LES ARTISTES ET LES MÉCÈNES. M
gnage de Votre Majesté, que je ne suis pas indigne du chapeau de cardinal. Guicciardini ayant besoin de faire une dot à ses filles, Machiavel l'encourage à s'adresser à Léon X, lui cite des exemples de la libéralité de ce pontife , et lui enseigne comment il doit rédiger sa supplique : « Tout consiste, lui dit-il, à demander hardiment et à montrer du mécontentement lorsqu'on n'obtient pas. » Toutes ies dépêches de Machiavel, dans ses missions politiques, finissent par des demandes d'argent, et les autres ambassadeurs font la même chose, Anguillara, qui fit tant d'octaves, parce qu’it les véndait un demi-écu pièce, n’ayant rien reçu pour une chanson en l'honneur du due Cosme, s'en plaignit avec arrogance.
Paul Jove, dispensateur vénal de gloire et d’invectives , disait avoir deux plumes, une d'or (1) et une d'argent, pour proportionner la louange aux présents. Amateur d’une vie molle et dissipée (2), on éprouve du dégoût à le voir mendier avec instance soit une pelissé, un cheval, des friandises ou de l'argent (3);
(1) « J’ai trempé la plume d’or dans l’encre la plus fine. Je me déclare obligé de consommer une fiole de l'encre la plus fine avec une plume d’or, pour célé: brer les œuvres de Votre Sainteté. »
(2) « Vous savez que je me répose pour le moment, et que je ne travaille point, quia nemo nos conduxit… Vous savez bien que je ne veux étudier que vêtu de peaux de martre et de loup-cervier.. ; que je ne chevauche point de mules mal harnachées.. ; que je veux manger deux fois par jour, et avec le potage… ; qu’il me faut du feu de la Saint-François à la Saint-Georges. Pour cela faire , l’homme ne saurait se mettre l’esprit à la torture impensis proprüis. » Pages 100, Lettres.
(3) Il écrit au marquis del Vasto : « Votre Excellence me fait connaître qu’elle veut venir cette semaine sainte au Musée (sa maison de plaisance à Côme). Je l’attends avec une extrême impatience; et je sais qu’elle ne se départira pas de ses habitudes libérales etmagnanimes, me rappelant qué, lorsqu’ellé va pour son amusement aux Grazie à Saint-Victor, elle y porte, bien que la bonne chère y soit grande et tout en abondance, des provisions pour un mois, quoiqu’elle n’y passe que quatre jours. Que puis-je donc espérer, moi, si elle vient au Musée au milieu de tant d'hommes immortels, qui, bien qu’ils ne mangent pas , attirent une infinité de mangeurs ? Je veux que Pitigian sache que les futailles de son caveau favori sont à sec, et rendent un son de tambour. Ce serait encore une belle chose de voir votre excellence joindre à l’approvisionnement qu’elle y a laissé un autre semblable... Je crois qu’il me faudra, sous quelques semaines, me transporter à Rome... Je ne sais comment je ferai si Votre Excellence , pendant qu’elle sera ici, ne frappe plus d’une fois la terre du trident de Neptune pour faire naître une bonne paire de chevaux. Mais comment suppüser qu’un si grand prince puisse démentir sa générosité habituelle ? » Lettres du 25 mars 1544. — Il demande à Luc Contile « des pommes, des pêches, et des coings confits, attendu qu’il en est venu de Naples un déluge à la signcra
il se plaint si ces cadeaux se font a‘ssndre, ou ne sont pas proportionnés à son avidité; il appelle des travaux perdus ceux pour lesquels il n’obtenait pas la récompense qui seule les lui avait fait entreprendre. Princes et riches personnages lui donnaient à l’envi, afin qu’il f{valoir leur monnaie un tiers de plus (1). En somme, l'inspiration générale, c’est d'acquérir de l'argent et des protecteurs, soit en faisant rire avec une nouvelle comme Belphégor, ou avec un poëme entier comme l’Arioste, soit en larmoyant comme le Tasse, soit avec des ouvrages condampables, comme le Prince ou la Fille errante.
De mêrae que l’amour engendre la haine, la louange fait naître la satire; de là toutes les querelles bruyantes de ce temps. « Les gens de lettres , dit Jérôme Negro, sont en guerre ; Pierre « Cursio combat contre Erasme sur ce mot bellux, pour décider « s'il se prend en mauvaise part dans le langage relatif à la « guerre, ou bien si ce n’est qu’un verbum merum. Chaque jour « voit éclore des livres nouveaux et des in vectives sur ce sujet ; il « yen a qui répondent au nom d’Érasme à ce Cursio, et celui-ci « devient furieux. »
Une lutte terrible ayant éclaté, à propos de Pétrarque, entre Tassoni, Joseph des Aromatari et Brusantini, il y eut des emprisonnements et des procès. Les Médicis s’amusaient à entendre les sonnets que se lançaient mutuellement Louis Pulci et Matthieu Franco. Jérôme Ruscelli en vient aux prises avec Ludovic Dolce, pédant comme lui, et tous deux ne s’échauffent que pour décocher l’injure ; Sigonio dispute avec Robertello sur des questions d’érudition ; Geraldi Cintio avec Pigna, Paul Manuce avec Lambin, parce qu’il voulait imprimer consumtus sans p; son adversaire, auquel il avait apporté un marbre où l’on voyait écrit consumplus , le lui jeta à la tête. Varchi est en lutte avec
principessa. » —Il écrit à monseigneur Farnèse : « Je commence à travailler, et je ferai en l'honneur de Votre Seigneurie chose que la postérité lira, et c'est assez en dire; mais que Votre Seigneurie révérendissime et illustrissime fasse en sorte que mon neveu Alexandre soit évêque de Nocera. » 5 septembre 1547; et à Jérôme Anghiera : « Béni soyez-vous, vous qui, sans offenser personne, plaisez à chacun! ce que je cherche à faire aussi en publiant cette histoire. »
(1) « Je serais frais si mes amis et mes patrons ne devaient pas se trouver obligés envers moi quand je. fais valoir leur monnaie un tiers de plus que celle des vauriens et des libertins. Vous savez bien que, grâce à ce saint privilége, j'en ai habiilé quelques-uns de riche brocart , quelques autres, au contraire, de vilaine étoffe, pour leur mérite; et tant pis pour ceux qui sont pris. S'ils nous attaquent en tirailleurs, nous ferons jouer la grosse artillerie. Je sais bien qu’ils mourront, et que, nous, nous survivrons à notre mort.» Leffre 12.
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