SCIENCES OCCULTES. PARACELSE
Théophraste Paracelse d'Einsiedeln , par amour de la chimie, passa sa jeunesse comme avaient coutume de le faire les scolasliques errants, c’est-à-dire ceux qui parcouraient le monde apprenant et enseignant l’alchimie; comme médecin d'armée, il pénétra jusqu’au cœur de la Russie, et peut-être visita-t-il l'Asie et l'Afrique, partout à la recherche des mines ou des personnages chéris du ciel qui possédaient les mystères du grand art. Propagateur de chimères , il se mit à combattre toute doctrine véritable, et se vantait lui-même de n'avoir pas ouvert un livre pendant dix ans, et de posséder au plus six feuillets pour toute bibliothèque; il disait que l’illumination supérieure rend les livres et la science superflue , et qu’il suffit de s'appliquer à la cabale. Il chercha donc à rendre populaire cette révélation de Dieu. Des cures heureuses lui firent acquérir une très-grande réputation; il était recherché des princes, dont il sauva dix-huit que les médecins galéniques avaient réduits à l’état le plus déplorable. Il soigna gratuitement les pauvres, nouveau titre, et le plus beau, à l'estime publique. Appelé à Bâle pour y professer la chimie et la chirurgie, il fit le premier ses leçons en allemand, parce qu’il avait oublié le latin ; il trou va des imitateurs. Il est inutile de dire quelle foule accourait à ses leçons, si différentes des autres, dans lesquelles il promettait de révéler des choses mystérieuses, et racontait des merveilles avec une confiance illimitée dans son mérite; il se donnait le nom de Théophbraste, se comparait à Hippocrate , à Raze, à Marsile Ficin, et déclarait que les cordons de ses souliers en savaient plus que Galien et Avicène.
Il semble que Paracelse joue un rôle analogue à celui de lArétin ; aussi, de même que nous avons isolé le dernier des gens de lettres, le séparons-nous des médecins, pour en faire la révélation des mœurs de cette époque, sur laquelle il eut une extrême influence.
Le charlatanisme donne la renommée; mais il ne suffit pas pour la conserver. Bientôt ie gémissement de nombreuses victimes se fit entendre au milieu des applaudissements de ceux que Paracelse avait guéris ; il s’en alla donc dans des lieux qu’il n'avait pas encore visités, en Alsace, à Colmar, à Nuremberg , à Saint- Gall, aux bains de Pfeffer et ailleurs, trouvant partout des gens crédules parmi le vulgaire et de l’appui chez quelques hommes de science, amis des nouveautés commodes. Ses livres sont un amas de contradictions où l’ignorance est masquée d’une jactance
fabuleuse et de formules inintelligibles. De même que l’homme UIST, UNIV, — TT, XIV, 29
Paracclse, 1493-1561.
est tout à la fois corporel et spirituel, tout dans l'univers est animé par des esprits, sylvains pour l'air, nymphes ou ondines pour l’eau, gnomes pour la terre, salamandres pour le feu, qui parfois se rendent visibles à l’homme. Sa physiologie est en conséquence un rapport continuel des qualités de l’homme (petit monde ) avec l'univers (grand monde); ainsi l’épilepsie est le tremblement de terre du microcosme , l’apoplexie correspond à la foudre, et les éclipses sont les intermittences des sept pouls célestes, déterminés par la circulation des sept planètes.
La chimie joue un grand rôle dans sa physiologie comme dans sa thérapeutique ; il explique la digestion par l'opération d’un esprit du nom d’Archès ; qui , dans l'estomac , prépare et transforme les aliments. Eli cherche la quintessence dans les médicaments ; et n’approuve pas que l’on corrige l’une par l'autre les substances médicinalès; avec de pareilles idées, il ne pouvait voir partout que des baumés et des spécifiques. 11 ne faut donc pas s'étonner que, parmi tant d'extravagances, il ait produit quelques idées nouvelles; mais on chercherait vainement à connaitre ses intentions; car, ainsi que l’a fort bien dit Eraste, il
” n'émet jamais une doctrine sans la dédire ailleurs.
Rose-croix.
En Italie il eut peu où point de sectateurs; en Angleterre, un certain nombre, entre autres le fameux Robert Fludd, mais beaucoup dans l’Allemagne, où s'implanta la secte des rosecroix , qui répandit ces idées philosophiques (1). Chrétien Rosenkreutz, voyageant dans la Palestine , avait appris de savants chaldéens la magie et la cabale; il fonda une société qui disait posséder la pierre philosophale et la panacée universelle; mais ses membres n’en faisaient usage que dans un but louable, et pour ramener le monde au siècle d’or. Après avoir vécu cent vingt ans sans maladies , Rosenkreutz mourut en 1503. Dans tous ces faits, néanmoins, quelques personnes ne voient qu’une fable débitée par Jean-Valentin d'André, théologien de Wurtemberg, pour mettre à l’épreuve la crédulité de son siècle, On ajouta foi à son récit, et tous ceux qui cultivaient les sciences occultes se crurent agrégés aux rose-croix, ou fondèrent cette société, si elle n'existait pas. Comme les francs-maçons, elle prétendait tirer son origine d'Hiram, roi de Tyr, et son nom du bois sanctifié par le
(1) Seucer, Essais historiques sur les Rose-Croix. Voy. aussi : Confessio fraternitatis R.fC., et Fama fraternitatis R.fC. vel detectio fraternitatis ordinis Rosæ Crucis; Cassel, 1615.
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EE sang du Sauveur; elle imposait à ses membres i‘obligation e ui d'exercer la médecine gratuitement , de garder le secret , et pro- + mettait aux prosélytes de grandes richesses, la santé et une tit jeunesse perpétuelle , sans compter la pierre philosophale et la
panacée universelle. Les rose-eroix entendaient tirer de la Bible dà toute espèce de lumière, et guérir les maladies par la foi et l'imagination ; ceux qui avaient à propager quelques idées étranges ,
als s'agrégeaient à cette société pour s’en procurer le moyen. ” L'or, puissance chaque jour plus efficace, absorbait tous les >yu désirs , toutes les études; les alchimistes se consumaient à surkon veiller les fourneaux et les alambics, allaient apprendre le grand À ed. art chez les Orientaux, ou cherchaient à le dérober à la nature les dans les montagnes magnétiques de la Scandinavie, Les rois favait vorisaient ces bienfaiteurs de l'humanité; à là mort de Rox dolphe 1[, on trouva dix-sept barils d’or dans son laboratoire, quit destinés à être consumés en expérience ou à devenir la proie de doi quelque maitre en alchimie.
il Le célèbre Chypriote Marc Bragadino, qui se vantait d’avoir ? trouvé le secret philosophal, se faisait appeler Mammon, c’està-dire génie de l'or, et menait avec lui deux chiens au collier d'or,
où qu’il donnait pour des démons à sou service. L'Europe lui accorda croyance. Henri IV lui écrivit pour se l’attacher, d’autres princes
si le demandaient ; mais il préféra se rendre à Venise; bien accueilli nts dans cette ville, courtisé de tous, il vivait avec magnificence, Il sh est vrai qu’il ne manquait pas d'incrédules pour le railler; des jais jeunes gens organisèrent une mascarade d’alehimistes avec tout
et leur attirail de laboratoire , et l’un d'eux , qui jouait le rôle de ngt Mammon, criait : À trois livres le sou d'or fin! Le due de Baset vière l’eut ensuite à sa cour; mais, déçu dans l'espoir de grandes dé- richesses qu'il attendait de sa science , il le fit pendre et brûler re, avec ses chiens.
foi Cornélius Agrippa de Mettesheim, homme très-bizzare, se fit C, Agrippa. s se un grand nom dans les sciences occultes. Né à Cologne en 1487, elle d’une famille illustre, il se montra, dès sa jeunesse, enclin aux son idées des mystiques; lorsqu'il étudiait à Paris , il forma une s0-
le ciété secrète pour cultiver les sciences occultes, dont il fut le re-
présentant le plus insigne. Il mena la vie la plus aventureuse,
devint conseiller de l’empereur, inspecteur des mines de l’Au-
û triche, commandant des troupes d'Italie, et fut créé chevalier sur is le champ de bataille, Comme délégué du cardinal de Sainte- Croix, il assista au conseil de Pise, enseigna la théologie à Dôle
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et à Pavie, revêtu du costume militaire, et se vantait de pouvoir expliquer les ouvrages du divin Trismégiste. Il fut recherché, pour exercer les fonctions d'astrologue, par le marquis de Montferrat, Henri VIIL d'Angleterre, Marguerite d'Autriche et le chancelier Gattinara ; syndic de Metz, médecin à Fribourg, chef de bande au service de la France, admiré pour son érudition, chassé de ce pays pour des violences, il se réfugia à Anvers, où il fut nommé historiographe et archiviste du Brabant. Poursuivi criminellement pour la vingt et unième fois, il fut réduit à la misère et se jeta dans les rangs de Luther et de Calvin; puis, arrêté lors d'un voyage qu'il fit à Lyon, il s’échappa à grand'peine, et vint mourir à Grenoble.
l'avait écrit, à vingt-trois ans, son livre des Sciences occulles, oùil entreprend de démontrer que la magie est la plus haute des sciences, la philosophie parfaite, qui révèle les secrets dela nature. Trois mondes existent , selon lui, le corporel, le céleste, l’intellectuel, d'où résultent trois magies, l’une naturelle, l’autre céleste et la troisième religieuse, qui consiste en cérémonies. Les éléments possèdent des propriétés miraculeuses ; le feu terrestre est un reflet de celui du ciel ; l'air, un miroir où se peignent les images des choses. En pénétrant par des pores imperceptibles davs les corps des animaux et des hommes, il peut produire les songes, les pressentiments, les prévisions, même sans le concours des esprits; par son intermédiaire , les idées peuvent se communiquer à des distances immenses, ainsi qu’il arrive lorsqu'on présente aux rayons de la lune des caractères ou autres objets, dont il est possible de reproduire l'in. age sur la face des corps célestes, de manière à les rendre lisibles.
Comme les éléments entrent dans la compozition de toute chose , même des sensations et des passions, toute chose est sujette à l'empire de celui avec lequel elle à plus d’anulogie. Les objets possèdent des attributs de trois espèces : les uns proviennent des éléments mêmes, comme le chaud et le troid ; les autres, de diverses combinaisons, comme les forces corroborantes, dissolvantes et digestives ; d’autres enfin opèrent sur des parties déterminées et produisent le lait, le sang et ainsi de suite. Mais, à côté de ces forces patentes, il en existe d’autres occultes, dont on cherche en vain la cause, comme celle qui :ttire le fer ou celio qui neutralise le poison ; elles diffèrent des forces élémentaires, parce qu'il suffit d’une très-petite quantité pour produire des effets immenses,
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Par l'intervention des esprits célestes , et sous l'influence des astres, les chosesterrestres reçoivent certaines vertus occultes de