‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 25 sur 146 · JULES · texte numérisé non relu

JULES

Soutenu par le cardinal d'Amboise, qui comptait sur lui pour obtenir la tiare, il s'empara du trésor pontifical s'élevant à cent mille ducats, mit douze mille tiommes dans le Vatican, et fortifia le château Saint-Ange. Les Orsini et les Colonna accoururent pour le renverser; les haines éclatèrent, des maisons furent brûlées, des boutiques pillées et les campagnes ravagées ; Fabio Orsini se lava les mains et la figure dans le sang d'un Sorgia ; les Français et les Espagnols se battirent dans Rome; enfin les échecs et les ambassadeurs décidèrent César à sortir de la ville.

Pie III (François Todeschini Piccolomini de Sienne }, qui ne régna que vingt-sept jours, eut pour successeur le Savonais Julien de la Rovère, neveu de Sixte IV, qui, ennemi acharné des Borgia, avait été jusqu'alors sous les armes ou dans l'exil ; il prit le nom de Jules IT, et l’on dit de lui qu’il avait jeté dans le Tibre les clefs de saint Pierre, pour ne conserver que l'épée de saint Paul. Les alliances avec la France et l'Espagne furent aussitôt renouées ; plusieurs seigneurs rentrèrent dans leurs États ; chaque ville se mit sous les armes, et le duc de Valentinois, arrétéet réduit aux abois, céda les châteaux occupés en son nom. Le pape alors le relâcha pour tenir la parole qu’il lui avait donnée, et obtenir les voix des cardinaux de son parti ; Borgia se réfugia à Naples, où il fut accueilli avec beaucoup d’égards par Gonzalve de Cordoue, qui reçut bientôt de Ferdinand l’ordre de l'envoyer en Espagne. Borgia s’y rendit sur parole ; mais, victime de la politique astucieuse dans laquelle il était maitre, il fat mis en prison à son arrivée (1); ayant réussi à s'enfuir auprès de Jean IT, roi de Navarre, son beau-frère, il fut tué dans une bataille,

Les conquêtes faciles des dernières années avaient aiguillonné l’ambition des potentats étrangers ; la France, l'Espagne et l'empereur ne voyaient plus dans l'Italie qu’une proie qu'ils se disputaient à l’eavi, sans qu'aucun d'eux songeât aux véritables

possesseurs (2).

(1) Au moment où le duc de Valentinois fut arrêté, Balthazar Scipion de Sienne fit afficher dans toute l'Europe un cariel, pour défier tout Espagnol qui oserait soutenir que « le duc de Valentinois n'avait pas été retenu à Naples sur un sauf-conduit du roi Ferdinand et de la reine Isabelle, avec manque de foi insigne et grande infamie de leurs couronnes. » (L. pa Porto, lettre 30.)

(2) Nous lisons dans les lettres de Machiavel : « Le roi est dans l'habitude « de dire à un homme qui ne ment pas : L'empereur m'a pressé plusieurs fois

Gênes.

Louis XIE, indigné de la tromperie au moyen de laquelle le royaume de Naples lui avait été enlevé, envoya Louis de la Trémoille avec des Suisses et des Italiens, pour y rétablir ses affaires.

#1 décembre. Une bataille fut livrée près du Garigliano, où Pierre de Médicis

se noya, et Gonzalve remporta la victoire; mais, dépourvu d'argent, et voyant ses troupes souffrir du climat, il conseilla à Fer dinand d'accepter une trêve : elle fut conclue pour trois ans, et suivie du mariage de ce vieux roi avec Germaine de Foix, nièce de Louis XII, qui lui céda ses prétentions sur le royaume, Puis, lors du traité de Blois, l’empereur Maximilien consentit à laisser

at septembre, Milan à la France, moyennant vingt mille florins par an et une

paire d'éperons d’or.

Deux grandes puissances étrangères, qui se tenaient mutuellement en respect, restaient ainsi implantées en Italie ; mais leur domination avait plus d'apparence que de réalité, attendu qu’elles se trouvaient à la discrétion de leurs généraux. Gonzalve surtout pouvait se considérer comme roi; son maitre avait beau le rappeler, il n'obéissait point. Ferdinand vint done en personne, et, sous prétexte de l’élever à la dignité de grand maitre de Saint- Jacques de Compostellé, il le ramena en Espagne, et le tint éloigné de la cour, comme punition de ses exploits; Gonuzalve mourut à l’âge de soixante-treize ans.

Si les autres contrées de l'Italie conservaient encore leur indépendanceaprès dix ans d'une guerre désastreuse, ellesavaient reçu des gouvernements peu favorables au peuple, et ne pouvaient se fier à une trêve qui ressemblait à un repos momentané pour recommencer une lutte plus terrible.

Pise continuait de résister à Florence, s’offrant tantôt à l’un, tantôt à l’autre, au duc de Valentinois lui-même, plutôt que de retomber sous le joug de sa rivale, qui avait ruiné son commerce, enlevé sa population, et réduit en marécages les plaines eultivées qui l'entouraient naguère. Les Espagnols la favorisaient en haine des Français, avec l'assentiment de Petrucci et de Baglione, jaloux tous deux de la république voisine; mais les secours étaient faibles, ou plutôt ils se réduisaient en promesses.

La détresse de Pise servait aussi de prétexte aux factions de Gênes, qui était passée de la domination des Sforza sous celle de

« de partager avec lui l'Italie; je n’ai jamais voulû y consentir; mais cette « fois le pape m'oblige à le faire. » (9 août 1510.)

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PAS DE GÈNEs. 439

la France, tout en conservant son administration républicaine, bien que sa population, son commerce et ses forces eussent décliné. Les nobles, favorisés par le gouverneur françuis et guidés par Jean-Louis de Fiesque, se montraient dévoués aux intérêts de la France, au point de se mettre en opposition avec la bourgeoisie et de refuser la suseraineté de Pise, qui s'offrait volontairement à celle qui avait fait tant de sacrifices pour la soumettre. De là des rixes continuelles et même des révolutions, que les Français avaient de la peine à réprimer. Les bourgeois prétendaient qu’on enlevât aux nobles, c'est-à dire aux descendants des Doris, des Spinola, des Fiesque, des Grimaldi, leurs châteaux forts, et que leurs biens sur la Rivière fussent régis par les lois communes, Les nobles, en revanche, marchaient armés de poignards, sur lesquels était inscrit : Frofte-vilains (castigavillani). Mais les roturiers de Gênes ont montré plus d'une fois à leurs oppresseurs ce que pèsent dans leurs mains les pierres de leur pays; dans cette fermentation, une insulte faite à un bourgeois détermina un soulèvement. Louis XII envoya des forces pour l'apaiser; mais le peuple réclama l’aide du pape, ariginaire de leur pays, et celle de l’empereur;en même temps il élut un doge populaire, le teinturier Paul de Novi, ce qui équivalait à une déclaration d'indépendance. Le roi Louis XIT vint done en personne avec des Suisses et des Français ; les milices ne purent résister au choc de bataillons disciplinés, et le chevalier Bayard leur criait : Holà/ marchands, défendez-vous avec des aunes, et laissez-nous les piques et les lances. Gênes fut prise et mise à sac. Le roi promit grâce au peuple, qui était venu audevant de lui avec des branches d'olivier; néanmoins soixantedix-neuf coupables périrent de la main du bourreau; le doge, trahi par un des siens, fut écartelé, et l’on mit sur les habitants une cuntribution de deux cent mille florins, le tiers du revenu de la France; on fit brûler les priviléges de la ville; une forteresse fut élevée au phare, et un gouvernement institué, dans lequel les nobles avaient droit à la moitié des charges. Les historiens célébrèrent la clémence de Sa Majesté Très-Chrétienne.

Alors cessèrent les secours fournis aux Pisans, qui, « dénués « de toute assistance, demeurés seuls et très-faibles, éconduits « par Milan, repoussés par les Génois, mal vus par le pontife et « peu soutenus par lés Siennois, restaient opiniâtres, comptant « sur les vaines promesses des autres, sur la faiblesse et la dé-

1 février,

9 février,

« sunion des Florentins (1). » Ils sacrifièrent en vain, pour se d

défendre, toutes leurs richesses et toutes leurs forces; en gu vain ils déployèrent durant quatorze années un courage et ra une persévérance de héros: attaqués à la fois par des cor- d'u saires et des armées, ballottés au milieu des intrigues de la cor we, France et de l'Espagne, qui ne voulaient pas protéger leur li- 7 mers berté, mais leur soutirer de l'argent en les trahissont, ils durent se résigner à subir leur ancienne servitude. Le prix de cette sou- de mission fut stipulé à Paris et à Madrid, où se décidaient désor- cn mais les destinées de l'Italie, et fixé à cent mille ducats pour le la roi de France, cinquante mille pour celui d'Espagne, que Flo- aps rence s’engagea à leur payer. Cette république, du reste, traita les vaincus avec générosité; non contente de leur pardonner, elle Vé leur rendit jusqu'aux fermages perçus dans les campagnes, et les la franchises du commerce. Mais elle leur avait enlevé l’indépen- de dance, et, avec elle, la population et les profits du commerce, au

non le souvenir et la haine. Quelques-unesdes familles principales continuèrent le métier des armes en prenant du service; d'autres se transportèrent à Palerme, à Lucques, en Sardaigne, en France, et beaucoup furent transférées à Florence. L'ancienne dominatrice des mers, tenue dans la sujétion par des forteresses et une garnison, perdit toute importance et toute activité, au point que le recensement de 1531 y comptait à peine huit mille

cinq cent soixante et onze habitants. me

de Le siége de Pise est aussi mémorable pour l'ordonnance floren- à L " tine, que l'on vit alors pour la première fois : c'était un corps Jus de dix mille paysans équipés par la seigneurie, d’après le con-

seil de Machiavel, portant un habillement blanc uniforme, les Fr bauts-de-chausses mi-partis de blanc et derouge, armés comme les il « Suisses et les Allemands, et qui faisaient l'exercice les jours de sul fête. Tls coûtèrent moins que les bandes soldées, et se montrè- pr rent plus disciplinés; car la guerre se faisait, du reste, avec des de troupes mercenaires, dont les meilleures étaient tirées de le cb Suisse : gent vénale qui, pour peu que la solde fût en retard, ti refusait d'obéir, s'emparait du général, et souvent le contrai- h guait de livrer bataille dans des circonstances défavorables, ou æ

de tenter des entreprises mal entendues, dans le seul espoir du +: pillage. | Jules I, animé de pensées belliqueuses, politique habile, doué 4

€) MAGRIAVEL. :

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