CHAPITRE XXIITI
Nous avons eu plusieurs fois l’occasion de mentionner le Japon et le Thibet, dont les peuples jouèrent un grand rôle dans les événements de l’Asie orientale et moyenne; nous réservant de parler ailleurs du Japon, noüs ne nous occupèrons ici que du Thibet. .
Le Thibet s'étend du versant septentrional de l'Himalaya jusqu’à l’ouest de la Chine, au sud du Turkestan chindis, et à l'ouest du Turkestan indépendant, sur une longueur de plus de six cents lieues de l’ouest à l’est, et de deux cents du midi au nord, C’est un pays de montagnes et de plateaux très-élevés, où l’homme habite plus haut qu'en aucun autre lieu (4), et dans lequel les hivers sont très-rigoureux, bien qu'il se trouve sur la limite de la zone torride (28°). Les premiers renseignements sur cette contrée nous furent donnés par le Vénitien Marco Polo, et l’on n’2n eut pas d’autres jusqu'aux missionnaires.
Antoine Adrada, jésuite portugais, visita le Thibet en 4624 ; deux autres jésuites, l’un français, l’autre allemand, virent ce pays quarante ans plus tard. En 1772, le père Horace della Penna y fonda une mission catholique, et donna une Courte notice du Thibet, publiée à Rome en 1761 par le père de Giorgi qui, dans son Alphabelum Thibetanum, étale une érudition indigeste. Pallas en a donné une description en 1777: quelques années plus tard, les Anglais envoyèrent au grand lama une ambassade à la tête de laquelle était Samuel Turner, auteur d’une description intéressante du Thibet.
La popuation de ces contrées se compose d'éléments divers ; autant qu'on peut le savoir de pays si éloignés, les Boutiens, les Mawares et les Néwares furent chassés des hauteurs de
(1) La ville de Daba est à quatre mille sept cent quatre-vingt-seize mètres au dessus du niveau de la mer, c’est-à-dire à la même hauteur que la cime du mont Blanc.
l'Himalaya et du Népaul par des tribus indiennes ; les Thibétains proprement dits sont venus du côté opposé.
Il paraît, d'après les livres chinois, que les Xiang, nom qu’ils donnent aux Thibétains, occupaient la lisière occidentale de la Chine avant même que les çolonies qui peuplèrent l’Empire Céleste y descendissent des monts Kuen-loun ; ils menaient une vie errante avec leurs nombreux troupeaux, sans gouvernement et sans autre loi que celle de la force. Quant aux Thibétains eux-mêmes, ils croient descendre d’une espèce de sinner le ges, et le centre du pays est encore appelé aujourd’hui le pays id rôle des singes ; ils se disent, à cause de cette prétendue origine, les premiers-nés du genre humain (1).
de Comme ils n’ont connu l'alphabet que dans le septième siè-
cle de notre ère, ils ne s'appuient, pour ce qui est des anciens
malaya temps, que sur des traditions. L'abrégé de leurs livres histori-
s, et à ques, publié par Horace della Penna (2), est un ouvrage aride, e plus de chronologie fausse, et qui, le plus souvent, ne donne que le : u midi nom des rois. Prasrimp et Prasrinm y sont indiqués comme 14 élevés, lesancôtres de celte nation ; son premier roi aurait été Gniatri- à î 1°
M), et zeng, fils de la femme de Makkiaba, roi de l'Inde : il fut exposé
dans son enfance, recueilli par un paysan ; puis il se réfugia dans le Thibet, où il introduisit l’agriculture, Les Thibétains, vivant séparément par tribus, ne se formèrent jamais en grande naission- tion; or le mal que l’on se donnerait à rechercher quelles fu-
trouve
rent leurs vicissitudes ne.serait compensé ni par l'intérêt, ni j; 1694 ; par le profit qu’on y trouverait, Au nombre de leurs tribus il- q ent ce lustres furent celles des Tou-fan, habitant le Thibet oriental, 4p, ù » della dont le chef Houli, qui se prétendait issu des exipereur chi- Li
nois, réunit sous son autorité plusieurs hordes de cette contrée, 1 Ses descendants occupaient, vers Ja moitié du sixième siècle, ji le pays montueux au sud du Schen-si ; ils devinrent puissants durant la domination agitée de Goeï, et prirent le titre de Tzan-pou, c'est-à-dire nés de l'esprit du ciel. Ils résidaient pour la plupart sur les bords du Losa-tchuan près Lhassa, et, bien qu'il s’y trouvât quelques villes, ils préféraient habiter sous des tentes dans les environs.
D'autres hordes erraient à cent cinquante milles de ce campement, au delà d’un lac appelé la mer Noire, se nourrissant
Loutrle
(1) Hanouman, prince des singes, qui vint au secours de Rama, selon la mymètres thologie indienne, pourrait fort bien ne signifier autre chose qu'un prince du l Thibet.
(2) Dans l'Aiphabetum thibetanum du P. Georgi; Rome, 1762,
de laitage, de chair bœuf et de grains torréfiés. Des fourrures et des étoffes de laine formaient leurs vêtements; ceux qui mouraient étaient ensevelis avec. les chevaux et les bœufs égorgés sur leur tombe. Ils se servaient, en guise d'écriture, de morceaux de bois entaillés et de cordelettes nouées, pour aider la mémoire (1): Chaque année, ils prêtaient serment à leur roi, enimmolant dès chiens et des singes, et faisaient tous lestrois ans un sacrifice plus solennel d'hommes, de chevaux, d'ânes et de bœufs, Ils comptaient l’année par la récolte du grain.
Lo-zan-pou Yé-zung-lung introduisit le bouddhisme dans le Thibet, et pouvait mettre sur pied plusieurs centaines de mille homnies, avec lesquels il vainquit divers peuples de l'Asie intérieure et les rois de l'Inde moyenne. Il envoya cependant une ambassade à l’empereur de la Chine, Taï-sung, pour lui oîfrit d’être son vassal, en lui demandant pour femme une princesse du sang royal; mais, n'ayant pu obtenir ce qui avait été accordé à plusieurs princes tures, il s’avança avec un gros de troupes sur les frontières de la Chine, et parvint ainsi au mariage désiré.
Lou-tung-zan, régent durant la minorité de Ki-li-fa-bou, son successeur, triompha des peuples voisins et acquit une telle puissance que l’empereur de la Chine en prit ombrage; mais ce ministre habile sut dissiper ses craintes et dirigea ses armes contre l'Asie du milieu. A sa mort, la régence passa à son tils Kin-ling ; alors l’empereur de la Chine se déclara l'ennemi des Thibétains, et occupa les quatre districts militaires de l’Asie centrale; mais les Thibétaine parvinrent à s'en emparer et à mettre en déroute cent quarante mille Chinois envoyés sur leur territoire; puis, dans les années qui suivirent, ils occupèrent plusieurs districts de la Chine occidentale ; alliés avec les Arabes, ils continuèrent à inquiéter le reste du pays, et finirent, comme nous l'avons raconté, par se rendre maîtres de la capitale même de la Chine. Kn mémoire de la paix, qui fut conclue un demi-siècle après, un monument fut érigé à Lhassa ; le inonument subsiste encore, mais la paix ne fut pas de longue durée. Cependant, les Thibétains se trouvant épuisés par leurs discordes intérieures et par leurs guerres avec les Turcs, leur zan-pou se soumit à la Chine. Les an nales de ce pays ne parlent plus d'eux jusqu'à l’époque où Kou-sou-lo, descendant des anciens zan-pou, proposa à l’em- (1) Kiarnorw, Aperçu des pounles da l'Asie mouenne.
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ourrures ceux qui ufs égorture, de pour aint à leur lestrois x, d'ânes grain.
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bou, son ne telle e; mais >s armes son tils emi des e l’Asie rer et à sur leur upèrent vec les nys, et rendre e de la ent fut paix ne e trous gueres an que où à l'em-
pereur d’attaquer de concert le roi Hia, dont l'agrandissement avait porté le.dernier coup aux Thibétains. Ce prince avait pour ministre un bonze astucieux et cruel qui, désireux de rendre à ce pays son ancienne puissance, déclara la guerre à la Chine, mais échoua dans son entreprise. Son successeur, s’{tant aliéné ses sujets, vit des rébellions éclater de toutes parts; le Thibet, morcelé entre des princes hostiles les uns aux autres, reconnut la suprématie de la Chine, qui se trouva délivrée des attaques de ces voisins incommodes. .
D'autres tribus des Youé-tchi, en guerre avec les Hiong- 426 ap. 3.-C.
nou, furent vaincues et dispersées. Les empereurs Han scllicitèrent l'alliance des Thibétains, ennemis comme eux des Hiong-nou; mais ils préférèrent porter leurs armes daus les opulentes contrées de la Perse et du Sind, et se rendirent puissants dans la Transoxiane jusqu’au quinzième siècle; alors ils se trouvèrent hors d'état de lutter contre la force croissante des Sassanides et contre les invasions des Juan-juan.
Leur religion était un niélange d’idolâtrie et de réminiscences nationales, Les Las’, génies bienfaisants, d’une belle et noble stature, au visage menaçant, sont divisés en neuf chœurs. Parmi les génies malfaisants, un des principaux est Gongor, qui cependant protége le monde, la religion et la loi, Djamjang, dieu de le sagesse, habitant dans la lune, enseigna aux dieux qu'il était nécessaire, pour donner naissance à l’homme, qu’un dieu et une déesse prissent la forme de singes. Gné-zéden, le cinquième des anciens souverains du monde, nequt d'une tumeur de Zédent, c’est-à-dire le Très-Beau, et d’une de ses cuisses il engendra un fils. Zangan-dara-éké, autrefois reine, et devenue une déesse qu’on invoque dans les périls, est représentée avec trois yeux : un au front, un dans la paume de la main, le troisième sous !: plante du pied.
Une reine, venue de l’Inde pour se marier au Thibet, avait apporté avec elle une petite statue de Sakia, c'est-à-dire de Bouddha, et quelques livres. Le zan-pou Yé-zung-lung-dzan, dont :; a déjà fait mention, en ayant oui parler un siècle et demi plus tard, env: :: dans l’Indy Tuomi :1mbuoda, son premier ministre, pour se procurer à ce suj. à es renseignements plus exacts ; celui-ci, à son retour, introduisit deux espèces de caractères pour écrire la langue du pays.
C’est là un premier bienfait apporté par le boudanñisme à la civilisation, Aucun autre pays ne lui fut autant redevable que ie Thibet, où, ne trouvant ni lettrés ni brahmines pour le com-
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