IV
(4) XXVIT, 22.
à l’aide des plus grands efforts, du château d’Atlante, qu'il se jette dans les bras d’Alcine, et oublie a belle dame que tant il chérissait ; en outre, il ne se détache pas de la magicienne comme Renaud le fait d’Armide, à la voix de le raison , mais parce que d’autres enchantements la montrent à ses yeux vieille et difforme. Il sort donc de ses lacs tout à fait guéri, et délivre Angélique du monstre qui la menace; mais ce n’est pas sa faute s’il ne lui ravit pas ce bien qui est le trésor le plus précieux d’une jeune fille. Fait-il preuve d’une grande courtoisie lorsqu'il jette dans le puits l’écu enchanté pour garder les autres armes et l’épée, enchantées comme celles de Roland, et qui enlèvent tout mérite au courage? Il abandonne tout, jusqu'à sa dame , pour rester fidèle à Agramant ; puis, lorsqu'il est choisi pour le duel avec Renaud, qui doit décider du sort de la guerre, il combat mollement, plutôt en vue de se défendre que dans le ‘désir de vaincre (1); or il aurait dû refuser, ou se comporter avec sa vaillance habituelle. Sa conduite avec Léon est belle; mais il s'était dirigé vers ces contrées avec le dessein de lui enlever la couronne, et de se rendre digne de la main de celle qu’il aimait (2); d’un autre côté, comment le magnanime Léon devient-il tout à coup assez lâche pour envoyer un autre combattre à sa place?
Lorsque Roger et Bradamante tiennent en leur pouvoir le grand scélérat Morganor, ils le défendent contre ceux qui veulent le tuer ; mais dans quel but ? parce qu'ils vnt projeté de le faire mourir d'angoisses, de mauvais traitements et de martyre (3). Zerbin, modèle de vertu, semble disposé à céder aux prières d'Odéric, quil’a gravement offensé, et à lui pardonner, en réfléchissant que foute excuse s’admet facilement quand la faute est un effet de l’amour ; on se figure qu’un acte de vertu va suivre : point du tout; Zerbin ne tue pas Odéric, afin de le forcer à voyager pendant une année avec Gabrine , persuadé que c’est creuser devant lui une ani: fosse où il ne pourra éviter de tomber, à moins d'un grand l.ssard (4).
Nous n’aimons pas à voir la femme dépouillée de ses qualités naturelles pour être lancée au milieu des armes ; mais, si de telles créations sourient à l’imagination des poëtes, qu’ils n’oublient
(1) XXXVHII.