‹ Histoire universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 67 sur 79 · LES CARAVANES · texte numérisé non relu

LES CARAVANES

Les caravanes destinées à traverser des régions désertes ou peu sûres sont formées par différents propriétaires de chameaux, qui s’obligent, en société , à transporter d'un lieu à un autre, et à leurs risques et périls, les marchandises qu’on leur confie. Quand la caravane est complète, les chefs élisent parmi eux un ceik ou commandant, qui dirige les mouvements, ordonne les campemints, maintient le bon ordre, veille à la sûreté commune, commande en maitre, et, à l’occasion, doit ètre le premier à tenir tète à l'ennemi. Le prix pour les marchandises et pour les voyageurs est réglé à tant par chameau. il varie se- Jon les saisons ou selon les circonstances de guerre, en raison du nombre de soldats qu’il est nécrssaire de payer pour escorte, et des dons que l’on doit faire en route aux tribus errantes, selon les régions à traverser. Les chefs sont à cheval, et marchent à la tète de la caravane, qu'ils précèdent quelquefvis pour explorer le pays et voir s’il y ‘a des campements suspects. Lorsqu'ils en aperçoivent, s’iis se croient ‘supérieurs en forces, ils s'avancent sur eux; mris, s'il y a quelque «danger, ils rejoignent la caravane, pour préparer du mieux possible les moyens d' defense. Les solilats, armés de fusils, sont d'ordinaire à pied, et ne s’eloignent jamais du convoi. Quand on doit camper, le «Cheik plante en terre une bannière autour de laquelle tous viennent dresser leurs tentes, en les disposant circulairement ; les balles et les ‘caisses de marchandises, placées à l'extérieur les unes sur les autres, forment une espèce de retranchement. Dès que le camp est assis, «n ‘envoie les chameaux pâturer, en les faisant accompagner par quelques Cusiliers et par des serviteurs; à la nuit, on les fait rentrer dans l’intécieur du camp.

Avant le lever du soleil, on plie toutes les tentes, et, aussitôt la preqmière prière (namaz) faite, le cheik donne l'ordre du départ. Tous alors s’acheminent sans s'écarter. Les cavaliers et ceux qui n’ont point de marchandises peuvent seuls marcher en avant à leur gré, D’ordinaire, les personnes libres de tout empè:hement vont de conserve, et, après avoir fait quelques milles, mettent pied à terre pour attendre la caravane et laire collation, ou seulement pour avoir le plaisir de fu-

ap ce

nneaux.

u sûres oligent, ques et st comi dirige , ordre,

quelque possible inaire à mper;, le

mer à leur aise une pipe et de boire une tasse de café que l’on prépare à l'instant, en ramassant quelques arbustes auxquels on met le feu. Quand la caravane est arrivée, on remonte à cheval, et on la précède de nouveau jusqu’au lieu de campement. Autant que possible, on le choisit de préférence où d’autres caravanes se sont arrêtées, précaution très-importante, parce qu’on y trouve toujours assez dé fumier de chevaux et de chameaux pour allumer le feu et préparer les aliments; on s’en sert surtout pour cuire le pain. On pétrit un peu de farine ; puis on enlève la cendre du feu, et l'on place sur le sol ardent la pâte, que l’on recouvre d'une plaque de cuivre chaude; elle cuit ainsi sans brûler. Ce pain est très-mauvais, mais la faim le fait trouver bon, et les Arabes s'en contentent, ainsi que les Tartares. Les voyageurs aisés portent toujours avec eux leur provision de biscuit. Les Arabes n’allument de feu que pour torréfier et faire le café, et pour cuire le pain. Ces deux opérations se répètent chaque jour, parce que leur pain est beaucoup plus mauvais rassis que frais. On n’y ajoute d’autres aliments que des dattes, des figues, des raisins secs et du fromage renfermé dans des peaux d'agneau.

Il n’y a d'ordinaire, dans toutes les régions de l'Asie, et particulièrement dans l’Arabie, ni routes, ni mème de ponts su les fleuves ou torrents qui coulent loin des villes. Les relations de ville à ville se maintiennent au moyen de chameliers qui ne partent point à jour fixe, attendu qu'ils ne peuvent aller que par caravane. Personne ne voyage seul, vu les dangers auxquels on serait exposé. Il faut attendre que plusieurs voyageurs ou marchands veuillent aller au même endroit, ou profiter du passage de quelque grand personnage, d’un gouverneur, par exemple (pacha ou aga), qui d'ordinaire prend le convoi sous sa protection. Il y a cependant des caravanes qui ont un jour fixe pour leur départ. Une des principales est celle qui part chaque année de Constantinople pour Damas, et se rend de cette ville à la Mecque. Elle y arrive quelques jours avant la fète Fawen-al-Nahhr, ou, comme disent les Turcs, Kurban beyram, qui tombe le dixième jour du mois dulagia. Une caravane semblable part du Maroc, traverse la Mauritanie et la Libye, pour se joindre à celle des Égyptiens, qui se réunit au Caire, pour gagner la Mecque par la voie de Suez. 11 part de la Perse une autre grande caravane, qui, grossissant à son passage par Bagdad et Bassora, se dirige vers le mème point; plusieurs viennent de la Nubie et de l'intérieur de l'Afrique en passant la mer Rouge ; d'autres amènent les pèlerins musulmans des régions de l’Hindoustan, et arrivent en Arabie du côté de l’'Oman, en traversant le golfe Persique.

Outre ces grandes caravanes, composées de pèlerins dévots, auxquels se réumssent néanmoins en grande quantité des voyageurs et des marchands, il part du Caire chaque année deux ou trois caravanes pour la Nubie, huit ou dix pour la Lybie et la Barbarie, trente ou trentecinq pour Gaza et la Syrie. Il sort tous les quinze jours de Damas six caravanes se dirigeant sur Bassora, Bagdad, Alep, l'Égypte, l'Arménie

Page 1