CHAPITRE VI
Le vicariat du prophète était enfin revenu dans sa famille, qui prétendait y avoir un droit exclusif (1). Aboul-Abas, surnommé le Sanguinaire (al-Saffah) à cause de la manière dont
754. jl acquit l'autorité suprême, mourut, après quatre années de règne, de la petite vérole qui avait dévasté l'Arabie. Il eut pour successeur son frère Al-Mansor, qui, mécontent des scandales suscités par les Rawendiens, qui soutenaient la métempsycose, résolut d'abandonner Damas, séjour des Ommiades, pour transférer vers l'Orient le siége du gouvernement. Après que
Al-Mansor.
(1) Généalogie des Abassides :
Al-Abas, oncle de Mahomet.
Abdallah
R | Mobehanet Abdallah
me
5e hedics Aboul-Abas Al-Mansor 749. El-Saffah 7h4-775.
758-754, | Mahomet I Mahadi 775-785, — — —— - | | | Mousa al-Hadi Haroun al-Raschid Ibrahim
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les horoscopes eurent été tirés exactement, la nouvelle ville fut fondée sur ‘|. rive du Tigre du côté du levant, quinze milles au-dessus des ruines de Modaïn, à l’endroit où s'élevait la cabane d'un ermite chrétien appelé Dad, d'où vient le nom de Bagdad. L’enceinte de la ville, à l’imitation d’un camp, s'étendit en cercle parfait autour du palais du calife. Comme elle se trouvait située dans le voisinage de Bassora, de Koufa, de Vaiet, de Mossoul, de Savada, et sur la route du commerce des Indes, sa population et sa prospérité s'accrurent rapidement; en même temps elle s’embellit des débris des villes qui avaient fleuri dans le voisinage. Après être restée cinq cents ans la capitale de l'empire musulman, elle tomba entre les mains des Tartares, des Mongols, des Turcomans, et devint enfin la capitale de l’empire persan restauré.
Les successeurs des califes de la Mecque, aux mœurs si simples, s’abandonnèrent dans cette nouvelle résidence au luxe des cours orientales; ils demandèrent pour leur harem un tribut de beautés aux contrées qui en sont le plus richement pourvues, et c’est à peine si l’on peut exprimer le faste qu'ils déployèrent en tapis, en pierreries, en barques somptueuses, en chevaux, en bôtes féroces. Des centaines d’eunuques les servaient, et des gardes couverts d'or veillaient à la sûreté du royal Bédouin. S'il daignaii encore précher le vendredi dans les mosquées, il demeurait invisible le reste du temps, renfermé au milieu d’une troupe de femmes, ou dans ses jardins (paradis) de Scham et du Tigre.
Al-Mansor construisit une multitude d’édifices, et soutint des guerres nombreuses tant au dehors qu’au dedans ; il laissa pourtant six cents millions de drachmes en argent et vingtquatre millions en or. Ses fils eurent bientôt épuisé ce trésor; car Mahadi consuma six millions de deniers d’or dans le seul pèlerinage de la Kaaba, emmenant avec lui jusqu’à des chameaux chargés de neige. Mieux inspiré, il fit aussi disposer des citernes et des caravansérails le long de sept cents milles qui séparaient la nouvelle capitale de l'islam de la première.
Un Arabe lui ayant fait présent d’une babouche de Mahomet, il lui donna dix mille drachmes, en‘ajoutant : Le prophète ne l'a seulement pas vue; mais si je l'avais refusée, on aurait cru qu'elle lui a vraiment appartenu, et l’on m'eût blémé de l'avoir méprisée; car le peuple penche toujours pour les faibles contre les puissants. Durant son pèlerinage, chacun réclamait
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il n’en faisait pas autant : J’aurais honte, lui répondit-it, dans la maison de Dieu d'implorer autre chose que lui-même,
Al-Mamoun, neveu d’Al-Mansor, avait distribué en dons, avant de mettre pied à terre à la Mecque, deux millions quatre cent mille deniers d’or. Lorsde son mariage, la tête de sa femme fut parée de mille perles des plus grosses, et l'on jeta au milieu des courtisans des billets de loterie de maisons et de terres.
Un si grand luxe énerva les princes sans policer les peuples, et l’ardeur des conquêtes ne cessa que pour multiplier les jouissances sensuelles, Cette ardeur s’attiédit, il est vrai, chez les califes ; mais, tandis qu'ils languissaient dans leur voluptueux palais, ils recevaient à chaque instant la nouvelle que de grandes provinces, dont ils entendaient le nom pour la première fois, étaient ajoutées à leur empire. Comme les musulmans croyaient se faire un mérite pour l’autre vie en bravant la mort sur les champs de bataille, chacun d'eux apportait dans une expédition tout ce qu'il avait de vaillance et d’habileté. Le centre avait beau être gangrené ; à la circonférence, chacun, comme un libre instrument de la Divinité, combattait en héros, non pour obéir au calife, non afin de vaincre pour lui ou l’empire, mais pour soi-même et ses croyances.
Ce fut ainsi que l’empire musulman embrassa, outre la pé- | se. ninsule où il était né, la Syrie, la Palestine, la Natolie, la Perse, con l'Arménie, la Médie, la Babylonie, l’Assyrie, tous pays d’une mil civilisation antique ; il soumit au même joug les nations farou- por ches qui habitaient le Sinde, le Sedjestan, le Khorassan, le don Tabaristan, la Géorgie, le Zablestan, le Mawarannah (Grande- pas Boukharie) jusqu’à l'empire chinois des Tang, et l'Hydapse le ses, séparait des royaumes indépendants de l’Inde septentrionale; r'ess il faut y joindre l'Égypte, la Libye, la Mauritanie et d’autres vall régions en Afrique , l'Espagne et une extrémité de la Gaule don en Europe. Ces diverses provinces, plus peuplées qu’elles ne le qu’. sont aujourd’hui, ne contenaient pas moins de cent cinquante ou millions d'habitants. cali
Partout s’élevaicnt des colonies militaires, agricoles et com- Abc merciales, qui répandirent le culte, la langue; les lois, la civi- afin lisation des musulmans ; l'Espagne en était couverte, et l’Afri- un que voyait surgir les nouvelles cités du Maroc, de Fez, de pro! Tanger, d'Oran, d'Alger, de Kairwan, de Mandiah, de Tripoli, pau: outre le Caire et Fennis dans l'Égypte, qui devint encore le cha
grenier du monde ; puis ayant pénétré au delà de Bab el-Man-
LES ABASSIDES. 139 deb, sur la côte occidentale de l'Afrique, les Arabes bâtirent
ins d’autres villes sur cette lisière du désert. Enfin, par Magodoxo, ns, Brava, Mélinde, Mombaza, Quilon, Mozambique, Sofola et Matre dagascar, ils se rapprochèrent de l’Indostan. De plus riches me colonies se trouvaient dans l’Irak- Arabi (Babylonie), où Basra, au Koufa, Haschémiah, Mohammédiah, Racca, Harouniah et Bagde dad aux soixante-trois tours renouvelaient l'antique gloire babylonienne. Le commerce, par Erzéroum, s’étendait jusqu’à la es, mer Noire et au golfe Persique ; par Balk, jusqu’à l'Inde, et, les par Boukhara et Samarcande, jusqu’à la Chine. Cet immense hez mouvement de caravanes et de marchandises du cœur de l’A- Lp- frique à la Baltique, de la Chine à la Gaule, les pèlerinages à de la Mecque et sur la tombe des imans animaient, par l’indusre- trie, une foule de pays nouveaux.
sul- La décadence, néanmoins, s’avançait sous tant de splendeur ant et de développement. La guerre se poursuivait ardemment à tait l'intérieur entre les verts, les blancs et les noirs; les Alides abi- ne renonçaient pas à leurs droits, et les Ommiades s’efforce, < çaient de ressaisir leur puissance perdue. Abdallah lui-même tait avait «lisputé le trône à son neveu Al-Mansor, mais il fut vaincu our . ettué par Abou-Moslem. Ce vaillant capitaine, au bras et au dévouement duquel les Abassides étaient redevables du trône, pé- se vantait d’avoir exterminé six cent mille Ommiades; on rse, consommait chaque jour, pour le scivice de ses tables, huit ne mille gâteaux, mille moutons, des bœufs et des volailles à proou- portion. Mille femmes étaient employées dans ses cuisines, , le dont le bagage, lorsqu'il fallait les transporier, n'’exigeait de- pas moins de douze cents bêtes de somme. Il avait trois époue le ses, qu'on lui amenait une fois par an pour recevoir ses caale; resses dans une litière qui était brûlée aussitôt; dans l’interres valle, elles restaient enfermées, et recevaient par la fenêtre ce ule dont elles avaient besoin. Abou-Moslem avait sollicité, lorse le qu’Aboul-Abas vivait encore, le titre honorifique d’émir hadji, nte ou conducteur de la caravane sacrée de la Mecque; mais le calife fit choix, pour le mortifier, d’Al-Mansor, son frère, m- Abou-Moslem exhala son mécontentement en paroles ; puis, vi- afin d’éclipser le frère du calife, il le précéda sur la route avec fri- un cortége magnifique et deux cents chameaux chargés de de provisions, Deux fois par jour, il invitait à sa table les principli, paux pèlerins, et, le repas terminé, il distribuait une robe à le chacun des convives,
Al-Mansor n'oublia point cette insulte, bien qu’il se servit de
Haroun-al- Raschid,
Littérature.
son épée ; puis, aveuglé par sa jalousie quand il le vit révéré dans le Khorassan comme prince indépendant, il l’attira à sa cour, et, violant les devoirs de l’hospitalité, le fit assassiner.
Mabadi continua le massacre des Alides, qui semblaient renaître du sang des leurs ; il rendait la justice avec un zèle assidu, et changeait de temps à autre les gouverneurs, pour empêcher qu’ils n’acquissent une trop grande autorité dans les provinces. Ses armes avaient prospéré, grâce à la valeur de
son fils Haroun, qui conduisit à bonne fin la guerre de Syrie,
et imposa un tribut à l'empire grec. Il aurait pu, à la mort de son père, s'emparer du trône au préjudice de son frère aîné Mousa-al-Hadi, qui se trouvait alors dans l’intérieur de l'Asie ; mais, généreux autant que vaillant, il mit, au contraire, tout en œuvre pour assurer les droits de l’absent. Ce dernier mourut un an après, tué, dit-on, par sa mère, qni avait le dessein de prévenir par sa mort les embüches qu’il tendait à Haroun, lequel lui succéda avec le surnom de Juste (a/-Raschid). Tout le monde sait combien il est célèbre dans les traditions orientales et dans les récits des Mille et une Nuits.
Nous avons vu le prophète et ses premiers successeurs se vanter d’être illettrés, et mépriser tout livre qui n’était pas le Coran. Mais, quand une religion est basée sur un code écrit, il faut bien qu’il s’introduise à sa suite une littérature d’interprétation et de discussion; or cette littérature pousse vers d'autres exercices. La poésie, déjà chère aux Arabes dans les siècles d'ignorance , fut protégée par les premiers califes. Un voleur condamné à avoir la main droite coupée, aux termes du Coran, obtint, par quatre vers, son pardon de Mohawiah : ce fut la première sentence judiciaire commuée par un prince musulman. Un autre Arabe vint lui exposer en vers que le gouverneur de Koufa lui avait enlevé sa femme, prodige de beauté, et le calife envoya aussitôt au ravisseur l’ordre de la restituer; mais il répondit en suppliant qu’elle lui fût laissée une année, après quoi il consentait à perdre la tête. Mohawiah conçut alors le désir de connaître celle qui était l’objet de passions si ardentes; mais à peine l’eut-il vue, qu'il resta charmé non pas tant encore de sa beauté que de son esprit vif et de sa manière élégante de s'exprimer : il la laissa donc libre de choisir entre lui, le gouverneur et le poëte. Il se flattait peut-être qu'elle serait éblouic de l'éclat d’un trône ; mais la jeune femme lui demanda d’une façon charmante de
la rendre à son premier amour, ce qu’il lui accorda en la comblant de louanges et de présents.
Du reste, les Ommiades n'avaient encouragé que l’interprétation du Coran et la poésie. La faveur des Abassides s’étendit encore aux sciences profanes. Les Arabes, pour acquérir l’instruction, avaient l'avantage d'occuper les contrées où subsistaient encore les restes de la sagesse antique, l'Inde, Alexandrie, la Chaldée. Mahadi fit don de soixante-dix mille drachmes à Merwan pour soixante-dix distiques composés en son honneur, Al-Mansor avait étudié l'astronomie, et il portait envie aux Ommiades, parce qu'ils l’emportaient en trois choses sur les Abassides : en grands écrivains, en grands généraux, en grands muezzins ; car il ne se trouvait plus un capitaine égal à Hedjag, un chantre national comme Baalbéki, un calligraphe pareil à Ebn-Hamid. Ce dernier avait réformé les caractères arabes; mais il fut éclipsé par Ebn-Mokla, qui inventa les caractères cufiques, et eut la main tranchée par l’ordre d’Al- Moklader, après avoir tiré trois copies du Coran, qui restèrent un type de perfection jusqu’au moment où ce chef-d'œuvre fut surpassé par Ebn-Baouvab, mort en 1022.
Le protecteur le plus splendide qu’ait eu la science chez les Arabes fut Haroun-al-Raschid, qui réunit à sa cour tout ce que les pays subjugués avaient de plus éclairé. Grâce à lui, l’académie de Bagdad acquit un nom dans la science médicale, que les Arabes nous ont transmise avec les bonnes doctrines de l'antiquité, mélangées d’un alliage d’observations superstitieuses. Isaac-ben-Onaïm traduisit en arabe la Syntaæis de Ptolémée, qui devint ainsi un des livres les plus connus au moyen âge, sous le nom d’Almageste (6 méyiatos).
Haroun se fit expliquer par Malek, fondateur, comme nous l'avons dit, de la seconde secte orthodoxe, son fameux livre intitulé /e Maoutha; comme il voulait fermer la porte durant cette explication, Malek lui fit cette remarque : La science n’est profitable aux grands qu'autant qu'elle est communiquée aux petits. Haroun voulant l’attirer dans son palais pour instruire ses fils : La science, dit le sage, ne fait la cour à personne ; c'est à elle qu’il faut la faire. —- Vous avez raison, reprit Haroun; ils se rendront où les autres jeunes garçons vont s'instruire à vos leçons ; et il les lui envoya.
Afin de couper court aux discussions interminables concernant la doctrine de l'islam, Haroun décréta que le Coran seul sera, tenu pour règle de foi, avec un petit nombre d'’inter-
prètes déterminés. !] fit charger deux cents chameaux des écrits
émanés des autres commentateurs et controversistes, avec or-
dre de les jeter dans le Tigre ; néanmoins il en resta beaucoup encore, et l’on n’en vit surgir que trop dans la suite, pour attester que l’on ne termine pas par décrets les disputes d'opinion.
Haroun prit pour maître de droit Asmaï, auquel il fit les recommandations suivantes : de ne pas lui donner des leçons en public ; de ne pas trop le reprenüre en particulier, mais «’attendre qu'il en fût requis; de répondre avec précision, sans rien ajouter de superflu; de se garder de vouloir lui suggérer ses propres sentiments; de ne pas exiger qu'il s'en tint à son opinion ; de l'aider surtout dans les discours qu'il fallait réciter aux mosquées et ailleurs ; de ne pas envelopper ses pensées dans des paroles obscures. Ce sont là des préceptes que les grands aiment assez que l’on observe, même quand ils ne le disent pas.
Un uléma célèbre alors, Jacob Abou-Jousef, fut le premier constitué grand juge de l'empire par El-Hadi et Haroun ; mais on pourra juger par un de ses actes jusqu’à quel point la science savait se plier aux désirs du pouvoir. Haroun, s'étant épris d'une esclave de son frère, lui en offrit trente mille écus d'or; mais celui-ci ne put le satisfaire, parce qu'il avait fait serment à la jeune fille de ne jamais la donner ni la vendre. Jacob, consulté sur ce qu’il y avait à faire, suggéra, pour éviter un parjure, une demi-vente et une demi-donation. L'avis fut suivi, et Ibrahim envoya à l’habile uléma les quinze mille écus qui lui revinrent de cet arrangement. Nouvelle difficulté, le Coran défend de cohabiter avec la concubine de son 1”, si elle n’a passé auparavant dans les bras d’un autre. jacc conseilla donc à Haroun de la faire épouser à un esclave, en stipulant qu'il la répudierait aussitôt, sans l'avoir touchée ; mais dès qu'il l'eut:en son pouvoir, l'esclave conçut pour elle une passion si vive, qu'il refusa de la rencre, même pour l'offre de dix mille drachmes. Le cadi trouva alors dans son esprit subtil cet autre expédient : il dit au calife de faire don de l’esclave à la belle ; or, comme le Coran interdit à la femme d'avoir son propre esclavr pour époux, le mariage devait se trouver dissous. Haroun parvint ainsi à ses fins, et l’uléma s'enrichit.
Abou-Fassan se fit un nom dans la science grammaticale. Rencontré un jour par Haroun, qui s’informa de sa position, il lui répondit : Quand je n'aurais recueilli d'autre fruit de mes
l'a des
aux rac la vér
raît vali han téra ad et t gan toni est cou sans fet, usa pro cass amc
quin
rits études que la grâce dont m'honore aujourd’hui l'émir des fiov- dèles en pensant à moi, j'aurais déjà lieu de m'estimer content. oup Cette réponse plut tellement à Haroun, qu’il le nomma préster cepteur de son fils Al-Mamoun. Comme il se présentait un . jour pour donner leçon au prince, celui-ci, assis à table avec R re- ses compagnons, lui écrivit sur une feuille de myrte deux vers sen dont le sens était : Z{ est un temps pour étudier, un temps pour Vat- se divertir (1), c'est maintenant l'heure des amis, des roses, des sans myrtes, dont je suis couronné. Hassan en traça d’autres en réérer ponse sur le revers de la feuille ; ils étaient ainsi conçus : Si tu son connaissais la sublimilé du savoir, tu préférerais le plaisir qu’il , ré- procure à celui dont lu jouts. Si tu connaissais celui qui est à ta pen- porte, lu te prosternerais pour remercier Dieu de la faveur qu'il que l'accorde. L’humilité n’était donc pas non plus alors ie mérite 8 ne des professeurs, ni la franchise celui des conseillers. | Dès le premier siècle de l’hégire fut commencé un dictionmier naire arabe, qui se perfectionna successivement, grâce surtout mais aux travaux de Firouzoubad. Les mots y sont déduits de leur it la racine, avec explication de leur emploi et développement de
tant la nature des choses désignées, de manière à constituer une écus | véritable encyclopédie,
fait La culture intellectuelle des Arabes laisse en général appadre. raître beaucoup d'imagination et peu de goût, et de l’obserévi- vation sans raisonnement. Accoutumés à une poésie toute de avis hardiesse, ils ne goûtèrent pas la fraicheur virginale de la lit-
lle : térature grecque, et ne traduisirent aucun des auteurs que nous Ité, admirons comme classiques, mais qui leur semblaient froids et timides. Ils se complaisent dans les images audacieuses, gigantesques, dans les expressions inattendues qui frappent d’étonnement ; ne sachant abandonner une description tant qu'il est possible d'y ajouter un ornement nouveau, ils entassent couleurs sur couleurs, comparaisons sur comparaisons, et, l'of- sans pouvoir se contenter du naturel, ils visent toujours à l'effet, au recherché, à la difficulté, Dans leurs vers, ils font ve usage des rimes, qui parfois sont en grand nombre, et se reproduisent dans tout le cours de la composition. Ils appellent casside une idylle de vingt à cent distiques ; gazelle, l'ode amoureuse qui en contient de sept à treize ; divan, les recueils
(1) On trouve la même idée, plus élégamment exprimée, dans un fragment ale. qui nous a été conservé par Athénée, liv. VII :
"Qon épäv, Won êè yausiv, opn Ôù nerabada
de ces pièces. Dans ces distiques, le premier vers est blanc, et les seconds ont dans l’œuvre entière la même rime a$sonante,
Il serait difficile de parler en détail de leurs poëtes, car certains orientalistes donneront la palme à tel d’entre eux dont les autres ne daigneront pas même faire mention. Bién qu'on ait cherché à signaler des rapports superficiels entre leurs productions et les premières poésies écrites dans les nouvelles langues, de l’Europe, nous croyons que les ressemblances d’expression proviennent de la similitude des sentiments, maïs non pas que nos versificateurs se soient proposé d’imiter les leurs. Leur influence se manifeste plutôt dans les romans de chevalerie, et c’est peut-être à eux que nous sommes redevables dés contes. Leur passion, comme nous l'avons déjà dit, pour faire et entendre des récits, mulliplia leurs travaux dans ce genre, tout à fait différent du chevaleresque, et qui traite, non pas d'aventures de guerre, mais de luxe, d'arts, de richesses, de’ fées, de voyages commerciaux. Ils mettent en scène ‘des princes et des marchands, des reines et des esclaves, des derviches et des odalisques, rarement des guerriers, et seulement pour inspirer la terreur; sans doute, ils savent exciter et soutenir l'intérêt, mais toujours par l’art des combinaisons, non en suivant les profonds développements des passions. Le recueil le plus répandu parmi eux est celui des Mille el une nuits (1), dont nous connaissons à peine en Europe la trénte-sixième