L'ARÉTIN. M
çois I°', qui lui fit don d’une chaîne d’or, et ne put pas se passer de ce bouffon d’une espèce nouvelle (1). Henri VIIT lui envoya ’“oif cents couronnes d’or en une fois ; Charles-Quint lui accorda une pension, et le fit marcher, à sa droite; Jules III lui donna mille couronnes d'or avec la bulle de chevalier de Saint- Pierre, ce qui lui fit concevoir l’espérance de devenir cardinal, Il prit le nom de divin et de fléau des princes. Les premiers artistes voulurent faire son portrait ; des médailles furent frappées non-seulement en son honneur, mais en l’honneur de sa fername et de sa fille ; on lisait sur le revers de l’une d'elles : LES PRINCES QUI REÇOIVENT LES TRIBUTS DES PEUPLES PAYENT TRIBUT À LEUR SERVITEUR (2).
Charles-Quint, qui aspirait à la monarchie universelle, prodigue les honneurs au divin Arétin, lequel s'exprime à son sujet en
Midisse : Piero, se di questa guerra Mi campa Dio e la buona fortuna, Ti voglio insignorir dellu tua terra.
Sous Milan il me dit par dix fois, non par une : Pierre, de cette guerre advienne qu’en vainqueur Je sorte, Dieu m’aidant et ma bonne fortune,
Je veux de ton pays te faire le seigneur.
(1) Jean lui écrivait : « Le roi se plaignit à moi avec raison de ce que je ne t’=vais pas amené avec moi, comme de coutume. Je dis que la faute en était à ce que tu aimais mieux le séjour de la cour que celui du camp. Sa Majesté reprit que j'eusse à écrire pour te faire venir. Je sais que tu ne viendras pas moins pour ton intérêt que dans le but de me voir, moi qui ne saurais vivre sans l’Arétin. » \
(2) « Tant de seigneurs me rompent continuellement la tête avec leurs visites, que mes escaliers sont usés par le frottement répété de leurs pieds, comme le pavé du Capitole par les roues des chars de triomphe. Je ne crois pas, pour m'exprimer ainsi, que Rome ait jamais vu un mélange de nations pareil à celui qui m'arrive au logis. Il vient chez moi des Turcs, des Juifs, des Indiens, des Français, des Allemands, des Espagnols. Or pensez ce que font nos Italiens. Je ne parle pas du menu peuple ; car il est plus facile de vous détourner de votre dévouement impérial que de me voir un seul instant sans soldats, sans écoliers, sans moines et sans prêtres. Il me semble, à cause de cela, être devenu l’oracle de la vérité, puisque chacun vient me raconter le tort qu'il a éprouvé de tel prince, de tel prélat; je me trouve donc le secrétaire du monde, et vous n'aurez qu’à m’intituler ainsi sur les dépêches que vous m’adresserez. » Lettres, t. I, p. 206. MAZZUCCHELLI, p. 57. « Quel savant en grec et en latin est semblable à moi en langue vulgaire?... Quels colosses d'argent et d’or sont comparables aux chapitres dans lesquels j'ai sculpté le pape Jules, l'empereur Charles, la reine Catherine et le duc François-Marie P.. Si j’eusse préché le Christ de la manière dont j'ai loué César, j'aurais plus de trésors dans le ciel que je n'ai de dettes sur la terre. »
ces termes : « C’est beaucoup sans doute que la faveur me « soit arrivée comme vous me l'aviez annoncée ; mais la man- « suétude du pieux empereur a dépassé de bien loin votre « opinion ; car il a déclaré que, s’ilme rencontrait par le chemin, « il m'enjoindrait de chevaucher avec lui; ensuite, quoiqu'il « ne l’eût pas dit, il m'a donné la main droite, acte aussi digne « de sa clémence que ma condition en est indigne. Je suis à « coup sûr sorti de moi-même en l’entendant et en le voyant; « car celui qui ne l’entend et ne le voit pas ne saurait s’imaginer « l’inimaginable sagesse de la douce familiarité de cette grce « charmante... (1).»
Avec quelle adresse aussi ne s’insinue-t-il pas dans son esprit, en lui protestant que les peintres lui ont fait tort dans ses portraits, et en lui parlant d’Isabelle, la femme qu'il a perdue! « Quand je lui dis ensuite que je ne croyais pas que mes écrits fus- « sent lus de lui, qui tient dans ses mains les destinées du monde, « il répondit que tous les grands d’Espagne avaient copie de ce « que je lui ai écrit sur la conquête d'Alger. Il me raconta toute « cette expédition en détail, et mon âme s'épancha en pleurs, « tant je fus ému de tendresse lorsque je l’entendis :‘e dire : Æ{ « dans quel but aurais-je voulu vivre davantage, si lant de « gens étaient morts pour moi dans cette entreprise? J'entends « encore retentir à mes oreilles le son éclatant de sa parole « auguste..….
« Mon peu de vanité me faisait oublier qu’il avait, chevau- « chant, appelé auprès de lui les respectables ambassadeurs de « Venise pour dire à leurs excellences sérénissimes : Amis très- « honorés, il ne vous sera point à charge certainement de dire & à la seigneurie que je lui demande en grâce d'avoir égard à « la personne de l’Arétin, comme à un objet très-cher à mon af- « Jection. »
En effet, si tout le monde le chasse, Venise, où la licence est générale, et qui permet de tout faire librement pourvu qu’on ne parle point des affaires d’État, Venise lui est toujours ouverte : « Moi qui ai achevé d'apprendre à être libre , écrit-il au doge « Gritti, dans la liberté d’un si grand État, je répudie la cour à « jamais, et je fais ici mon tabernacle éternel pour les années « qui me restent : car ici la trahison n’a pas de place; ici la « faveur ne peut faire tort au droit ; ici ne règne pas la cruauté
(1) La traduction française ne comporte pas tout le ridicule de son style.
« des pros minés ; i C’est po suré les peuples, vertu, co observate charité e prince, r afin que j élue de I les mœu humilier des fautes des natior Revient-il par la cra qu'il me I fraternelle l'on me de Vraiment les popul pour saisi m'honore:
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