SATIRE PREMIÈRE
N'est point œuvre à tenir, à son gré, tant prisée
Tout ce qu'en son honneur on trouve en mes écrits; Pour lui, courir la poste est seul digne de prix.
Si dans mes vers, dit-il, ses louanges j'ai mis,
Hongrie, il se vit congédié, avec perte des vingt-cinq couronnes de traitement qui lui étaient allouées tous les quatre mois.
Le grand Léonard de Vinci n’eut la faveur ni de Laurent ni de Pierre de Médicis. Le dernier occupait Michel-Ange à faire des statues de neige, et se vantait d’avoir à sa cour deux prodiges, Michel-Ange et un coureur espagnol ; ni ces deux Médicis ni leurs successeurs n’osèrent terminer les ouvrages grandioses commencés alors que le souffle de la liberté républicaine n’était pas encore éteint. Le monument de Jules IT et la chapelle des Médicis restèrent inachevés ; Cosme , protecteur intelligent des arts, préférait Vasari au Titien. Les outrages du cardinal Farnèse firent mourir de chagrin Onuphre Panvinio, comme ceux du duc d’Este déterminèrent la folie du Tasse.
Ainsi done, au lieu de porter une stupide envie, comme on le fait aujourd'hui pour excuser l'inertie, aux grands hpmmes d’autrefois, parce qu'ils trouvaient des protecteurs, il semble qu'il faille déplorer grandement la condition de ces gens de lettres et de ces artistes qui, ne pouyant compter sur J’unique récompense désintéressée, la faveur du peuple et la gloire spontanée, se voyaient contraints de l’aller chercher dans les cours. On peut dire même qu'ils n'avaient point de public, mais seulement deux elasses de lecteurs, les courtisans et le clergé. De là cette funeste nécessité du patronage, et l'obligation pour les hommes de génie de se résigner à subir une protection.et à réclamer, non la tolérance et le pardon pour la vérité qu'on abhorre, mais la sécurité pour leurs loisirs, au prix de leur dignité, de leur caractère et de la pudeur de l'art.
Il est certain que jamais un artiste ne pourra, quelque grand qu'il soit, construire Sainte-Marie des Anges ou la coupole de Saint-Pierre, ni peindre les chambres du Vatican, si ce travail ne lui est commandé par quelqu'un qui puisse subvenir à la dépense. Il faut nécessairement l'alliance du génie, qui conçoit, et de la richesse, qui fait exécuter ; mais que l’on ne vienne pas dire que la dernière seule suffit pour susciter de grands hommes, ct former une époque, nous ne dirons pas de génie, mais même de bon goût. La partie morale des beaux-arts, l’expression et le but qui, à notre avis, en sont l'âme, ne peuvent que perdre lorsqu’au lieu de jaillir du sentiment intime, ils ne doivent éclore que
Ce fut pour mon plaisir, en mes jours de paresse; Près de lui j'aurais fait mieux à rester sans cesse.
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LES ARTISTES ET LES MÉCÈNES. Alt
par ordre. Dans de pareilles conditions, on verra renaître la prédominance de la matière, l’idolâtrie de la forme, qui se raffinera au détriment de l’idée, comme la multiplicité des ouyrages sera funeste à l'originalité.
Le peuple qui s'était relevé dans les communes, le peuple croyant avait tiré les arts de la barbarie, et les avait poussés par des sentiers inconnus, d’une manière incorrecte, si l’on veut, mais hardie, originale et conforme aux besoins nouveaux. Alors s’élevèrent dans chaque cité de magnifiques cathédrales, alors retentirent les chants de Dante. La connaissance et l’étude des anciens, qui survint, aurait dû se borner à polir ces formes primitives sans étouffer l'inspiration intime, qui, dans le siècle précédent, avait tant accéléré les progrès de l'esprit humain.
C’étaitl'impulsion populaire qui avait suscité les hommes supérieurs ; les Médicis, qui les trouvèrent tout formés, eurent tout au plus le mérite de les employer. Mais les lettres, les arts et la poésie, quiest l’art même, c’est-à-dire le beau revêtu de formes sensibles, lorsqu'ils furent salariés par les princes, firent divorce avec les besoins et les sentiments de la nation, perdirent en génie autant qu’ils acquirent en goût, et devinrent un élément aristocratique, au lieu d’être une expression populaire ; placés entre le carrefour, d'où ils sortaient, et la cour, qui les stipendiait, les gens de lettres, sans atteindre à la délicatesse raffinée de l’aristocratie, perdirent l'influence féconde et native qui se puise au sein du peuple.
L'amour de l’art fait prospérer l’art ; mais la protection ou son caractère, si l'on veut, empêchales hautes capacités d'atteindre au degré supérieur où l’on ne peut arriver que par l’heureux accord de toutes les facultés de l'âme et de l'intelligence. Pour nous, qui observons les arts historiquement et-comme expression de la s0ciété, qu’il nous soit permis, en admirant l'exécution, de déplorer le but. Nous nous sommes complu souvent à rechercher ce qu’auraît été l’Arioste si, au lieu de chanter cette famille sans gloire deFerrare, il avait pris le thème de Dante ou du Tasse, la nation ou la chrétienté; ce que serait devenu Guicciardini s’il n’avait pas eu à se justifiers de honteux services rendus par lui à la tyrannie ; Machiavel, s’il n'avait pas écrit l’histoire par l’ordre de Clément VII, et le Prince pour obtenir un emploi; Michel- Ange, s’il n’eût pas été jeté tour à tour du ciseau à la palette ou au compas, ni contraint de s’irriter contre le marbre pour le forcer
d'exprimer sur les tombeaux des Médicis un idéal en opposition avec les ordres qu'il devait exécuter.
Au milieu des préceptes donnés par un grand nombre, au milieu des censures lancées dans ces rivalités bruyantes et acharnées, apparaît-il que l’art se crût obligé à quelque chose de plus élevé que l’art lui-même? Plaire à la cour, aux gens de lettres, tel était l’unique but. La religion s'écroulait, et l’on croyait la relever en faisant écrire des diatribes par Muzio ; on blâmait les inconvenances qui s'étaient glissées dans la liturgie, et Léon X fai. sait corriger les hymnes et le bréviaire d’après les phrases de Cicéron et de Tibulle ; la patrie périssait, et l’on chantait ; elle périssait, et nul homme supérieur ne se levait pour entonner l’épicédion d’une voix qui, pénétrant dans les sépulcres, pût retentir un jour comme la trompette de la résurrection ; elle périssait, et pas un écrivain ne sut animer l’histoire de ces colères magnanimes qui restent comme une protestation immortelle des nations.
On choisissait le premier sujet venu, pourvu qu'il permit de déployer les beautés de l’art. Le Tasse, du moins, agita longtemps dans sa pensée le choix du sujet de son épopée ; l’Arioste n’eut d'autre motif que de faireun poëme, qu’il se contenta d'ajuster aux pierres d’attente posées par un autre. Alamanni écrivit les siens, parce que ce thème chevaleresque souriait à Henri II; Bernard Tasso était arrivé à son centième chant avant même de savoir si son Amadis était de Gaule ou de Galles (1); Vida et Fra-
(1) IL demande à Jérôme Ruscelli, dans une lettre du 4 mai 1558, s’il doit intituler son poëme Amadis de Gaule ou de France :
« Je ne doute pas que l’auteur de cette charmante composition ne l’ait tirée en partie de quelque histoire de Bretagne, puis embellie et amenée à cette grâce qui enchante le monde, Or, je tiens pour constant qu'il a erré en donnant à Amadis le nom de sa patrie, nan pour doter la France de cette réputation, mais pour n’avoir pas entendu ce mot de Gaule, qui dans la langue anglaise veut dire Gallia. Si je ne me trompe, le fils aîné du sérénissime roi d’Angleterre se fait appeler prince de Gaule uniquement à cause des droits que ledit roi prétend avoir sur la couronne de France. A l'appui de cette vérité, que l’auteur se sera trompé dans l'interprétation ou mieux dans la traduction de ce mot Gaule, et que celui qui le premier écrivit cette histoire voulut parler de la France, voyez l’endroit, livre IT, chap. 20, où Gaudanel, envieux de la gloire et de la grandeur d’Amadis, dit au roi Lisuart: Vous savez , seigneur, que la discorde fut longtemps entre ce royaume de lu Grande-Bretagne et celui de la Gaule, parce que de droit celui-ci doit étre sujet de celui-là, comme le sont tous les autres États voisins, el vous reconnaissent pour supérieur, On peut facilement conjecturer de ces paroles que l’auteur ne vou-
castor chantè l'on peut di traitées.
De là, l'abs Sannazar, CO prostitue à d tement de la Charles-Quin Alamanni ne empereur d'a dévorant, il 1 Machiavel se Valentinois pontife Borg done, sans s0 successivemel tombeau atte construit des flexion que le carnet, est ce touche le co et ses Galatée et les immort:
Je sers qui :
La même gens de lettr veaux Virgile plaçait Giro:
gliani proclar
lait pas désigner faute vraiment « qu’Aristote , dan biiais ce poëme royaume? (C’es quelque port, qu n'ayant point, pl me tromper en la commodité, s mieux vous don:
former, et de vc Faire un poën c’est tout dire.