MŒURS. OPINIONS
a une certitude morale de l'existence des sorcières, mais encore qu'il est scandalisé de ce qu’on puisse en douter (1). « Elles ont « nom masques ( masche), dit-il, se réunissent principalement « la nuit d’avant le vendredi, et renient en présence du diable la « sainte foi, lebizième, la sainte Vierge ; elles foulent aux pieds « la croix , promettent fidélité au diable en lui touchant la main « avec le dos de leur main gauche,eten lui donnant quelque « chose en signe de vasselage. Quand elles viennent au jeu de « la bonne compagnie, elles font la révérence au diable, qui « assiste à l’assemblée sous forme humaine. Ainsi que le pré- « tendent certains aveugles ‘d'intelligence, elles n’y vont pas « comme dans un rêve, mais corporellement, éveillées, avec leurs « propres sens : à pied, si le rendez-vous est voisin, sinon sur les « épaules du diable (2), qui parfoisles abandonne à moitié chemin ; « c'est pourquoi il s’en est trouvé de fourvoyées. Toutes ces « choses sont constatées par leurs dépositions spontanées faites « aux inquisiteurs dans toute l'Italie. » Afin même de clore tout à fait la bouche à ses adversires, il cite ce qui lui est arrivé à lui-méme(3) dans la Valteline, où il reçut, en instruisant des procès de ce genre, des dépositions d’hommes dignes de foi, qui les avaient vues véritablement.
Il n’était d’ailleurs personne qui ne sût à Côme ce qui était arrivé dans Mendrisio , il y avait à peu près cinquante ans, au podestat Laurent de Concorezzo et à Jean de Fossato. Ils avaient obtenu d’une sorcière qu’elle les conduirait au sabbat ; en effet,
« 11 n'importe que ce soient des témoins excommuniés et entachés de crimes (p. 56).
« Celui qui veut cheminer de pied ferme s’y prend ainsi : Si quelqu'un est diffamé comme hérétique ou seulement suspect, qu'il soit cité et interrogé. Avoue-t-il? Bene quidem ; sinon, qu’il soit emprisonné ( p. 3).
« Que les avocats ne donnent point assistance ou conseil aux hérétiques ; on peut bien leur faire leur procès sans tapage d'avocats. L’appel leur ‘est dénié (p. 18).
« L’aveu efface tout vice de procédure (p. 27).
« L’inquisiteur n’est pas tenu de montrer le procès à l'autorité séculière, qui doit seulement exécuter ses ordres (p. 60).
« Le procès n’est pas vicié, quoique le nom des témoins ne soit pas publié, et qu’il n’en ait pas été donné copie au prévenu. »
(1) Le célèbre légiste Pomponace ayant soutenu que ces maléfices ne pouvaient être l’œuvre du démon, son livre de Incantatione fat mis à l'index.
(2) Page 91.
(3) Page 92.
ils assistèrent à une assemblée ; mais le diable, s'étant aperçu de leut présence, les fit battre d’une rude manière (1).
L'illustre Bodin sait vous dire qu'il se trouve au sabbat un gros boue noir autour duquel dansent les affiliés, qui le baisent ensuite sous la queue, en tenant une chandélle allumée. Le bouc parait alors dévoré par les flammes, et chacun prend de ses cendres pour donner la mort aux vaches, aux chevaux, aux brebis du voisinage, ou faire languir et périr les hommes. Le diable leür crie d’une voix terrible : Vengez-vous, où vous mourres!
Quis'ergo, ‘s'écrie Rategno, dicere velit hoc in fartente, aul in somniis contigisse? Puis, ee qui rend la chose évidente, c’est lé nombre de ceux qui ont été brûlés pour s'être trouvés au sabbat, et l’approbation donnée par les papes ‘eux-mêmes à leur suppliee. En effet, cet argument était d’un grand poids; car l’inquisition instituée :contre les hérétiques se mit aussi à poursuivre les sorciers, ët toute l’Europe devint le théâtre d’une boucherie légale, dont les exécuteurs se faisaient gloire, comme les guerriers, de bataïlles sanglantes. C'était en Allemagne, surtout, poys si'eneliti au mysticisme, que la peur des sorciers s'était répandue; aussi, Innucent VIII lança contre eux une bulle ‘très-sévère en ‘1484, etenvoya deux inquisiteurs, Henri Institor et Jacques Sprenger, avec pouvoir donne ces infamies ‘par tous les moyeñs.
Les inquisiteurs, appuyés par Maximilien l°", se vantent d’avoir envoyé à la mort quarante-huit personnes en cinq années dans le diocèse de Constance. Môhsen raconte qu’en peu d’années on fit le procès, pour enuse de sorcellerie, à six. mille cinq cents individus dans le seul électorat de Trèves; on enfit périr un grand nombre dans les Flandres en 1459. À Genève, plus de cinquante, convaincus de ce crime, furent condamnés dans l'espace dettrois mois (2). Leur sang coula dans a France et l'Espagne, Pietre Crespét dit qu'au temps de François I°', il y avait cent mille sorciers et sorcières; mais Trescale, qui, condamné en 1517, obtint son pardon, avoua qu'il y en avait beaucoup plus. Nicolas Rémy, profond criminaliste et grand ju -
(1) Ce fait est cité aussi-par Bodin dans la préface de la Dæmonomania , et par Sylvestre Priero, le premier contradicteur de Luther, dans les Mirabili operazioni delle streghe e degli demoni.
(2) TARTAROTTI, liv. I.
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PROGÈS DE SORCIÈRES. 467
risconsulte, conseiller intime du duc de Lorraine, se vante d’en avoir fait mourir neuf cents en quinze années. On rapporte que Henri IV en envoya au bûcher plus de six cents dans la seule province du Lapourdan. En Silésie, il en fut brûlé deux cents en 1651, et cent cinquante-huit, dans les années 1627 et 1628, à Vürtzbourg, parmi lesquels quatorze curés et |cinq chanoines.
En Italie, le diocèce de Côme parait avoir été particulièrement désolé par ces exécutions ; l’inquisiteur livra quarante et une victimes au bûcker en 1486, et Barthélemy Spina affirme qu'on y faisait dans une année le procès à plus de mille individus , sur lesquels on en brûlait au delà de cent.
En présence d'un si grand nombre de procès et de victimes, la raison s'arrête effrayée, et l'on se demande si tout fut mensonge et délire, invention de tribunoux avides de sévir contre la pauvre humanité.
Que les crimes se multiplient par les châtiments, c'est un fait trop certain pour ceux qui ont étudié les maladies du cœur humain. L'expérience atteste aussi qu'à force d'entendre dire qu'une chose se fait, certaines personnes sont entraînées à la faire. La réalité de plusieurs phénomènes racontés au sujet des
‘ sorcières n’est peut-être pas loin de recevoir son application
du magnétisme animal, qui lui-même est un mystère que la science ne doit pas nier, mais étudier, “ous laissons de ‘côté ces cas étranges que la médecine examine encore sans pouvoir en déterminer la cause, surtout dans les affections nerveuses et ces hystéries qui, après avoir été quelque temps traitées au moyen de pèlerinages, étaient alors converties en maladies démoniaques.
L'influence de l'exemple sur les femmes nerveuses est reconnue. Voyait-on l’une d'elles ‘propager son mal à d’autres, on attribuait à la sorcellerie cette invasion subite; le fait subsistait, il était en dehors de l’ordre naturel; la science et les opinions du temps lui assignaient ses causes, et il était procédé, en conséquence, d'après la jurisprudence de l’époque,
Ceux qui conservaient leur raison entière proposaient quelquefois des remèdes efficaces, mais qui n’étaient pas dictés par la prudence. Si un vampire venait sucer le sang des. vivants, l'autorité faisait brûler le cadavre, et le mal cessait, si nous en
croyons Montaigne. Le médecin Marcel Donato. appelé auprès
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d’une dame de Martoue qui se croyait ensorcelée, fit apparaître dans ses déjections des clous, des plumes, des aiguilles ; elle crut ainsi les avoir rendus , et elle guérit. C'était fort bien; mais aux yeux de cette dame le fait était vrai ; elle avait vu ces objets, qu'elle croyait être la cause de ses douleurs , elle ne pouvait donc plus en douter, et sa conviction passait chez toutes les per- -sonnes de sa connaisance, qui, à leur tour, la communiquaient à d’autres.
Les onguents et les suffumigations qu'employaient les prétendues sorcières pouvaient agir sur leur fmagination ; car il y entrait, au dire de Porta et de Cardan, du solanum somnifère, de la jusquiame et de l’opium, de la belladone, du datura stramonium, de la mandragore et du laudanum. Selon les recettes d’Agrippa, on produisait l'illusion avec des herbes d'esprit, graine de lin, racine d’ache, coriandre, cigüe; on la dissipait par des fuites de démon, c'est-à-dire l’assa fæœtida et la graine d’hypéricum (1). Gassendi endormit de la sorte plusieurs paysans, en les avertissant qu'ils seraient emportés au sabbat ; à leur réveil, ils racontèrent les détails de l'assemblée nocturne à laquelle ils avaient assisté. Des médecins renommés soutenaient les maladies démoniaques, et l'illustre Zacchia est de cet avis: il affirme qu’on a pris souvent pour des possédés des individus en démence ou des femmes hystériques ; que des altérations gastriques hypocondriaques peuvent simuler ces effets, et que David, avec les sons de sa harpe, guérissait d’une manière toute naturelle la mélancolie de Saül; toutefois, il concède que le démon se prévaut de ces maladies pour faire servir les malades à ses iniques opérations.
La réalité de quelques-uns de ces faits suffisait pour déterminer une instruction criminelle. Nous avons déjà parlé des subtilités des légistes et de l'introduction de la procédure secrète, iniquité à l’aide de laquelle le plus honnête homme peut se trouver condamné. Comment des hommes et surtout des femmes, livrés à la terreur de la solitude et à la froide cruauté de juges endurcis au spectacle de la douleur, qui mettaient leur gloire et trouvaient même quelquefois leur intérêt à les convaincre, auraient-ils pu se soustraire au supplice ? Beaucoup aussi, convain-
() Tout le monde connaît les effets, découverts récemment, de l’inhalation de I éther sulfurique. Davy, ayant respiré du gaz protoxyde d'azote, eut une folie temporaire. Voir Ennemoser, Gesch. der Magie, Leipzig, 1844.
cus qu'ils devaient mourir de toute mañière, ou subir, s'ils échappaient , un opprobre pire que la mort, s'avouaient coupables spontanément, pour abréger leurs souffrances, et l'opinion se fortifiait davantage.
Les juges étaient eux-mêmes aussi superstitieux que les prévenus; leurs règlements ordonnaient de faire entrer Ja sorcière à reculons dans la salle, afin de la voir avant d’être vus par elle (1). Un autre enseigne que si le patient ne peut supporter l'odeur du soufre, c’est un indice qu'il est voué au démon, On faisait déshabiller et purger l’accusé, pour qu'il ne restât ni dehors ni dedans aucun maléfice capable d'empêcher la révélation de la vérité. Toutes les législations prononcèrent des peines contre les sorcelleries. Les procès instruits par l’inquisition étaient regardés comme chose très-régulière et légale, et la preuve, c’est qu’elle a fait imprimer son code de procédures au lieu de letenir secret (2).
(1) Ils étaient cependant sans pouvoir sur les inquisiteurs dans l'exercice de leurs fonctions. « Ces magiciennes et faiseuses de maléfices, requises plusieurs fois de dire pour quel motif elles n’offensaient pas les juges et inquisiteurs, répondirent l'avoir essayé plusieurs fois, mais sans succès. » Le frère Jérôme Menghi, qui s'exprime ainsi dans son Compendio dell’ arte esorcistica (Venise, 1605, p. 416,) conseille toutefois aux juges de se tenir sur leurs gardes, de ne pas se laisser toucher, « et de porter sur eux du sel exorcisé, du buis, et des herbes bénites, comme de la rue et autres semblables. » Page 480.
(2) Nous neciterons, parmi un très-grand nombre, que ceux que nous avons eus sous la main,
Ermenic, Directorium inquisilorum.
Ces. Canena, de Officio sanctæ inquisilionis.
FR. PEGNA, Praæis inquisitorum.
Flores commentariorum in directorium inquisilorum, collecti per FR. ALOYSIUM BaARIOLAM. Mediol. Milan, 1610..
Masini, Arsenal sacré, ou Pratique de la sainte inquisition , corrigé et augmenté. Bologne, 1665. En parlant des magiciens, des sorcières et des enchanteurs, contre lesquels doit procéder le saint-office , il s'exprime ainsi : « Il convient d'autant plus d’être diligent, que ces sortes de personnes abondent en beaucoup d’endroits de l'Italie et aussi au dehors; il est à savoir, en conséquence , qu’à ce chef se rattachent tous ceux qui ont fait un pacte avec le démon, soit implicitement, soit explicitement, pour eux-mêmes ou pour d’autres.
« Ceux qui (ainsi qu'ils le prétendent) tiennent des démons captifs dans des anneaux, des miroirs, des médailles, des fioles, ou dans d'autres choses.
« Ceux qui se sont donnés au diable en corps et en âme, en apostasiant la sainte foi catholique, ou qui ont juré d’être siens, ou lui en ont fait un écrit, signé même de leur sang.
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Bientôt l’existence des assemblées nocturnes devint matière à discussion. Samuel de Cassini, moine franciscain, ayant entrepris de prouver que le démon ne transporte pas effectivement les sorcières, mais produit chez elles un ravissement extatique, par le moyen duquel elles se figurent voler dans l’air ou se trouver au milieu d’une foule nombreuse, le dominicain Jean
« Ceux qui vont au bal ou (comme on a coutume de dire } au sabbat (striozz0).
« Ceux qui maléficient des créatures raisonnables ou déraiscnnables, en les sacrifiant au démon.
« Ceux qui l’adorent ou implicitement ou explicitement, en lui offrant du sel, du pain, de l’alun, ou autres choses.
« Ceux qui l'invoquent en lui demandant des grâces, en s’agenouillant , en allumant des cierges ou flambeaux, en l'appelant ange saint, ange blanc ou ange noir, en lui disant {a sainteté, ou autres paroles semblables, en se servant, pour cela, de personnes vierges; ou font l’enchantement en disant : Je pose cinq dôigts contre le mur, je conjure cinq diables, ou autres choses semblables.
« Ceux qui lui demandent des choses qu’il ne peut faire, comme de contraindre la volonté humaine , de savoir des choses futures dépendantes de
” notre libre arbitre.
« Ceux qui, dans ces actes diaboliques, se servent de choses saintes, comme les sacrements ou leur forme et leur matière, de choses sacramentelles et bénites, des paroles de la divine Écriture.
« Ceux qui mettent sur les autels, où l’on doit célébrer, des fèves, du papier vierge, de l’aimant ou autres choses, afin que la sainte messe soit célébrée dessus d’une manière impie.
« Ceux qui gardent, écrivent ou récitent des oraisons non approuvées ou même réprouvées par la sainte Église , lesquelles sont dans le genre de celles ci-dessous :
« Celles qu’on récite pour se faire aimer d’un amour déshonnête, comme l’oraison de saint Daniel, de sainte Marthe et de sainte Hélène.
« Celles que l'on dit pour savoir des choses futures ou occultes, comme Ange saint, Ange blanc, etc:, et celle, Donce vierge et autres semblables.
« Celles qui contiennent des noms inconnus, dont on ne sait pas la signification, avec des caractères , des cercles, des triangles, etc., que l’on porte sur soi on pour se faire aimer où pour so garantir des armes de l’ennemi, ou pour ne pas avouer la vérité dans les tortures.
« Sousrce chef sont encore compris ceux qui ont en leur possession des écrits de nécromäncie, qui font desenchantements, et pratiquent l'astrologie judiciaire à l'égard des actions dépendantes de la libre volonté.
« Ceux qui font martels (comme l’on dit ), ou mettent sur le feu des chauee pour inspirer la passion, ou pour empêcher l’acte matrimonial.
eux qui jettent les fèves, qui se mesurént les bras avec des empans, font tourner des sedazzi, lèvent la pedica , regardent ou se font regarder dans les mains pour savoir les choses futures ou passées, et pratiquent d’autres sortiléges semblables. »
dures Mamo ger, a du sac Gallan sorcie même quenc.
(t)F (2) M formici (3) Fi (4) F (5) D (6) D (7) St qui en :