L'ARÉTIN
(1) I écrivait à François 1°" : « Abstenez-vous du moins de promettre aux gens de talent, afin qu’ils n’aient pas où leur faim puisse mordre après s’être consumés en espérances... Ne savez-vous pas , Sire, qu’il ne convient pas au rang de votre altesse de ne pas vous souvenir des six cents écus que, du propre mouvement de votre langue royale, vous dites à non envoyé devoir m'être payés ici par l’ambassadeur?... Que votre gloire considère donc l’injure qu’elle se fait à elle-même en différant la récompense offerte par elle-même à moi, qui vais partout la prônant. »
(2) Voici comment l’Arétin, bien qu'ami du Titien, parlait de son admirable portrait :
« À Cosme ler. — De Venise, le 17 octobre 1545.
« Mon maître, la quantité non petite d'argent que se trouve messire Titien, et aussi la grande avidité qu'il a de l’accroître, est cause que, oubliant toute obligation envers un ami et ce qu'il doit à un parent, il ne s’occupe avec une étrange anxiété que de ce qui Jui promet grand profit. Il n’y a donc pas à s’étonner si, après m'avoir entretenu six mois par l'espérance , il s’en est allé à Rome, attiré par la prodigalité du pape Paul, sans me faire autrement le portrait de votre très-immortel père, dont je vous enverrai bientôt la placide et redoutable effigie, conforme peut-être à la vérité, comme si elle était sortie de la main du susdit peintre, En attendant, voici un exemplaire de ma propre ressemblance, que lui-même a exécuté de son pincssu. Certes, elle respire, le pouls bat, et l'esprit se meut comme je fais moi-même en vivant. Si les écus que je lui donnés, en vérité, avaient été en plus grande quantité, les étoffes seraient brillantes, moelleuses et roides, comme le sont le velours et le brocart dans la réalité. Je ne parle pas de la chaîne, puisqu’elle est seulement en peinture; car sic transit gloria mundi. »
« les flèches de leurs grâces, » la permission de proclamer ses louanges, « parce que l'Europe a plusieurs rois et un seul Michel. « Ange, » et le grand artiste lui répondait : À messire Pierre, mon seigneur et frère ; puis il l'exhortait à le mentionner dans ses écrits : Non-seulement je l’estime à un haut prix, mais encore je vous supplie de le faire, les rois eux-mêmes et les empereurs considérant comme une haute faveur d'être nommés par votre plume.
Ferdinand d’Adda, recteur de l’université de Padoue, lui adressait une épigramme dans laquelle il : met au-dessus de Charles- Quint et de François I‘", Toutes les académies voulaient l'inscrire parmi leurs membres, et chaque galerie avait son portrait, que l’on voyait dans les cabinets des princes comme dans les tavernes et les lupanars. La cité d’Arezzo le fit noble et gonfalonier honoraire; il existe un volume de lettres à sa louange; bien plus, il fut surnommé le cinquième évangéliste.
Quand on. voit cet homme écrire d'un style contourné et bizarre, en phrases affectées, déplacées et semées de métaphores extravagantes, on douterait de cette irrésistible puissance si nous ne la voyions usurpée de nos jours encore par quiconque a le front de dire et de faire ce qui répugnerait à un honnête homme, Qu'on ne croie pas cependant qu’il eut aussi bon marché de tous ceux qu’il rudoyait! il devint doux avec ceux qui surent lui montrer les dents, comme Albicante, Berni, Bernard Tasso. Quelques-uns lui infligèrent de dures corrections , ce qui le faisait appeler par Boccalini « l’aimant des poignards et des bâtons. » Un certain Volta, son rival dans les faveurs d’une comtesse, lui appliqua cinq coups de stylet; Pierre Strozzi, qu'il avait nommé dans un sonnet, l’envoya prévenir que, s’il s’avisait encore uné fois de mettre son nom en avant, il le ferait égorger, et il sele tint pour dit. L’ambassadeur de Henri VIIE, qu’il avait soupçonné de retenir une partie des dons que lui accordaitle roi d'Angleterre, fait bâtonner l’Arétin, et celui-ci remercia Dieu, qui lui accordait la force de pardonner les offenses. Le Tintoret, qu’il avait mordu,
l’appela dans son atelier sous prétexte de faire son portrait, et, :
tirant un pistolet, il se mit à le mesurer en long et en large , et finit par lui dire : Vous avez deux pislolets et demi de lonqueur ; qu'il vous en souvienne. L’Arétin sortit épouvanté ; mais dès lors il loua le Tintoret. D'autres l’attaquèrent avec ses propres armes, comme Jérôme Muzio et Antoine François Doni.
Ce dernier publia le Tremblement de terre de Doni, Floren-
tin, avec âge, ouv non moi est adres « origins « fausseté Cet Ar zarres, à da Citroui lets, qui acharné d accusa de dement, à un qui avé publié de Dans une avec toute pas être é
({)« Tous or, s’il en fut là. Je suis sc jour chercha quiconque fa doit donc sa plus grands il avait ancie des intelligen tre par cette que trahison main du sec nichi soit en imprimé (ca nemi de votr.
au soleil), pu rité jadis d’êt une haine pa pendu aux © ce méchant | songe à retoi que, la veille Seigneurie Il ches decer mage soit à déplaisir et « méchant. Qu
! L’ARÉTIN. 495 tin, avec la ruine d’un grand colosse, antechrist bestial de notre âge, vuvrage écrit en l'honneur de Dieu et de la sainte Église, non moins que pour la défense des bons chrétiens. La préface est adressée à « l’infâme et scélérat Pierre Arétin, source et « origins, de toute ihiquité, membre putréfié de la publique « fausseté et véritable antechrist de notre siècle. »
Cet Antoine-François Doni, homme et écrivain des plus bizarres, a laissé, entre autres compositions, les pièces intitulées la Citrouille, les Marbres, les Mondes, les Peintures, les Pistolets, qui foisonnent de caprices et de folies. Il fut l’ennemi acharné de Ludovic Domenichi, écrivain spirituel et vide, qu'il accusa de plagiat | péché très-commun alors), et non sans fondement, à ce qu’il paraît ; car, dans ses Dialogues, il s’en trouve un qui avait paru dix ans auparavant parmi les Marbres ; il avait publié de même diverses traductions comme œuvres originales. Dans une lettre qui est restée à sa honte éternelle, Doni l’accusait avec toute l’infamie d’un délateur (1) ; mais il eut le dépit de ne pas être écouté.
(1) « Tous les membres devraient constamment être unis avec un bon chef; or, s’il en fut jamais un excellent, la majesté de Charles-Quint est un de ceux là. Je suis son très-dévoué serviteur, et, dans mon zèle ardent, je vais nuit et jour cherchant comment je puis me montrer reconnaissant à Sa Majesté et à quiconque fait, pour l’amour d’elle, d’honorables entreprises. Votre Excellence doit donc savoir qu’un nommé Ludovic Domenichi, de Plaisance, est un des plus grands traîtres qu'il y ait au monde; d’après ce que je puis comprendre, il avait anciennement, avec un banni on un sujet rebelle du duc de Plaisance, des intelligences contre sa majesté, comme votre seigneurie pourra le connattre par cette lettre ci-incluse. Ce rebelle devait obtenir sa grâce s’il faisait quelque trahison, ainsi qu’on peut le conjecturer par cette lettre, qui est écrite de la
main du secrétaire nommé Antoine-François Riniero. Que ce Ludovic Dome-
nichi soit ennemi de sa majesté impériale, c'est ce qui résulte d'un sonnet imprimé (car il est poëte). dont je joins ici copie; il est évident qu’il est ennemi de votre seigneurie illustrissime (quoiqu’une bougie ne puisse faire ombre au soleil), puisqu'il a composé un autre sonnet contre Mantoue, d’où il a mérité jadis d’être chassé pour quelque bonne œuvre. Mais je crois plutôt qu’il garde une haine particulière à Votre Seigneurie, parce que les officiers de justice ont pendu aux créneaux de Pavie (du château, veux-je dire ) un de ses frères. Or ce méchant homme, mauvaise langue, dont les actes sont pires que la langue, songe à retourner à Plaisance, et je pense qu'il ne médite rien de bon, attendu que, la veille du carnaval, il alla à Rome et en revint tout de suite. Que Votre Seigneurie Ilnstrissime surveille ces choses, et suive en silence les pas et démarches de ce mauvais sujet, afin qu'il ne puisse canser quelque offense ou dommage soit à Sa Majesté, soit à l’État. Je la prie bien de ne pas lui faire de déplaisir et de lui pardonner, en voyant plutôt en lui un homme passionné que méchant, Que Votre Seigneurie daigne m’excuser si j'ai parlé avec peu de révé-
Cellini.
L'Arétin eut un imitateur dans Nicolas Franco ‘de Bénévent, tour à tour son amiet son ennemi ; il mendie impudemment, non saus obtenir, et s'attaque dans ses sonnets aux rois, aux papes, aux cardinaux, aux gens de lettres, avec une telle violence de rage, un tel dévergondage de grossièretés, qu'il fait rougit du nom d'homme de lettres. L’Arétin l’employa pour écrire des satires ; puis, s’étant brouillés, ils se déchirèrent à belles dents, Nicolas, aussi vil dans la louange qu'insolent dans l’invective, s’intitulait agellum flagelli, et lai lançait d’injurieuses obscénités. Il adressa une lettre virulente « aux infâmes princes de son siècle , » à cause des faveurs qu'ils accordaient à un pareil monstre (1); il commenta la Préapée, et reçut aussi sa part d’estocades héroïques , comme disait l’Arétin. Pie V le condamna au gibet pour avoir mordu une personne puissante : C’est trop ! s'écria Franco, et il fut étranglé.
L’'Arétin continuait à composer des satires, és comédies, des lettres et des libelles qu'il dédiait à des personnes vertueuses. À des livres qu’on ne saurait nommer pour leur auGatieuse impudicité, il joignait des sermons, des ouvrages d’un :tisme exagéré, des vies de saints, imais aînsi faites qu’: 1 ::raient pu l'envoyer au bûcher aussi bien que ses écrits les plus cyniques. 11 s'était enfin fixé à Venise, « réceptacle de toute immondice, » comme le dit Boccace, et où ses sœurs tenaient une maison de prostitution. Un jour qu’il les écoutait raconter les prouesses égrillardes du lieu, le rire le prit si fort qu'il tomba de son fauteuil et se blessa mortellement. Après avoir reçu l’huile sainte :
Gardez-moi bien des rals, s'écria-t-il, maintenant que je suis graissé. Et il mourut dans un lieu et d’une manière digne de sa vie.
Moins profondément pervers que lui, Benvenuto Cellini ne se montre pas moins bizarre. Il admire au même degré le
rence, et en imputer la faute à l'amour que je porte à Sa Majesté Impériale ainsi qu’au dévouement profond que je professe pour tous les personnages qui ressemblent à Votre Seigneurie Illustrissime, dont je baise les mains en la saluant très-respectuensement.
« Florence, le 3 mars 1548.
« Son très-humble serviteur, ANT.-FRANçoIs Dont. »
(1) « Princes, je vous ai parlé en vers; maintenant je vous parle en prose. Vous pourrez connaître le rôle que vous jouez au milieu.de tant d’infamies
si votre insouciance n’est pas aussi aveugle pour lire qu’elle l’a été pour don-
ner. »
. très-divin
les spadas:
si courage pas moins le touche d métier! Il et, dans sa quelqu'un, un fanfaro pas. Les fait artilleu coup (dit:i d'Orange.
l’aide dut réunis en ( lui rémettr glise, et «1 de croix su Il est ad de temps à talie, les c:
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. très-divin Michel:Ange, les beaux coups d’estoc donnés par
les spadassins et ceux qui déploient dans les duels une âme si courageuse; il sonne du cor, joue de la flûte, et ne tire pas moins vanité de ces talents que de son burin. Malheur à qui le touche du boat du doigt, ou se rencontre avec lui en rivalité de métier ! Il ne se trouve pas assez d'expressions pour les flétrir, et, dans sajactance, il ne souffre pas qu’on le meite au-dessous de quelqu'un, si ce n’est de Michel-Ange; on le prendrait pour un fanfaron inutile si ses admirables ouvrages ne subsistaient pas. Les Allemands viennent-ils en 1527 assaillir Rome, il se fait artilleur ‘contre cette infernalité cruelle, et sa maïh dirige le coup (dit-il) qui tué le connétable dé Bourbon et blesse le prince A'Orange. Il se plaînt qu'on ne l'ait pas laissé exécuter un tir à l’aide dugtrel il prétendait écraser les chefs de l’armée ennemie réunis en conseil ; il s’agenoville devant le vape, en le priant de lui rémettre Les meurtres qu'il a commis pour le service de l'Église, et « le pape, les mains levées, lui ayant fait un grand signe de croix sur la figure, le renvoie avec l’absolution. »
Il est admis dans l'intimité des princes, et le grand-duc vient de temps à autre causer dans son atelier ; les petits princes d'Ttalie, les cardinaux ;, les femmes des uns et les maîtresses des autres se dispütent ses ouvrages. Le pape lui dit : St j'éfais un riche empereur, je donnerais à mon Benvenuto autant de terres qu'il pourrait en embrasser duregard ; mais, comme nous sommes aujourd'hui de pauvres empereurs ruinés, nous lui donnerons, de toute manière, autant de pain qu’il en faudra pour satisfaire ses petites fantaisies.
Mais les dons ou n'arrivent pas, ou ils sont toujours trop faibles pour son mérite, qui était grand, ou pour sa présomption, qui était plus grande encore. On lui marchande même les louanges ; alors il met en œuvre une langue qui pique comme un dard, un mousquet « avec lequel il met dans un denier , » et l’excellente épée avec laquelle ilest tombé plusieurs fois sur ses ennemis ou sur les sbires.
Un hôtelier lui fait-il payer trop cher, « illui vient en pensée de mettre le feu au logis, ou d’égorger quatre bons ch: aux qui étaient dans l'écurie; » mais il se contente « de lui dépecer quatre lits avec son coustelet, » Une autre fois il pousse des estocades à son ennemi, qui tombe mort : « Ce n’élail pas mon intention, dit-il; mais les coups ne se donnent pas à ‘condilion. » I1 fraude bravement le pape sur l'or qu’il emploie, sauf
à s’en faire absoudre; il enlève de jeunes fill::, ébauche des garçons et raconte ses méfaits avec non moics « assurance que que si c'étaient des actes méritoires, Il prétend que « les hommes comme-Benvenuto, uniques dans leur profession, doivent être affranchis des lois; » il trouve qu'on lui fait grand tort lorsque, pour la première fois, on le met en prison à trente-neuf ans.
Du reste, il a aussi sa morale au service de ses passions; si l’un de ses ennemis meurt, « on voit que Dieu tient compte des bonset des méchants, et rétribue chacun selon ses mérites. »
Il est religieux et crédule; on lui fait voir dans le Colisée le sabbat des démons, et lui seul n’est pas effrayé. Jeté dans. une prison, il lit continuellement la Bible enitalien, et s’y trouve favorisé d’apparitions de Dieu et des saints, d’où vient qu’il porte sur le sommet de la tête une petite flamme « qu’ont pu voir clairement tous ceux en très-petit nombre à qui j'ai voulu la montrer. » Enfin, joyeux de pouvoir s’enfuir du château Saint- Ange » en dépit de celui qui manifeste la vérité sur la terre et au ciel, s£ pardonne librement à la sainte mère Église, bien qu'elle lui ait fait ce tort criminel. » Puis, au moment terrible de la fusion du Persée, moment dont les angoisses ne peuvent être senties que par un artiste, il invoque le secours de Dieu ; or, comme c'est à cette dévotion qu'il attribue sa réussite inattendue, il va en pèlerinage, « en chantant sans cesse en l'honneur de Dieu des psaumes et des oraisons. »
Ce fut en ne cessant de rire et de chanter qu'il alla de Florence à Paris à cravers les plus grands périls. Là, il se met à vivre magnifiquement « avec trois chevaux et trois serviteurs; » il est logé dans un château royal ; mais l'envie se déchaîne contre lui, et il est flatté d’avoir des ennemis puissants. Telle était pour lui la duchesse à Florence, telle est madame d’Étampes à Paris. Il a maille à partir avec les courtisans, qu’il appelle des brise-miches (scannapagnotle) ; ce sout toujours des subalternes qui traversent les bonnes intentions du roi à son égard et les font avorter.
Il trouve à Paris « une certaine engeaace de compagnies qu'on appelle des aventuriers, lesquels assassinent volontiers sur les grandes routes; bien g'-’on en pende chaque jour un bon nombre, ilsemble qu’ils ne s'en inquiètent guère. » Il y rencontre un autre inconvénient, les procès (1); car, « aussitôt qu'ils com-
(1) L'Hospital disait, en 1660, au parlement de Paris : On peut dire qu’il y a plus de procès au Chastelel de Paris qu’en toute l'Italie.
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tout à fait lé chose ; c'es partie, font ceux qui a à six de ces pas d'en pr pas l'usage Quant à aure, ila« taille les ja en reste la, Redoutal nuels : il es croit empoi exposé à êt Le pape le l'orfévre, ti casions, il « pour échapp ribles méfai avec une fe disculpe qu comme com À coup si exagéré, m sentiments ] le pousse à et les attaqu Michel- Ang avait asséné Pierre Facin empoisonna finit aussi p Pour conc littérature it ginalité com études se fo:
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mencent à voir quelque avantage dans le litige, ils trouvent à le vendre ; quelques-uns en ont donné en dot, et d’autres font tout à fait le métier d'acheter des procès. Ils ont une autre vilaine chose; c'est quo les gens de Normandie , pour la plus grande partie, font profession de prêter faux témoignage; c’est pourquoi ceux qui achètent un procès font aussitôt la leçon à quatre ou à six de ces témoins, selon le besoin; aussi ceux qui ne s’avisent pas d'en produire autant en sens contraire et qui ne connaissent pas l’usage entendent-ils bientôt une senten ze qui les condamne. »
Quant à lui, lorsqu'il voit sa cause prendreune mauvaise tournure, il a « recours pour son assistance à une grande dague, » et il taille les jambes à l’un ; l’autre est touché de sorte que le procès en reste là, » ce dont il remercie Dieu comme de toute autre chose.
Redoutable aux autres, il se croyait entouré de périls continuels ; il est assailli plusieurs fois, et plusieurs fois il est ou se croit empoisonné. Il porte son argent sur lui « pour nc pas être exposé à être assassiné et volé, comme c’est l’usage à Naples. »
Le pape le fait empoisonner avec du diamant en poudre ; mais :
l’orfévre, trop avare , ne broie que du béril; dans d’autres occasions, il doit son salut à sa robuste constitution. Quelquefois, pour échapper à des procès qui lui sont intentés à cause d’horribles méfaits, il n’a qu’à faire grand fracas; ainsi lui arrive-t-il avec une femme qui l’accuse d’un péché contre nature ; il ne se disculpe qu’en s’écriant qu’il faut commencer par la brûler comme compiice et patiente. |
A coup sûr son récit, comme toutes les autobiographies , est exagéré, malgré une apparence de naïveté confiante , par les sentiments propres de l’auteur et cette incroyable jactance qui le pousse à se vanter même du crime ; cependant les querelles et les attaques n'étaient alors que trop fréquentes entre artistes. Michel-Ange porta toujours la trace du coup de poing que lui avait asséné Torrigiano ; Titien peignait souventavec la cuirasse. Pierre Facini attenta à la vie d’Annibal Carrache ; Lazare Calvi empoisonna Jacques Baregone, et l’on croit que ie Dominiquin finit aussi par le poison.
Pour conclure, on ne rencontre pas dans le siècle d’or de la littérature italienne un genre nouveau, un élan de véritable originalité comme dans le siècle précédent. Dans le principe, les études se fondèrent sur l’antique, mais pour le dépasser ; on méditait sur Aristote et Platon, mais pour réfuter leurs erreurs et développer leurs conceptions. Les politiques marchaient sur les
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