LES ARTISTES ET LES MÉCÈNES
s'acheter un manteau neuf, Bembo fut obligé d'abandonner la cour de Léon X, qui aimait les poëtes dont les saillies l’amusaient, et se livrait à des plaisanteries faites pour déplaire à un homme de lettres grave. L'improvisateur Camille Querno, grand buveur et gourmand fleffé, qui récréait de ses bouffonneries les banquets du pontife, fut proclamé par lui archipoëte ; fl favorisait du même titre Jean Gazzoldo et Jérôme Britonio , sauf à leur faire donner la bastonnade quand leurs vers lui déplaisaient. A force d’éloges, on fit croire à Baraballo, abbé de Gaëte, qu'il était un second Pétrarque , et Léon voulut le couronner. Un éléphant, donné par Emmanuel de Portugal , fut orné pompeusement, et l'on jucha sur son dos Baraballo, vêtu du costume des triomphateurs, avec la toge brodée de palmes et le laticlave ; Rome entière fut en fêtes, et l'argent ne coûta rien pour faire monter au Capitole un mauvais poëte au milieu d’honneurs que l'Arioste n'obtint pas (1).
De pareilles scènes étaient-elles faites pour encourager les lettres? et celui qui aime une jeune fille l’expuse-t-il dans un carrefour ?
L’Arioste fut envoyé comme gouverneur dans la Garfagnana, contrée montagneuse, qui s'était alors Aonnée à Alphonse. Le cardinal Hippolyte le tint pendant quinze ans en mouvement
‘ continuel pour des affaires sans aucune importance, « le changeant de poëte en courrier; » puis, quand il eut compromis sa réputation en portant aux nues une famille peu recommandable, ilentendit le prélat lui demander : Messire Arios!:, où avez-vous pris tant de balivernes (2)? et parce qu’il refusa de le suivre en
(1) « C’est une plaisanterie, de débiter qu'il ait été couronné, » dit Virginio, fils du poëte.
(2) Opra che in esallarlo abbia composta Non vuol che ad acquistar mercè sia buona ; Di mercè degno è l'’ir correnao in posta… S'io l’ho con laude ne’ miei versi messo, Dice ch" io l’ ho fatto a piacere e in ozio; Più grato fora essergli stalo appressc.