaque ville pour donner des leçons d'histoire, pour commenter l'antiquité et les King. 11 ne finit pourtant pas son règne sans s'être laissé séduire par les bonzes, à tel point que, afin de pouvoir discuter avec eux, il se renferma däns un mo-

nastère pour y vivre selon leurs règles. Les grands se plaigni-

rent ei voulurent qu’il revint au gouvernement; mais les M nzés s’y opposèrent, soutenant qu'il avait fait profession, ct il ne put se délier qu’en payant une grosse somme, Dé son côté, l’impératrice, ayant coupé ses cheveux, s'était faite aussi

bonzesse, et avait bâti un monastère, pouvant contenir mille

religieuses, sous le nom de Paix éternelle; mais, reconnue coupable de graves méfaits, elle fut noyée, une grosse pierre au cou. L'empereur ne tarda point à reprendre sa vie rigoureuse. Il mangeait une seule fois par jour, et seulement des herbages, du riz et des fruits; il s’habillait de simple toile, parlait avec modestie, mêmé à ses domestiques et aux eunuques. Il ne condamnait personne à mort, par respect pour la métempsycose ; il défendit même qu'on luât des bœufs et des moutons, füt-ce pour le sacrifice, et ordonna de leur substituer de la farine. |

Ses sujets en conçurent du mécontentement ; le général Héou-king, s'étant révolté, s'empara de Nankin et de l’empereur lui-même, qu'il laissa mourir de faim, à l’âge de quatrevingt-seize ans. |

Héou-king s’intitula roi de Honan, et plaça sur le trône impérial Kian-nen, fils dé Wou:ti; néanmoins, peu de temps après, il le déposa pour l'étouffer, et prit lui-même !le titre d'empereur de Han; mais Haen-ti, autre fils du Wou:ti, fut soutenu par les grands, qui saisirent le rebelle, lui coupèrent la tête, et livrèrent son cadavre, après lavoir accablé d’outrages, aux fureurs sauvages de la populace. Yuen-ti transféra sa capitale à Kiang-ling; mais Tchin-pa-sien, le général qui avait vaincu Héou-king, s'étant allié avec les Ueï septentrionaux, l'attaqua et l'enferma dans la ville où il faisait sa résidence. L'émpereur sortit alors de la solitude dévote où il vivait dans le vasselage des bonzes, et tenta la chance des ârmes ; muis, voyant que tout espoir était perdu, il brisa son épée, et

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