POÉTESSES
l'antiquité, nous nous bornerons à exprimer le regret que l’on ait passé si vite de la peinture des affections à celle des crimes. Spérone Spéroni, auteur de traités moraux vides”et pesants , et l'un. des adversaires du Tasse, fit dans ce genre la Canace , qui fut amèrement critiquée lorsqu'elle n’était encore que manuscrite. Les cinq discussions qu'il publia pour se défendre lui attirèrent de nouvelles attaques, suivies de ripostes qui firent alors grand bruit,
L'Orbecche de Cintio Giraldi, où l’on trouve un inceste, un parricide, un suicide et quelques meurtres secondaires, peut aer de pair avec toutes les inventions de l’école satanique. L’Arcipranda d'Antoine Decio l'égale sous ce rapport. Muzio Manfredi met aussi l’inceste sur la scène dans sa Sémiramis , et le moine Fuligni étale aux regards les tortures infligées à Bragadin par les Turcs.
Les Italiens eurent donc les premiers un théâtre régulier, mais sans rien de national et de spontané ; leur enthousiasme pour les productions de l'antiquité ne permettait pas, à ceux qui auraient voulu faire usage de leurs propres forces, d'ouvrir de nouvelles routes à la littérature. Le modèle même qu’ils avaient choisi de préférence était mauvais; Sénèque, ce modèle, n’exerce son style diffus que sur des intrigues romanesques. Ludovic Dolce revint aux grands tragiques grecs, mais sans art ni profit. La tragédie a besoin du peuple, et le peuple restait exclu de la littérature comme de la politique.
Les profanations et la licence de Boccace révoltèrent Tullie d’Aragona, fille d'un cardinal, instruite et très-belle; « Il est étonnant, dit-elle, que les larrons même et les traîtres, qui pourtant se faisaient appeler chrétiens, aient pu entendre prononcer ce nom sans se signer de la croix sainte et sans se boucher les oreilles, comme à la chose la plus horrible et la plus scélérate qui puisse résonner aux oreilles humaines. » Elle déplorait les autres productions éhontées de ses contemporains , et voyait avec peine queles Morgante, les Reine Ancroja, les Roland amoureux et furieux, les Beuve d’Anthona, les Leandra, les Mambrian, « offrissent des choses lascives, déshonnètes , si indignes, que non-seulement des religieuses, des demoiselles , des femmes mariées ou veuves, mais encore des filles publiques, ne sauraient les laisser voir chez elles. » Ayant donc reconnu par son propre exemple « de quel grand dommage est pour les jeunes âmes la discussion et plus encore la lecture des choses lascives et vi-
Femmes.
laines, » elle écrivit le Guérin dit le Pauvret, dans l'intention « de louer Dieu seul, et avec la conviction d’avoir procuré au « monde un livre fait pour lui être très-agréable à tous égards, » Malheureusement on ne peut donner d'éloges qu'à sa bonne volonté.
Beaucoup d’autres dames se firent dans ce siècle une réputation littéraire, et se distinguèrent par leurs connaissances. Cassandre Fedele, remplie d’enthousiasme, de savoir et de piété , s'appliqua dès son enfance à des études élevées, sans rien perdre de la grâce et de la simplicité naturelles. Jamais elle ne porta ni or ni pierreries; jamais elle ne se montra en public que vêtue de blanc, et la tête couverte d’un voile. Admirée dans toute l'Italie, elle était vénérée des Vénitiens, qu'elle émerveillait par son érudition classique et théologique. Isabelle d'Aragon voulut l’attirer à Naples par de magnifiques promesses; mais le sénat ne consentit pas que la république fût privée d’un de ses plus beaux ornements, Jean Bellini fut chargé de reproduire ses traits lorsqu'elle atteignait à peine sa seizième année, c'est-à-dire dans un âge où, pour saisir avec vérité une physionomie presque enfantine et pourtant déjà vaguement inspirée, il fallait un pinceau dont la touche délicate et naturelle fût en harmonie avec le sujet,
Le sénat de Rome décerna à Tarquinia, petite-fille de François- Marie Molza, le titre de citoyenne et le surnom d’Unique, que le Tasse plaça en tête de son dialogue sur l'amour.
Olympie Marata composa des hurangues, des lettres, des dia-
logues en latin et des poésies grecques. Ses opinions religieuses
l'ayant forcée de quitter Ferrare avec son mari André Grunther, qui était protestant, l’université d’Heidelberg les invita à professer, lui la médecine, elle la langue grecque; mais elle mourut à l’âge de vingt-neuf ans.
Gaspara Stampa, de Padoue, fit des vers que lui inspirait son amour pour Collalto, guerrier peu sentimental, qui s’ennuya de ses doléances rimées.
Véronique Gambara, qui fut dans sa jeunesse l’amie de Bembo, et plus tard, durant neuf années, la femme de Gibert de Correggio, passa dans un chaste et studieux veuvage le reste de sa vie.
Victoire Colonna, fille du grand connétable Fabrice , cultiva la poésie avec plus de succès que ses émules. Fiancée à l’âge de quatre ans à Alphonse, marquis de Pescaire , qui avait le même âge , elle l’épousa à dix-sept ; mais il mourut âgé de trente-ciuq ans à la bataille de Pavie : pour adoucir sa douleur, elle chanta
les vertus di la religion.
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Au milie impossible trouvassent de méditer !
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La gloire core à Flore Tite-Live, les vicissitu Il prodigue comme exil le travail v lance.
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