‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 107 sur 146 · XXIV · texte numérisé non relu

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pas du moins la noblesse d’un sexe fait pour l'amour et la pitié! Si les ducs d’Este avaient eu du bon sens, ils auraient dû voir avec dégoût qu'on les faisait descendre d'une race où non-seulement les hommes, mais encore les femmes, versaient le sang a" férocité. Bradamante, par le conseil de Mélisse, tue Pinabei, ce qui est une vengeance inutile; mais admettons qu’elle soit juste selon la guerre : est-il de bonne chevalerie de l’égorger lorsqu'il fuit et ne se défend que par de grands cris et en demandant merci (1)? Non-seulement Bradamante et Marphise sont cruelles quand elles combattent pour l'honneur de leur cause, mais elles prennent un véritable plaisir à faire couler le sang. Lorsque Roger et Kenaud sont aux prises pour la décision du grand litige, elles se tiennent à l'écart, frémissantes et irritées de se voir retenues par le traité, et regrettent de ne pouvoir faire main basse sur tant de proies rassemblées (2); à peine voient-elles la trêve rompue, que, Joyeuses , elles s’élancent au milieu du carnage. d

Phénomène difficile à expliquer, les lyriques, en général , à commencer par les Siciliens, ont peint l’amour avec des couleurs chastes, sous lesquelles ils voilent leurs tableaux, tandis que les poëtes épiques et les conteurs ont semblé se faire une loi de tomber dans l’obscénité ; c’est à tel point que le Tasse lui-même, âme honnête et pure, n’a pas évité, dans un poëme religieux , la lubricité des peintures ni l’épicurisme des conseils. Mais aucun n’est allé aussi loin que l’Arioste, dont les vers sont remplis d’ambiguités impudiques et d'images licencieuses que l’on retrouve aussi dans ses :-omédies. Qu'on ne répète pas que c’étaient les vices du temps; l’: uteur est coupable de les avoir subis, ct, quand même il serait justifié, il resterait ie défaut de l’œuvre,

qu'il faut juger très-belle mais très-immorale.

On a dit que l’Arioste avait embrassé dans son poëme tous les états et toutes les conditions ; on y cherche pourtant en vain la femme vertueuse, la rière de famille et l’amante chaste. Il met en scène des Gabrine ou des Origille, les caractères les plus bideux qu’on puisse imaginer, ou des mères tyranniques comme celle de Bradamante, et des maîtresses voluptueuses, parmi lesquelles il faut toutefois distinguer la belle figure d'Isabelle, qui résiste à la violence mais qui n’a rien su refuser à l'amour.

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