‹ Histoire universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 56 sur 79 · ER SE PP · texte numérisé non relu

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battre, il se répandit rapidement. Il enseigna surtout des maximes morales à des gens dénués de toute culture, et substitua à des princes guerriers des chefs costemplateurs non avides de conquérir, mais d'atteindre la perfection au moyen del’anéantissement extatique, L'écriture et la vieille ciilisation de l'Inde furent importées alors dans le Thibet, d'où ‘'uelques rêveurs du siècle passé les prétencirent originaires, “oulant que toute culture intc!lectuelle fût descendue de ces hautes cimes FOUR se répandre dans le reste du monde. it

Quelques religieux, envoyés dans l'Inde par Tri-sung-téou, en rapportèrent le Kandjiour, c'est-h-dir:, le grand corps de la doctrine de Sakia, en cent huit, volumes; il. le fit traduire, et construisit des mias ou templ... pour en recevoir le dépôt (4). Etcomme, selon les bouddhistes, ainsi que nous l'avons dit, il suffit, pour rendre les prières efficaces, de les mettre en mouvement, soit en les récitant, soit en les écrivant, ou de. touic manière que ce soit, ces livres sont renfermés dans des roues qui tournent sans cesse par l'impulsion de, l’eau. Leur nombre détermine celui des lampes allumées dans les grandes solennités, et des grains du chapelet que les bonzes roulent entre leurs doigts.

Les grands, mécontents de Ja faveur accordée par le roi à la nouvelle doctrine, enlevèrent autant de livres qu'ils le purent, ainsi que la statue de Sakia, et convertirent un temple en boucherie; mais de graves désastres suivirent ce sacrilége, jusqu'au moment où le roi, pour apaiser le dieu offensé, appela de l'Inde le grand prêtre Urkien, qui, par des œuvres expiatoires, fit cesser le fléau.

Refoulés par les persécutions, les bouddhistes eux- mêmes vinrent s'établir dans le Thibet, et Boddisatva, incarnation divine de degré inférieur, y fonda le premier couvent dans Samia, à trois journées de Lhassa. D’autres sectateurs de Fo vinrent à la suite; mais, isolés de leur centre.et vivant au milieu d’une nation grossière, ils devinrent incultes eux-mêmes. Dans le cours du onzième siècle, un bonze passa de la Chine au Thivel pour y substituer la grande doctrine à la petite, c'est-à-

(1) Le Kandjiour, ou enc:: -. fie religieuse des ‘Thibétains, form: deux cent trente-deux volumes ; la +4 a mongole ne peut se vendre en Chie sans la permission de l'em:,: sur prix en est de 6666 livres. Une copie de l'oiginal a été envoyée à &: ‘* èque impérial: de Paris, il y a suelques années ; elle se compose de &:: iciuines in-folio et a été imprisiée sur papier du

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dire la théologie philésophique à la mythologie légendaire ; mais, confondu par un bouddhiste, il dut s'en aller sans laisser aütre.chose pour souvènir, à ceux qui avaient cru en lui, qu’une de ses bottes.

‘Les Thibétains continuèrent donc leur orthodoxie grossière, sans même aller s’instruire dans l'ile de ‘Ceylan, où le bouddhisme se conservait pur des mélanges qui s’y étaient introduits à la Chine. Pre

Comme ils avaient tiré leur croyance d'une source différente, ils ne reconnaissaient pas’ la suprématie du Bouddha chinois ; mais, quelque temps après l’époque dont nous parlons, les Mongols ayant envahi la Chine, et menacant de là jusqu’à l'Égypte et la Silésie, le bouddha qui siégeait près des nouveaux empereurs participa de leur puissance, ce qui lui valut un éclat inusité et le rang de roi. Le hasard voulut que le bouddha de ce temps, Kang-ka-djambo, fût Thibétain; de vastes domaines lui furent, en conséquence, assignés dans cette patrie, ctilreçutle nom de Lama, qui, danscette langue, signifie prétre.

Devenu alors prince, et son antorité grandissant de plus en plus avec la faveur des Mongols, il établit plus solidement la hiérarchie, Jusqu’à cette époque, chaque couvent du Thibet avait eu à sa tête un grand lama, et tous ces lamas, par une succession non interrompue, remontaient jusqu’au patriarche Urkien. Alors seulement fut établi un chef suprême, incarnetion de Bouddha. Immédiatement après lui vinrent cinq grands lamas, personnification des fils de Bouddha; puis cinq lamas boddisatvas, c’est-à-dire fils de ces fils incarnés. Les premiers forment le conseil du lama suprême, et à sa mort ils choisissent son successeur dans une espèce de conclave. Les lamas secondaires sont distribués dans les provinces suivant les besoins, ainsi que leurs vicaires (gybons).

Le dernier degré de la hiérarchie est occupé par les kégnien, enfants des deux sexes, voués par leurs parents à la vic religieuse, qui font, à neuf ans, profession des cinq prétexles bouddhistes et vivent en communauté ou isolément. Les ketzuel accomplissent les dix préceptes de perfection et peuvent, à vingt ans, devenir profés (kélong) par des vœux solennels. Quelques-uus, parmi ceux-ci, sont simples moines (/raba) ; d'autre:, prieurs (/&xa), et vivent d’offrandes spontanées. Toute femme, en se présentant devant un lama, doit, si elle ne veut passer pour séductrice, s’'empâter le visage de sucre rouge et de restes d'infusion de thé.

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D ÿ a, en outre, des docteurs dans les sciences magiques ct divinatoires (nga-ramba), qui peuvent se marier et dépendent aussi de certains chefs; chaque monastère a son {chok-long, ou docteur en magie, au costume effrayant, qui devine l’avenir et rend des oracles.

Alors fut compilée l'immense collection des livres sacrés des Thibétains, qui coûta trois mille onces d’or ; elle contient les œuvres de Bouddha et de ses disciples, leurs vies et celles des patriarches, les actes des concilés, en un mot, toute leur littérature canonique.

Les Ming, qui succédèrent aux Mongols en Chine, ne persécutèrent pas le bouddhisme, qui redevint ensuite triomphant avec les Mantchoux; sous la domination de ce peuple fut rédigé le Dictionnaire polyglotte, que ï’on pourrait appeler la Somme de cette religion, et dans lequel toutes les dénominations mythologiques et expressions philosophiques relatives à Bouddha sont reproduites en cinq langues : sanskrite, chinoise, mantchoue, mongole et thibétaine,

Du Thibet le bouddhisme se propagea dans la Mongolie, où le lama Sakya-pandita enseigna aussi l'alphabet syriaque, qu'il avait appris des Turcs Ouigours, et ceux des nestoriens. Cela servit à adoucir les Mongols, et leur donna une littérature ; car divers ouvrages religieux furent traduits du sanskrit et du thibétaïn dans leur idiome.

Du moment où le lama suprême eut acquis de la puissance même dans l’ordre temporel, son rang fut ambitionné; or le lama d’un grand monastèr de Brikun, s'étant avancé à main armée contre celui de Séchia, il s’empara de la principauté, malgré l'investiture impériale donnée à l’autre. Le lama dépossédé eut donc recours à la Chine, qui, étant intervenue, divisa le Thibet partie entre différents princes qui lui étaient dévoués, partie entre les deux compétiteurs ; dès lors, le lama suprême se trouva réduit à la ville de Séchia et à ses alentours, avec des titres purement honoraires.

Tandis que les deux poutiles continuaient à se faire la guerre, un prince thibétain survint, et les soumit tous deux, puis fut lui-même assujetti par les Gengiskanides. Le chef de la religion cessa ainsi d’être roi.

A la fin du scizième siècle, un chef, nommé Altan, fit de croyances religieuses un instrument à son ambition; après s'être emparé de vive dos d1 pays où dom'n le lamisine, il

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tion divine accéda à ses vœux, et de grands miracles accompaguèrent son voyage : entre autres, quand le prince et le pontife vinrent à se rencontrer, ils se reconnurent comme des gens qui, par l'effet de la métempsycose, s'étaient déjà trouvés en présence dans une vie antérieure. Altan se rappelait avoir été Koubilaï, descendant de Gengiskan, l’homme auquel avait obéi le plus grand nombre de sujets; le lama se souvenait des honneurs dont il avait été comblé par lui trois siècles auparavant, quand il vivait dans la personne du lama Pegsapa, descendant de celui qui enseigna aux Mongols l’art d'écrire.

Des amis de si ancienne date s’entendirent facilement pour détruire certains restes de barbarie ; puis ils se séparèrent en parfait accord, après s'être donné réciproquement, l’un le titre d’immense et suprême sceptré, l’autre, de prêtre Océan (Dalaï-lama), Ütre conservé par ses successeurs.

Mais l'unité de cette suprématie fut morcelée par les deux sectes du bonnet rouge et du bonnet jaune. Les lamas de la première dominent dans le Boutan, grand plateau au milieu des monts Himalaya, et ils rejettent l’autorité du dalaï-lama. Le Thibet est partagé entre trois lainas du bonnet jaune : le dalaï, dont le nalais et la pagode sont dans le Potala, peu distant de Lhassa, et qui, insouciant de sa st," raîie, laisse, par une molle apathie sacerdotele, un lieuten.:ù nique gouverner une portion du territoire ; celui de zang, résidant à Té-choulumbou, maitre d’une autre partie du pays, et le Taranot-lama, prince d’une portion de la Tartarie, ayant son siége à Karka, près de la frontière russe, Tous trois représentent une incarnation de Bouddha. La faveur de l’empereur de la Chine donna, en 1792, la prépondérance au bonnet jaune.

Aujourd'hui, le grand lama dépend de l’Empire. du Milieu, et il recoit du tribunal des cérémonies la nermission de s’intituler supréme, à la condition d’ajou , .‘ suel très-ohéissant. Les quatre mille hommes que l’empereur de la Chine entretient auprès du grand lama, sous prétexte de l’honorer, lui répondent de sa dépendance absolue. Tombe-t-il dans la disgrâce de l’empereur, on l'appelle à la cour, où il est reçu avec des démonstrations solennelles. et le fils de Tien pousse la condescendance jusqu'à le faire soigner par ses propres médecins ; puis, au bout de quelques jours, la gazette officielle annonce que le dieu Bouddha a changé de demeure et s'apprête à re-

À né AA LP NE fan naîlre chez les Tibétains.

Cette nation est aujourd’hui douce, affable ; les hommes sont mous, et leur physionomie tient de celle des Mongols. Les femmes, au teint brun et les joues colorées d’un vif incarnat, surpassent les hommes en vigueur; elles ont plusieurs maris, se livrent au commerce et à l’agriculture, et la naissance d’une fille est un sujet de fête dans les familles.

Les dons les plus usités dans le Thibet sont les foul:rds. Les riches en font échange entre eux ; les fiancés s’en donnent réciproquement, et l’on en offre au lama. Le salut consiste à tr &: à chapeau, à croiser les bras sur la poitrine, et à avancer la langue en pointe.

L'idiome des Thibétains, abondant en monosyllabes, manque de particules et d’inflexions, comme celui des Chinois, ce qui rend leurs écrits très-obscurs. Les ouvrages religieux sont rédigés dans un langage sacré, qui se rapproche du sans-

Anciennement les Thibétains mangeaient leurs père et mère, quand ils avaient cessé de vivre; aujourd’hui ils leur rapprochent: la tête des genoux et leur mettent les mains entre les jambes ; après cette opération, ils les revêtent de leurs habits accoutumés, et les suspende::t dans un sac © beille; alors les parents viennent pousser des gémissements lama réciter des prières, et chacun apporte, seit du beurre dans le temple, pour le faire fondre devant les images sacrées. Moitié du mobilier du défunt revie:. au sanctuaire ; l’autre moitié est vendue pour acheter du thé aux lainas et payer les obsèques. Le cadavre est ensuite porté disséqueurs, qui l’attachent à une colonne ct coupent les chairs en morceaux, qu'ils jettent aux chiens, ainsi que les os, broyés dans un mortier avec de la farine. D'autres fois ils les laissent suspendus pour être mangés par les vautours, et jettent dans l’eau reux des pauvres, Les religieux sont brûlés (1).

La médecine a pour agent principal la superstition des prières, avec les enchantements des lamas et des moines. Dans les cs les inoins graves, les malades, après avoir été frottés de

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(1) Rubruquis trouva ces usages au treizième siècle; mais ils sont trèsanciens et signalés dans d’autres pays. Strabon dit que, dans la Bactriane, les vieillards et les malades désespérés étaient abandonnés à certains chiens. Cicéron rapporte que, chez les Hyrcaniens, la sépulture la plus noble est celle qui consiste à être dévoré par les chiens. (Q. Tusc., I, 45.) Justin en raconte autant des Parthes, et cet usa. subsiste encore parmi les Kalmoucks,

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Le père Hyacinthe, étant ambassadeur à Pékin, vit un de leurs banquets de cérémonie. Ils se placèrent par rang d'âge autour de plusieurs tables longues et basses, couchés sur des coussins de bourre. Après avoir goûté d'un mets de farine d'orge (san-ba) ) avec du beurre, bu du vin, de la bière et du thé, dans lequel ils ne mettent point de sucre, mais du sel et du beurre, ils ôtèrent leurs chapeaux pour dire des prières, puis revinrent au zan-pa, au thé et au vin;'on servit ensuite à chaque convive une écuelle d'orge et de riz âssaisonnés avec du beurre et du sucre ; on récita une autre prière, et l’on se remit à manger de ce potage avec les doigts et à boire du vin. Cela fait, tous se levèrent pour se promener dans la cour ; revenus ensuite à table, ils trouvèrent pour régal des émincés de chair crue assaissonnée avec du sel, du poivre et de l'ail, accompagnés de grands plats de viande de bœuf, crue aussi. Après avoir prié encore, chacun tira un couteau de sa ceinture pour couper la viande, et la mangea avec les petits morceaux de chair salée ; le ‘vin coula de nouveau, puis la promenade suivit. Lorsqu'on se fut remis à table pour recommencer à boire, on apporta pour troisième service un baquet de touba, c’est-à-dire un mastic de pâte et de viande hachée. Une autre prière fut récitée, et les convives s’armèrent, pour manger, de ces petits bâtons qui, chez eux comme en Chine, remplacent nos fourchettes. Vinrent enfin des espèces de pâtisseries, qui furent enveloppées dans des nappes pour être envoyées chez les convives. Quand ce repas, qui avait duré une demijournée, fut ainsi terminé, on retourna se promener, et l’on pria de nouveau; puis chacun se mit à boire, à chanter, à dañser jusqu’au souper, qui ressembla au diner, sans se prolonger autant.

Leurs fêtes religieuses tiennent de celles des Indiens. Au commencement de chaque année, au mois de février, ils ont trois jours de réjouissances durant lesquels on échange des présents; puis quinze jours sont consacrés, dans Lhassa, à des solennités religieuses, en mémoire du triomphe du bouddhisme. Le dalaï-lama donne alors un festin avec des danses guerrières et des jeux sur la corde. Tous les lamas des environs vont au-devant de leur chef suprême, pour lui offrir des dons qu'ils portent sur leur tête. Vers la tin de ces fêtes, un homme du peuple, travesti en démon, se présente à un pré-

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tre qui figure le dalaï-lamà, et lui dit : Ce que nous voyons par les cinq sources de l'intelligence n'est pas illusoire ; aucune doctrine n’est exempte d'erreur. Le prêtre le réfute; puis, à titre d'épreuve décisive, il le défie de s’en rapporter aux dés. Le feint dalaï-lama jette le sien partrois fois et amène immanquablement six ; le démon a toujours as. Ainsi vaincu, il s'enfuit. Alors prêtres et peuple lui lancent dés coups ét le poursuivent jusqu’à une grotte, où il se réfugie pour se restaurer avèc des inets apprêtés : c'est de cétte manière que là doctrine dù néant se trouve consacréé.

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