‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 117 sur 146 · LES ARTISTES ET LES MÉCÈNES · texte numérisé non relu

LES ARTISTES ET LES MÉCÈNES

s'acheter un manteau neuf, Bembo fut obligé d'abandonner la cour de Léon X, qui aimait les poëtes dont les saillies l’amusaient, et se livrait à des plaisanteries faites pour déplaire à un homme de lettres grave. L'improvisateur Camille Querno, grand buveur et gourmand fleffé, qui récréait de ses bouffonneries les banquets du pontife, fut proclamé par lui archipoëte ; fl favorisait du même titre Jean Gazzoldo et Jérôme Britonio , sauf à leur faire donner la bastonnade quand leurs vers lui déplaisaient. A force d’éloges, on fit croire à Baraballo, abbé de Gaëte, qu'il était un second Pétrarque , et Léon voulut le couronner. Un éléphant, donné par Emmanuel de Portugal , fut orné pompeusement, et l'on jucha sur son dos Baraballo, vêtu du costume des triomphateurs, avec la toge brodée de palmes et le laticlave ; Rome entière fut en fêtes, et l'argent ne coûta rien pour faire monter au Capitole un mauvais poëte au milieu d’honneurs que l'Arioste n'obtint pas (1).

De pareilles scènes étaient-elles faites pour encourager les lettres? et celui qui aime une jeune fille l’expuse-t-il dans un carrefour ?

L’Arioste fut envoyé comme gouverneur dans la Garfagnana, contrée montagneuse, qui s'était alors Aonnée à Alphonse. Le cardinal Hippolyte le tint pendant quinze ans en mouvement

‘ continuel pour des affaires sans aucune importance, « le changeant de poëte en courrier; » puis, quand il eut compromis sa réputation en portant aux nues une famille peu recommandable, ilentendit le prélat lui demander : Messire Arios!:, où avez-vous pris tant de balivernes (2)? et parce qu’il refusa de le suivre en

(1) « C’est une plaisanterie, de débiter qu'il ait été couronné, » dit Virginio, fils du poëte.

(2) Opra che in esallarlo abbia composta Non vuol che ad acquistar mercè sia buona ; Di mercè degno è l'’ir correnao in posta… S'io l’ho con laude ne’ miei versi messo, Dice ch" io l’ ho fatto a piacere e in ozio; Più grato fora essergli stalo appressc.

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