‹ Histoire universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 8 sur 79 · EN SON I TE · texte numérisé non relu

EN SON I TE

Berbers.

vaisseaux, virent, en faisant voile vers la Crète, les flammes détruire encore une fois la patrie d’Annibal.

Dès lors le christianisme fut extirpé de l'Afrique. Les villes anciénnement illustrées par lé commerce, puis par les généreux défenseurs et les martyrs de la foi, devinrent l'asile des corsaires qui, jusqu’à nos jours, ont insulté et menacé l’ Europe,

Les Greés une fois expulsés, il s'agissait de soumettre les indigènes. Les opinions sont très-diverses sur la double origine des habitants de la côte septentrionale de l'Afrique. Quant aux Berbers, quelques-uns disent que, dans les premiers temps de l'ère chrétienne, Malek-Afriki amena de l'Arabie des tribus nombreuses dans la Libye; d’autres les font venir de Berbérah, ancienne ville sur la côte de Zanguébar; d’autres encore, des Carthaginois qui, vaincus par les Romains, sauvèrent leur indépendance en se réfugiant dans les montagnes. La première opinion s'appuie sur l’extrême ressemblance qui existait entre les habitudes de ces populations et celles de l’Arabie, de l'Yémen surtout : vie errante, langage sémitique, mélange des pratiques chrétiennes et judaïques, s’alliant à une idolâtrie superstitieuse, À cause de ces rapports, ils s’entendirent facilement avec les Arabes quand ils parurent en Afrique; et le calife Omar, secondant cette disposition par politique, les appela les frères de son peuple.

Quelques-uns font aussi venir les Maures où Mores des anciens Sabéens, origine dontils sont fiers ; d’autres, au contraire, avec Procope, les croient issus des Nébuséens ou Gergériens, chassés de la Palestine par Josué, ie successeur de Moïse. Ils avaient aussi beaucoup de ressemblance avec les Arabes, ce qui facilita le mélange par suite duquel ils ne se distingüèrent plus les uns des autres.

A l’époque dont nous parlons, leur reine, Cahina, les avait en quelque sorte disciplinés; excitant leur fanatisme en feignant d'être douée de l'esprit prophétique, elle les mena contre les Arabes, qui venaient troubler leur tranquillité, et qui se virent repoussés en un instant jusqu'aux frontières de l'Égypte. Après la victoire, elle réunit les chefs des tribus et leur dit: Nos villes attirent les Arabes par les richesses qu'elies contiennent. Que nous i mportent l'or et l'ar gent, à nous qui nous contentons de ce que produit ia terre? Détruisons donc villes et richesses, et Olons tout prétexte à ces hommes avides !

Sa proposition fut aussitôt exécutée, et tout l'espace qui s'étend de Tanger à Tripoli, réduit en désert, n'offrit plus ni

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arbres, ni habitations. La ruine de cette contrée fertile, commencée depuis trois siècles, fut ainsi consommée. Les indigènes se prirent alors à désirer comme un soulagement la tyrannie des mahométans, qui furent reçus avec joie et secondés dans leurs efforts; on en vint aux mains, et l’'Amazone africaine fut tuée dans le combat.

Les splendides dépouilles envoyées par Hassan au calife excitèrent l’avidité d’Abd el-Asiz, frère du chef des croyants, qui se fit investir du gouvernement de la contrée, dépouilla Hassan de ses richesses, et lui substitua dans le commandement Mousa ben-Nasser. L’iniquité de cette mesure fut couverte par les triomphes du nouveau général, qui soumit plusieurs provinces, tant au couchant qu'au midi, d'où il tira pour Abd el- Asiz un grand nombre d’esclaves et de chameaux d’une rare beauté ; agissant ensuile avec une prudente circonspection. et persuadant aux Berbers qu'ils étaient réellement de sang arabe, il se fit des alliés de ceux qui habitaient le pays de Gadam et de Zab; douze mille d’entre eux s'enrôlèrent même dans ses troupes.

Avec leur concours, il put réprimer les Maures qui venaient de se révolter, et trois cent mille insurgés, réduits en esclavage, furent envoyés par lui en Asie, Quand le calife fut informé des heureux succès de Mousa, il lui confia toutes les forces de l’Airique, afin qu'il en terminât la conquête ; voulant même lui assurer une plus haute considération, il lui conféra le titre d'émir al-Magreb, c’est-à-dire de gouverneur de l’Occident, et dès lors l'Afrique cessa de dépendre de l'Égypte.

Mousa, redoublant d'ardeur, subjugua les tribus qui erraient dans les déserts de Daara, de Sahara et de Tafilet; il prit des otages dans les cinq tribus maures de Zénéta, Mazmouda, Zanaga, Kétama et Hoara, qui étaient les principales et les plus anciennes, et s’efforça de les rendre tranquilles en introduisant parmi elle£ la religion du prophète. Ses projets réussirent si

bien, que les croyances et les mariages amenèrent une entière

fusion de ces tribus avec les Arabes.

Néanmoins, pour assouvir leur soif d'aventures et de butin, il voyait la nécessité de tenter quelque expédition lointaine ; son regard avide se portait donc de l'autre côté de la mer, quand les dissensions intérieures de l'Espagne lui offrirent l'occasion d'assujettir cette péninsule, comme nous le dirons bientôt.

Durant ces expéditions, Abd el-Malek, très-avare, mais plein

Walid.

Grecs.

Soliman,

de courage et de prudence, avait cessé de vivre. Il eut pour successeur Walid, homme indolent et inhabile dans la guerre. Son règne fut cependant l’époque la plus brillante des Ommiades, dont la domination s’étendit des Pyrénées à l’Yémen, de l’Océan à la muraille de la Chine. Le cruel et habile Edjag, gouverneur de l'Irak, envoya dans l'Inde, pour la soumettre au calife, son général Kotaïba, qui franchit l’Oxus près de Bou- Kkhara, s’empara de Samarcande, de Fargana et de Nascheb; puis, quand il eut subjugué la Boukharie et le Khowaresm, il passa l’Taxarte, pénétra dans le Turkestan, et fit flotter l’étendard du prophète sur les confins de l’empire chinois. Sur ces entrefaites, Kasim pénétrait à son tour dans l'Inde, dont les tranquilles habitants se résignèrent à la servitude plutôt que d'abandonner le culte de Brama et de Siva, culte déjà ébranlé par les bouddhistes, les juifs et les chrétiens.

Mais l’idée de couronner leurs victoires par la destruction de l’empire grec souriait toujours aux Arabes. Les Mardaites, qui ne cessaient d’infester la Syrie et tenaient fermées les gorges par lesquelles passaient les armées, avaient jusqu'alors arrêté les musulmans, quand le tyrannique Justinien II, soit par aveuglement sur ses propres intérêts, soit par jalousie, permit à Abd el-Malek de les combattre, fit assassiner leur chef, et les transplanta du Liban dans le Taurus.

Le pays une fois délivré de ce peuple redoutable, les Arabes occupèrent sans coup férir tout ce qui s'étend au levant de la chaîne du Liban, et envahirent l’Asie Mineure. Néanmoins, ils eurent à soutenir une attaque redoutable de la part de Léon, soldat isaurien d’une grande valeur, nommé par l’empereur Anastase au commandement de l’armée ; mais lorsque, après la déposition d’Anastase, Léon fut allé soutenir ses prétentions à l'empire, Walid s'occupa d'équiper une puissante flotte pour attaquer Constantinople.

La mort l'arrêta dans ses projets; mais Soliman, qui lui succéda, confia à son frère Moslem cent vingt mille hommes qui, embarqués sur dix-huit cents bâtiments, s'avancèrent dans le Bosphore et mirent le siége devant la seconde Rome.

Léon l’Isaurien, que nous venons de nommer, occupait alors le trône. Sa valeur et son habileté, secondées par le feu grégeois et par un hiver meurtrier aux peuples du Midi, contraignirent les musulmans à se retirer, après avoir perdu en treize mois plus de cent mille soldats. Cet échec suspendit pour quelque temps les conquêtes des Arabes sur les Romains.

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Walid fut le premier qui bâtit à Damas un hôpital et un caravansérail, vaste hangar pour loger les caravanes ; ce fut là un genre d'établissements dans lequel s’exerça ensuite la libéralité des princes musulmans. Il défendit d’employer dans les actes publics les langues (1) grecque et persane. Il conduisit à Damas une mosquée somptueuse, et une autre à Médine, sur le tombeau du prophète ; il fit placer àla Kaaba la gouttière d’or (mizab), sous laquelle, lorsqu'il pleut, se pressent en foule les musulmans qui veulent en recevoir les eaux.

A Walid succéda son frère Soliman, qui, plein de zèle pour la justice, protégea le commerce, mit en liberté les prisonniers, à l'exception des condamnés pour délit capital, et fit poursuivre les expéditions commencées contre l'Espagne et l'extrême Orient.

Omar II, son successeur, apporta sur le trône la simplicité des premiers califes ; afin de ne pas déranger la famille de son prédécesseur, il ne voulut point loger dans le palais, et dépensait à peine deux drachmes chaque année pour ses vêtements. Il chercha à convertir à l'islam l’empereur Léon, et abolit la malédiction que les sounnites étaient dans l'habitude de proférer dans toutes les mosquées, à la fin de chaque prière, contre Ali et sa famille. Les chrétiens furent autorisés à conserver leurs églises dans Damas. Il n'avait qu'une femme, épouse et servante à la fois.

Sa modération déplut aux fanatiques, qui le firent empoisonner; s’en étant aperçu bientôt, il dit au serviteur qui lui avait versé le breuvage mortel : Va, fuis, misérable; dépose au trésor le prix que l’on l'a payé, et abandonne ce pays; que personne n'entende jamais parler de toi ni de ton forfait ! Comme on l'exhortait à faire usage d’antidotes, il refusa, attendu que tout ce qui arrive est déterminé à l'avance. Son beau-frère, qui était venu le visiter, le trouva reposant sur des feuilles de palmier, vêtu d'une chemise déchirée. Sur le reproche qu'il en fit à Fatime, la femme du calife, elle lui répondit que depuis plusieurs jours il ne lui restait pas d’autre vêtement, parce qu’il avait tout distribué aux pauvres.

Yésid, son successeur, fils d’Ab el-Malek, fut loin de lui res-

(1) Alboufarage raconte que Walid interdit aux écrivains (cateb) de faire usage de la langue grecque dans les livres (defater). Quelques-uns ont compris

qu'il avait proserit l'idiome des Grecs ; mais cateb indique les scribes, ou rece-

veurs des deniers publics, et defater, corruption de &p6épa, les registres des

ravansse 1UTUNUOS

Omar.

TR

Yésid,

Hescham.

sembler ; il persécuta les Alides et déploya le plus grand luxe. Son frère Hescham, qu'il avait désigné pour lui succéder, déclara de nouveau la guerre à l’empire romain; excité par sa grande avarice, il épuisa les provinces pour remplir d'argent et d'or cent énormes caisses,

Un siècle ne s'était pas encore écoulé depuis que le prophète avait quitté la Mecque en fugitif, et déjà sa religion et le glaive de ses successeurs avaient soumis un territoire qu’une caravane aurait à peine traversé en cinq mois, c’est-à-dire, de Tarse à Surate, d’Aden à Fargana, en y ajoutant la côte d’Afrique. Le commerce contribua, avec la force des armes, à propager l’islamisme et la langue arabe ; Koufa et Bassora devinrent le centre des caravanes entre la Phénicie, l’Assyrie et l'Inde ; Alexandrie était très-fréquentée par terre et par mer; les étrangers qui s'y rendaient en foule, acquéraient la connaissance de l'islam, et, séduits par la simplité de sa doctrine et par la facilité de sa morale, ils en reportaient dans leur pays les notions et la pratique.

Malgré ses nombreux succès, jamais la famille des Ommiades n'avait pu se concilier la faveur populaire hors de la Syrie. Les musulmans zélés se rappelaient combien elle ‘avait

été une ennemie ‘cruelle pour le prophète au début de sa carrière, et ne lui pardonnaient pas le sang d’Ali et des saints

imans, versé par elle pour s’affermir sur le trône ; aussi leurs regards se tournaient-ils toujours avec espoir vers les descendants de Fatime, lesquels s'étaient voués à la contemplatton, imitant leur aïeul comme apôtre, non comme héros. Cependant Abas,: oncle de Mahomet, avait eu pour fils Abdallah, et celui-ci Ali, duquel était issu un autre Mahomet qui vivait obscurément en Syrie ; mais, voyant les musulmans irrités des manières acerbes d'Yésid, il fit valoir ses droits, en déclarant que les fils d’Abas étaient là véritable descendance du prophète, que le califat devait être héréditaire, et que les Ormiades l’occupaient par une usurpation violente.

Ses discours furent accueillis avec faveur, surtout dans ies provinces orientales, où il fut considéré comme le véritable calife ; il ne semblait donc plus manquer qu’une occasion ou un homme assez hardi pour lever la tête contre les Ommiades. Zéid prit à Koufa le titre mystérieux d’Inan; mais le gouverneur de Bassora le défit et le tua.

Les califes se succédaient rapidement; Merwan II, autre Ommiade, gouverneur de la Mésopotamie, s'affermit par

la générosité et le pardon, tout en réprimant les séditions par sa valeur ; mais, en transférant sa résidence de Damas à Harran dans laMésopotamie, il s’aliéna les Syriens, qui jusqu'alors avaient été le principal appui des Ommiades. |

Durant ces successions rapides, les haines des carégites et schyites ne faisaient que s'accroître ; enfin l’émir Abou-Moslem proclama les Abassides dans le Khorassan et les soutint avec une valeur intrépide. Cette famille était si riche, qu’elle possédait trente mille esclaves, puissant appui pour soutenir les droits qe lui attribuait sa parenté avec le prophète. Abou- Moslem, :yant donc triomphé de toute résistance dans ces contrées éloignées, réunit les partisans de sa cause ct leur fit prendre, comme signe distinctif, des vêtements noirs. Les Fatimites adoptèrent de leur côté le vert, les Ommiades, le blanc,et l'Orient et l'Occident furent bouleversés pour ces couleurs.

L’Abasside Ibrahim ayant été proclamé calife, l’étendard noir flotta dans toute la Perse et l’Irak-Arabi ; les Syriens euxmêmes, mécontents, ne restèrent pas fidèles à Merwan, qui fut vaincu chaque fois qu’il en vint aux mains avec Abou-Moslem. Ibrahim, autant par dévotion que pour se rendre les croyants favorables, résolut d'entreprendre le pèlerinage de la Mecque, se flattant d'être protégé par la sauvegarde que le prophète attribuait à cet acte sacré. Vaine illusion : Merwan le surprit sur la route et le fit mettre à mort.

Ce sacrilége exaspéra les esprits contre Merwan, qui vit se lever de toutes parts de nouveaux empires. Aboul-Abas, frère d'fbrahim, fut proclamé émir al-mouminin et iman; puis le calife, attaqué avec vigueur, resta ‘sur le champ de bataille.

Dans la ville de Damas, prise alors, on arracha de leur sépulture les os des princes ommiades ; leur palais fut rasé et leurs partisans se virent expulsés. Quatre-vingts membres de leur famille se flattaient d'obtenir grâce par leur soumission, et furent conviés à un banquet par Abdallah, oncle de l’émir al-mouminin ; mais, au milieu du festin, le poëte Chabil ben- Abdallah se présente, et reproche à leur hôte sa générosité inopportune : « Rappelle-toi, dit-il, Hussein; rappelle-toi « Zaïd : Hussein fut assassiné, et son cadavre traîné honteuse- «ment par les places de Scham, puis foulé aux pieds des che- « vaux ; Zaïd, égorgé sous les yeux de Hescham, resta exposé « comme un vil scélérat tant que vécut le calife. Veux-tu que « je renouvelle les regrets laissés par ceux qui furent assassinés « dans leur lit durant un repos sans défiance ? Te parlerai-je

Ibrahim.

Abasside,

Aboul-Abas,.

om mL M rm à creme

« d’Ibrahim ton neveu, perfidement immolé en prison, de son «cadavre jeté sur la voie publique ? Allons, sus! le fer en « main, avant qu'ils t’assassinent aussi ! que leur mort expie «le sang de tes amis, de tes parents! sus, sus! c’est le mo- « ment de la vengeance ! »

‘Abdallah les fit massacrer jusqu’au dernier; puis un tapis jeté sur leurs cadavres entassés lui offrit une table disposée pour un atroce banquet. Ainsi finit la race des Ommiades, qui, la première, avait combattu le prophète, puis étendu si loin les limites de son empire.

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