HIT. UNIV, — 7, YU
XIe dynastie,
XIIe dynastie,
A8 NEUVIÈMÉ ÉPOQUE.
mit le feu à la bibliothèque, qui contenait cent quarante mille volumes; en s’écriant que c’en était fait des sciences et de l’art militaire ; puis il alla se livrer au vainqueur, qui le fit mettre à mort et traita de même King-ti, qui lui succéda et fut le dernier dés Liang.
Ce prince avait cédé ses droits à Tchin-pa-sien, premier empereur de la dynastie Tchin, qui régna trente-trois ans, et protégea les sciences et les bonzes, tandis que l’empereur du pays septentrional les persécutait.
Uen-ti, son fils, sut se faire aimer et respecter ; il ordonna d'annoncer les heures de la nuit en frappant des coups sur un tambour, comme on le pratique aujourd’hui encore; mais il eut des successeurs insouciants et dissolus. Dans le nord aussi, l'empereur Eou-tchéoù se livrait à un faste immodéré. Il édifia trois tours dont la hauteur dépassait cent pieds, ævec plusieurs salles ornées de tout ce qu’il y avait de plus précieux, et où jaillissaient des eaux limpides, au milieu de fleurs de toutes les saisons ; c’était là qu’il consumait ses jours au milieu de plaisirs somptueux. Yang-kien, son beau-père et son premier ministre, déjà prince de Soui, le déposa, puis marcha contre les Tchin, dont l’empereur ne crut pas d’abord au péril; mais, lorsqu'il le vit approcher, il descendit avec ses femmes au fond d’un puits, d’où on le tira avec risée. Il fut déposé, et, la dynastie des Tchin finissant avec lui, celle des Soui commença.
Le nord et lè midi se trouvèrent ainsi réunis en deçà et au delà du Kiang, et la Chine redevint une nation puissante. Le nouvel empereur, qui prit le nom de Uen-ti, était illettré, mais doué d’un esprit ferme ; il mérita d’être compté parmi les meilleurs princes. Tempérant et bienveillant, il obtint la confiance de ses sujets, réforma la musique et l'éloquence, promulga un nouveau code, conforme aux prescriptions des trois premières dynasties ; trouvant qu'il y avait trop de colléges entretenus aux frais de l'état, il les supprima, à l’exception de celui de la capitale, et convertit les églises en greni:rs, que l’on remplit au moyen de l'argent qui servait à l'entretien des colléges et avec la portion de riz et de blé que chaque famille devait y déposer comme fond de prévoyance.
Ennemi, non des lettrés, mais de la tourbe qui en usurpait le nom, aux dix millé volumes réunis par les Eou-tchéou il'en ajouta autant, qui avaient été achetés ou conquis par lui. Le lettré Vang-tong lui proposa douze moyens de conser-
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ver la paix; mais il ne les approuva point. Alors ce conseiller, quittant la cour, se mit à enseigner, et acquit un tel renom que Ucn-ti désira l'avoir près de lui; mais le sage refusa, en disant : Je suis né dans une muison ouverte au vent et à la pluie. Peu de terrain suffit à me nourrir, tant bien que mal; occupé du reste à l'étude des livres et à la recherche de la! vé-itable doctrine, je vis avec mes disciples, et je suis l’homme le plus content du monde. Quant à ce qui est de gouverner les peuples, ayez le cœur droit et sincère, sans désirer autre chose que le bien. Ma plus grande joie est celle de vous savoir soigneux de conserver la paix. Je ne souhaite pas d'emplois; is sont trop dangereux; en instruisunt la. jeunesse, je rends à l'Etat un service d'une grande importance.
Uen-ti fut assassiné, avec son fils aîné, par son second fils, qui régna sous le nom de Yang-ti. Aux plaisirs de la chasse, de la musique et des femmes, le nouvel empereur associa le soin des affaires publiques. Il fit réparer la grande muraille, et défendit de porter les armes, loi qui n’est pas encore abolie. Les trésors paternels lui servirent à bâtir Lo-Yang, où il transféra sa résidence, et deux millions d'individus furent employés à transporter des pierres d’une distance très-éloignée. Il fit reviser par cent lettrés et réimprimer tous les livres de guerre, de politique, de médecine, d'agriculture. La bibliothèque impériale s’accrut par ses soins jusqu’au, nombre de cinquantequatre mille volumes, et il exèlut des emplois militaires et civils quiconque n'avait pas le grade de docteur. Il vainquit les rebelles du Ton-kin, envahit le royaume de Siam, et trouva dans la capitale d'immenses richesses, ainsi que dix-huit idoles d’or massif. Le roi de Corée fut contraint de lui rendre hommage, et d’autres princes étrangers se mirent sous sa protection.
Ce Sardanapale de la Chine passait tour à tour des voluptés à l’exécution de grands desseins; on ne pouvait rien voir de plus magnifique que son palais, dont le jardin avait vingt lieues de circuit. Au milieu était un grand lac entouré de collines, sur chacune desquelles s’élevaient de beaux kiosques ouverts et de vastes appartements de bambous; des fleurs cultivées avec art y entretenaient un éternel printemps. I se rendait aux différents palais construits dans cette vaste enceinte, accompagné par des troupes de concubines , à cheval, comme lui, jouant des instruments et caracolant. Les barques somptueuses à son usage auraient occupé une longueur de soixante
milles. Au faste des édifices il ajouta l’utilité de deux greniers publics, dont l’un avait deux lieues de tour. Afin de se procurer les matériaux nécessaires à ses constructions, il ouvrit des canaux qui, en réunissant les rivières de second ordre avec le fleuve principal, contribuèrent encore à la prospérité de l’empire du Milieu. Il fit fleurir le commerce intérieur, et les peuples d'Occident accoururent trafiquer dans la ville de Kantchou, sous l’inspection de magistrats particuliers. D'après les renseignements fournis par ces fonctionnaires, on put tracer une carte représentant les quarante-quatre principautés qui subsistaicnt alors, avec les routes conduisant de l’Empire Céleste au centre de l’Asie : une de ges routes se dirigeait vers le pays des Oïgours orientaux ; une autre, vers celui des Oigours occidentaux; une troisième, vers la principauté de Chen-chen, envahie maintenant par les sables.
Ces informations inspirèrent à Yang-ti le désir de se voir révéré de l'Occident ; alors, tant par ses ambassadeurs et ses dons splendides que par la force, il rendit à la Chine la prépondérance qu'elle exerçait sur l’extrême Asie avant d’avoir été morcelée.
Mais ses nombreuses constructions le contraignirent à charger les peuples de nouveaux impôts ; chaque famille dut fournir un homme de quinze à cinquante ans; les soldats euxmêmes furent obligés de travailler, moyennant un supplément de solde. Tous finirent par se fatiguer ; le pays fut bouleversé ; cent compétiteurs aspirèrent au trône, et formèrent autant
À sinraynsstie d'États indépendants. Li-yuan, de l'antique famille des Li,
rassembla des forces imposantes, battit plusieurs chefs rebelles, et déposa Yang-ti ; puis, après avoir détruit les Soui et les douze petites dynasties , il commença celle des Tang, sous le nom de Kao-tsou. En voyant le magnifique palais des rois ses prédécesseurs, il s’écria : Périsse un édifice qui n’est propre qu'à amollir le cœur d'un prince et à fomenter sa cupidité! et il y fit mettre le feu.
Il fit élever un temple à Lao-Kiun, pour lequel il avait une grande piété; par ses ordres, cent mille bonzes durent se marier, afin de fournir des hommes à son armée. Après avoir dompté ses ennemis, il abdiqua en faveur de son fils Li-chimin, auquel il avait dû une partie de ses victoires, et qui sut répondre par la générosité aux attaques envieuses de ses frères; aux Calomnies, par de nouveaux triomphes, en repoussant les invasions réitérées. Assailli enfin les armes à la main
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par ses frères eux-mêmes, il fut réduit à leur faire la guerre et les extermina.
Il est compté parmi les plus grands héros de la Chine, qu’il gouverna sous le nom de Taï-sung (1), en l’étendant vers l’Occident; pour tenir en bride les Tou-kou-koen, descendance des princes de Sian-pi, ainsi que les Thibétains, qui commençaient alors à s’agiter et menacçaient d'interrompre les relations commerciales avec l'Occident, il établit au centre de l’Asie quatre schin ou gouvernements militaires, dans les contrées entourées des montagnes neigeuses de Tsung-ling et de Tian-Chan. Les pays à l’ouest et au nord de ces gouvernements se soumirent aux Chinois, qui, dès lors, eurent sous leur obéissance tout le vaste espace compris entre le grand empire et la Perse, laquelle, avec la mer Caspienne, forma leur limite à l’ouest ; vers le nord, ils touchaient à l’Altaï et au Tang-nou en embrassant la Sogdiane, le Turkestan, partie du Khorassin, a les pays traversés par la chaîne de l’Indou-kousch.
A l’intérieur, le fils du Ciel était le chef d’un grand nombre d'États féodaux gouvernés par des princes , dont seize de premier rang, appelés vice-rois ( Tou-tou-fou), et soixante-douze de moindre importance. Ses troupes étaient réparties en centvingt-six camps militaires. Ces princes recevaient de l’empereur leurs lettres patentes, ie sceau et la ceinture; muis, du reste, ils administraient à leur gré, envoyant à certaines époques des ambassades et des présents à la cour, et s’obligeant à maintenir leurs provinces en paix.
Ces vassaux n'étaient pas les seuls qui rendaient hommage à Taïsung; il faut y joindre encore ceux du Népal et et du Magada (Behar), dans l’Inde. Yiezdedgerd, schah de Perse, chassé par les Arabes, chercha un refuge à Fergana; le Fou-lin luimême, c'est-à-dire l’'empéreur romain, envoya en présent à Taï-sung des cristaux couleur de pourpre (rubis\ et des émeraudes. Les agrandissements des Arabes (Zaschi) ne restèrent pas ignorés des Chinois; leurs annales mentionnent qu’ils envahirent le territoire des Roinains, défirent leurs armées et les soumirent à un tribut: tant volait au loin la re-
(1) Klaproth l’appelle Wen-vou-ti, nom qui ne lui est donné dans aucun livre chinois. Cet écrivain s’est écarté pour d’autres noms encore de la leçon commune, sans motif; it donne, par exemple, au fils de Taï-sung le nom Hiao-{i, au lieu de celui de Kao-tsung.
Corée.
1422 ap, J.{,
nommée de ces Bédouins, resserrés naguëre entre deux golfes et le désert!
- Taï-sung eut aussi des démélés avec la Corée (Kao-li). Cette vaste péninsule oblongue, qui a la Chine à l'Ouest et le Japon à l’est, environnée de cent cinquante îlots épars dons la mer Jaune et dans celle: du Japon, aussi étendue que l'Italie, se trouve sous la même latitude; mais elle est si froide à cause des montagnes, qu’il faut, durant l'hiver, y creuser des galeries sous la neige, pour communiquer d’une maison à l’autre (1). Elle renferme environ huit millions d'habitants, distribués dans quarante et une principautés, où l’on compte trente-trois villes de première classe, trente-huit de second ordre, et soixante-treize plus petites.
Elle doit sa culture intellectuelle aux Chinois, dont la langue, l'écriture et la doctrine y sont en usage parmi les lettrés, que distinguent deux plumes sur leur bonnet; le peuple parle un idiome qui lui est propre, et dans lequel se trouvent mêlés beaucoup de mots chinois et mantchoux. 11 s’habille à la manière des Chinois : une robe longue ouverte avec de grandes manches, un bonnet carré, et des espèces de guêtres en cuir, en coton ou en soie. Les riches se coiffent d’un chapeau à trèslarges bords et de forme pointue; ils ont la barbe longue, les cheveux ras, et les femmes réunissent les leurs en grosses tresses à la nuque. Les Coréens bêchent soigneusement le sol jusqu'au sommet des montagnes, soutenant la terre à l'aide de petits murs. Le riz est la culture ordinaire et l’aliment le plus général.
Ils paraissent descendre d’une nation jadis très-puissante au cœur de l’Asie, et appelé Sian-pi, au sud de laquelle habitait un peuple désigné par le nom de Han.
Ki-tsou, oncle du dernier empereur Chang, avait été mis en prison par l’ordre de celui-ci, parce qu’il désapprouvait sa conduite ; Wou-uang espéra donc, lorsqu'il eut usurpé le trône, trouver en lui ân ami et le faire son premier ministre. Mais il répondit qu'ayant servi les Chang, auxquels sa famille était
(1) KLarRoTH a publié en 1832 la traduction du San-kokf-tsou-ran-lo-sets, ou Aperçu général des trois royaumes. HAMEL avait publié en 1668, Rotterdam, un précis de ce pays : Journal van de ongelukkige voyagie van liacht de Sperwer, gedeslineerd nu Tayowan in t'iaar 1653 : hoe, l’selve iacht opt’ Quelpaerts eyland is gestrant; als mede een pertinente beschryvinge der landen, provintien, steden ende fortem leggende in t’koningryk Corea.
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redevable de toute sa fortune, jamais il ne passerait au service du destructeur de ses maîtres. Wou-uang, admirant sa fidélité, le fit roi de la Corée, dont il civilisa les habitants. On ignore les vicissitudes du pays sous ses successeurs, qui régnèrent dans le nord-ouest de la péninsule jusqu’au quatrième siècle avant J.-C., époque à laquelle ils furent assujettis aux petits rois de Yan. Quand les Tsin eurent été détrônés, beaucoup de Chinois cherchèrent la tranquillité dans cette contrée; plus tard, l’empereur Wou-ti en fit une province de la Chine.
. Trente-huit ans avant J.-C., un homme né miraculeusement s'empara de l’ancien royaume de Ki-tsou, qu'il nomma Kao-li, et y fonda une dynastie qui dura jusqu'en 667; elle fut renversée par les Chinois, qui établirent des vice-rois dans le pays.
Dix-huit ans avant J.-C., le royaume de Pé-tsi s'était formé au sud-ouest ; il fut détruit en 660 par les Tang chinois.
Le royaume de Sin-lo, au nord-est, était plus ancien ; fondé cinquante-sept ans avant J.-C. par des étrangers venus par mer, il se soumit dans le troisième siècle aux Japonais, qui étendirent leur domination sur une grande partie de la péninsule. |
La religion de Bouddha fut introduite dans le Kao-li en 379, douze ans après dans le Pé-tsi, et dans le Sin-lo en l’an 528, Bien que les bonzes soient tenus dans la sujétion et contraints de bâtir leurs temples en dehors de l’enceinte des murailles, le inépris qu'on leur témoigne ne les détourne pas de leur vie austère et de leurs cérémonies multipliées, Ils ont des couvents qui comptent jusqu’à cinq cents cénobites, dont quelques-uns sont rasés tout à fait etne mangent jamais de viande ; s'ils font mine de regarder une femme , ils reçoivent la bastonnade et sont chassés du monastère. Une fois admis, on leur applique une marque indélébile pour les faire reconnaitre s’ils rentraient dans la vie civile. La plupart subviennent comme ils peuvent à leur entretien, soit en instruisant de jeunes garçons, soit en se livrant à quelque menu trafic, et les vieux mendient. Le gros du peuple s'en tient à une espèce d'idolàtrie grossière, sans autre culte que de bràler devant des idoles quelque bois odorant et de leur faire des saluts,
Les habitants de ce pays étant depuis tant de siècles assujettis à la Chine, surtout depuis l'avénement des Tartares à l’einpire, ils ont contracté les vices de la servitude, le goût des plaisirs ignobles, la fraude, la iâcheté. Les femmes, moins gardées
qu’à la Chine, peuvent aller à pied et prendre part à la conversation. Le commerce y est très-actif avec le grand empire et le Japon ; comme la mer entoure le pays, chaque ville est obligée de tenir toujours un navire équipé. Les Coréens ont des connaissances si restreintes que le monde, selon eux, ne se compose pas de plus de douze royaumes, qui se sont soustraits à la domination de la Chine, et leurs cartes n'indiquent point de terres au delà de Siam, Si les Européens viennent à leur parler de tant d’États florissants dans les différentes parties du monde, ils se mettent à rire, en répondant : Quoi donc? faudra-t-il compter chaque ilô! pour un royaume , chaque hameau pour une ville ? Comment, s'il en était autrement, le soleil pourrait-il éclairer tant de pays dans un seul jour ?
Kaï-sou-wen, grand de cette contrée, ayant assassiné le roi, T'aï-sung marcha contre lui pour le punir, et entra dans la Corée, qui fut ensuite (650) soumise par Kao-tsung, son successeur (1).
Taï-sung était aussi valeureux à la guerre que généreux et prudent durant la paix. Je crains sur toutes choses, disail-il aux grands, que la gaieté ou la mauvaise humeur ne m'entraine à récompenser ou à punir mal à propos. Je vous invite donc de nouveau à m'exposer franchement en quoi je pèche, et vous devez de méme écouter les avertissements qui vous sont donnés pur d'autres sur vos défauts.
Avant de signer une sentence capitale, ils'imposait un jeûne de trois jours, s’abstenant de musique et d’autres divertissements ; ayant lu que la bastonnade appliquée sur le dos est nuisible aux parties nobles, il ordonna de l'inflige” :...: bas. Il destina aux lettrés un vaste édifice dans son palais, : in qu’ils pussent composer à loisir, ou recueillir ce qu’avaient de mieux les ouvrages publiés ; à certaines heures, la multitude pouvait y venir entendre l'explication des livres saints, donnée quelque-
(1) On lit ce qui suit dans le Torg-kué-tong kien, ou Miroir général des pays orientaux : « Dans la dixième année du règne de Mou:sing , roi de Corée (607 de J.-C.), une montagne s'éleva du fond ce la mer, au midi de la Corée. Quand elle commença à surgir, les nuages et la vapeur obscurcirent l'air, et la terre trembla avec un fracas semblable à celui du tonnerre. Au bout de sept jours et de sept nuits, l'obscurité se dissipa. La montagne avait cent changs (mille pieds) de hauteur, et quarante li (quatre lieues) de tour ; on n'y voyait ni herbes ni plantes. Une fumée épaisse enveloppait sa cime. L'empereur envoya pour l'examiner le savant Tien-kong, qui, en étant descendu, ‘en leva le dessin et le présenta au monarane, » (Manoise de M, Jüliei à d'Acadéinie, lu le 8 juin 1840.)
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fois par le roi lui-même ; en outre, il construisit dans sa capitale un collége où l’on élevait jusqu’à dix mille jeunes gens, parmi lesquels les fils de plusieurs princes étrangers; il fit faire pour leur usage une édition des livres canoniques et classiques, dont le texte fut accompagné de commentaires d’une grande autorité, qu'un grand nombre de savants tirèrent des meilleurs auteurs en tout genre, surtout de ceux qui fleurirent sous les Han.
Afin que la paix ne fit pas perdre l'habitude de la guerre, il institua partout des académies militaires, où l’on devait s'exercer principalement au tir de l’arc, l’arme spéciale du grand empire ; lui-même prenait part à ces exercices, et il répondait à ceux qui l’exhortaient à ne pas exposer sa personne : Je me considère dans mon em) ire comme un père dans sa famille, et je porte tous mes sujets dans mon sein comme mes fils. Pourquoi donc craindrais-je ? Il diminu& les impôts, ordonna et résuma le code civil, le code criminel et les coutumes; il partagea l'empire en dix provinces, dans lesquelles on comptait mille neuf cent soixante-neuf villes, et distribua l’armée en huit cent quatre-vingt-quinze corps, avec des magasins pour leur entretien; il pourvut à la subsistance des vieillards et des infirmes, combla les hommes de mérite de ses dons. Il gratiflait ceux qui montraient de la piété filiale de cinq grandes mesures de riz, et faisait graver sur le seuil de leur maison le nom de la vertu dont ils étaient les modèles.
Il écrivit lui-même le Miroir d’or, traité sur l'art de régner, dont quelques maximes pourraient être méditées utilement par plus d’un souverain : « Appliqué chaque jour aux affaires pu- « bliques, écrit-il (1), je me plais le reste du temps à pro- « mener isa vue et ma pensée sur l'histoire du passé; j’exa- « mine les mœurs de chaque dynastie, les bons ou mauvais « exemples de chaqr: prince, les révolutions et leurs causes, « et j'y trouve toujours du profit. Quand je recherche pour- « quoi, tous les princes désirant régner tranquillement et « transmettre leur rang à une postérité nombreuse, on ne « voit partout que des troubles et des bouleversements, je « trouve que la cause en est le plus souvent dans le peu de « soin que les princes apportent à méditer sur eux-mêmes, et « dans leur répugnance à entendre la vérité; ce qui, en les
{1} Le père Hervieu a traduit quelques passages de ce livre pour le recueil du père Du Halde,
« aveuglant sur leurs devoirs et sur leurs fautes, entraîne leur « ruine.
« Pouréviter cela, après avoir lu dans l’histoire ies règles « d’un bon gouvernement et les causes des révolutions, je « m'en fais un miroir pour y apercevoir mes défauts et m’appli- « quer à les corriger.
« Le premier point d'un gouvernement juste est de n'’élever « aux grands emplois que des personnes vertueuses et dignes. « L'empereur, porté au comble des honneurs, doit aimer ses « peuples.et chercher à les rendre heureux, ce qui réclame « deux choses, le bon ordre et la sécurité. Pour assurer le « premier, il doit faire des règlements et les fortifier par « l'exemple; pour l’autre, il lui faut avoir des armées qui « Ôtent à l'ennemi la volonté d’envahir ses frontières.
« {beat beau::le régner, disent quelques-uns ; d’autres disent : « est difficile de régner; Les premiers peuvent prouver ainsi « leur opinion : la dignité d’empereur élève un prince au-des- « sus du reste des hommes ; son pouvoir est absolu, lesrés:\. « penses et les châtiments sont dans sa main; non-seulem: « il possède toutes les richesses de l'empire, mais il se sert à « son gré des forces et de l'habileté de ses sujets. Quel désir « ne peut-il satisfaire ? quelle entreprise n’accomplit-il pas ?
« Ceux qui pensent autrement raisonnent de la sorte : Si le « prince manque de respect envers le Souverain du ciel, il ar- « rive des prodiges et des malheurs. S'il offense les esprits, il « en est parfois puni de mort. S'il veut se procurer quelque sa- « tisfaction, comme de tirer de loin des objets rares et pré» « cieux, de faire de vastes parcs, de beaux étangs, des cons- « tructions étendues, il est contraint de charger le peuple « d'impôts ou de corvées, au détriment de l’agriculture. De là « la cherté, la famine, et le peuple gémit, murmure, suc- « combe; Si le prince refuse de remédier au mal, il est consi- « déré comme un tyran né pour la ruine des peuples. …
« C'est une tâche plus rude encore que de bien choisir les « individus que l'on doit mettre en place, et d'occuper cha- « cun en proportion de sa capacité. Discerner parmi les dif- « férentes habiletés celle qui l'emporte, parmi des personnes « ayant la même habileté celles qui sont les meilleures, c'est « chose difficile, et nécessaire pourtant à qui veut bien régner.»
Tai- -sung licencia trois mille femmes qui étaient attachées au service de l'impératrice Soun-ché, pr incesse dopt on célèbre Elie tempérait l'impé-
encore les vertus et l'amour € onjügal.
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élever dignes, mer ses éclame urer le ier par ées qui
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s conspeuple ». De là , SUCconsibisir les r chales difsonnes s, c'est bgner.»
achées célèbre l'impé-
tuosité de l’empereur, et ne voulut pas souffrir qu’il donnât des fonctions à ses parents au préjudice de personnages, plus dignes; entin elle élevait les enfants de son mari, de quelque femme qu’ils fussent nés. Taï-sung , irris contre le ministre Uei-tcheng, parce qu'il était trop hardi à lui opposer les sentences des anciens, voulait le desti‘uer, quand l’impératrice se présenta devant lui en brillante parure, et lui dit, lorsqu'il la contemplait avec surprise : J'ai voulu vous présenter avec la plus grande pompe mes félicitations, parce que vous possédez le trésor le plus précieux qu'un monarque puisse désirer, un colao (ministre) qui ose contredire son prince, et ne craint pas de perdre sa faveur par sa juste fermeié ; qui, au risque de ses propres emylois, neitrahit ni la vérité ni sa conscience. L'empereur la comprit, se ravisa et la remercia. Elle écrivit un livre sur la manière de se comporter dans l’appartement des femmes ; à sa lecture, l'empereur s'écria : Voilà des règles qui devraient étre observées dans toute lu durée des siècles !
Étant tombée malade, elle refusa d’avoir recours aux enchantements des Tao-ssé, et, après avoir donné de sages conseils à son mari ainsi qu’au prince héréditaire, elle rendit le dernier soupir. L'empereur lui érigea un mausolée plus splendide que celui de son père ; mais, le co/ao l'en ayant blamé, il le fit démolir, Ce co/ao survécut peu, et l’empereur lui-même écrivit son éloge, qu’il fit graver sur son tombeau; puis, se tournant vers iles courtisans, il leur dit : Zl y a trois sortes de miroirs : l'un sert aux femmes pour se parer ; l'autre consiste dans les livres anciens, où an lit comment naquirent, grandirent et déchurent les empires; le troisième, ce sont les hommes par les conseils desquels on apprend ce qu'il faut faire ou éviter. Ce miroir, je l’eus dans mon colao, et, pour mon malheur, je l'ai l'ai perdu, sans qu'il me reste l'espair d'en trouver un qui l'égale.
Comme on lui conseillait de réprimer quelques troubles avec sévérité, il préféra envoyer sur les lieux pour connaître les désirs des mécontents, disant : /{ n'y a pas de roi san: royaume, et les peuples font les royaumes. Fouler les peuples pour rassasier l'avidité du souverain, c'est comme si l'on laillait sa propre chair pour assouvir son ventre ; celui-ci se satis- Jait, mais le corps dépérit. Les désastres d'un pays proviennent plus souvent de malaises intérieurs que de querres étrangères. Le monarque qui opprime son peuple le pousse à murmurer ; les murmures conduisent a la sédition, et de celle-ei résultent de grands maux pour les sujets et pour le roi,
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Le sage Kung-you-tou, précepteur de ses fils, lui ayant ‘ait ses doléances sur le peu de profit que le prince héréditaire, orgueilleux et négligent, tirait de ses leçons, Taï-sung lui dit: Ne laissez pas conntitre à mon Jfils que vous m'avez dit un seul mot à ce sujet, car il vous prendrait en haine, et profiterait encore moins de vos instructions. Quelques jours après, s'étant rendu dans la salle où les princes prenaient leur leçon, il voulut que le maître continuât de parler assis, tandis que luimême et ses fils l'écoutaient debout; puis il se félicita d’avoir un professeur d’un si grand savoir, et lui fit don d’une livre d’or, avec cent pièces d'étoffes de soie,
Ce monarque illustre finit ses jours à cinquante-trois ans, après en avoir régné vingt-trois. A la nouvelle de sa mort, les ambassadeurs étrangers manifestèrent l’affliction qu'ils ressentaient, les uns en coupant leurs cheveux, les autres en se piquant le visage; plusieurs se firent couler du sang de l'oreille
‘ auprès du cercueil qui renfermait ses dépouilles. Deux Tar-
tares demandèrent à se tuer sur sa tombe; mais ils en furent empêchés en vertu des ordres laissés par le défunt. Quatorze rois firent placer leurs images en pierre près de son tombeau, comme un hommage posthume.
Introduction Le règne de Taï-sung est aussi mémorable, en ce que le christhhisme Christianisme fut alors connu pour la première fois à la Chine.
En l'année 635 arriva à Tchang-ngan le prêtre nestorien O-/o-pen du Ta-tsin, c'est-à-dire de l'empire romain. L'empereur envoya au-devant de lui les principaux dignitaires, qui l’amenèrent au palais; il fit traduire les livres saints, et, persuadé qu'ils contenaient une doctrine vraie et salutaire, il décréta
qu'un temple serait élevé à la nouvelle religion dans la capi-
tale, ct desservi par vingt et un prêtres. Le fait est attesté par un monument érigé en 781 à Si-ngan-fou, dans lequel la doctrine chrétienne se trouve exposée sommairement, avec cette indication, que les missionnaires vinrent en 636 à la cour de Taï-sung, qui publia un édit en faveur du christianisme, el que Kao-sung fit construire des égl'ses dans toutes les villes, Vou-héou persécuta le christianisme ; mais les monarques ses successeurs le protégèrent, et Kuo-tsée-y était loujours accompagné à la guerre par un prêtre chrétien (1).
(4) L'inscription tout entière se trouve dans le supplément à la Bibliothèque orientale d'Herbelot, fait par le jésuite Visdelou, p. 375. Il suffira d'en citer ici queiques fragments :
it tait taire, i dit:
n seul it enétant | voue lui- Pavoir : livre
IS ans, rt, les essense pioreille x Tarfurent atorze nbeau,
ur de e, el villes,
Quand les missionnaires découvrirent ce monument, en 1625, quelques-uns crièrent à l’imposture, sans réfléchir que dans un pays où les traditions historiques et les anciens monuments
« Éloge de l’admirable religion qui a cours dans le royaume du Milieu, come posé par King-seng, bonze du temple de Ta-{sin, et gravé sur la pierre.
« Celui qui, perpétuellement vrai, solitaire, premier du premier et sans origine, profondément intelligent, vide, dernier du dernier, existant par excellence, tient l’axe mystique, convertit (le néant et l'être) par l’action, confère, par la dignité primitive, l'excellence à tous les saints, n'est-il pas le corps excellent de notre seule unité triple, vrai Seigneur sans origine : O lo ho?
« Il forma une croix pour déterminer les quatre parties ; il fondit le souffle premier-né et engendra deux matières. Le vide ténébreux fut changé, et le ciel et la terre apparurent découverts. Le soleil et ia june accomplirent leurs révo- Jutions, et furent le jour et la nuit. Par son labeur, ilexécuta dix mille choses ; mais, en formant les premiers hommes, il les gratifia d’une intime concorde; il ordonna qu'ils veillassent à la sûreté d’une mer de conversions. Leur parfaite nature primitive était non vide et non pleine ; leur cœur simple et pur. Dans l’origine, il n'avait ni désirs ni appétits; mais après que So{han (Satan ) eut semé le mensonge en appliquant son fard, il souilla ce qui était pur.
« IL inséra l'égalité de grandeur au milieu de ce vrai, et brisa l'identité, obscure dans l’intérieur de ce faux. Par suite, trois cent soixante-cinq sectes, se prêtant mutuellement appui, formèrent une chaîne et tendirent à l’envi des filets de lois. Les unes indiquèrent les créatures pour déposer le vénérable ; les autres vidèrent l'être pour les submerger tous deux ; celles-ci sacrifièrent en priant pour extorquer la félicité; celles-là firent pompe du bien pour abuser les hommes. L'examen et l'attention travaillèrent en travaiilant ; l'affection pour le bienfsit, étant en esclavage, fut esclave. Toujours flottants, ils ne réussirent à rien, et le bouilli se changea en rôti. Ils épaissirent les ténèbres, perdirent la vue ; longtemps égarés, ils ne revenaient pas. Alors notre unité triple participa son corps à l’admirablement honorable Wix-ho (Messie.)
« Celui-ci, se recueillant, cacha la majesté vénérable, se présenta aux hommes sous aspect d'homme. Le ciel, dans le ravissement de sa naissance, proclama la joie; une femme produisit ie saint dans le Ta-tsin ; une constellation admirable annonça le fortuné...
« L'empereur Taï-sung illustra la Chine, ouvrit la révolution, gouverna saintement les hommes, O-lo-pen, de vertu admirable, n£ dans le Ta-{sin, observa les nuées azurées et apporta les vraies Écritures ; il fit attention aux règles des vents pour traverser le difficile et le périlleux. La neuvième année du Tchingkuan, il arriva à chang-ngang; l'empereur ordonna à un ministre d'aller en grand cortége dans le faubourg occidental, et lorsqu'il aurait rencontré 1 étranger, de l'amener au palais. 11 traduisit les Ecritures dans la salle des livres. La porte inaccessible entendit la doctrine, et fut saisie de droite unité. 11 ordonna spécialement de la publier, L'année douzième de Tching-kuun, le septième mois en automne, il fit un édit de cette teneur :
« La doctrine n'a pas de nom déterminé; le saint n'a pas de substance déterminée ; il institue les religions selon les pays, et il passe tous les hommes en foule dans sa barque. O-lo-pen du royaume de Ta-{sin, et de grande vertu, prit les Écritures et les images, et vint les offrir dans la cour suprême. L'esprit de crtte religion est mystérieux, excellent, pacifique. Son vénérable premier-né produit en ie contempiant le parfait et établit le nécessaire... que les préposés
A SO RE DC D TR A A = s »—
sont l'objet d'une inspection sérieuse, où les étrangers sont surveillés avec tant de jalousie, il aurait été impossible de livrer à l'impression une inscription supposée de dix-huit cents mots. La pierre sur laquelle elle est gravée existe réellement ; elle a été tirée par des ouvriers chinois des fondements d’une maison particulière, et placée, par ordre de l'autorité publique, dans un temple voisin, consacré aux idoles, dans la province de Chen-si. Sa nature est d'ailleurs telle qu'un Européen n'aurait pu la contrefaire ni imiter le style des écrivais d'alors, en faisant allusion À dés usages peu connus, à des circonstances locales, à des dates indiquées à l’aide des figures mystérieuses de l'astrologie chinoise, au point d'écarter tout sujet d’objection même par des gens disposés à en trouver. Dira-t-on qu'elle fut l’œuvre d’un lettré chinois, gagné par les jésuites? mais les côtés de l'inscription sont couverts de mots syriaques en beau caractère stranghel; il aurait donc fallu que cet imposteur sût aussi cette langue, et veillât à ce que quatre-vingts lignes d’une écriture si peu connue fussent copiées exactément. Ajoutez à cela qu'avant les extraits publiés par les Assemans, on connäissait très-peu les noms donnés dans cette inscription aux prêtres syriens ; il faudrait donc supposer un homme très-versé dans ces antiquités, et en même temps grand artisan de fraude, pour abuser ce peuple rempli de pénétration. Et tout cela, dans quel but? pour démontrer ce qui était déjà constaté d’ailleurs, à savoir, que, dans les septième et huitième siècles, des prûtres syriens avaient élevé quelques églises à Si-ngan-fou. Du reste, la doctrine exposée dans cette inscription n’est pas même un christianisme pur et évident, mais on ne sait quel mélange d’opinions de différentes sectes, si bien que les savants ne les jugent pas étrangères aux doctrines chinoises; car ils trouvent qu'elles ont du rapport avec celles de Lao-tsée, auxquelles est toujours restée attachée la dynastie des Tang, d'après la persuasion, dans laquelle elle fut entretenue par les bonzes, de sa parenté avec la famille de ce philosophe.
Ouchi, jeune fille d’une grande beauté, d'un esprit cultivé par une éducation virile, à l'humeur joviale, fut placée, grâce
construisent de suite, dans l'Y-nien de la cité impériale, un temple du royaume de Ta-tsin, et y placent vingt et un bonzes.
« La vertu des vénérables Tchéou s'étant éteinte, le char bleu (Lao-tsée) passa en Occident; la sagesse r grands Tang s'étant éclaircie, le vent mer-
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véitioux soufna dans l'Orient...
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à ces divers avantages, auprès de Taï-tsung pour consoler son venvage. Kao-sung la connut dans cette position, et s'éprit d’elle; mais, après la mort de l'empereur, elle fut, comme les autres reine” A1fermée dans un monastère de bonzesses attachées au toi. eau du monarque ét vouéesàune continence perpétuelle, A la fin du deuil triennal, le nouveau souverain vint là rendre hommage à la mémoire paternelle et brûler des parfums devant le livre ‘sur lequel Taï-sungavait écrit ses Sowventrs pour bien sauverner. Les veuves assistèrent à cette cérémonie, et Ou-chi, par ses larmes et des gémissements désespérés, attira l'attention de l’empereur, qui la fit sortir du couvent et la plaça auprès de l’impératrice; mais, experte en artifices, elle sut bientôt, par une docilité apparente, par des refus opportuns, en exagérant les persécutions dont elle se plaignait, l'amener à répudier l’impératrice, dont elle prit la place sous le nom de Van-héou. Alors elle devint l'arbitre des conseils de son époux, assistait aux audiences cachée derrière un rideau, dictait les décisions et punissait ceux qui s'étaient opposés à son élévation. Elle avait fait renfermer dans un palais écarté l'impératrice et une des reines déposées; mais Kao-sung étant allé une fois les consoler, Van-héou, prise de jalousie, leur fit couper les pieds et 1cs mains ; bientôt après, elles furent décapitées. Saisie alors de la frénésie du crime, elle substitua son propre fils au prince héréditaire, qu'elle finit même par exiler à la suite de quelques soupçons. Elle perséenta mortellement tous les grands, et, chose inouïe, elle offrit elle-même le sacrifice solennel au Tien. Après avoir dirigé à son gré durant trente-quatre ans le faible Kao-sung, elle se maintint impératrice lorsqu'il eut cessé de vivre, et, devenue plus libre, elle réprima plus rigoureusement encore ceux qui ne pouvaient supporter tant d’indignités. Elle persécuta les chrétiens, qui déjà s'étaient propagés, et fit élever deux temples, d'après les conseils du bonze Hoaï-y, son favori , l’un au Ciel, l’avtie à la grande Lumière, auxquels travaillèrent chaque jour dix mille hommes.
Ce bonze comptait jusqu’à mille jeunes disciples; mais un censeur les ayant accusés de mauvaises mœurs, ils furent exilés; quant au bone, il ne lui fut iniligé d’autre châtiment que celui de lui faire teindre de sang de bœuf une statue de deux cents pieds de hauteur, placée dans le temple de la Lumière, Peu après, par jalousie contre un médecin, il mit le feu à ce témpie ; de ià imoendie gagna le palais et la salle du trône,
- dans l'empire un homme qui ne travaille pas.
qu’il réduisit en cendres. L'impératrice imputa ee désastre au hasard ; on apaisa le courroux céleste, et le bonze fut chargé de la reconstruction du temple détruit, dans lequel il plaça, avec douze idoles de dix piedschacune, de grandes tables de cuivre, où se lisait un sommaire de: tout ce qui se trouvait dans l’empire; mais, devenu suspect à l’impératrice, il fut battu par ses ordres de telle sorte qu'il en mourut.
Cette femme rusée mit en œuvre tous les moyens pour supplanter la famille des Tang; mais, lorsqu'elle vit la résistance que le peuple, les Turcs et les Thibétains opposaient à ses projets, elle rappela à la cour son fils Tehung-sung, qu’elle avait banni. Elle le tint assez longtemps privé de toute autorité; mais enfin les mécontents, unis à l'armée, égorgèrent dans un soulèvement les favoris de l’impératrice, qui remit le sceau impérial et obtint de se choisir une retraite.
Tehung-sung fut un prince plus que médiocre, asservi à sa femme Ueï-chi, sans laquelle il ne décidait rien, et dont les dames vendaient les emplois, faisaient remise des châtiments, rédigeaient des ordres auxquels l’empereur apposait son sceau les yeux fermés. L’ambitieuse impératrice ne tarda point à prendre en mépris son esclave; elle fit choix d’ux amant, et quand son mari conçut la pensée de briser sa chaîne, elle l’empoisonna. Son projet était de gouverner comme régente, mais les princes l’égorgèrent.
Juan-tsung, appelé aussi Ming-hoang-ti ou ‘empereur illuminé, releva sa famille dégradée, ct corrigea les abus; ayant trouvé que, sur 200,000 soldats, 50,000 à peine étaient exercés au maniement des armes, il punit sévèrement les officiers, À l'imitation des monuments érigés à la gloire de Confucius, il voulut que des salles fussent élevées dans toutes les villes en l'honneur &'? Taï-kung, le guerrier le plus illustre. Le luxe excessif de la cour fut refréné ; il secourut ses sujets dans le besoin, réforma le code en ravivant les institutions utiles, abattit plusieurs temples de Fo, et renvoya dans leurs foyers douze mille bonzes, en disant : Nox aïeux pensaient que, s'il y a une femme qui ne file pas, quelqu'un, SINRENAN y souffre du froid et de la faim.
La Chine commoinalt alors à voir s'élever de redoutables ennemis dans les Thibétains (Tou-fan). Devenus puissants au temps de l'impératrice Vou-héou, ils avaient occupé beaucoup de pays de l’Asie centrale, en. se rapprochant des montagnes du
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Céleste Empire, auquel ils enlevèrent même quatre gouv®rnements militaires de la frontière; puis s'étant étendus au cœur de l'Asie, et soutenus par des auxiliaires arabes, ils s’emparèrent de Fergana, sur la rive du Syr supérieur. Le roi de ce pays, secondé par les gouverneurs occidentaux de la Chine, réduisit les Thibétains à demander la paix. Cet heureux succès, qui releva pour un instant le crédit des Chinois en Occident, amena la soumission des Sogdianes et de plusieurs chefs arabes; mais le nouvel empire des Arabes grandissait en Perse à leur détriment, puis s’éleva celui des Abassides dans le Khorassan et sur les bords de l’Oxus. Les Thibétains, sans être découragés , revinvent à la charge, et les Kitans commençaient à jeter au milieu de l’Asie les fondements d’un puissant empire.
Les Chinois marchèrent contre les Kïtans, les Thibétains et les Arabes, sous la conduite du héros Kao-sian-tchi, qui poursuivit les ennemis sur un espace de soixante-dix lieues sans s'arrêter; mais ceux-ci, s'étant réunis et recevant même des secours des princes vassaux mécontents de l’avidité du héros chinois, l’attaquèrent et le défirent. D'autres armées chinoises eurent encore la chance contraire, bien qu’elles réparassent ensuite leurs revers
Juan-tsung fonda l’académie des Han-lin, composée des quarante docteurs les plus renommés de l'empire. Le roi des Thibétains lui ayant fait demander les livres canoniques des Chinois, un lettré s’opposa à ce qu’ils lui fussent envoyés, en disant : Si les Tou-fan, ennemis jurés de notre nation, lisent une fois nos livres, leur intelligence s'ouvrira, ils acquerront nos sciences, et, avec elles, la prévoyance et l'hubileté; ils deviendront insolents et redoutables pour nous ; ils apprendront l'art de nous vaincre, et peut-être de nous subjuguer. Que Votre Majesté ne donne pas à nos ennemis des flèches pour nous percer !
Mais un autre soutint, dans des vues plus larges, qu'il fallait satisfaire à leurs désirs, soit afin de ne pas se les aliéner, soit pour qu'ils pussent s'initier à la grande doctrine et en devenir meilleurs. AA! puissions-nous fuire, s'écria-t-il, semblable don à tous les barbares ! La terre serait peuplée de sages, et nous ne serions pas contraints aussi souvent de rassembler des armées pour réprimer l'insolence et la rapacité d’injustes agresseurs. Si les sciences rendent quelques peuples plus artificivux, plus rusés et plus méchants, elles apprennent au plus grand nombre à vivre honnétement, à pratiquer la sagesse el lu vertu.
Juan-isung, qui avait si bien commencé son règne, s’aban-
HIST, UNIV, — T, VIIT, 28
donna ensuite aux voluptés; épris d’une femme, il répudia limpératrice, et se confia entièrement à Ngan-lou-chan, Turc réfugié qui, de simple soldat, avait été élevé au commandement des armées et au gouvernement des provinces au nord du fleuve Vang. Ce parvenu aspira bientôt à se rendre indépendant, et, quand l’occasion lui parut mûre, il feignit d’être appelé par l'empereur pour le délivrer dé la tyrannie de ses ministres ; ayant passé le Vang sous ce prétexte, il s'était emparé du nord-ouest de la Chine avant que personne. songeât à l'arrêter. Juan-tsung , réveillé tardivement, trouva beaucoup de ses sujets disposés à verser leur sang pour lui; mais, malgré toute la valeur déployée par les impériaux , le nombre l’emporta, et Ngan-lou-chan se rendit maître de la capitale, où il se déclara empereur.
‘Juan-tsung, découragé et repentant, remit le sceau impérial à son fils Sou-tsung, qui, par son courage personnel, recouvrant la confiance du peuple et des princes vassaux, parvint à disperser les rebelles. Son triomphe fut assuré par la mort de Ngan-lou-chan, qui périt de la main d’un de ses serviteurs, ou de celle de son fils. Une fois affermi sur le trône, Sou-stung se laissa corrompre comme avait fait son père, et abandonna tout aux intrigues de ses femmes et de ses eunuques. Les Perses et les Arabes, qui faisaient beaucoup de commerce à Canton, y excitèrent des troubles, et, après avoir saccagé les magasins, incendié les boutiques, ils se rembarquèrent.
Sou-tsung et son père favorisèrent le christianisme, peut-être même ils l’'embrassèrent; mais, comme les lettrés le confondent souvent avéc le bouddhisme, il est difficile de distinguer duquel les historiens entendent parler.
Ce même Harouu-al-Raschild, qui expédiait des présents à Charlemagne, envoyait aussi à la Chine trois ambassadeurs. Bien que les premiers Arabes venus à la cour du fils du Ciel, eussent refusé de s’agenouiller devant lui et de battre du front: la terre pour lui rendre hommage, en disant que de telles adorations n’étaient dues qu'à Dieu, ils se soumirent ensuite à cette cérémonie humiliante.
Durant les derniers troubles, les Thibétains n'avaient pas cessé de faire la guerre. Un ministre de Té-tsung lui représenta donc la nécessité de se liguer contre eux avec les Ouigours, en accordant au kacan la main d’une princesse chinoise. Des grands de l'empire furent aussi envoyés au roi de Nantchao, à différents princes de l’Inde et au calife des Arabes,
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CHINE, -— TRÉIZIÈME DYNASTIE. 435
pour les entraîner à la guerre contre ce peuple farouche, également hostile et menaçant pour tous. Les Ouïgours furent les premiers à marcher contre eux, maisils essuyèrent une défaite ; les Thibétains multiplièrent leurs incursions dans le Chen:si, enlevèrent aux Chinois la Boukharie, et se rendirent de jour en jour plus redoutables.
Vou-tsung chassa les Turcs et les Thibétains qui avaient envahi les frontières; il établit un usage qui s’est conservé jusqu'à nos jours : tous les cinq ou sept ans, les mandarins devaient envoyer à l’empereur la confession sincère de leurs fautes et implorer son pardon. On peut se figurer combien ces aveux étaient véridiques.
Sectateur des Tao:ssé, il se montra également hostile aux chrétiens et aux bouddhistes, qui s'étaient emprunté réciproquement des idées et des cérémonies ; il ordonna en conséquence d’abattre les nombreux temples de Fo, à l’exception de deux à Siang-ngan et à Lo-yang, et d’un seul dans les autres villes. Quant au christianisme et au magisme (Ta-tsin et Mouhuub), il exigea que leurs prêtres sortissent des cloîtres pour rentrer dans leurs foyers, ct pour être assujettis aux méêmes charges que les autres habitants; ceux qui étaient étrangers furent chassés hors des frontières, .
Le catalogue qui fut alors rédigé donna quatre mille six cent soixante temples ou couvents autorisés par le gouvernement, quarante mille érigés par des particuliers, plus de deux cent soixante mille cinq cents moines bouddhistes, et environ trois mille, tant chrétiens que mages. Ces derniers se répandaient surtout dans le pays au sud et au nord de l’Oxus, et dans le voisinage de la Perse.
Des disputes de religion et les intrigues des eunuques remplissent l’histoire des temps subséquents, ce qui fait dire à un voyageur arabe : «La Chine se trouva alors dans la condi- « tion où fut l’empire d'Alexandre après la mort de Darius, « quand les princes auxquels il avait distribué les pays enlevés « aux Perses, établirent autant de royaumes. Chaque seigneur « de la Chine s’alliait avec un autre pour faire la guerre à quelques-uns d’entre eux, avec ou sans la permission de l'empereur. Dès que le fort l’avait emporté sur le faible et « s'était rendu maître de la province, il la mettait au pillage, « en enlevait tout ce qu'il y trouvait, et taillait en pièces les sujets de son ennemi. Une semblable cruauté est permise
Relations extérieures.
Géométrie.
« par les lois de leur religion, à tel point qu'ils vendent de la « chair humaine sur les marchés (1). '» ni ‘ti
Enfin Schiou-nen, chef de bandes, ' contraignit Hempehoët Chao-tsung à transférer sa résidence de Schen:si dans l'Honan, où.il le fit mourir, en lui substituant son fils :Chao-suentsung, qu'il déposa deux ans après. Avec celui-ci finit la race des Tang, à laquelle Schou-nen fit succéder la sienné, sous le nom de Liang. Il ne posséda pas néanmoins tout l'empire, mais seulement. l’Ho-nan et le Schan-tung, le reste étant océupé par divers princes indépendants et par des envahisseurs limitrophes. Le vaillant Li-ké-yung, ennemi généreux-et solide appui des Tang, qui dominait dans le Schan-si avec le titre de roide Tsin, devait être le fondateur de la quinzième dynastié (2).
Sous les Tang, la Chine continua'ses relations avec les pays du dehors. Durant le règne de Juan-tsung, des ambassadeurs et des missions vinrent fréquemment de l’Inde. Quelques princes étrangers réclamérent aussi, postérieurement à l’année 713, des secours du Céleste Empire contre les Arabes et les Thibétains. Ils l’obtinrent; mais les Chinois furent vaincus par les Arabes, contre lesquels ils luttèrent plusieurs fois encore avec des chances diverses.
Les Turcs et les rois de la Sogdiane, de Kachemire ct autres États d’un ordre inférieur, eurent aussi des relations d'amitié ou d'alliance avec la Chine. En l’année 749, des marchänds venus du sud par mer apportèrent des dons précieux, tels que des perles de feu, des fleurs d’or, des pierreries, ‘des dents d'éléphant, des étoffes d’une grande valeur, de la part du roi des Lions, c’est-à-dire de Sérendib.
En 721, une éclipse ayant été mal calculée, l’empereur appela le bonze Y-hang, qui enseigna une astronomie devenue classique. Il commença à mesurer l'empire et à déterminer la position des principales villes, faisant au besoin des sphères, des gnomons, des astrolabes, des quarts de cercle et autres instruments d'observation. Deux compagnies d’arpentcurs ,
(1) L'anthropophagie n'est pas en usage en Chine dans les temps ordinaires ; mais durant les disettes, fréquentes dans un pays si populeux, on y a parfois recours. Il est sonvent mention aussi de ces repas sauvages dans les guerres civiles; c'est une suite de la famine qui les accompagne d'ordinaire, ou d’un genre de vengeance pour lequel les Chinois et les Malais ont une grande: propension
(2) lei rous cessons d’être guidé par Klaproth, dont le secours nous à permis d'éclaircir et de corriger les relations des jésuites, de même que celles de Staunton, de Grosier, de Beaumont, etc.
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npereur 1s l'Hü- 10-su'enla race sous le empire, OCéupé rs limi- 1 solide titre de istié (2).
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expédiées par lui du nordaumidi, durent noter, jour par jour, la hauteur méridienne du soleil, avec un gnomon de huit pieds, ainsi que la hauteur de l'étoile polaire; il trouva qu’à la distance de trois mille six cent quatre-vingt-huit /, l’ombre diffère d’un pied cinq pouces et quelques lignes, et l'élévation de l'étoile: polaire de six degrés et demi. La distance entre deux points opposés du nord au midi ayant été scrupuleusement observée, cette ligne devint la base de la triangulation. D'autres s’occupèrent de noter la durée précise des nuits et des jours dans des pays étrangers, et d'ÿ observer les étoiles invisibles dans l'empire.
Peut-être Y-hang profita-t-il dela science des Indiens; ce qui expliquerait les rapports qu'elle cffre avec celle des Arabes. Il:fit aussi une machine dont la fu'ce motr'5e était l'eau, et qui représentait les révolutions des astre:; il Re des statues qui battaient les heures et les quarts.
Ce savant étant mort avant d’a”oir mis la dernière main à un cours d'astronomie qu’il méd'tai, l'empereur chargea une commission de coordonner les- travaux qu'il avait laissés et de les publier. Kou-tan, ,astronome indien, fit valoir alors que
beaucoup de connaissances étaient empruntées soit à l’Occi-,
dent, soit à des ouvrages indiens qu'il avait traduits du sanskrit, dès l’année 718., D'après ce qu’on en sait, il enseignait, selon ces traductions, que les mouvements célestes pouvaient se calculer par quatre points : le nœud ascendant et le nœud descendant pour les éclipses ; le cycle de vingt-huit ans solaires pour les intercalations, etun autre pour les équations de lalune.
La triangulation faite par Y-hang nous apprend que la Chine avait alors une étenc.i: s'£e 9,310 Li de l'est à l’ouest (26 degrés et demi) et de 10,916 {1 degrés) du midi au nord. Cet espace était divisé en quinze provinces, administrées par 17,686 mandarins principaux et 57,416 mandarins secondaires. D'après le recensement fait en 722, le pays comptait 7,861,236 familles, donnant 45,431,265 individus. Ge nombre s'était accru dix-sept années plus tard, jusqu’à 52,884,418 âmes et 9,619,254 familles, sans compter les princes, les grands, les mandarins et les personnes à leur service, ni les lettrés, les bonzes, les esclaves, tous exempts de l'impôt. Les longues guerres civiles décimèrent cette population dans les années qui suivirent. En l’année 780, le fisc percevait 30,898,000 taëls (231,735,000 fr.) en argent, et en grains 2,157,000 mesures de 120 liv. chacune.
Hommes iliustres.
En 811, l’empereur ayant réuni les grands du royaume pour traiter des affaires publiques, l'un d'eux s’exprima ainsi : « L'empereur entretient au delà de huit cent mille hommes de « guerre; les marchands, les bonzes de Fo, les Tao-ssé et « autres qui ne cultivent pas la terre s’élèvent à plus du double « des agriculteurs; trois habitants seulement sur dix gagnent « leur vie à la sueur de leur front, et doivent nourrir les autres. « Les mandarins civils qui jouissent d'un traitement, ne sont « pas moins de dix mille, Beaucoup de bourgades sont deve- « nues des villes de troisième ordre, Anciennement, tout man- « darin de premier ordre recevait par mois (1) mille mesures « de blé et de riz, et trois mille onces d'argent (22,500 fr.); « aujourd'hui on en assigne jusqu’à neuf mille aux grands du « premier ordre ; pour les autres, la moyenne est de mille, »
Sous le règne de Suan-tsung vécurent Tou-fou et Li-taï-pé, qui tracèrent les règles que suit encore la poésie chinoise, toujours dans l'enfance,
Sous Hien-tsung florissait Pé-kou-y, qui, après avoir rempli différentes charges, se retira sur ses terres avec quatre personnes : un bonze instruit en botanique; deux lettrés, poëtes; un joyeux compagnon, qui le récréait par ses récits et ses plaisanteries, Vivant avec eux dans une paisible indolence, il se proclamait docteur de l'aimable ivresse. Beaucoup envièrent cette solitude, dont la tempérance n'était pas la première vertu, et l'empereur lui-même appela Pé-kou-y, qui échangea son genre de vie contre des richesses ; promu aux fonctions de président du tribunal criminel, il se montra rigide observateur de la justice, disant : Je suis comme l'arbre tan-kuer, droit, lisse, inflexible. On peut me briser, non me faire lier. 11 a laissé des ouvrages qui le rendent immortel parmi ses compatriotes.
La célébrité fut aussi le partage d’Han-you, qui, nommé jeune encore censeur général de l'empire, crut de son devoir de réformer les abus partout où ils se montraient; voyant donc que les eunuques avaient installé dans le palais même un marché, afin de vendre à haut prix aux courtisans et aux femmes, il exhorta l'empercur à supprimer cette pratique inconvenante, Les eunuques conçurent tant de haine contre lui qu'ils le firent envoyer comme gouverneur dans une ville éloignée, de troisième ordre; mais il s'y comporta de telle
(1) 11 faut probablement lire par an.
oyaume a ainsi :
mes de >-ssé et double gagnent autres.
ne sont it deveat mannesures 00 fr.) ; ands du mille, »
-tai-pé, hinoise,
ir remquatre lettrés, s récits e indo- 'AUCOUP pas la 1-y, qui iu aux tra ril'arbre ne faire | parmi
ommé à devoir voyant s même et aux ratique : contre ne ville e telle
sorte que les pères, dans leurs vœux de bonheur pour leurs fils, s'écriaient : Puissiez-vous ressembler à Han-you ! Rappelé à la cour, il fut adjoint au ministère ; là, exposant loyalement ce qui lui paraissait le mieux, non ce qui plaisait aux ministres, il fut écarté des affaires comme inhabile, et chargé de l’éducation des fils de l’empereur. Durant une diselte qui se fit sentir cruellement à cette époque, un mandarin annonça au monarque que l’on conservait, dans un miao de la ville de Fung-siang-tou, un doigt de Fo, qui, toutes les fois qu’on l’exposait, amenait l'abondance et détournait toutes les calamités. L'empereur envoie chercher cette relique, qui est exposée, vénérée, sans qu'un seul lettré ose s’opposer à une semblable superstition. Han-you seul élève la voix : il remontre au souverain les maux causés par l'introduction du culte de Fo, dont les sectateurs substituaient des pratiques extérieures à des vertus réelles ; il l’exhorte en conséquence à déposer la relique au tribunal des rites, pour être réduite en cendres. Peu s’en fallut que cette hardiesse ne coûtât la vie à Han-you, qui, par grâce spéciale, fut envoyé pour gouverner une petite ville, Là il composa un ouvrage dans lequel il exposait la tradition constante des doctrines chinoises, jusqu'à Meng-tseu, et les cultes superstitieux qui s'étaient introduits successivement dans le pays. Quand l’empereur en eut pris connaissance, il plaça le philosophe à la tête du collége impérial, où il fit prospérer les lettres et ceux qui les cultivaient.
Choisi ensuite par le nouvel empereur Mou-tsung pour son ministre de la guerre, il partit avec des pleins pouvoirs pour réprimer les rébellions sans cesse renaissantes au sein de l’empire. Il se rendit sur les lieux sans autre escorte que la suite attribuée à sa charge; au moyen de la seule persuasion, il apaisa les révoltés, pardonna aux coupables, et obtint un pacifique triomphe,
NEUVIÈMS ÉPOQUE.