HISTORIENS; POLITIQUES. J
blique, et « ce qui advinten Italie, et par suite dans tout le monde, sous forme de journal, en l'honneur de ma patrie vénitienne, et non pour un salaire donné par la république, comme en ont d’autres qui cependant n'ésrivent rien ou fort peu. » Il s’appuya sur des documents publics et particuliers, et raconta les événements qui lui étaient personnels, événements qui tiraient leur importance de sa participation à la souveraineté comme citoyen. Le conseil des Dix autorisa Sanuto à consulter les archives, « et ces lettres qui transmettent les nouvelles de diverses parties du monde, à mesure qu'elles viendront, de jour en jour, des orateurs ou des recteurs de la république, après qu'on les aura lues dans Pregadi, et lorsqu'il n’aura pas été recommandé particulièrement de les tenir secrètes, afin que ledit journal puisse être rédigé avec certitude (1). Ses Vies des doges sont imprimées ; mais cinquantehuit gros volumes in-folio de ses manuscrits, qu'il avait laissés au conseil des Dix comme seul patrimoine d’une famille dogale, souveraine de Naxos et d'autres îles de l’Archipel, sont enfouis dans la bibliothèque de Vienne (2). Sanuto resta constamment dans l'opposition ; mais son désir de conserver les anciennes institutions de sa patrie lui faisait repousser les améliorations que le siècle réclamait.
Les annales de Gênes furent écrites en Italien, sans art, mais avec beaucoup de vérité, puisqu'elles n'étaient pas destinées à la publicité, par Augustin Giustiniani. Hubert Foglietta, latiniste pur et châtié, se montre toujours plein de vivacité dans ses deux livres de la République de Génes, où il déclame contre la noblesse; ce qui le fit exiler. Accueilli à Rome par Hippolyte d'Este, il écrivit, toutefois sans documents, les Éloges des Génois et l’histoire de sa patrie jusqu’en 1527. L'histoire de Bonfadio en cinq livres, de 1528 à 1550, est classique ; elle offre un tableau fidèle des agitations de cette république, dont on a pu dire avec vérité que ses historiens valaient mieux que son histoire. La première histoire complète, en trente-trois livres, fut
Glustiniant.
Foglietta,
Bonfadio,
publiée à Anvers, en 1519, par Pierre Bizaro de Sassoferrato; sassoferrato,
outre qu’elle est composée de seconde main, elle a le tort d'isoler les faits intérieurs de ceux du dehors.
(1) Ce fait semble réfuter la défiance ombrageuse imputée au gouvernement vénitien. La même offre fut faite à Bembo , qui se contenta de demander à consulter ces journaux,
(2) Voy. Rawnon Brown, Ragguagli sulla vila e le opere di Marin Sanuto, detto Juniore, veneto patrizio, etc. ; Venise, 1838,
Benvenuto San Giorglo,
Costanzo.
Porzio.
Paui Jove.
Paul Emili.
Luc Contile.
382 QUINZ2IÈME ÉPOQUE.
Béhvenuto de Saint-George, comte dé Biandrate, fit en latin une histoire très-exacte du Montferrat ; $l mit à contribution les archives, qu'il pouvait consulter à son gré.
L'histoire de Naples en vingt livres, de 1250 à 1489, par Ange de Costanzo, est d'un style clair, mais languissant, monotone et sans profondeur ; elle a le mérite de citer les documents. Cämille Porzio a retracé la conjuration des barons contre Ferdiband I*', qui forme un épisode estimé. Jean-Baptiste Adriani a écrit l’histoire de toute l'Italie, de 1536 à 1574.
Paul Jove de Côme, évêque de Nocera, dessina largement dans un latin élégant, sinon très-pur, le tableau des temps où il vécut, c'est-à-dire de 1494 à 1544. Sa position lui permit de connaître beaucoup de faits ignorés de la plupart des autres; mais cé sont précisément ceux qui inspirent le moins de confiance en lui; en effet, vénal à l'excès, il ne sait faire que dés panégyriques ou des diatribes. Il croit peu à la générosité, et cherche à justifier les mauvaises actions de ses héros. L'évêque de Pavie tombe assassiné, et il invective contre lui pour disculper le duc d'Urbin ; Gônzalve de Cordoue trahit César Borgia , et Päul Jove l’excuse. Commeé on l’avertissait une fois qu’il avait räpporté un fait faux : Laissez faire, répondit-il, d'ici à trois cents ans tout sera vrai. Les trois cents ans se sont écoulés, et ce laurier qui croît au milieu des contradictions des forts et des larmes de ceux qui souffrent, lui a été arraché {1),
Son frère Benoît a laissé une histoire passable de Côme ; Jean- Baptiste Pigna , de Ferrare , celle des princes d’Este; Polydore Virgile, d’'Urbin, celle d'Angleterre, qu’il entreprit par l’ordre de Henri VII, ouvrage aussi pitoyable que son traité de Inventoribus rerum. Paul Emili, de Vérone, fit pour Louis XII l’histoire de France jusqu’en 1489 ; il mit un ceftain ordre dans les faits anciens, autant du moins que le permettait la critique à cette époque, et son travail, pendant quelque temps, fournit les meilleurs documents. !
Luc Contile, historien soigneux et clair, quoique assez peu hardi, s’éleva, en écrivant sur les devises et les armoiries, à quelques vues générales. Il courtisa la marquise del Vasto et Victoire Colonna ; son poëme de la Vice, qu'il dédia à cette
(1) Charles-Quint, tout en ambitionnant leurs louanges, appelait Jove et Sleidan ses deux menteurs, l'un disant trop de bien de lui, l’autre trop de mal.
dernière, toison d’ot le dragon cule pou écrivit sur les antiqui Jean Gt homme ex tout à la f comme nor de 1480 à 1 Il reste da de ceux de statistiques d'économie Nous ne écrit sur un nous serait nouvelle, o Tous attend matériaux, | ment les do un choix; il homme; en { les écrivains bien moindr:
toujours pré sent l’histoire ractère.
L'histoire des impressi générale, de des éléments Machiavel, q florentines, t gards sur les tails peu im Observateur précier l’utili diplomate et portionnée à
dernière, n’est rién moins que chaste ; il corapare sa vertu à la toison d’or et aux pommes d’or des Hespérides, gardée, non par le dragon, mais par ses beaux yeux, dont Jason seul où Hercule pourrait braver le regard redoutable. Valérien Pierio écrivit sur les hiéroglyphes comme on pouvait le faire alors, sut les antiquités de Béllune et l’infortune des gens de lettres. !
Jean Guidiccioni, de Viareggio, évêque de Fossombrofie, homme excellent et sincère, animé de sentiments chrétiens et tout à la fois patriotiques, accompagna Charles-Quihit en Afrique comme noce du päpe; il a laissé dans $es léttrés, qui Vont de 1480 à 1551, des notés précieusés sur Îles affairés de ce temps. Il reste dans ce genré beaucoup de relations d’ainbassadèuts, de ceux de Venise surtout, qui offrent, outre des renseigneménts statistiques , des préceptes et des äpplications de politique et d'économie.
Nous ne ferons pas mention des historiens particuliers , qui ont <urit sur un fait isolé, ou sur tellé ou telle villé; d’ailleurs il nous serait impossible d’en signaler un qui se soit frayé uné voie nouvelle, ou qui ait laissé sur l'anciénné des traces puissantes. Tous attendent un génie supérieur qui les emploie, comme matériaux, pour édifier une histoire d’Italie. Ils rapportent rarement les documents, et n’ont pas assez de critique pour faire un choix; ils se pässionnent, en outre, pour un pays où pour un homme; en général, ils n’affectionnent pas l'anécdote autant que les écrivains du siècle précédent, parce qué.la vie publique est bien moindre dans celui-ci. Les historiens qui ont écrit en latin, toujours préoccupés de la forme, sont inférieurs; ils travestissent l’histoire et la dépouillent de ces détails qui en font le caractère.
L'histoire avait un grand pas à faire; il lui restait à passer des impressions individuelles ét des faits détachés à l’action générale, des hommes isolés aux forces politiques, à l’accord des éléments sociaux. Elle fut dirigéé dans cette voie par Nicolas Machiavel, qui, dans le tableau dont il fit précéder ses Hisfoires florentines, tout incomplet et défectueux qu’il est, porte ses regards sur les causes lointaines des événements, et négligé les détails peu importants pour s'arrêter sur les points culminants. Observateur peu profond, mais riche de sens pratique pour apprécier l'utilité des faits, homme d’État actif et spéculatif, grand diplomate et grand écrivain, il ne donne pas une importance proportionnée à tous les éléments dé la vie sociale ; c’est à peine si
Machiavel.
les beaux-arts et Ja littérature, cette gloire de sa patrie, : raissent au milieu du choc des armes et des intrigues des cabinets, La clarté, la brièveté, la puissance, sont les qualités constantes de son style : mérites d'autant plus louables qu'ils étaient plus rares de son temps. Du reste, il procède sans art, sans réminiscences classiques, si bien qu'on suppose qu’il ignorait le latin ; ses périodes même, comme il ne vise qu’à la force, sont le plus souvent boiteuses.
Comme poëte, outre ses comédies, où il, montra combien le goût national pouvait s'améliorer, Machiavel composa les Décennales, misérable imitation de Dante, dans lesquelles il raconte les événements contemporains. Dans l’Ane d'or, qui ne rappelle que par le titre la spirituelle satire de Lucien , il feint de s'être égaré dans une forêt où une dame le sauve de la fureur des monstres, et le conduit dans une ménagerie d’animaux allégoriques.
Ses Discours sur les Décades de Tile-Live ne sont l’œuvre ni d’un critique ni d’un historien. Il n’examine pas la certitude des faits. Loin de dévoiler les mystères du gouvernement romain, il ne les soupçonne même pas; il se borne à prendre des passages de son auteur, comme le faisaient alors les prédicateurs, et part de ce texte pour discourir sur des matières diverses. Il ne faut donc pas y chercher l’histoire ancienne, mais bien des applications continuelles, ainsi que la connaissance des hommes et de la société. Il ne court pas, comme Montesquieu, après les effets et les antithèses, pour soutenir des propositions capricieuses à l’aide de documents choisis au hasard ou à dessein; mais il se montre convaincu par sa propre expérience , et très-indifférent à l'opinion des hommes sur sa véracité. Pour lui, réussir est la gloire unique; le meilleur instrument, la force, qu'elle soit celle de Sparte pour “onserver, ou celle de Rome pour conquérir. Il nie le droit , il nie le Christ pour lui substituer une espèce de religion astrologique ; il nie le progrès, mais il pense que, « si l’on veut qu’une secte ou une république puisse vivre longtemps, il est nécessaire de la ramener souvent . vers son principe (1). » Selon lui, l'humanité parcourt un cercle inévitable du bien au mal et du mal au bien (2) ; dans les institu-
(1) Deche, III, 1. Voy. ce que nous avons dit à son sujet, t. 1, p. 12, et t. VII, p. 16.
(2) « Les sociétés ont coutume, dans les changements qu'elles opèrent, de
tions politiq celle-ci à la la nécessité
Né à Floi après son et resta quator qu'on chang ment, le fire la torture; prince, qu’il des vers sup il fut laissé ; derniers rev obtenir un gémit, sans gnité. Il étai singulières (:
des amis de
passer de l’ord effet, la nature qu'elles arriver il faut qu'elles | et parvenues at ainsi que téujot bien. » Storie, Le roi qui con Anti-Machiave, ce quest l'ouvr dements de la religion: Mack préceptes de la de spéculation ; Tacitea fait de vel qui se fasse n'était plus à la Paris, 1816.
(1) Ils ont été génie et ses err.
(2) François G rimum, d’une o nombre, invente (3) Il écrivait à reux : « Je ne sa paraissent plus | d'Amour a déplo MIST, UNIV,
tions politiques, elle va de la monarchie à l'aristocratie, et de celle-ci à la démocratie, jusqu'au moment où l’anarchie ramène la nécessité du pouvoir monarchique.
Né à Florence, d’un sang illustre, il fut nommé, quatre ans après son entrée aux affaires, secrétaire des Dix de la guerre; il resta quatorze ans dans ce poste, qui ne lui fut enlevé que lorsqu’on changea la seigneurie. Les Médicis, après leur avénement, le firent emprisonner sur un soupçon, puis appliquer à la torture; il résista au bourreau, mais non aux caresses du prince, qu’il traita de bon père, et auquel il adressa de sa prison des vers suppliants et des excuses (1). La république rétablie, il fut laissé à l'écart, comme partisan des Médicis. Lorsque ces derniers revinrent, il fit agir des amis et des femmes pour obtenir un emploi, mais sans succès ; alors, il se plaignit et il gémit, sans savoir s’accommoder à la fortune et garder sa dignité. Il était connu par son caractère bizarre et ses opinions singulières (2) ; il vécut toujours dans la débauche, le coryphée des amis Ge la joie, amoureur à cinquante ans (3), et fit de
passer de l’ordre au désordre, et de revenir ensuite du désordre à l’ordre. En effet, la nature ne permettant pas aux choses mondaines de s’arrêter, lorsqu'elles arrivent à la dernière perfection, comme elles n’ont plus à monter, il faut qu’elles redescendent ; de même, lorsqu'elles sont une fois descendues, et parvenues au plus bas par les désordres, il faut qu’elles remontent ; c’est ainsi que téujours du bien on descend an mal et que du mal on monte au bien. » Séorie, livre V. :
Le roi qui contribua au partage de la Pologne réfutait le Prince dans son Anti- Machiavel, et disait : Le Prince de Machiavel est, en fait de morale, ce qu’est l'ouvrage de Spinosa en matière de foi. Spinosa sapait les fondements de la foi, et ne tendait pas moins qu'à renverser l'édifice de la religion; Machiavel corrompit la politique , et entreprit de détruire les préceptes de la saine morale. Les erreurs de l'un n'étaient que des erreurs de spéculation ; celles de l'autre regardaient la pratique. Napoléon disait : Tacitea fait des romans, Gibbonest un déclamateur ; il n’y a que Machiavel qui se fasse lire. (De Praor, Ambassade en Pologne.) Quand Napoléon
n'était plus à la mode, on publia le Machiavel commenté par Bonaparte. Paris, 1816. :
(1) Ils ont été publiés pour la première fois par ArrauD, Machiavel , son génie el sès erreurs. Paris, 1825.
(2) François Guicciardini lui écrit : « Comme vous avez toujours été, u£ plurimum, d’une opinion extravagante , en opposition avec celle du plus grand nombre, inventeur de choses nouvelles et insolites, je pense... » 18 mai 1521.
(3) Il écrivait à Vettori, le 31 janvier 1514, en lui envoyant un sonnet amoureux : « Je ne saurais répondre à votre dernière lettre par des paroles qui me paraissent plus à propos que ce sonnet, où vous verrez combien ce fripon d'Amour a déployé d'adresse pour m’enchatner. Or, les chaînes dont il m’a lié IST, UNIV, = T, XIV, 25
sales comédies. On lui écrivait de Florence : À présent que vous n'y éles pas, il n’est plus question de jeu, de tavernes, ni de quelques autres petites choses.
. Au milieu decette existence de plaisir, il émettait des jugements pleins de finesse sur les conditions de l'Italie d'alors; il se rendait aux assemblées de l’une des nombreuses confréries dévotes de Florence, prononçait uu sermon sur le texte, De profundis, et concluait en invitant ses auditeurs à faire pénitence; « à imiter « saint Françoisetsaint Jérôme, dont l’un se roulait sur des ronces, « et l’autre se déchirait la poitrine avec un caillou, pour ré- « primer la chair et l'empêcher de les faire succomber aux mau- « vaises tentations. Mais nous sommes abusés par les désirs « libidineux, entourés d’erreurs,- enveloppés dans les liens du « péché, et nous nous trouvons entre les mains du démon ; il con- « vient donc, pour nous en tirer, de recourir à la pénitence, et de « nous écrier avec David : Miserere mei, Deus, et de pleurer amè- « rement avec saint Pierre. »
C'était peut-être au moment oùil venait de prêcher de la sorte, qu'il allait donner une sérénade à sa belle, et chanter :
Ouvre pour ton amant ces portes inhumaines.…. Dépose cet orgueil dont s’arment tes appas ;
De Vénus, de sa cour suis les lois souveraines. Montre de la pitié, pitié tu trouveras (1).
Ce fut toujours dans l'intention dese frayer la route aux honneurs, et de se concilier Julien de Médicis, qu’il écrivit le traité
sont si fortes, que je désespère tout à fait de ma liberté. Je ne sais même comment je ferai pour me dégager jamais ; car, dût le sort ou toute autre combinaison humaine m’ouvrir quelque sentier pour m’échapper par aventure, je ne voudrais pas y entrer : tant ces chaînes me semblent tantôt douces , tantôt légères , tantôt pesantes! fl en résulte un mélange d’idées tel, que j'estime ne pouvoir vivre content que sous cette condition d'existence. Je regretteque vous ne soyez pas présent pour vous railler tantôt de mes pleurs , tantôt de mes rires; tout le plaisir que vous en auriez est éprouvé par notre ami Donato, qui, avec cette amie dont je vous ai déjà entretenu, est l’unique port et le refuge de ma pauvre nef, restée sans timon et sans voiles, par la tempête continuelle qui l’a poursuivie. 11 y a moins de deux jours qu’il m'arriva de pouvoir dire, comme Phébus à Daphné, etc., etc. » Ses lettres de janvier et février 1513 sont si dévergondées , que c’est déjà trop que de les mentionner.
(1) 4pri all’ amante le serrate porte...
Pon giù quella superbia che tu hai ; Segui il regno di Venere e la corte….
Usa pietà, e pietà troverai.
du Prince conserver |
(1) La lettr on s’est avisé
« Je me ti passé, en les fait moi-mên parais les glu m'aurait pris tryon. Je pre septembre; p qué à mon g ve avec le s deux heures rons qui ont Quand j'ai qu pour la chass ou l’un de ces bles, Je lis ce et je me com
« Je me rei passent, je m
- je prends note
alors l’heure « Ma pauvre m:
je retourne d:
meunier, deu tricon, au tri compagnemer nous entend « bassesse, j'en de mon sort, finira par en
«Le sôir ar dépouille, sur et je passe de cente, j’entre bienveillance, laquelle je sui la raison de le heures de tem pas la pauvre en eux. Comt qu'on a ente tion , et j'en :
tant que je le que la princil comment elle
du Prince (1), destiné à lui indiquer par quels moyens on peut conserver un pouvoir nouveau ; puis, lorsque Julien eut résigné
(1) La lettraque nous donnons ici met à néant les conjectures bizarres dont on s’est avisé sur l’origine et le but de ce livre,
« Je me tiens à la campagne, et, depuis mes dernières affairés, je n'ai pas passé, en les réunissant toutes, vingt jours à Florence. Jusqu'à présent, j'ai fait moi-même la chasse aux grives, et me lève pour cela avant le jour. Je préparais les gluaux, et je m’en allais chargé d'une masse de filets, si bien qu’on m'aurait pris pour Géta , quand il revenait du port avec les livres d’Amphitryon. Je prenais deux grives au moins, et sept au plus. J'ai passé ainsi tout septembre; puis cette récréation, tout insipide et étrange qu’elle est, m’a manqué à mon grand déplaisir. Je vous dirai quelle est ma vie depuis lors, Je me ve avec le soleil, et je vais dans un bois à moi, que je fais couper ; j'y reste deux heures à revoir le travail de la veille, et à passer le temps avec ces bûcherons qui ont toujours maille à partir, soit entre eux, soit avec leurs voisins. Quand j'ai quitté le bois, je m’en vais à une source et, de là, au lieu préparé pour la chasse des oiseaux, avec un livre sous le bras, soit Dante, soit Pétrarque, ou l’un de ces poëtes du second ordre, comme Tibulle, Ovide et autres semblables. Je lis ces passions amoureuses ; leurs amours me rappellent les miennes, et je me complais un moment dans ces pensées.
« Je me rends ensuite sur la route, dans l'hôtellerie; je cause avec ceux qui passent, je m'informe des nouvelles de leur pays, j'entends diverses choses, et
- je prends note des différents goûts, des différentes fantaisies des hommes. Vient
alors l’heure du diner, où je mange avec ma compagnie les mets que comportent ma pauvre maison des champs et mon très-mince patrimoine. Le repas terminé, je retourne dans l’hôtellerie. J'y trouve d'ordinaire l’hôtelier, un boucher, un meunier, deux boulangers. Je m’encanaille toute la journée avec eux à jouer au tricon, au tric-trac, ce qui fait naître mille querelles et mille colères avec accompagnement d’injures ; car le plus souvent on se dispute pour un sou, et l’on nous entend crier au moins de San-Casciano. En me vautrant ainsi dans cette bassesse, j'empêche mon cerveau de moisir, et je livre carrière à la malignité de mon sort, content qu'il me foule aux pieds sur cette route, pour voir s’il finira par en avoir honte.
« Le sôir arrivé, je m’en retourne au logis, et j’entre dans mon cabinet ; je me dépouille, sur le seuil, de cette casaque de paysan pleine de fange et d’ordure, et je passe des vêtements splendides et curieux ; puis, vêtu d’une manière décente, j’entre dans les vieilles cours des anciens hommes ; accueilli d'eux avec bienveillance, je me repais de cette nourriture qui so/um est la mienne et pour laquelle je suis né. Jen’ai pas honte de m'entretenir avec eux, dé leur demander la raison de leurs actions , et ils me répondent courtoisement. Durant quatre heures de temps, je ne ressens aucun ennui, j'oublie tout chagrin, je ne crains pas la pauvreté, je ne m’effraye pas de la mort, je me transporte entièrement en eux. Comme Dante a dit que la science ne s'acquier{ qu'en retenant ce qu'on a entendu, j'ai noté ce qui m’a paru remarquable dans leur conversation , et j’en ai composé un opuscule de Principatibus, où jé m’enfonce autant que je le puis dans les considérations de ce sujet, en discutant ce que c’est que la principauté, combien il y en a d'espèces, comment elles s’acquièrent, comment elles se maintiennent, pourquoi elles se perdent ; si jamais quelqu’une
l'autorité, il se tourna vers Laurent , qu'il accabla de protestations de dévouement, mais non pas sans lui demander des secours (1).
Son livre est dicté par une sagesse toute païenne, pleine d’égoisme, d’une logique inexorable et fondée sur le droit rigoureux. Le tyran doit avoir sans cesse ä la bouche les mots de justice, de loyauté, de clémence, de’ religion, mais ne pas s’inquiéter de leur donner un démenti toutes les fois que son intérét l'exige. Les cruautés sont nécessaires dans un gouvernement nouveau, et il faut plutôt se faire craindre que se faire aimer quand on peut obtenir l’un et l’autre. Le but du gouvernement est de durer, et cela n’est possible qu’à l’aide de
de mes fantaisies vous a plu, celle-làne devrait pas vous déplaire. Cet opuscule devrait aussi être bien accueilli d’un prince, et surtout d’un prince nouveau ; je l’adresse donc à la magnificence de Julien. Phiiippe Casavecchia l’a vu; il pourra vous rendre compte de la chose en elle-même et des entretiens que j’ai eus avec lui; je continue néanmoins d’y ajouter et de le polir.
« J'ai causé avec Philippe au sujet de ce petit travail, pour savoir s’il était bon de le donner, ou non, et, dans le cas de l’affirmative, s’il convenait que je le portasse ou si je devais l'envoyer. En ne le donuant pas directement, je craignais de ne pas être seulement lu par Julien, et que cet Ardinghelli ne voulût se faire honneur lui-même de mon dernier ouvrage. Or, je suis poussé à le donner, par la nécessité de me tirer d’affaires ; car je me mine, et je ne saurais rester longtemps ainsi sans devenir méprisable par ma pauvreté. J'aurais ensuite le désir que ces seigneurs de Médicis commençassent à m’employer, quand même je devrais débuter par tourner une meule, attendu que, si je ne me les conciliais pas, j'aurais ensuite à le regretter. Une fois qu’ils auraient lu cet écrit, ils verraient que je n’ai pas passé à dormir ni à jouer les quinze années que j'ai étudié l’art des hommes d'État ; chacun devrait avoir à cœur de se servir de quelqu'un riche d’une expérience acquise aux dépens d’autrui. Quant à ma fidélité, on n’en devrait pas douter, attendu qu'ayant toujours observé la foi, je ne saurais apprendre aujourd'hui à y manquer, Celui qui a été fidèle et homme de bien pendant quarante-trois ans que j'ai, ne doit pas pouvoir changer de nature. Or, pour attester ma foi et mon honnêteté, j'ai ma pauvreté.
« Je désirerais que vous m’écrivissiez ce que vous pensez sur ce sujet, et je me recommande à vous. Sis felix.
« Die 10 decembris 1513.
« Nicozas MACHIAVELLI. »
(1) « Que Votre Magnificence accepte ce léger don avec autant de bienveillance que j'ai d’empressement à le lui envoyer. Si ce livre est considéré et lu soigneusement, elle y reconnaîtra mon extrême désir de la voir parvenir à cette grandeur que la fortune et ses qualités lui promettent. Et si Votre Magnificence daigne, du comble de son élévation, diriger quelquefois ses regards sur ces basses régions, elle reconnaîtra combien je supporte, sans l'avoir mérité, une grande et continuelle maligaité de fortune. »
rigueurs, « faux, turb du châtime gueil, de la gradations qu'un ses a « car tu pe ton désir (
Tout celé général qui porter une les choses q bile, pour & armes et la avoir réun me semble, tous ceux q1 rivés au po
Ceux qui ples l’autori sang et del pour que le:
en fureur, © des choses tyraus des’ lement; du
Prince. Dar
il enseigne cette expéri celui qui le
(1) Prince, (2) Id. I, !
(3) Id., VII (4) Décade:
(5)« De là n de celles qui sc nuisait à son l'autre parmi ceux qui avaie vaient leur êt des lois, à ord vint la connais
rigueurs, « attendu que les hommes sont généralement ingrats, faux, turbulents, d’où il suit qu’il faut les contenir par la peur du châtiment. » Il désapprouve qu’on passe de l’humilité à l'orgueil, de la compassion à la rigueur, quand on,le fait sans les gradations convenables (1). Il suffit. de: demander à quelqu’un ses armes, sans lui dire : Je veuxm'en servir pour te tuer ; « car tu peux, lorsque tu as ses armes en ton pouvoir, satisfaire ton désir (2).
Tout cela est exposé avec la froideur d’un algébriste, ou d’un général qui calcule combien de mille hommes il lui faut pour emporter une position donnée. 11 dit que César Borgia fit « toutes les choses qui devaient être faites par un homme prudent et habile, pour s’enraciner dans les États que lui avaient acquis les armes et la fortune des autres ; » il termine en disant : Après avoir réuni loules ces actions du duc, je ne saurai le bldmer; il me semble, au contraire, qu’il doit étre proposé pour modèle à tous ceux qui, par fortune et avec les armes des autres, sont arrivés au pouvoir (3).
Ceux qui ont imaginé qu'il avait écrit pour faire haïr aux peuples l’autorité d’un seul en montrant combien elle fait couler de sang et de larmes, ou, comme le fit Sunderland avec Jacques II, pour que les excès des Médicis finissent par convertir la patience en fureur, ont écouté plutôt le sentiment humain. que la vérité des choses et leur accord. Machiavel ne cesse de conseiller aux tyraus des’abstenir de toutes les mesures qui peuvent irriterinutilement; du reste, il se montre partout ce qu’il est dans le
Prince. Dans ses Discours, où souvent il se réfère à ce livre (4), il enseigne ouvertement que l'idée de la justice a pour origine cette expérience des hommes que le bien tourne à l’avantage de celui qui le fait, et le mal à son détriment (5); que les hommes
(1) Prince, I, 41.
(2) Id., I, 44.
(3) Id., VII.
(4) Décades, III, 42, 9, etc.
(5) « De là naquit la connaissance des choses honnêtes et bonnes, différentes de celles qui sont pernicieuses et criminelles, parce qu’on vit que, si quelqu'un nuisait à son bienfaiteur, il en résultait haine pour l’un et compassion pour l'autre parmi les hommes; que ceux-ci blämaient les ingrats et honoraient ceux qui avaient été reconnaissants, pensant aussi que les mêmes injures pou: vaient leur être faites. Afin d'éviter un semblable mal, ils se décidèrent à faire des lois, à ordonner des punitions pour ceux qui contreviendraient, et de là vint la connaissance de la justice, » Décades, 1, 2.
390 QUINAÈME ÉPOQUE.
ne sont entraînés au bien que par nécessité. Il proclame cette maxime des terroristes de 98 (1), que « dans les exécutions il n'y a aucun péril, parce que éelui qui est mort ne peut songer à se venger. » Selon lui, Romulus n'est pas blâmablé d’avoir tué Tatius et son frère Rémus,
Il raconte les trahisons avec une indifférence qui ressemble à de la complicité, et, dans son ambassadeau duc de Valentinois, il dit : Je ne saurais donner de meilleurs préceptes à un prince nouveau que l'exemple des actions du duc(2). Dansla Vie de Castruccio, roman historique, arrangé non d’après les temps du héros, mais d’après ceux de l’auteur, il fait remarquér que ce chef « ne chercha jamais à vaincre par la force quand il pouvait réussir par lafraude; parce que, disait-il, c’est le succès et non le moyen qui procure la gloire; » il croit que les actions habiles (virtuose) de Castruccio, ses grandes qualités peuvent être d’un frès-grand exemple. Partout il montre une indifférence profonde pour les victimes et de la sympathie pour le succès , quels qu’en soient les moyens. La trahison n’est un mal que si elle ne réussit pas. On doit éviter les conjurations , parce que le plus souvent elles aggravent le mal ; il vaut mieux se repentir de ne pas avoir fait que de se repentir d'avoir fait, Il reproche aux Florentins de ne pas avoir détruit, en 1502, la rebelle Arezzo et toute la vallée de la Chiana, paree que, « lorsqu'une ville tout entière se rend coupable envers un État, un prince n’a pas de meilleur remède, pour l’exemple des autres et sa propre sûreté, que de l’éteindre; » autrement , «ilest tenu pour ignorant et pour lâche (8). « Lorsqu'il s’agit du salut de la patrie, il ne faut s'arrêter à aucune considération de juste ou d’injuste, d'humanité ou de cruauté, de louable ou d’ignominieux {4). ;
En effet, cela est nécessaire si l’on veut constituér un Etat conquérant, non lorsqu'il s’agit, comme chez les modernes , de former un peuple laborieux qui ne protége pas les injustices, mais sa propre indépendance, le travail, les progrès, la liberté de chacun.
Dans le siècle précédent, on avait commencé à répandre cette
(1). Déeades, Ill, 6.
(2) On trouve aussi ces mots dans ses Lettres familières , XL : « Le duc de Valentinois, dont j'imiterais constamment les œuvres si j'étais prince nouveau... »
(3) Décades, II, 25.
(4) 1bid.,. IX, 41.
maxime dés selon les lois ticulier. Dès foi affaiblies le despotism dans le Pré ést aussi rafs qu'il soutien l'homme se et la perfidie sciénce des 6 l'expérience, non, de se m consistait pas persévérer de au visage le douces pärol Ce n’était agissait ainsi Petrucci pou Borgia surp tyrans de la R le Milanais, € gne, et puis le le conseil de passage en | laisser le duc dait prisonni voyait captif grand capitai à lui conférer que Louis XI s'écriait : JL e plus de dix cardinal de poussés lui-1 l'Espagne tra Entre pareil moyen d'obv sassinat, Machiavel
maxime désastreuse, que les choses de l’État ne sé règlent pas selon les lois de la morale ordinaire et les principes du droit particulier, Dès lors, une fois l'autorité spirituelle ét les vérités de la foi affaiblies , la somnolence de la éonscience publiqué préparait le despotisme. Machiavel formula ces théorèmes, et supposer dans lé Prince une intention contraire à l'intention apparente, est aussi rafsonnable que de voir une ironie dans Aristote lorsqu’il soutient la justice de l’estlavage. Cette dure condition de l'homme semblait chose aussi naturelle en Grèce que la trahison et la perfidie au temps de Machiavel. La politique n’était pas la sciénce des droits des princes; elle s’appuyait sur les faits, sur l'expérience, où plutôt c'était l’art de dominer, honnêtement ou non, de se maintenir à tout prix. L'habileté du chef d’un État ne consistait pas à affronter le péril, mais à détruire son ennemi, à persévérer dans ses haines et à les dissimuler, à faire exprimer au visage le contraire des sentiments du cœur, et à voiler de douces päroles les desseins les plus atroces.
Ce n’était pas seulement en Italie que l’on pensait et que l’on agissait ainsi. Si Léon X donnait un sauf-conduit au cardinal Petrucci poûr le faire arrêter et tuer à son arrivée, etsi César Borgia surprénait sous la garantie de traités de paix les petits tyrans de la Romagne, on voyait Charles-Quint s'engager à céder le Milanais, et puiss’y refuser ; François I°" renoncer à la Bourgogne, et puis la éonserver, sans compter qu'il recevait de plusieurs le conseil de s’assuter de la personne de l’empereur lors de son passage en France. Le grand Gonzalve jurait sur l’hostie de laisser le duc de Calabre se retirer où il voudrait, et puis le gardait prisonnier ; il appelait le duc de Valentinoïs, et puis l’envoyait captif en Espagne; Ferdinand le Catholique invitait le grand capitaine à se rendre à Madrid, sous prétexte d'honneurs à lui conférer, et le retenait loin du théâtre de sa glcire. Informé que Louis XII se plaignait d’avoir été trompé deux fois par lui, il s'écriait : Zen a par Dieu bien menti, le coquin ! je l'ai trompé plus de dix fois. Les Suisses désertaient au moment décisif ; le cardinal de Sion livrait au pillage les Brescians, qu’il avait poussés ‘ lui-même à se déclarer contre la France; la France et l'Espagne trabhissaient leurs alliés dans leurs ‘traités de paix. Entre pareilles gens, la politique ne saurait enseigner que le moyen d'obvier à l’astuce, et de prévenir un assassinat par l’assassinat,
Machiavel se borne à exposer ces pratiques comme des choses
naturelles, sans y mettre de passion ; dans son froid calcul des moyenset du but, il nedonne pasle mal commebien, mais comme utile (1). L’utile doit-il être préféré au bien? question de moines, répondit-il. Ainsi le chimiste enseigne comment on emploie les poisons et les substances propres aux avortements ; mais ce n’est pas à lui de décider s’il convient ou non des’enservir. Latranquillité avec laquelle il a osé proclamer à haute voix ce que l’on craindrait aujourd’hui de s’avouer à soi-même, prouve que ses doctrines ne répugnaient pas à l'opinion courante ; qu’il a représenté l’usage alors général, au lieu d’avoir été l'inventeur de l’art qui a reçu de luison nom. Mais on pardonne plus facilement une mauvaise action que sa théorie, le crime que le sophisme. Machiavel n’était pas le seul chez qui les faits étaient passés en théories; vingt ans avant le Prince, avait paru la vie de Louis XI pas Commines, dans laquelle ces doctrines sont professées. Le bon Montaigne trouve que « en toute police. il y a « des offices nécessaires, non-seulement abjects, mais encore « vicieux ; les vices y trouvent leur rang et s’emploient à la cousture de nostre liaison, comme les venins à la conservation de notre santé. S'ils deviennent excusables, d'autant qu’ils nous sont besoing et que la nécessité commune efface leur vraye qualité, il fault laisser jouer cette partie aux citoyens plus vigoureux et moins craintifs qui sacrifient leur honneur et leur conscience, comme .ces autres anciens sacrifièrent leur vie pour le salut de leur pays. Le bien public requiert qu'on trahisse et qu'on mente, et qu’on massacre ; resignons cette commission à gents plus obéissants et plus souples (2). » Le célèbre moine vénitien Paul Sarpi, qui florissait peu après Machiavel, écrivait aussi un livre du Prince, ou Conseils à la seigneurie de Venise sur la manière de gouverner ses sujets dans le Levant ; or, il déclare qu'il ne faut en aucune manière se fier à
ARAARARARARARARS
(1) « Mon intention étant d'écrire chose utile à qui me lit, il m’a paru plus convenable de me conformer à la vérité effective de la chose qu’à l’idée qu'on s’en est faite. Or, beaucoup d'hommes se sont imaginé des républiques et des principautés qu’on n’a jamais vues ni reconnues exister en réalité ; car il y a si loin de la manière dont on vit à celle dont on devrait vivre que celui qui
laisse ce qui se fait pour ce qui devrait se faire apprend plutôt sa ruine que sa :
conservation; il faut, en effet, que celui qui veut faire en tout profession d’hcnme de bien succombe au milieu de tant d’autres qui ne le sont pas. Il est donc nécessaire à un prince qui veut se maintenir d'apprendre à pouvoir ne pas être bon, et à user ou ne pas user de bonté selon le besoin. » Prince, XV. (2) De l’utile et de l'honnélte, Essais, liv. [I, ch. 1.
la foi des G leur limer le écarter d’eu voilà leur a occasion. Il que puisse fc défende le cd fortunes et d La doctri prême était grands, afin la ruined’un ple de Venis Il montre la est citoyen, souverain (4 délivrer l'Ita Quant à se d'une monar nion selon sa désespérer d « la nécessité sive corrupti goureuse sor prouvé par 1 beaucoup mc jeune encore.
blique floren pression des .gaires, il jug lointains ni le ruses et de :
de circonstar (1) On trouve (Paris, 1823), autre pays que monstres en pc qui montrent fi la vertu, »
(2). Della ri (3) Disc., lit (4) Lettre à
es la foi des Grecs, mais les traiter comme des animaux farouches, ne leur limer les dents et les ongles, les humilier souvent, et surtout s, écarter d’eux les occasions de s’aguerrir. Dù pain et le bâton, es voilà leur affaire ; l'humanité doit être réservée pour une autre st occasion. Il déclare ailleurs que « le plus grand acte de justice té que puisse faire le prince, c'est dese maintenir ; » il veut que l’on it défende le commerce aux nobles, parce qu’il produit de grosses es fortunes et des usages nouveaux (1).
u- La doctrine de Machiavel était donc générale. Son désir sua prême était un gouvernement fort, « inspirant la crainte aux 1- grands, afin qu'ils ne puissent organiser des factions , qui sont la ruine d’un État (2) ; » en conséquence, il cite à Florence l'exemés ple de Venise, qui « tenait les hommes puissants en bride (3). » le Il montre la nécessité de « faire un même corps de tout ce qui s- est citoyen, de manière que tous ne reconnaissent qu’un seul a souverain (4) ; » il exhorte Laurent de Médicis à se fortifier, pour re délivrer l'Italie des étrangers.
la Quant à savoir laquelle il fallait préférer d’une république ou n d'une monarchie, ou cela lui importait peu, ou il changea d’opils nion selon sa fièvre intermittente pour la liberté. Il parut enfin ir désespérer des pouvoirs fractionnés des républiques, et déclara as « la nécessité d’une main royale pour mettre un frein à l’excesr sive corruption des gentilshommes. » Il crut que cette unité vidr goureuse sortirait de César Borgia ; mais lorsque le duc fut « rén prouvé par la fortune, » il se tourna vers Laurent de Médicis, e beaucoup moins capable sans doute, mais soutenu par un pape
jeune encore. Trompé dans cet espoir, il se rabattit sur la répu-
blique florentine ; mais, dans tous les cas, il insistait pour la réà pression des gentilshommes. Puis, à la manière des esprits vulgaires, il juge du résultat immédiat, sans reconnaître ni les effets à lointains nile but; il admire Borgia, et cependant, après tant de ruses et de violences, il suffit d’un souffle pour le faire tomber, de circonstances qu’il n’avait pas prévues.
(1) On trouve dans les Mémoires de l'abbé Morellet, publiés par Lemontey (Paris, 1823), une lettre de Pierre Verri, de l’année 1766, où il dit : « Quel autre pays que le nôtre a produit un Machiavel et un Fra Paolo Sarpi? deux monstres en politique, dont la doctrine est aussi atroce qu’elle est fausse, et qui montrent froidement les avantages du vice, parce qu'ils ignorent ceux de la vertu. »
(2). Della riform. di Firenze.
(3) Disc., liv. Æ, 49, (4) Lettre à Vetlori.
Des © =. 2 À a
Qu'y gagna:t-11? Les tyrans ne l’écoutèrent pas ; seul le cardinal de Médicis finit par lui donner une légation près du chapitre des frères mineurs de Catpt, et le frère de ce prélat lui assigna une pension pour qu’il écrivit l’histoire de Florence. Dans cet ouvrage, il évitait avec soin les détails qui pouvaient offenser (1). Ce fut donc un bonheur pour lui que la mort lui épargnât l'embarras de raconter les faits contemporains, parmi lesquels il lui aurait été impossible de louvoyer, En outre, commeil ne voit que Rome et la Grèce, c’est d’après ces modiles qu'il façonne sa Florence; sans souci de ses commencer: "ts ,il fait naître d’événements fortuits ce qui étaitun développement normal, et, par l’accidentel où l’abstraction, il enlève à cette histoire la vie que l’on rencontre dans les chroniqueurs.
Ce n'est pas à coup sûr chez (!: telles natures que nous cher- Chérons le libéral ; il faut une autre fermeté, et la persécution ne suffit pas pour justifier cé titre. Comment peut-on voir un homme austère et un ardent républicain dans ce Machiavel qui ne cesse d’exhorter à s'arranger du gouvernement, quel qu’il soit ; quia pour amis les plus débauchés de Florence, ét pour confidents des politiques abjects, traîtres envers leur patrie ; qui, asser vi à d’ignobles appétits et sans cesse besogneux, considérait comme le comble de la misère de vivre humble et obscur ; qui avait besoin de fracas, de jouissances, d’amours , de la faveur desgrands, d'emplois lucratifs. Pour obtenir ce qu'il désire, il flatte Léon X,il flatte Clément VII et l’incapable Laurent ; on le met à latorture de la corde , et il chante les louanges de ses oppresseurs; il leur tend la main, et il insulte, pour les flatter, au gouvernement honorable de Soderini (2).
Déjà les contemporains, qui sentaient les conséquen ces de cette politique, se révoltaient contre l'inexcusable légèreté de Machiavel, et maudissaient les conseils pervers de son livre du Prince, qui avait enseigné au due d’Urbin « à ravir aux riches
(1) Hériivai 4 À Guiccic “uu : « Étant pour entrer dans certains détails, j' rai" soi de savoir si je ne risque pas de déplaire, soit en relevant, soit en rapetissant les événements ; je me consulterai du reste avec moimême, et je m'étudierai à faire de telle sorte que, tout en disant la vérité, elle ne soit désagréable à personne. »
(2) Machiavel, sans doute, n’était pas un libéral du dix-neuvième siècle; mais il aimait l'unité et l'indépendance de l'Italie au point de braver pour elles non-seulement les persécutions des hommes, mais aussi la colère de Dieu. LÉOPARDI.
teurs bie NHberté, »
peuple ne de la gueri froide ane à la prosp en avouan sément à sidérons nous les Comme des ancie jusqu'à ce Nous a bandes mé dalité étai communes contraire, duelle, Air nous avon serrée en | des piques d'armes dé duisait su s'ils étaien perdaient assauts, il ment s'ils Les Esp
(t)«Le n outre qu'il é rang, l’ouvri fils de Pierr rence, Dans blâmé, mais tion, Jorsqu aux riches | liberté. Or, i que les gens parce qu'ils non-seulem liv. A, p. :
leurs biens, aux pauvres l'honneur, aux ns et aux autres la liberté. » It éhercha donc à le retirer de la circulation ; mais le peuple ne voulut pas lui rendre le poste de secrétaire des Dix de la guerre (1), Ainsi la conscience publique s'indignait à cette froide analyse qui, à la manière antique, sacrifiait l'individu à la prospérité de l’État, indentifé avec le prince. Et nous , tout en avouant que Machiavel et Guicciardini contribuèrent immensément à développer la nouvelle science politique, noms hs considérons comme un scandale dams la littérature chrétienne, et nous les rejetons dans le monde païen.
Comme les autres sciences s'étaient rallumées au flambew des anciens, Machiavel voulut aussi que la guerre remontat jusqu'à cette source pour se perfectionner.
Nous avons déjà fait remarquer les améliorations « ve les bandes mercenaires avaient introduites dans la tactique. La f60dalité était la prédominance de l'individu sur la multitude. Les communes et les plébéiens sentirent la nécessité de faire contraire, C'est-à-dire d’opposer la multitude à la force im duelle, Ainsi se formèrent les nouvelles milices communales, & nous avons fait mention ; de là sortit cette infanterie suisse qu, serrée en bataillons carrésde trois ou quatre mille hommes, ave des piques de dix-huit pieds, de longues épées à deux mains, pes d'armes défensives et à feu, repoussait la cavalerie émnemieet pre. duisait sur l’armée contraire une très-grande impmession, Mais s'ils étaient contraints de corabattre par détachements, les Suisses perdaient courage; dans les affaires de postes , les siéges et les assauts, ils jouaient un rôle médioere, et se ralliaient difficilement s'ils étaient dispersés.
Les Espagnols, dans une lutte de sept siècles contre les Maures,
(1) « Le motif de la très-grande haîne qu’on lui portait généralement fut, outre qu'il était licencieux de langage, d’une vie peu honnête et messéante à son rang, l’ouvrage qu’ilcomposa sous le titre du Prince, et qu’il dédia à Laurent, fils de Pierre et petit-fils de Laurent, afin qu'il se ft seigneur absolu dans Florence, Dans cet ouvrage (véritablement impie, qui devrait être non-seulement blâmé, mais supprimé, comme il chercha lui-même à le faire après la révolution, lorsqu'il n’était pas encore imprimé) il semblait qu'il enseignât à ravir aux riches leurs biens , aux pauvres leur honneur, aux uns et aux autres la liberté. Or, il arriva à sa mort ce qui ne saurait se reproduire à l’avenir, savoir que les gens de bien comme les méchants s’en réjouirent, les gens de bien parce qu'ils le jugeaient méchant, et les méchants parce qu'ils le connaissaient non-seulement plus pervers, mais aussi plus habille qu'eux. » Varc&I, Séorie, liv. AI, p. 210.
Guerre.
avaient acquis ce courage, qui ne se forme jamais mieux qu’au milieu de la guerre de bandes. Lorsque, après s’être affranchis de la domination étrangère, ils sortirent de ‘eur territoire pour conquérir ou molester l'Europe, ils étaient réputés les meilleurs fantassins après les Suisses, qu'ils finirent même par surpasser. Extrêmement sobres, rien ne les abattait, ni la souffrance, ni la fatigue. Ils avaient pour armes offensives une hallebarde ou pertuisane, l’épée, le poignard ou dague; en Italie, ils apprirent à former des bataillons serrés, et adoptèrent la pique. S'ils étaient dispersés, ils revenaient à la charge individuellement ; couvert de la chemise de mailles, chacun d'eux se jetait au milieu des piques et poignardait l'ennemi. Très-éloignés de leur patrie, ils désertaient difficilement, et l’on ne pouvait les congédier à la fin de la campagne, d’où résultait pour eux le double avantage de l'expérience et de la discipline.
Les Français, durant leurs guerres avec les Anglais, s’occupèrent d'améliorer le système militaire. Le vainqueur de Bovines assigna une paye aux soldats , et l’on put dès lors avoir un service régulier. Les francs-archers et les arbalétriers que leva Charles VII sont la première infanterie légère de France. Ce roi institua également des francs-archers à pied, espèce de garde nationale, avec obligation pour chaque commune de fournir son contingent; durant la paix, les hommes restaient chez eux, mais se livraient de temps en temps aux exercices militaires. La cavalerie fut disposée en quinze compagnies d'ordonnance de cent lances chacune, c’est-à-dire desix cents hommes, en tout neuf mille; mais dans ce nombre n'étaient pas compris les aspirants, quise joignaient à la troupe däns l'espoir d'en faire partie un jour. Chaque compagnie avait un capitaine, un lieutenant, un guide, un sous-officier. Cen’étaient plus descavaliers pour combattre isolément etselon leur caprice; mais organisés en corps, et groupésau nombre de trente ou quarante autour d’un drapeau, ilsoccupaient les villes dela frontière et de l’intérieur, soumis à de fréquentes visites d’inspecteurs spéciaux. Le chef de brigade était responsable des désordres des hommes placés sous ses ordres. Le roi fournissait la solde, provenant d’une faille dés gens d’armes imposée aux villes. Cette organisation diminua les maux de la société, dont les soldats étaient un véritable fléau ; elle porta même le dernier coup à l’ancienne chevalerie, puisque le titre de chevalier ne donnait plus aucun droit à des commandements ni à des prérogatives.
Les autres mais les Bo Les satellites
“comme au te nemi, en se p lorsque ces d les rangs enn entre beauco prendre et l’é La cavaler tinct, qu'au n valiers grecs, mailles, l’épe Parfois même politains, qui leur pays, le même qu'ils ment de la b:
. contre Gênes
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Machiavel, était tombée ] d'armées nati de toute quest ces des Latins il s’efforça d'a
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belle Italie, q chevalsresque rosité et la tac changements
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(1) Ztpurioens,
Les autres ruissances imitèrent les ordonnances de la France ; mais les Bourguignons seuls furent en mesure de leur résister. Les satellites ou les hommes d'infanterie légère continuaient,
“comme au temps des bandes , à escarmoucher, à poursuivre l’en-
nemi, en se plaçant derrière les gens d'armes ou sur leurs flancs ; lorsque ces derniers, en ligne et la lance en arrêt, avaient rompu les rangs ennemis, les archers se jetaient en avant, et cernaient, entre beaucoup d’autres, un homme d’armes ennemi, pour le prendre et l’égorger.
La cavalerieiégère n’acquit d'importance, comme corps distinct, qu’au moment où Louis XII soudoya les séradiots (1), cavaliers grecs, avec un morion sans crête ni visière , la cotte de mailles, l'épée, la masse, un long bâton ferré aux deux bouts. Parfois même ils combattaient à pied ; les Vénitiens et les Napolitains, qui les recrutaient parmi les Albanais réfugiés dans leur pays, les employaient depuis longtemps; Commines dit même qu’ils firent beaucoup de mal aux Français au commencement de la bataille de Fornoue. Louis XII, avant de marcher contre Gênes, en prit deux mille à sa solde, et créa quelques compagnies permanentes de chevau-légers, qui furent réunies aux anciennes compagnies d'ordonnance. La cavalerie, pour ménager les chevaux, remplaça de bonne heure la lance par les pistolets; en effet, jusqu’au moment où il fut déclaré propriété publique, le cheval était la préoccupation capitale des soldats, au point de compromettre parfois le succès d’une bataille.
Machiavel, déplorant le désordre dans lequel la milice italienne était tombée par la faute des {condottieri, démontra la nécessité d’armées nationales et de la discipline. Comme il arrivait alors de toute question de savoir, il rattacha la sienne aux réminiscences des Latins et des Grecs, et, bien qu'il fût étranger aux armes, il s’efforça d'associer l’art ancien aux nouvelles méthodes. Dans
son pays, il n’eut que trop souvent l’occasion d'observer les nom-
breux étrangers venus pour se disputer des lambeaux de la belle Italie, que quelques-uns ne devaient plus quitter. Un roi cheva!eresque et un roi positif mettaient en face la vieille générosité et la tactique nouvelle; les armes à feu introduisaient des changements que l’on pouvait à peine prévoir.
Ce Fabrice Colonna, que Charles-Quint regardait comme maître dans l’art des siéges, et qui exposa dans un traité ses con-
(1) Zrpuruotns, guerriers.
398 QUINZIÈME ÉPQOQUE.
seils à Philippe IT, est pris par Machiavel pour interlocuteur principal de ses dialogues. Dans ce travail , il manifeste surtout une vive répugnance contre les soldats d'aventure, véritables bandits, soudoyés aujourd’hui pour combattre celui au service duquel ils seront demain ; féroces lorsqu'il n’y avait pas de danger, courageux seulement par l'espoir du butin, et faisant consister la bravoure dans l’ételage de noms pompeux : Fracçasse, Tranche- Montagne, Fière-Mouche, Sans-Miséricorde,
Les fantassins italiens portaient alors une lance de neuf coudées et une épée arrondie du bout plutôt que pointue, mais rien pour défendre leur tête. Quelques-uns, ayant ledos et les bras garantis, se servaient, au lieu de la lance, d’une hallebarde de trois coudées, avec le fer en forme de hache. Machiavel propose de combiner ces deux systèmes, le macédonien et le romain, c’est-à-dire de donner des piques aux premières files pour repousser la cavalerie, et aux autres de bonnes épées de défense ; il préfère l'infanterie à la cavalerie (1), les camps retranchés aux forteresses, les attaques rapides et décisives aux opérations prolongées.
A l'habitude qu’avaient les condottieri d'amener quatre chevaux à la suite de chaque homme d'armes, il oppose l’exemple des Allemands qui n’en ont qu’un seul, outre que, pour leurs bagages, un seul cheval suffit à vingt hommes. Avec le génie politique, qui est son Caractère, il commence à discourir sur les faits qui rattachent la vie militaire à l'existence civile, la politique à la tactique, et s’occupe surtout des moyens d’armer et de disposer les combattants dans l'ordonnance. Les Grecs et les Romains lui montrent l'importance des masses ; il conseille l’usage des tambours, des bannières, des panaches, des couleurs et autres signes distinctifs propres à conserver l’ordre ; il appuie sur la nécessité d'exercer les troupes, et recommande la régularité des marches, de manière qu’il arrive presque au pas emboité. Blâämant l'usage de diviser les armées en avant-garde, en corps de bataille et en arrière-garde, il croit qu’il suffit de quelques détachements de cavalerie en avant et en arrière, tandis que le reste s’avance en colonnes parallèles ; cette idée, qu’il n'avait pas empruntée aux anciens, devait former plus tard une des gloires de Frédéric de Prusse. Il établit une hiérarchie dans les grades, en rapport avec les facultés de l’homme et des masses , comme avec l’ordre pro-
(1) Voyez surtout le chapitre XIV.
fond qu'il ment, mai:
Teile ét:
roi de Fran blable à ce] sujets, et ll du produit tion (delett ceux dedix tous puisse:
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sation que n'avait auct ancienne, d pour frappe prenne que force persor à celles des remplacer l’ core si peu contempora quences. En immédiate et l'on cons l'exemple de ration pour Suisses, bier l'ordre profo nature des a les armées s comme chez
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fond qu'il a proposé. Le citoyen doit être exercé continuellement, mais ne devenir soldat qu’au moment du péril.
Teile étaitson idée de l'ordonnance, » non modelée sur celle du roi de France, parce qu'elle est insolente et dangereuse, mais semblable à celle desanciens, qui composaient la cavalerie de leurs sujets, et les renvoyaient chez eux en temps de paix afin de vivre du produit de leurindustrie. » Dans ce but, ilsoumet à la conscription (deletto) tous les hommes de dix-sept à quarante ans, et puis ceux dedix-sept ans seulement {âge certainement précoce) afin que tous puissent servir au besoin; mais les armes ne doivent-être la profession spéciale de personne. Il ne faut pas que l’homme soit contraint au service militaire ; mais il doit s’en acquitter comme d’un saint devoir, sans pour, cela courir dans les rangs avec une ardeur imprudente. Il est nécessaire d’avoir des corps distincts pour former les escortes, les petits détachements, les gardes d’honneur, afin que les bataillons ne soient pas affaiblis pour fournir à de pareils services. Durant la paix, le soldat doit être exercé avec des armes, des vêtements et une chaussure d'un poids supérieur aux mêmes objets qu'il porte en campagne.
La proposition de recruter l'infanterie dans les campagnes, et la cavalerie dans les villes, est un souvenir d'Athènes, organisation que cette république devait à sa constitution, mais qui n'avait aucune signification en Italie. Il avoue que la cavalerie ancienne, dépourvue d'étriers, sur lesquels elle .pût s'appuyer pour frapper, le cédait à celle des modernes ; bien qu'il comprenne que les armes nouvelles enlevaient la supériorité à la force personnelle, dans l'application, il les subordonne toujours à celles des anciens; pour lui, le fusil et le mousquet ne font que remplacer l'arc et la fronde des vélites ; du reste, on les avait encore si peu expérimentées, qu’il est excusable si, à l’égal de ses contemporains, il n’en connut pas l'importance et les conséquences. En effet, tandis que les armes à feu auraient dû.faire immédiatement développer le front, la coutume s’y opposait, et l'on conserva l’ordre profond pour l'infanterie, appuyé de l'exemple des anciens. Machiavel fut encore arrêté par son admiration pour les Romains, pour l’usage constant et l’exemple des Suisses, bien que la bataille de Marignan eût fourni la preuve que l’ordre profond est désastreux contre l'artillerie ;appréciant mal ia nature des armes à feu, qui portent au loin leurs ravages, il veut que les armées se composent de vingt-quatre à trente-mille hommes, comme chez les Romains. Toutefois, quand il parle des forteresses,
il prévoit les effets des mines; dans toute ville munie, il ne veut pas qu’il y ait de château, dans la crainte que la garnison, comptant sur le refuge qui lui reste encore, ne défende pas toutes les parties avec la même résolution.
Algarotti se déchaîne contre ceux qui ne regardent pas Machiavel comme un grand maître dans l’art de la guerre; mais, en réalité, il n’émit de neuf que l'étrange pensée de creuser le fossé derrière les murs. Quelques-unes des armes qu’il propose ne conviennent en aucune façon. L'opinion de la supériorité de l'infanterie était déjà assez commune {1}; or, quelques bonnes maximes ou beaucoup mêmene suffisent pas pour le ranger parmi les stratégistes. S'il mérite des éloges, c’est comme philosophe politique, parce qu’il aspirait à organiser des armées nationales: au lieu de méthodes purement guerrières, il voulait opposer au triste spectacle des mercenaires la force morale d’Italiens, de manière à ce qu’ils pussent démontrer queleur ancienne valeur n'était pas éteinte. |
Les Italiens ont le mérite particulier d’avoir amélioré l’archi tecture militaire. Le Véronais Michel Sanmicheli fut chargé par Clément VII, avec Antoine Sangallo, de fortifier des villes, surtout Parme et Plaisance ; ayant réussi selon son désir, Sanmicheli s’éprit de ce genre de constructions , dont il conforma le système aux nouveaux procédés de l’art militaire. Jusqu’alors, une forte muraille, un large fossé, des tours carrées ou rondes, distantes de deux portées d’arc et destinées à protéger la courtine interposée, suffisaient pour garantir une ville. Après l'introduction des armes à feu, il fallut élever, entre les rondes, des tours angulaires, qui précédèrent les boulevards proprement dits (2), et
(1) Daniel de Ludovisi dit, dans sa Relation de l'empire ottoman, adresste au sénat de Venise le 3 juin 1534 : « En tout temps les armes ont été mieux et plus utilement employées par l'infanterie que par la cavalerie ; c’est ce qui a été reconnu en divers temps et en divers lieux, surtout chez les Romains. Si, dans des temps plus rapprochés des nôtres, les hommes d’armes ont été préférés en Italie, la cause en a été dans le mauvais esprit et le vouloir pervers des condottieri, qui, en rabaissant l'infanterie et en enlevant aux princes les braves gens, attiraient toute la réputation aux hommes d’armes pour se faire les arbitres de l’Italie; ce qui fut pour elle une source de ruine, de désolation et en grande partie de servitude. »
(2) Les boulevards de Sanmicheli ne furent pas les premiers, comme le démontre Promis dans ses Commentaires sur Martini, Il, 300. Florence en avait en 1526, Urbin après 1521, Bari avant 1524. Au siége de Rhodes de 1522,le Vicentin Basile de la Scala, ingénieur de Maximilien 1°" et de Charles-
Quint, construisait les boulevards à la moderne, etc.
qu’il fallut « saillie sur le fit les basti sur deux flar basses aux € à garantir la tique le fron daient toute:
Les défen:
flanc, les mt cune partie d par quelque les murs, fais et même alor nait par lui-r rone le bastic en vertu des villes il fit er Castello , pui manie, bonne de la forteres fangeux et be haut de ses beauté à la voyance qui f et celle du Pa l'on peut obt Beaucoup avant que par Le traité de R que celui d’4 un fait qui im entre les arme indique l’époq Daniel Barbar Patrice, Léon rent incidem spéciale par lé Carpi inventa
qu’il fallut démolir à l'apparition de ces derniers, parce que, en saillie sur la courtine, elles empéchaient la défense. Sanmicheli fit les bastions à triangle saillant plus ou moins obtus, appuyé sur deux flancs qui protégent les courtines, avec des embrasures basses aux côtés, d’où l’on peut redoubler le feu, de manière à garantir la courtine et le fossé. Tandis que dans le mode antique le front restait découvert, ici les flancs des bastions regardaient toutes les parties.
Les défenses plombantes étaient remplacées par celles de flanc, les murailles perpendiculaires par d’autres à escarpe, Aucune partie de la forteresse ne restait sans être vue ou protégée par quelque autre; les boulets, en frappant à angle oblique sur les murs, faisaient moins de mal que lorsqu'ils portaient en plein; et même alors qu'ils enlevaient le revêtement, le terrain se soutenait par lui-même. Ce fut ainsi que Sanmicheli construisit à Vérone le bastion de la Madeleine et autres, démolis de nos jours en vertu des conditions stipulées dans le traité de paix de Lunévilles il fit encore les fortifications de Legnano, d’Orzinovi et de Castello , puis celles de Sebenico, de Candie, de Napoli de Romanie, bonnes barrières contre les Ottomans. Pour faire l'épreuve de la forteresse de Lido, si difficile à construire sur un terrain fangeux et battu par la mer, on fit partir en même temps, du haut de ses murailles, toute la grosse artillerie. Associant la beauté à la force, Sanmicheli décorait les entrées avec la prévoyance qui fut plus tard conseillée par Vauban ; la porte Neuve et celle du Pallio de Saint-Zénon à Vérone montrent tout ce que l'on peut obtenir avec des connaissances diverses.
Beaucoup d'Italiens avaient écrit sur l'architecture militaire avant que parut (1604) le traité du Français d'Errard Bardeluc, Le traité de Robert Valturio porta sur ces constructions la lumière que celui d’Alberti avait jetée sur l'architecture civile; c’est là un fait qui importe historiquement, puisqu'il marque le passage entre les armes de trait d'autrefois et les nouvelles, outre qu’il indique l’époque de leur invention. Pierre Cattaneo de Sienne, Daniel Barbaro, Antoine Philarète, Antoine Cornazzano, François Patrice, Léonard de Vinci, Vannocio Biringucci, Galilée écrivirent incidemment sur la question, qui fut traitée d’une manière spéciale par le Siennois George Martini. Galeazzo Alghisi de Carpi inventa un système particulier, au moyen duquel on applique à toute espèce de polygone la courtine à tenaille ; il voulut
démontrer l’avantage des courtines en arrière, d'autant plus IST, UNIV, — T, NIV: 26
propres à la défense, disait-il, qu’elles se projetaient à angle plus aigu ; mais l’expérience le convainquit d'erreur.
Nicolas Tartaglia imagina le tir à ricochet, que l’on croit inventé un siècle et demi plus tard; le premier, il discuta sur les degrés d’inclinaison des poids, sur l'effet des projectiles, sur les distances des tirs comparées à l’inclinaison et à la charge; en outre, ik proposa beaucoup d’améliorations sur la forme des boulevards et des cavaliers. Jean-Baptiste Bellucci de Saint-Marin, qui servit le Medeghino au siége de Sienne, François 1‘ et d’aûtres, perfectionna les fortifications. Dans une époque où les forteresses inspiraient tant de confiance, Jean-Baptiste Zanchi démontra qu’elles n’offrent d'autre avantage contre l'offensive que de donner aux assiégés le temps de se pourvoir. L'ouvrage de La Treille(1), regardé par les Français comme le premier dans leur langue, n’est qu’une traduction du sien.
Le Brescian Jacques Lentieri écrivit des dialogues sur cette matière et sur les moyens de lever le plan des forteresses ; le premier, il donna une forme mathématique à la science des fortifications. Charles Thetienseigna divers contre-forts, les doubles enceintes, les contre-gardes continues, les bastions détachés, Jérôme Maggi et Castrioto publièrent ensemble (Venise 1564) leur ouvrage de la fortification des villes; le premier défendit Famagouste, où il tomba prisonnier des Turcs, qui l’égorgèrent après une dure captivité. Nous devons savoir gré à ces ingénieurs d'avoir opposé une barrière aux nouveaux barbares qui menaçaient la civilisation d'Europe, et contre lesquels les rois, toujours aux prises les uns avec les autres, laissaient Venise combattre seule. Le Bolonais François Marchi, auquel on fait honneur des trois méthodes attribuées à Yauban, fut encore plus célèbre par la théorie et la pratique (2).
Dès le moment où l’on fit usage d'armes d’une portée si longue et d'un choc si terrible, l’art des siéges dut changer complétement; on négligea les hauteurs, à moins qu’elles ne fussent dominées par d’autres ; on eut toujours à craindre que les mines ne fissent sauter les forteresses les plus solides. En enfonçant les murailles dans les fossés, il devint possible, avec les
(1) La manière de fortifier villes, châteaux, et faire autres lieux forts ; Mis en français par le seigneur de Béroil François de la Treille, Lyon,
(2) Voir ERMENEGILDO Pant, dialogue sur l'architecture militaire, 1770; Marre, Verona illustrata, p. 111, ch, V.
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canons, de raser le talus qui s'incline vers la campagne; au moyen de sa pente, ce talus couvre la courtine de telle manière, que lennémi, pour la battre, est forcé d'ouvrir des tranchées à travers lé glacis et la contrescarpe, opération difficile, et d'établir ses batteriés de brèche sur les bords du fossé, ce qui l’expose au plus grand danger.
Ces améliorations furent introduites peu à peu, et la plupart sont dues à des Italiens, lesquels même, dans le premier siècle, furent presque les seuls ingénieurs militaires de toute l’Europe; beaucoup d’autres appartiennent à Maurice de Nassau et à divers Capitainés qui servirent dans les longues guerres de la Flandre. Une fois que l’art des fortifications fut transformé en une science; qui s'appuie sur la géométrie et la mécanique, les écrivains spéciaux abondèrent, et les Français citent Bardeluc comme le premier qui donna ane base solide à cette science, perfectionnée ensuite par le chevalier de Ville, puis par le comte de Pagan.
Dès ce moment, on ne compta plus exclusivement sur la valeur personnelle, et l’art disposa toute chose; en conséquence, les armées furent augmentées ; car, si de faibles garnisons suffisaient alors que les forteresses n'étaient entourées que d’une muraille et d'un fossé, avec des tours latérales peu saillantes et sans ouvrages extérieurs, les fortifications modernes occupèrent une vaste étendue, avec des travaux détachés, et dès lors il fallait plus d'hommes pour l'attaque et la défense. Comme les vilains n’osaient plus s’exposer au feu pour travailler aux tranchées, on confia cette tâche aux soldats, qui recevaient une somme déterminée pour chaque coudée de tranchée ; aujourd’hui, on leur donne tant par heure.
Qu'il nous soit permis de faire remarquer ici combien on a reproché mal à propos aux Italiens d’avoir renoncé à l'usage des armes et employé des soldats mercenaires. C’était alors dans toute l’Europe l’unique mode de recrutement pour les armées. Les États féodaux de l'Italie , comme le Piémont , le territoire de Rome et le royaume de Naples, étaient sous les armes; les républiques commerçantes déployèrent une valeur héroïque, soit dans les guerres incessantes du Levant, soit dans la lutte si funeste de Pise avec Florence, ou de Florence et de Sienne contre leurs tyrans. On vit apparaître une grande force de caractère dans les nombreuses conjurations, soit insensées, soit gé-
néreuses, contre les Médicis et les Sforza ; enfin, les Strozzi, le
vaillant Ferrucci, les Bandes Noires se montrèrent dignes ou d’une meilleure cause ou d’un sort plus heureux.
Lorsque les Italiens ne purent plus combattre dans leur patrie, ils allèrent porter leur vaillance au dehors. Les Strozzi conduisaient jusqu’en Écosse les bannis florentins. L'ingénieux Antoine Melloni, de Crémone, construisait des forts dans la Picardie pour tenir en sujétion les garnisons anglaises ; huit mille Italiens, guidés par le prince de Melfñ, combattaient avec lui contre autant de leurs compatriotes soldés par l’Angleterre, et qui se fortifiaient dans Boulogne, sous la direction de l'ingénieur Jérôme Pennacchi, de Trévise. Gabrio Serbellone se signala dans l’expédition de la Goulette, et les protestants d'Allemagne et les révoltés des Flandres n’eurent que trop à maudire la valeur et l’habileté des Farnèse et des Piccolomini.
Machiavel avait raison de dire : « Il ne manque pas en Italie de matière propre à recevoir toute espèce de formes; la vertu y est grande dans les membres, mais elle fait défaut dans les chefs. Voyez, dans les duels et les luttes entre un petit nombre d'hommes, combien les Italiens sont supérieurs en forces! mais lorsqu'il s’agit d’armées et de batailles rangées, ils sont effacés par les autres peuples, et cela provient de la faiblesse de ceux qui les commandent (1). »
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