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« Sacy dit qu'il fut introduit dans l'Yémen au commencement du neuvième siècle de l’hégire, par le cheik Dabani, et connu peu après en Égypte, où s’ouvrirent des maisons pour le vendre. Il ne fut apporté à Constantinople que sous le règne de Soliman, fils de Selim, vers 1556, et il devint dans cette viile un germe üe discussions. Les ulémas, gardiens de la loi, prétendirent que cette boisson enivrante était prohibée par le Coran, comme les autres spiritueux. Ébou-Suod , mufti, fit droit à leurs arguraents, et rendit un fetwa par lequel il déclara proscrite toute boisson faite avec des légumineux torréfiés,
Les individus, et ils étaient nombreux, qui avaient pris goût au café, élevèrent des réclamations ; d'autres, versés dans la connaissance de la loi, soutinrent qu’il ne se trouvait nulle trace d'une défense semblable ni dans la loi écrite, ni dans la tradition , et la décision du mufti, que ne valida point la sanction impériale, resta sans vigueur. Bientôt Constantinople vit s'ouvrir une cinquantaine de cafés dans le genre de ceux qui déjà existaient en Perse; ce furent des rendez-vous pour les désœuvrés comme pour les gens occupés, qui venaient y chercher un moment de distraction. Le nombre s’en accrut jusqu'à six cents sous Sélim et Araurat. Plus tard, étant devenus des asiles de débarches en mème temps que des foyers d’intrigues, Armurat LI les fit fermer, et interdit mème l’usage du café en 1578.
Les ulémas se remirent alors à discuter sur l’orthodoxie légale de cette boisson; mais, l’opinion qui la déclarait licite ayant prévalu, Amurat abrogea la défense. L'usage en augmenta alors, bien que le renouvellement des mèmes désordres fit tenter plusieurs fois d'en supprimer au moins la vente publique. Durant la guerre de Candie notamment, un prédicateur fanatique, nommé Wani, voulut démontrer que le café «ait contraire à l’Islam, et le fameux Koprili le fit defendre. Cepend it le goût général l’emporta toujours.
En 1523, Abuallah Ibrahim, mufti au Caire, s’éleva contre le café ; les habitan‘s, prenant parti pour et contre, commencèrent par discuter, et finirent par recourir aux armes. Le commandant de la pace, ayant apaisé le tumulte avec beaucoup de peine, réunit les chefs des deux factions, et, après les avoir écoutés longuement argumenter dans les deux sens avec la mème obstination et ia mème inutilité que de coutume, il trancha la difficulté en faisant verser du café à tout le monde.
L'usage en resta donc très-répandu en Orient, et il n’est pas de misérable hameau où il n’y ait boutique ouverte pour en débiter ; pas un homme, de quelque âge ou de quelque condition que ce soit, qui n’en boive; pas une maison si pauvre où l’on ne commence par en servir une tasse à celui qui vient en visite ou pour *‘faires. On peut évaluer à quatre onces par jour la consommation que chacun en fait. Jamais les Orientaux ne le prennent ni avec le sucre, ni avec le lait ; ils croiraient en gâter ainsi le goût; mais ils le savourent chaud à toutes les heures : jour, alternant les gorgées du liquide avec les aspirations de la fu‘: tabac
A Constantinople et dans les autres grandes villés, on trouve un grand magasin où l’on ne fait qu£ brûler et moudre du café. Quant aux boutiques où on le vend, eles «ont à peu près comme en Europe. On ÿ voit paraître, surtout en hiver, des be eleurs ou des conteurs d’histoires; qui débitent des récits avec la grâce et la vivacité propres aux langues orientales; les musulmans lés écoutent avec cet intérêt plein d’anxiété, particuliér aux habitants de ces contrées.
Venise, qui était en relations contifuëlles avéc l'Orient, fut probäblemeñt la première qui introduisit lé café dans la chrétienté; cetté ville et les pays de sa dépeñdanice sûr la terte ferme eurent pour ce breuvagé la même passion que les Orientaux. Pierre della Vallé en but pour là première fois à Constañntinopie en 1615, et il écrivait à Mario Schipano : « Quand je me disposëérai à revenir, j'en emporterai avec toi, ttet je ferdi connaître à l'Italie cette plante qui, jusqu’à présent, y est « peut-être inconnue, Si l’on én buvait avet le vin cotnme on le boit «avec de Peau, j’oserais supposer que c’ést le népétithës d’Homète, « qu'Hélène, comme il le raconte, tirä jadis d'Égypte, etc. » 11e trompait en ne le croyant pas cotinu, car le médecin allemand Léonard Rauolf en avait déjà parlé en 157, et plus exactement Prosper Alpino, qui avait été médecin du consul de Venise en Egypte, dans les ouvrages de Plantis Ægypti et de Medicina Ægyptiorum, 1591- 4502. Londres et Paris ne irent s'ouvrir des cafés que vers la moitié du dix-septième siècle. En Angleterre, sous le règne de Charles IL, il fut rendu une loi, le 27 décembre 1675, qui les supprimait comme des rendez-Vous pour les séditieux, des foyers dé médisances et de mensoïges politiques. En France, Sulimän Aga Muteferrika, ambassadeur en France en 1669, régalait de café tous ceux qui le fréquentaient, et en répandit ainsi le goût. Trois années après un Arménien nommé Pascal ouvrit lé premier café à la foire Saint-Germain, puis dans la ruë de la Monnaie ; mais il eut peu de succès, attendu qu’il n’y voyait guère venir que des chévaliers de Malte, ou quelques personnes qui avaient habité les pays étrangers. 11 dut donc transporter son établissement à Londres: mais, comme il arrive d’ordinaire, cé qui avait mal réussi au premier fit la fortune de ceux qui vinrent après lui, et qui bientôt se multplièrent. Étienne d’Alép fut le premier qui changea humble boutique en une belle salle avec des tables de marbre et des glaces ; la tasse de café s’y payait deux sous et demi. Ce ne fut pas la moindre gloire du ministère de Colbett.
. C'étaïent, en géhéral, des Levantins, des habitants de la Turquie ou dés Vénitiens qui ouvraient des cafés dans les principales villes, dutant tout le siècle passé. |
Lorsque l’üsage du café se fut répahdu sur une large échelle, on dut naturellement songer au moyen de s'affranchir d’un tribut qui chaque jour devenait plus pesant envers l'Orient, Les États qui avaient des posséssions entre les tropiques conçurent là pensée d’y acclimater cêt arbrisseau dans des sites analogues à ceux de l’Arabié Heureusé. Les
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Hollandais les Premiers en transplantèrent quelques rejetons de Moka à Batavia. Les magistrats d'Amsterdam en présentèrent à Louis XIV un pied qui, déposé au Jardin des Plantes, devint la souche des immenses plantations qu'en fit la France dans ses colonies d'Amérique. Il en fut expédié une plante à la Martinique; mais, l’eau étant venue à manquer dans ce long trajet, l’arbrisseau aurait péri si un amateur passionné n'eût partagé sa ration avec lui, Il arriva ainsi dans les An-
tilles, où spéra. !! en fut distribué des graines aux colons se hat ner et d'en accroître la culture. De là il se ir: gea à Sn 1e, à la Guadeloupe, et successivement dés autres | |
Ilen: boutures de la Guyane hollandaise à Cayenne ; la compagi :s françaisés ‘én éxpédia directement de Moka à l’île Bourbon, ou grain étant long, menu et vert plus que dans l’Ara-
bie thème, quelques-uns l'y crurent indigène.
Nous àavotis donné les caractères particuliers de l’arbrisseau.
Lôrèque la baie est parvenue à maturité, on la fait sécher dahs dès étuüves, où ‘mieux àu soleil, pour séparer la fève de la pulpe; opération qui se fait aveé des meules. Dans les Antilles, on jette la pulpe ou parénthyme, comme inutile; les Arabes en font une infusion. On achève de déssécher les grains dans des fours et à l’air libre ; pis on les ex- Dédie.
Quatid Napoléon ‘voulut faire la guerre à la Grande-Bretagne, en prohibant daïis toute l'Europe l'importation de sés märthandises, Te café, comme les autres denrées coloniales, s’éleva à dés prix exorbitants, et cette boisson devint un objet de luxe. On inventa alors différetits procédés pour y suppléer; mais aucun n’eut un heureux résulfat. Quand la mer fut rouverte, la consomation en devint plus grande que jamäis.
On classe les différents cafés, d’après leur qualité, dans l’ordre suivant : de Moka, de la Martinique, fin vert, de la Guadeloupe, de l'île de Botrbon, de Cayenne, Saint-Domingue, Ceÿlan, Marie-Galande, de la Havane, de Cuba, de Porto-Rico, du Brésil, de Java et de Sumätra.,
La consommation du café dans la seule Angleterre, en 1789, a été évaluée à 900,000 livres ; en 1834, à 24,000,000.
Voici les quantités qu’on en exporte des différents lieux :
Toônineaux, De Moka, Odéida et autres ports de l’Arabie...,....,.,, 10,000 De. Java: se sms sos vu ses sos EE 0 à del «. 43,000 De Sumatra et autres ports de l'archipel Indien... ‘sr 8,000 Du Brésil et de l’ancienne Amérique méridionale espagnole. 42,000 De Saint-Domingue. ...,....,...,..... sééte solo re .. B0,600
Des Indes occidentales. — Culonies anglaises. ......,.... 11,000 Colonies jadis hollandaises. ....,...,....,,,.:...,.:,. 5,000 Colonies françaises, y compris l'ile Bourbon. .....,...... 8,000
Total. 147,000
La consommation, selon quelques-uns, dépasserait de beaucoup ce
chiffre :
Tonneaux.
La Grande-Bretagne . , . . . . . . . . . . . . . . 115,000 La Hollande et la Belgique. . . . . . . . . . . . . .« 40,000 L'Allemagne et les pays voisins de la Baltique. . . . . . 32,000 La France, l'Espagne, l’Italie et les pays du Levant . . . 35,000 L'Améhique:: ts LE SNS 1,1, "20,000
Total.. 242,000