‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 19 sur 146 · EXPÉDITION DE CHARLES VIIL · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE CHARLES VIIL

Charles, occupé de joutes et d’intrigues amoureuses, mécontentait les nobles, qu’il dépouillait de la juridiction féodale, restée tout entière dans le pays, et du commandement des villes et des forteresses. Ses gens, qui avaient trouvé de l’argent, des femmes et des plaisirs, s’abandonnaient à toute espèce de licence; puis, épuisés par les débauches et rassasiés d’or , ils aspiraient à retourner dans leur patrie pour y raconter leurs prouesses, ce qui, pour les Français, n’est pas moins important que de les accomplir.

En attendant, chaque jour apportait de mauvaises nouvelles du dehors, et Charles put apprendre qu'une invasion non disputée n'est pas une conquête, et que la possession seule peut l'affermir.

A Florence, après l’expulsion des Médicis, la balia voulut mettre à la tête du gouvernement leurs cousins issus de Laurent, frère de Côme l’Ancien, famille populaire ; mais d’autres, et en particulier Savonarole , désiraient la démocratie. Le crédit de ce religieux, qui n'avait cessé de prêcher contre les Médicis et de menacer la ville du plus grand des fléaux, de la domination étrangère, avait immensément augmenté depuis que ses prophéties s'étaient vérifiées. Le narti des piagnoni ou des frateschi prit donc le dessus ; c'étaient des démocrates sans doute, mais qui se proposaient pour modèle Venise, dont la constitution était alors considérée comme un chef-d'œuvre où la morale, la religion et la liberté se trouvaient réunies. Parmi les piagnoni, les principaux étaient François Valori et Paul-Antoine Soderini; Gui-Antoine Vespucci dirigeait le parti des oligarques, qui, habitués à exercer les commandements, les magistratures , et désireux de les conserver, étaient désignés par les noms de compagnacci (mauvais compagnons) ou d’arrabbiati (enragés), à cause de leurs vociférations contre la versatilité et l’imprudence de la plèbe. Les palleschi ou bigi, fauteurs des Médicis, ou plutôt ennemis de toute réforme dans les coutumes, se rapprochaient par moments des péagnont, parce qu'ils étaient les adversaires de la balia.

Ce corps avait été renouvelé selon l’ancien usage, c’est-à dire par l’élection du peuple assemblé sur la place; parmi les vingt scrutateurs ( accoppiatori) destinés à lener le borse, c’est-à-dire à faire l'élection, s’était trouvé Laurent de Médicis, bourgeois (popolano). Ainsi l'autorité se resserrait dans les mains de quelques individus , qui néanmoins, à cause de leurs rivalités, perdaient toute influence. Savonarole, qui fulminait contre eux, fit

20 mai.

triompher enfin la proposition d’admettre dans l'assemblée générale tous ceux dont le père, l’aïeul et le bisaïeul avaient joui des droits de citoyens. Victoire sans tache, car, en publiant qu'il rendait pour la première fois les élections populaires, le moine proclama une amnistie entière.

Pise se réformait aussi et faisait disparaître les traces de la domination florentine, Montepulciano s’affranchit également ; mais , quoique Charles VII[ ne montrât aucun égard aux Florentins , et négociâät avec Pierre de Médicis, ils lui restèrent dévoués, à la suggestion de Savonarole, et n'osèrent prendre parti avec les autres mécontents.

Les Français avaient encouru l’aversion générale dans le reste de l'Italie, dès le moment où l’on avait craint qu'ils ne voulussent y dominer, Ludovic le More, satisfait dans son ambition , s’aperçut bientôt qne le trône n’est pas un poste où l'on puisse se reposer; il prenait ombrage et des droits que le duc d'Orléans, comme descendant de Valentine Visconti, faisait valoir sur le Milanais, et de la faveur que Jacques Trivulzio, son ennemi, et les bannis de Gênes avaient acquise auprès de Charles, Maximilien se trouvait lésé dans ses droits impériaux , et Ferdinand le Catholique redoutait les prétentions de la maison d'Anjou sur la Sicile, 5

Venise, qui n'avait jamais voulu croire à l'invasion des Français, se fit le centre des mécontents, négocia une ligue entre eux, prit à sa solde tous les condottieri de l'Italie, et demanda même du secours aux Turcs, Charles put faire obstacle à tons ces projets, grâce aux avis de Philippe de Comines, qui, héritier de la politique de Louis XI, veillait de Venise, où il était, sur les étourderies du jeune roi, Alexandre VI donnait à Charles des paroles, au Jieu de l'investiture du royaume de Naples , où se relevait la bannière d'Aragon. Le peuple avait conçu de l'horreur pour la soldetesque pillarde et dissolue; en France même, on voyait de mauvais œil une expédition qui compromettait, pour des intérêts privés, et non dons un but national, {es forces du pays au dehors et sa tranquillité au dedans,

Charles songea donc à regagner ses États, après avoir laissé un vice-roi à Naples et des commandants dans les places; ce démembrement de l’armée rendait la défense du pays impossible et compromettait sa retraite, Après avoir traversé Rome sans oser punir la perfidie d'Alexandre VI, il entra sur le territoire des Florentins, qu'il trouva sous les armes. Savonarole , qui lui

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