THÉATRES. A
nius Létus fit représenter devant Sixte IV des comédies de Plaute et de Térence, et à Ferrare, en 1486, les Ménechmes traduits en italien. En Allemagne, vers la même époque, Reuclin donnait des comédies latines de son invention, et Conrad Celte suivait la même voie. A Venise, le 11 février 1514, on représenta l’Asinaria de Plaute en tierces rimées; puis on vit un certain Antoine de Molino, surnommé Burchiella, qui parlait d’une manière bouffonne en grec et slave corrompus (1).
Dans cette ville, au commencement du quinzième siècle, il se forma beaucoup de sociétés de représentations, comme on disait, c'est-à-dire de farces ; elles s’appelaient Compagnies dela Calza, parce qu'elles avaient pour devise la couleur d’une moitié des culottes. Chacune se distinguait par des noms particuliers, et l'on disait la compagnie des Enflammés, des Paons, des Simpiternels, des Courtois, des Fleuris, des Éthérés, etc. ; toutes avaient un prieur, un syndic, un secrétaire, un notaire, un chapelain, un messager. Les statuts, approuvés par les Dix, étaient jurés solennellement. Les reglements presçrivaient d'éviter les querelles, de ne point divulguer les décisions, de célébrer par des fêtes le mariage des compagnons, de faire des cadeaux aux nouveaux mariés, d'assister aux funérailles des morts et d'en porter le deuil. Ces compagnies salariaient d’habiles artistes pour diriger leurs fêtes, et les Simpiternels assignèrent un traitement au Titien. L’une d'elles chargea Palladio d’ériger un théâtre dans le grand vestibule corinthien du monastère de la Charité, et Frédéric Zuccari dut lui faire douze scènes pour représenter l’Antigone, tragédie du comte Dalmonte de Vicence (1565 ). Ce théâtre, qui était en bois, brüla plus tard.
André Palladio, sur l'invitation de la société Olympique, construisit un théâtre à Vicence; modelé sur ceux des anciens, il avait une forme demi-ovale, peu favorable à l’acoustique et à la portée visuelle. La scène offre sept rues, avec des palais, des temples, des arcs de triomphe en relief; mais ces édifices, nécessairement trop petits, génaient le coup d’œil, et l’on ne tarda point à reconnaître l'inconvénient des décorations fixes qui ne peuvent servir qu’à une seule pièce. Vincent Scamozzi modela
sur l'antique le théâtre de Sabionnetta, mais plus rigoureusement quePalladio, dont il voulait peut-être faire ressortir les erreurs; il Jui donna la forme demi-cireulaire, et rendit la scène visible pour
* (1) Dans la Biographie universelle de Massacna, art. Plaute.
tous les spectateurs. Ranuccio Farnèse, premier du nom, ;onstruisit un vaste théâtre à Parme dans la Pilotta, sur les dessins de Jean-Baptiste Aléotti; il fut ensuite disposé pour recevoir quatorse mille spectateurs, et servir à des naumachies. Ces édifices se multiplièrent par la suite, et s'éloignèrent de l'imitation antique par l'adoption des loges, qui remplacèrent les gradins, Au temps du cardinal Bibiéna, ils avaient déjà la forme actuelle, Dans une représentation donnée à la cour d’Urbin, dont Balthazar Castiglioni nous a laissé une description, la scène figurait une rue écartée entre les dernières maisons et les remparts de la ville ; ces remparts étaient peintssur le devant de la rampe, ct le parterre tenait lieu de fossé. Au-dessus des gradins où étaient assis les spectateurs , régnait une corniche en relief, qui portait écrit en lettres blanches, sur fond d'azur, un distique de Castiglioni (1); des bouquets, des guirlandes de fleurs et de feuillage étaient suspendus au plafond de la salle, autour de laquelle deux rangées de candélabres dessinaient les lettres Deliciæ populi, si grandes que chacune supportait cent torches. Sur la scène se déployait une belle ville, dont une partie était en relief, avec un temple octogone en stuc, historié très-délicatement; il y avait des fenêtres d’albâtre, des architraves et des corniches d’or et d’outremer, des pierreries fausses, des colonnes , des statues et des bas-reliefs, le tout si bien fait, que les artistes d’Urbin réunis n'auraient pu l’exécuter en quatre mois, La musique sortait de lieux cachés pour égayer une comédie jouée par de petits enfants , et la Calendra de Bibiéna. Les intermèdes furent surtout admirables. Dans le premier, Jason, armé à l’antique, s’avançait en dansant; puis il saisissait deux taureaux qui vomissaient du feu,et les soumettait au joug; on voyait alors sortir des sillons où il avait semé les dents du dragon des hommes armés qui se mettaient à danser une mauresque terrible, jusqu'à ce qu'ils se fussent exterminés les uns les autres. Dans le second, Vénus apparaissait sur un char traîné par deux colombes, que montaient des Amours; d'autres Amours , caractérisés par des symboles, formaient des danses variées, et mettaient ensuite, avec leurs flambeaux, le feu à une sorte d’où sortaient neuf couples d'amants qui se mélaient à leurs danses. Dans le troi-
(1) Allusion au duc Guidobaldo :
Bella foris , ludosque domi exercebat et ipse Cxsar : magni elenim utraque cura animi.
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(1) Let (2) Bra
sième, figuraient Neptune et huit monstres marins; dans le quatrième, Junon, avec les paons et les‘ Vents. Un Amour venait sur la scène expliquer le sujet de chaque intermède, et récitait des vers composés par Castiglioni dans le but de faire ressortir l’unité et la moralité de l’action (1).
Le goït de ces magnificences passa chez les Français, qui /le pvisèrent, soit dans le pays même, soit auprès des Italiennes qu’époustrent leurs princes; Catherine de Médicis contribua surtout à le développer. Des fêtes splendides furent données sous Henri II. Son entrée à Lyon fut célébrée par des combats de gladiateu:s à l& manière antique, la lutte des Horaces et des Curiaces et une bataille avec des armes véritables, dont le roi fut si content qu'il demanda une nouvelle représentation. Les principales dames, qui figuraient Diane et sa suite dans un bois rempli de cerfs et de lièvres apprivoisés, amenèrent au roi un lion docile et soumis, comme symbole de la ville dont il avait le nom. Il y eut sur le Rhône une naumachie terminée par un beau feu d’artifice; puis le cardinal de Ferrare fit représenter la Sophonisbe dans une saïie décorée exprès, ce qui lui coûta plus de dix mille écus romains.
Lorsque le roi passa par Saint-Jean de Maurienne, les braves gens du pays voulurent lui donner un spectacle d’un autre genre. Ils arrangèrent une mascarade de cent ours imités d'après nature, q#i, le bâton sur l’épaule, l’escortèrent jusqu’au palais: là, ils se mirent à exécuter force danses et postures grotesques, à grimper et à hurler à l’envi, ce dont le roi s’amusa beaucoup, tandis que les chevaux, effrayés, se cabraientet rompaicac brides et longes (2).
Par la richesse et les commodités de lu vie, par la civilisation et la douceur qui en est le caractère, l'Italie surpassait de beaucoup les autres pays 4: l’Europe. Une discipline rigoureuse s’étendait aux plus petit: détails; cependanton voyait partout des bandes de voleurs, outre les spadassins qui allaient offrir leurs services à quiconque avait une vengéance à exercer, un rival à expédier. Le gibet était en permanence ; les supplices, aussi fréquents que peu efficaces, consistaient à noyer, à faire bouillir, à brûler, à roue: à murer, à marquer !°s coupables, sans compter l’infamie qui s’attachait à toutx :: parenté. Anne de Mont-
(1) Lettre de B. Castiglioni.
(2) BRANTÔME et Mémoires de VIEILLEVILLE,
morency écoutait, tout en récitant le rosaire, les méfaits dont ses soldats étaient accusés, et s’interrompait entre deux Ave pour dire: A pendre, à décoller. Le colonel Strozzi fit jeter à la rivière huit cents prostituées qui étaient restées dans l'armée.
Les movens échapper à ces rigueurs étaient en rapport avec les rigueurs eilc:-raêmes ; on sait recours à la force ouverte, ou bien l’on se réfugiait 4° nsles lex d'asile, très-multipliés alors, et sous la protection des grands ot des prélats.
Dons ces coritrées les nobles et les bourgeois même, avec l’apparence dù juxe, avaient peu d'argent. En Angleterre les cultivateurs et lesmarchanüs nréféraient la boz:ne chère au luxe des vêtements et des habitations. Sébastien Giustiniano, dans une relation maauscrite (1), di, de Henri VI qu'il est « plein de talents, bon « musicien, cavalier «x: plus habiles, beau jouteur Il prend « grand plaisir 4 la chasse, et ne se livre jamais à ces amuse- « ments sans fatiguer huit à dix chevaux, qu’il fait envoyer en « avant aux endroits où il se propose d'aller, Lorsqu'il en a fa- « tigué un, il monte sur un autre, de manière qu'avant d’arriver « chez lui, illes a mis tous sur les dents. Il aime beaucoup le jeu « de balle, et c’est la plus belle chose du monde de le voir dans « cet exercice avec sa carnation blanche, avec une chemise très- « fine; tout cela est plus beau à voir qu’on ne saurait le dire. Il joue « avec les otages français, et l’on dit qu’il a joué parfois de six à « huit mille ducats en un jour. »
Les villes d'Allemagne jouissaient de l’aisance ; mais leur manière de vivre était grossière. En 1524, plusieurs princes qui se trouvaient réunis à Heidelberg pour le tir de l’arquebuse, touchés des excès qui s'y commettaient, s'engagèrent à s'abstenir de blasphèmes et de toasts trop répétés, à les défendre à leurs officiers, serviteurs, parents et sujets, et à punir les contrevenants ; toutefois, il fut convenu qu’il y aurait dispense de cet engagement lorsqu'ils voyageraient dans les Pays-Bas , la Saxe, le Brandebourg, le Mecklembourg et la i'oméranie, « pays où l’ivrognerie est de coutume (2). »
Lorsque Charles-Quint, à son retour d’Alger, vint loger à Augsbourg, dans la demeure des Fugger, ils allumèrent un feu de cannelle { «romate alors très-rare), qu’ils entretsuivnt avec des obligatin:"5 ce l’empereur envers leur maison.
(1) Archi: -ugredo, à Venise.
(jrs A, tome VII, p. 193, n° 5e.
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(1) Band qui « s’hab chaque jou lanteries. S d’une autre montures 8!
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(2) Lettr
En Italie, on avait bonne table, et les habitations étaient commodes; l'habillement, qui variait selon les conditions comme un signe distinctif, inviolable , n’était pas déguenillé dans les dernières classes, et dans les rangs supérieurs se chargeait de fourrures, de broderies, d’ornements en or et de perles. L'emploi des parfums était prodigué (1). Si, dans l’intérieur des maisons, les meubles manquaient de ce confortable élégant que nous faisons passer aujourd’hui avant tout, ils étaient magnifiques, sculptés de main de maître et peints par les artistes les plus habiles.
Jérôme Negro (2) écrit que le cardinal, son patron , se trouve dans une grande pauvreté pour son rang. « Il entretient, dit-il, vingt chevaux, parce que ses moyens ne lui permettent pas d'en avoir plus, et quarante personnes à son service. Chez lui on vit médiocrement , à la manière des religieux sans luxe. Le pape lui a assigné deux cents écus romains par mois pour son entretien; cette provision, avec les émoluments du chapeau, suffit pour l’ordinaire de la dépense, et l’on ira ainsi jusqu’à ce que Dieu nous envoie autre chose. » Il n’y a peut-être pas aujourd’hui d’opulent cardinal dont la magnificence puisse aller de pair avec une pareille pauvreté.
De nouvelles délicatesses s’introduisaient à cette époque, comme le café et le chocolat, apportés du Nouveau Monde avec d’autres substances aromatiques. L'usage du sucre se répandait, et les montres devenaient communes; l’habitude du tabac s’étendait, malgré les défenses dont il était l’objet ; le diamant, que Louis de Berghem avait trouvé le moyen de polir,- brillait sur le front des rois.
(1) Bandello parle dans sa quarantce-septième Nouvelle, p. 2, d’un Milanais qui « s’habillait très-richement et changeait souvent de vêtement, inventant chaque jour quelque nouvelle façon de broderies, de découpures et autres galanteries. Ses bonnets de velours étaient ornés tantôt d’une médaille, tantôt d’une autre, pour ne rien dire des chaînes, des anneaux, des bracelets. Les montures sur lesquelles il chevauchait par la ville, soit mule, soit genet, soit cheval turc ou haquenée, étaient plus luisantes que des mouches. La bête qu’il devait monter dans la journée, outre de riches harnais tout garnis d’or battu, était toujours parfumée des picäs à la tête, de manière que l’odeur des compositions de musc, de civette, d’ambre et d’autres senteurs précieuses se faisait sentir par tout le quartier. Il tenait tant soit peu du Portugais ; car, tous les dix pas, qu’il fût à pied ou à cheval, il se faisait nettoyer sa chaussure pa: un de ses serviteurs, et ne pouvait souffrir de voir sur lui le plus léger duvet, »
(2) Lettres de Pr.à Pr., NII, 149.
Carrosses,
Les rues s'étaient aussi améliorées , et commençaient à porter des écriteaux indicateurs ; mais les voyages et les promenades, à cause de la rareté et de l’incommodité des carrosses , se faisaient à cheval ou en chaise. Le premier avec caisse suspendue dont il soit fait mention servit à la reine Isabelle, lors de son entrée à Paris, en 1405. La reine de France fut émerveillée en 1457 de recevoir de Ladislas, roi de Hongrie, un chariot branlant et moult riche ; mais ce véhicule, dont se moquèrent les seigneurs féodaux , ne fut point imité. En 1588, Jules de Brunswick défendait à ses vassaux de se servir du carrosse, comme étant d'un usage moins viril que le cheval. Au temps de François I°", Paris n’en avait que deux, un pour la femme du roi et l’autre pour sa maîtresse. René de Laval obtint d’en avoir un à cause de son extrême obésité, et quelques dames de la cour eurent part à la même faveur, Lorsque Charles IX donna des lettres patentes pour la répression du luxe, il défendit , à la requête du parlement, sous des peines sévères, les carrosses dans l’intérieur de la ville. Sous Henri III, les dames même n’allaient pas à la cour autrement qu'à cheval. Henri IV n'avait qu’un seul carrosse pour lui et la reine; aussi écrivait-il à Sully qu’il ne pouvait aller le voir ce jour-là, parce que sa femme se servait de la voiture; celle dans laquelle il fut assassiné consistait en une caisse fixée sur l'essieu avec quatre tringles de bois qui soutenaient un ciel d’où pendaient des rideaux en cuir. Leur nombre accrut lorsque, sous la régence de Marie de Médicis, les dues et les grands officiers eurent le droit d'entrer en carrosse dans la cour du Louvre; en 1653, on en comptait environ trois cents dans Paris.
À Londres, les premiers carrosses furent introduits en 1564 par le Hollandais Guillaume Boonen, cocher de la reine. Quelques dames obtinrent le privilége d’en avoir, et provoquèrent l'étonnement dans les provinces. Au bout de trente ans , l'usage en était devenu si eemmun qu'il fut restreint par un bill du parlement, mais pour peu de temps.
Pour les suspendre, on employa d’abord des chaines , puis des courroies et enfin des ressorts qui se perfectionnaient chaque jour davantage ; malgré ces améliorations , la partie supérieure restait découverte, ou n’était protégée que par un ciel et des rideaux. Peu à peu on y substitua des mantelets ; enfin, on les ferma tout à fait, à l'exception des portières. Lorsqu'elle: :::: it closes à leur tour, des rideaux couvrirent la partie supé eure, puis
vinrent talie en Louis XI que appr machine peinture rain inég Par de tre des de Venis Mais pou gnificenc achetés à et s’accur On cr penses ex en multi] Ainsi Ch que l’éto soixante sous pein fense fut d'une aùü sous pou aux taille et garnis aux poch livres d’e de march perles et parure qu il était pe bracelets Le lux des dons laissait à maitresse nistres ac dinal d’A
(1) Dera
rter | vinrent les glaces, extrême raffiner.ent qui passa, dit-on, d’{-
, à talie en France, où Bassompierre l’adopta le premier, sous
ent Louis XIIL, Mais il s’en fallait bien que le carrosse de cette épo-
t il que approchât de la commodité de ceux de nos jours! c'était une
e à machine solide, d’une dépense énorme à cause des dorures , des
de peintures et des sculptures, et qui, à chaque cahot sur un ter-
f et rain inégal, occasionnait des soubresauis insupportables,
urs Par des lois somptuaires, toujours éludées , on essaya de met- Lois sompfen- tre des bornes au luxe toujours croissant, Dans la république ‘ l'un de Venise, tous les citoyens étaient obligés de s'habiller de noir.
aris Mais pourquoi ? on attendait le carnaval pour faire assaut de ma-
our | gnificence, et pour étaler les étoffes , les bijoux et les diamants
son achetés à l'étranger ; en effet, les joyaux me se vendaient pas,
rt à et s'accumulaient pour être transmis en héritage aux enfants.
tes On croyait aussi en France qu’on pouvait remédier aux dé-
rle- penses excessives et à la cherté exorbitante de certains objets non
* de en multipliant les fabriques, mais en diminuant la consommation,
jour Ainsi Charles IX, voyant que la façon d’un habit coûtait plus
Dsse que l’étoffe elle-même, ordonna qu'il ne fût pas donné plus de
vait soixante sous pour un vêtement d'homme ou de femme, voi- sous peine de cent livres parisis pour chaque contravention. Déisse fense fut faite aux femmes de porter des falbalas ayant plus un d'une au * de circonférence ; à tous, de dépenser plus de vingt rut sous pour la façon des habits des :::. eurs et valets de pied ; les aux tailleurs et chaussetiers, de faire ues hauts-de-chausses piqués our et garnis d’autre chose à l’intérieur que la doublure; de donner ans | aux poches plus de deux tiers de tour, sous peine de deux cents
livres d'amende et de la confiscation. Interdiction aux femmes 64 | de marchands et autres gens de moyenne condition de porter des el- perles et de l’or ; aux jeunes personnes, d’avoir sur la tête une ent parure quelconque en or, sauf la première année de leur mariage; age il était permis toutefois de porter des chaînes, des colliers, des ar" É bracelets , pourvu qu'ils fusse: "" : émaux (1).
Le luxe devait augmenter iz soii de l'or, le désir de recevoir des | des dons et la facilité à se vendre. Charles-Quint, qui le savait, our laissait à propos tomber un anneau de prix aux pieds d’une tait maitresse de François I‘ ou dans le bassin d’un prince; les mi-
X. nistres acceptaient des pensions de souverains étrangers; le car-
dinal d’Amboise recevait de différents princes et de quelques ré-
(1) DeLamare, Traité de la police, VII, 1.
Théurgie.
publiques d'Italie cinquante mille ducats, dont trente mille étaient donnés par la seule Florence.
Jean Micheli, ambassadeur de Venise à la cour d'Angleterre, parle des différents dons que mistriss Clarence , femme de chambre de la reine Marie, sollicita de lui « pour le besoin et service de Sa Majesté; et cependant, dit-il, je lui avais fait présent d’un coche avec les chevaux et tous les harnais, par nécessité, et pour le désir qu’en avait ladite femme de chambre, à qui la reine le donna ensuite. Je tenais pour ma commodité ce coche, que l'avais fait venir d'Italie , m’en étant servi toute cette saison, et je ne veux pas dire par modestie ce qu'il me coûtait; il suffit qu’on sache qu'il ne déshonorait pas le rang d’ambassadeur (1).
L'Italie se consolait de la servitude au milieu des jouissances, ou désapprenait à la redouter., De même que ces solennités pompeuses et ces réjouissances de cour s’associaient à des misères et à des souffrances nombreuses, ainsi diverses folies accompagnaient ce brillant essor des arts et des lettres; mais la plus funeste et la plus zénérale fut la croyance à des relations immédiates entre l’homme et les êtres surnaturels, autre recrudescence du paganisme, autre tyrannie de l’imagination.
Cette folie se manifesta sous deux formes, l’une scientifique et l'autre vulgaire, cui se réunirent pur produire des effets effrayants. En parlant ailleurs des scien: : occultes (2), nous avons dit comment le germe des arts théosop.. ques avait été déposé au sein de la société moderne par le néoplatonisme, c’est-à-dire par ce mélange moitié poétique, moitié philosophique, de doctrines iâdiennes, égyptiennes , grecques , hébraïques , que l’école d’Alexandrie prétendait substituer ou opposer au christianisme. Conservées à travers le moyen âge, ravivées par d’autres idées orientales qu’amena le contact de l’Europe avec l'Asie, ces doctrines déployèrent une vigueur nouvelle à la renaissance du savoir; il sembla que l'étude, en se portant sur les philosophes de l’antiquité . au lieu d’inspirer des idées fortes et indépendantes, poussât à des croyances d’arrès lesquelles de principes faux on déduisait des erreurs déplorables. La recherche des trois plus grands biens de ce monde, la santé, l’or et la vérité, furent encore le but de ces sciences, dont, sans nous répéter, nous pourrons voir les applications dans les hommes célèbres de cette époque.
(1) Relaz. d’ambasc. veneti, série 1'°, tome IF, p. 379. (2) Livre XI, chap. 27.
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