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l'erreur. Ajoutez à cela cette peinture si vive, si variée, qu'elle en fera une mine inépuisable de tableaux ; ajoutez encore le plaisir qu’on éprouve à s’entretenir presque familièrement avec un des plus beaux esprits de l'Italie et inée du monde entier. C’est ce qui faisait dire à un homme de bon sens qu’on ne devrait periettré la lecture de l’Arioste qu'à ceux qui auraient fait une belle action dans l’intérêt de la patrie.
Comme il arrive parfois que nous cherchons à nous consolér par des sorigés de la triste réalité, nous avons pensé souvent à cé qui sérait advenu si tous les livres de l'antiquité consacré; aux güerres et aux conquêtes avaient péri, à l'exception de ceux où l’on traite d'arts, de sciences et de philosophie. Une force brutale, qui se qualifie de droit, et funeste héritage des fautes primitives, aurait sans doute dominé encore; mais , lorsque les études classiques se renouvelèzent, on aurait vu les doctes plus disposés à songer au droit, au bonheur du peuple, à la vérité, qu’à flatter les guerriers par de magnifiques comparaisons, à ne Vanter que les héros batailleurs. Personne ne doute, même ceux qui rient d’un pareil songe, qu'il n’en fût résulté un état de choses meilleur. À l’œuvre donc! que chacun de nous, selon sa force, se propose une telle fin; et, dans les œuvres littéraires, tâchons d’accréditer, au détriment du faux, le véritable mérite.
Gardez-vous de dire : Que puis-je faire? je suis seul. Grande, incalculable est la puissance des écrivains, et malheur à qui la méconnaît , Surtout à quiconque en abuse ! L'homme, alors qu'il s'apprête à faire usage de son talent, doit redouter les conséquences de chacune de ses paroles. Les Brigands de Schiller ont entrainé quelques individus dans la Voie de méfaits brillants ; les gémissements de plus d’un suicide ont frappé l'oreille, sinon le cœur, de l’auteur de Werther. Combien Machiavel a-t-il valu à l'Italie de deuil et d’infaniie! A l’Arioste, qui bouleverse les idées de vertu, qui divinise la force, fait délirer la raison, embellit le vice et justifie la volupté, la pâtrie peut reprocher plus de fautes qu’elle ne le soupçonne elle-même.
Gu'’on ne dise pas que nous prenons au sérieux un poëme consacré à la plaisanterie; Car C’est là son vice capital, puisqu'il plaisante à la manière de celui qui ferait éclater une bombe au
milieu de ses amis. Si nous jugeons les grands écrivains avec une imoitoyable sévérité, ce n’est pas avec la pensée de ternir leur gloire, mais pour éclairer la jeunesse, qui nous comprendra, nous
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l’espérons, et dont nous attendons, pour nous et les contemporains, le jugement impartial.
Il n’est pas dans nos habitudes de demander grâce pour la vérité, Nous crûmes de notre devoir, il y a quelques années, de prévenir hautement les pères de famille et les maitres du danger auquel ils exposaient les jeunes gens en leur mettant dans les mains cet écrivain , le plus dangereux parmi les auteurs italiens, parce qu’il est le plus beau; mais tous les pédants, vieux et noue veaux; se déchaînèrent contre nous, et quelques-uns rhême, au nom de l’Italie , nous sommèrent de nous rétracter ou dé prouver l’injure faite au grand poëte. Misérables ! iñclinez-vous devant les idoles du beau ; ornez de jouets les rêves et les orgies de votre patrie, Quant à nous, nous voyons dans les lettres un sacerdoce, une vocation ; nous éprouvons le besoin, et c’est même pour nous un devoir, d’avertir la jeunesse, de la détourner du beau quand il est l'ennemi du bon.
Si nous nous sommes montré si sévèré envers le grand poëte, on conçoit le cas que nous faisons de ses imitateurs qui, dénués de cette force dé génie qui lui fait tout pardonner, préténdent justifier par son exemple leurs basses flatteries et leur licence.
Louis Alamanni faisait partie de cette société de jeunes Florentins qui se réunissaient dans les jardins de Bernard Rucellai, comme Martelli, Vettore, Machiavel, pour s’entretenir de littérature, de philosophie et de politique. Surpris avec des armes prohibées, il fat condamné à une peine pécuniaire ; par dépit, il entra dans une conjuration qui fut découverte, et s'enfuit en France, où il trouva plus de bienveillance que dans sa patrie (1). Il revint en 1527, après l’expulsion des Médicis; mais sa conduite versatile le rendit suspect même aux républicains. Outre la Coltivazione, il comnosa une foule de poëmes chevaleresques, dans le seul but de satisfaire le goût du roi Henri Il. Son Giron le Courtois est une traduction en vers d’un roman français. L’Avarchide contient le récit du siége de Bourges ( Avaricum), dans lequel il habille Arthur, Lancelot et Tristan en Agamemnoh, en Achille et en Ajax; son fils l’appelle une Iliade toscane; cet éloge est la satire de l'ouvrage. Il a laissé, en outre, des satires,
(t) ÆEil buon Gallo... ch? io trovo amico Più de’ figli d’altrui che tu de’ tuoi.
Le bon pays gaulois que je trouve aujourd’hui, Bien plus que toi des tiens, ami des fils d’autrui.
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Alamanni.
Bernard Tasso.
des stances, des sonnets, des élégies, des psaumes, toutes œuvres :
médiocres.
La mémoire de Bernard Tasso, natif de Bergame, vit moins par elle-même que par celle de son illustre fils. Contraint de quitter sa patrie, il servit d'abord Guido Rangone, puis la duchesse de Parme, et enfin don Ferrant Sanseverino, prince de Salerne, qu'il accompagna dans l'expédition de Tunis, en Flandre et en Allemagne. Mais ce prince, député à Charles-Quint par les Napolitains, qui voulaient détourner de leur tête le fléau de l’inquisition, tomba dans la disgrâce de l’empereur, et passa du côté de la France; Bernard le suivit, et la pauvreté jointe à l’abandon ‘ut le prix de sa fidélité, jusqu’au moment où Guidobald d'Urbin lui donna un ssile ; il vécut ensuite à Mantoue, et devint gouverneur d Ostiglia.
Dans le cours d’une vie si agitée, il composa beaucoup, entre autres deux poëmes, le Florédant, dont on ne parle plus , et l’Amadis, où il se montre aussi riche d'images et d’expressions que son fils en fut sobre. Son caractère est l'élégance et la souplesse du style, ce qui lui faisait dire : Mon fils ne me surpassera jamais en douceur. Quoique Spérone Spéroni le mette audessus de l’Arioste, comme Varchi préférait Giron le Courtois au Roland, il nous semble qu’il est très-loin de cette variété de combinaisons et de style. Chaque chant de l’Amadis, et ils sont au nombre de cent, commence par une description du matin, et se terrine par une autre du soir. Tout se passe en descriptions, cette ress® des talents médiocres, avec la correction, qui est aussi leu iage, mais sans le moindre intérêt. A l’imitation de l’Arioste, il interrompt constamment ses récits au moment où la curiosité est le plus excitée, et il les multiplie jusqu’à la confusion, sans qu’il paraisse entraîné par le sujet et la fantaisie. Nous l’avons lu d’un bout à l’autre sans qu’une seule octave nous ait laissé le désir de la relire.
Bernard Tasso se fit adulateur, faiblesse dont il cherche à s’excuser par l'exemple d’Arioste et son état de gêne (1); il est
(1) El écrivait, le 12 juillet 1560, à Antoine Gallo : « J’envoie à Son Excellence deux cahiers (de l’Amadis), où sont les deux temples de la Renommée et de la Pudeur. Dans l’un, je loue l’empereur Charles-Quint, le roi son fils, plusieurs généraux illustres, tant morts que vivants, et d’autres personnages célèbres dans l’art militaire. Dans l’autre, je loue plusieurs princesses et dames italiennes ; mais Dieu veuille pardonner à l’Arioste, qui, en introduisant cel abus dans les poèmes, a obligé à limiter quiconque écrira après lui! En effet,
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vrai que Charles-Quint lui avait enlevé la subsistance de ses enfants, et que, faute de savoir se créer quelque profession honorable, il le flattait pour obtenir la restitution de ses biens (1).
Dans cette foule d’épopées érudites, faites à froid, par réminiscences et par imitation, comme on faisait des sonnets amoureux parce qüe Pétrarque avait joué l’amoureux, tous les personnages sont pervers ou vertueux ; mais leurs vertus ou leurs vices Sont génériques, et n’ont pas ce mélange qui est dans notre pauvre humanité, L'art était devenu un véritable métier. On ne savait plus créer ; le moyen âge n'était plus compris, et la naïve contemplation de la nature n’avait pas encore été remplacée par cette finesse d'observation, par cette analyse du cœur humain, qui constitue la poésie des peuples cultivés.
Nous citerons encore parmi ces littérateurs méd iocres Anguillara, traducteur des Méfamorphoses d’'Ovide. Sa facilité d’expression , égale à celle du poëte latin, lui permit d'être prolixe et plus libre encore que l'original ; il n’en fit pas moins trente éditions dans le cours de ce siècle, et mourut de misère et de libertinage.
Quelques poëtes se hasardèrent à chanter les faits contemporains, comme François Montovano, dans le Lautrec , Leggiadro Galiani, dans la Guerre de Parme, Olivier de Vicence, dans l' Allemande ou la ligue de Smalkalde; mais on ne lit plus que les Décennales de Machiavel, à cause du nom de l’auteur.
Jean-George Trissin, de Vicence, d’un esprit très-cultivé, voyant tout dégénérer en bouffonneries dans l'épopée comme sur la scène, conçut la pensée d’opposer à cette manie des sujets
bien qu’il ait imité Virgile, il dépasse, en cette partie du moins, les limites du jugement, entraîné par l’adulation qui, comme aujourd’hui, régnait alors plus que jamais dans le monde. Virgile toutefois, reconnaissant qu'il en résulterait de la satiété, ne mentionna que peu de noms dans son sixième chant ; mais, pour lui, il s’arrête sur ce sujet, et il veut en mentionner un si grand nombre qu’il engendre l’ennui. Et cependant à est nécessaire que nous, qui venons après lui, marchions sur les mêmes traces. Quant à moi, comme il faut que je parle decertaines personnes à cause de bienfaits reçus, de certaines autres par l'espérance que j'ai d’en recevoir, de quelques-unes par respect, de quelques autres en considération de leur mérite, de plusieurs malgré moi…., il me sera d'autant plus permis de croire qu’à cet égard je fatiguerai moins que l’Arioste. »
(1) 11 écrivait, le 18 mai 1560, au cardinal Gallo : « Si la magnanimité du roi catholique, à qui j'ai dédié ce poëme, ne prend pas pitié de mes disgrâces, et ne fait pas, en récompense de mes nombreuses fatigues, restituer à mes enfants leur héritage maternel, et si l’on ne répare pas en partie les grands dommages que j'ai endurés, je me trouverai dans une extrême détresse, »
Anguillara,
Trissin, 1478-1550.
sérieux et patriotiques; il composa donc l'Ifalie délivrée. C'était une innovation, et pour le vers scio/{o qu'il essayait le pre. mier (1), et pour l'orthographe qu’il voulait faire adopter; mais la veine poétique n’était pas chez lui assez riche, sans compter qu’il voulait transplanter la simplicité grecque au milieu d'un siècle tout pompeux , dans une langue d’une, nature bien différente, Sans parler de sa froideur constante, il manque toujours d'invention et de sensibilité; ignorant les convenances du style, il met des phrases prosaïiques et plébéiennes dans la bouche de ses héros, de manière qu’on ne s'exprime pas autrement dans la Sophonisbe que dans les Simillimi, et que Junon tient le langage d’une marchande. Lorsqu'il vit qu’on laissait dans l'oubli sa prose mesurée, il attribua cette indifférence au caractère sérieux de son œuvre (2); mais en réalité il dut s'apercevoir que, magistro Arislotele ac Hamero duce , pour employer ses expressions, on peut fairé une très-pauvre épopée.
Il réussit mieux dans Sophonisbe, la première tragédie régulière de l'épaque moderne, qu’il modela sur Sophocle ;-et dans laquelle le chœur remplit non-seulement l'intervalle entre les actes, mais joue, encore le rôle moral. Le caractère de l'héroïne, que personne n'avait traité avant lui, offre un mélange convenable de réalité et d’idéal. Mais les couleurs sont pâles et uniformes; la simplicité grecque est portée à l'excès , et l'intrigue est nulle; les épanchements d’une douleur timide se multiplient outre mesure, et le style surtout manque de vigueur.
Rucellai fit pour la scène Rosemonde et Oreste; Alamanni, une Antigone; Martelli, une Tullia ; puis les tragédies se multiplièrent , quand on eut adopté l’usage d’en représenter à l'entrée des princes. Peut-être l’Horafia de l’Arétin est-elle la meilleure tragédie de ce siècle. Des récits prolixes, un dialogue froid , des chœurs qui proclament une morale triviale, tels sont les défauts de ces pièces , façonnées sur le modèle classique.
Sans parler d’autres calques plus ou moins malheureux de
(1) C’est à lui qu’en revient le mérite, et non à Rncellai, qui lui écrivait, dans sa dédicace des Abeilles : « Vous fûtes le premier qui mites en lumière cette manière d'écrire en vers maternels affranchis de la rime. »
(2) Sia maledetta l’ora e il giorno quando Presi la penna , e non cantai d'Orlando.
Que soient maudits le jour, et l'heure, et le moment, Où la plume je pris et ne chantai Roland.
l'antiquité , ait passé si Spérone Spé l'un. des ad fut amèremé Les cinq dis de nouvelle bruit,
L’'Orbecc parricide, u de pair avec pranda d'Aï met aussi l” Fuligni étale Turcs.
Les Italie sans rien de productions voulu faire routes à la 1 préférence ét diffus que s aux grands t a besoin du comme de la
Les profat d’Aragona, f étonnant, dit tant se faise ce nom sans oreilles, com qui puisse r autres produ peine queles et furieux, « offrissent non-seuleme riées ou vet les laisser vo exemple « d discussion e