‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 18 sur 146 · EXPÉDITION DE CHARLES VIII · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE CHARLES VIII

” énormes, et par la cession provisoire de Pise, Livourne, Pietra-

santa et d’autres places importantes. Ces actes arbitraires firent déborder l'indignation des Florentins, qui chasèrent à coups de pierres, en le déclarant traître et rebelle, & sui qui avait làchement vendu son pays ; l'enthousiasme patriotique fut alors réveillé par Pierre Capponi, François Valori et le moine Savonarole. Charles déclara Pise libre après quatre-vingt-sept années de sujétion ; aussi la statue du roi libérateur remplaça:t- elle dans cette ville celle du lion florentin {le #arzocco). Après avoir fait son entrée dans Florence, « armé, lui et son cheval, avec la lance sur la cuisse en signe de victoire (1), » Charles prétendit la traiter en place conquise. La seigneurie s'était entourée de chefs de bandes, et chaque seigneur avait appelé les hommes de la campagne ; Pierre Capponi repoussa le traité de capitulation que Charles voulait imposer, et répondit à ses menaces : Eh bien! failes sonner vos trompettes : nous sonnerons nos cloches.

Les Français, généreux pour les braves, pensèrent que tant de hardiesse ne pouvait provenir que de grandes forces , et, dès lors, ils se prêtèrent à des conditions raisonnables. On vit bien alors que le souffle dé la liberté n’était pas éteint dans le peuple, puisqu'il put, sans la politique compliquée des Médicis, obtenir un accord assez honorable, quoique déguisé sous des termes de soumission. |

Charles poursuivit sa marche vers la Romagne. Les seivneurs de cette contrée, devenus des chefs de bandes (condo/tieri), après avoirdésolé l'Italie par leurs ambitions rivales, la ruinaient en se vendant à l'ambition des autres; toujours armés et factieux , ils avaient occupé des places jusqu'aux portes de lome. Chacun d'eux fit donc son traité à part; les Colonna se déclarèrent pour la France. La populace allait criant : La paix ! la pair! Les Napolitains alliés prirent la fuite; beaucoup de personnes, entre autres Julien de la Rovère, exhortaient Charles à cosvoquer un concile et à déposer un pontife indigne ; mais Alexandre VI parvint à gagner les bonnes grâces du roi.

Le pape retenait à Rome le prince Zizim , qui avaît des droits au trône ottoman. Bajazet IT lui ayant demandé plusieurs fois le fugitif, ne put l'obtenir malgré la promesse de trésors pour lui et ses fils, et l'offre même de la tunique du Sauveur. Charles désiräit fort de le tenir en son pouvoir, afin de s’en faire un prétexte

(1) Guicotannim.

9 novembre.

17 novembre.

28 novembre.

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2 février.

416 QUINZIÈME ÉPUQUE,

pour déclarer la guerre au Grand Seigneur. Alexandre, ne pouvaut lui opposer un refus, lui livra ce malheureux prince , mais après l'avoir fait empoisonner ; ce fut du moins l'opinion commue; il fit ensuite publier en trois langues une indulgence plénière pour l’armée d'invasion.

Charles s’était arrêté un mois à Rome; protégé dans le palais de Venise par tuute son artillerie, il battait monnaie avec le titre d'empereur, et permettait aux siens de piller et de satisfaire leurs passions lubriques. Appelé par les barons, il marcha sur Naples. La férocité de ses guerriers, qui, dans les places frontières, exterminait des populations entières, ets’assouvissait sur les hôpitaux quand elle ne trouvait pas d'autre pâture, avait abattu le courage des Italiens et paralysé leurs moyens de défense , comme lorsqu’un assassin pénètre , le poignard à la main, au milieu d'une causerie de famille ; aussi, ne montrant « ni énergie, ni courage, « ni jugement, ni désir de gloire ou de puissance, ni fidélité (1), » ils nesavaient que fuir. Alphonse ll, découragé par ses revers, alla se faire moine. Ferdinand, son fils, dont les armes, au début de la campagne, avaient été malheureuses contre les Français, voyant éclater partout des trahisons, le peuple s’insurger, et le capitaine Jacques Trivulzio déserter son service pour celui de la France, se réfugia dans l’île d'Ischia en s’écriant avec le Psalmiste : Si e Seigneur ne garde pas la ville, c’est en vain que se fatiguent ses défenseurs.

Charles, plus heureux que César, vint et vainquit avant d’avoir vu l'ennemi; il fit son entrée à Naples avec le manteau impérial et le globe d’or, pour annoncer ses projets sur Constantinople. 1l se proposait, en effet, de mettre à la voile d’Otrante pour débarquer à Valone dans la haute Albanie , où les Esclavons, les Albanais.et les Grecs devaient lui tendre la main ; l'archevêque de Durazzo avait réuni des armes et des troupes ; en Thessalie, cinq mille hommes n’attendaient que lesignal. Maisles Vénitiens tenaient le sultan informé des préparatifs de son ennemi et des trames de ses sujets, qui les expièrent au prix de leur sang.

Les Français, une fois entrés dans le royaume , déployèrent toute l’insolence d’une prompte victoire : ils semblaient prendre à tâche, à force d'insultes, de mépris et d’excès, d’aigrir les Italiens. Les partisans mêmes des Angevins , après s'être flattés de l'espoir de se relever, pâtissaient des souffrauces communes.

(1) Guicciarnni.

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