‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 124 sur 146 · ARR · texte numérisé non relu

ARR

« j'ai écrits sur Jésus-Christ et sur les saints... Quoi qu’il en « soit, il est certain que je suis connu du Sophi, des Indiens et « du monde entier, à l'égal de quiconque dont le nom retentit aujourd'hui dans la bouche de la renommée, Bien plus, les princes qui reçoivent les tributs des peuples sont continuellement mes tributaires, tandis que je suis leur esclave à la fois et leur fléau. Je ne cite pas la force de ce miracle incroyable par orgueil ou par vanterie; mais j'en parle pour me confesser à moi-même l'obligation que j'ai à Dieu , qui m'a fait tel, » Argent, joyaux, habillements, pleuvaient chez lui, « L'alchimie de sa plume a extrait des entrailles des princes plus de vingt-cinq mille écus d'or; » fl en avait deux mille de pensions ; il passe pour en avoir empoché plus de quatre-vingt mille dans toute sh vie. François L°' lui envoya un collier formé de langues entrelacées, avec la pointe rouge, et le mot : ZLingua ejus loquetur mendactum. Charles-Quint lui en adressa un autre de la valeur de cent sequins , après sa défaite en Barbarie, pour se : mettre à l'abri de ses railleries ; mais il répondit, en soupesant la chaine : Elle est bien légère pour une si lourde sottise, N dit au trésorier de France, qui lui payait ure somme : 1e vous élonnez pas si je me tais ; j'ai consumé ma voix à demander, el il ne m'en reste pas pour remercier.

Tarde-t-on à lui donner, il menace de mettre le Christ dans les mains des Turcs. « Je commence en attendant, écrit-il à un « confident du pape , à occuper entièrement ma plume au /é- « gendaire des saints; aussitôt que je l'aurai composé, je vou « jure (au cas où l’on ne me donnerait pas de quoi vivre) de le « dédier au sultan Soliman, en faisant l’épitre d’une manière si « neuve que le monde en sera dans la stupeur pour tous les « siècles à venir; car ‘elle sera chrétienne au point de pouvoir « l’amener à laisser la mosquée pour l’église. »

Les cadeaux qu'on lui fait sont-ils mesquins, il les refuse : « Je lui ai renvoyé ses dix ducats, en le priant de daigner, en « reprenant ses dons, me rendre les louanges que je lui ai « données; en effet, il ne me paraît pas convenable d’honorer cc- « lui qui me honnit au point que je m’avilirais d'accepter ce qui « est plutôt une aumône pour des mendiants que des présents « pour des gens de talent. Il est certain qu’il convient à ceux qui « achètent la gloire d’être généreux toût de bon, en donnant « non selon le degré de leur âme, mais comme le requiert la « condition de celui qui leur en décerne ; car les pauvres plumes

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« ont autre chose à faire que d'élever de terre un nom pesant « comme du plomb par son défaut de mérite (1). »

Vol jusqu'où {l poussait l’effronterie : il s'intitulait homme libre par la grâce divine, et conspuait les princes en général tout en louant chacun d'eux en particulier , ou bien il désignait ceux qu'il avait intérêt à attaquer pour exciter les jalousies mutuelles, « J’ai eu la force de seconder la hauteur des grands par « de grandes louanges, en me tenant toujours dans le ciel. sur « les ailes des hyperboles. 11 me faut transformer digressions, « métaphores, pédanteries en cabestans qui ébranlent et en « tenailles qui ouvrent ; il faut faire en sorte que les voix de mes «a écrits rompent le sommeil de l’avarice. »

Les princes n'étaient pas pour lui les seules têtes couronnées ; il avait encore pour tributaires tous ceux qui occupaient le premier rang dans Îles arts et la littérature. L’Arioste le plaça parmi ceux dont s’honore l'Italie; Titien prenait ses conseils et le peignit plusieurs fois (2); il demandait à Michel-Ange, « point de mire « d'étonnements où la faveur des astres à lancé à l’envi toutes

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