‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 26 sur 146 · JULES 11. AM · texte numérisé non relu

JULES 11. AM

d'un coup d'œil prévoyant et sûr, fomenta cette frénésie de guerres et d’intrigues. Comme la papauté était descendue du rang sublime qu'elle occupait au moyen âge, pour jouer le rôle d’une principauté terrestre, il voulut du moins la relever dans la condition qu'elle s'était faite, et, pendant dix ans, il domina les forts à la tête d’un pays faible, et dirigea les affaires de l'Europe. Dégoûté de cette soldatesque brutale qui disposait à son gré de l'Italie, et devant laquelle avait tremblé Alexandre VI, il conçut la noble pensée de délivrer l'Italie des barbares; mais il la sacrifia souvent à des intérêts secondaires, pour lesquels il appela lui-même ces étrangers qu'il voulait chasser. 11 songea d'abord à faire rentrer la Romagne sous son autorité : mais les Vénitiens, dont l'ambition s'était tournée inconsidérément vers la terre ferme, avaient occupé Rimini et Faënza; ils refusaient de les restituer, et favorisaient les autres seigneurs qui résistaient au saint-siége. Jules dissimula jusqu'au moment où, bien muni de troupes, d'argent et d'alliances, précédé par des interdits, suivi par des armées , il assaillit dans Pérouse Jean-Paul Baglione ; laissant derrière lui son armée, il entra seul dans la ville avec toute sa cour, et Baglione, que n'avaient effrayé ni le parricide ni l’inceste, n’osa se montrer jusqu’au bout un grand criminel, et se laissa faire prisonnier. Jules enleva ensuite à Jean Bentivoglio la ville de Bologne, dont il confia le gouvernement, mais sans toucher aux priviléges ni à la forme démocratique, à un sénat de quarante citoyens, dont la durée s’est prolongée jusqu’à ces derniers temps.

Le pape, dans éette expédition, avait eu le secours de la France ; mais il prit ensuite ombrage de cette puissance, quand il ouit dire qu’il arrivait des troupes pour reprendre Gènes, et surtout lorsqu'une sourde rumeur annonça que Louis XII se proposait de descendre en Italie, où, à la tête d’une grosse armée, avec l'appui de huit cardinaux, de trente évêques et archevèques, son intention était de déposer Jules II pour lui substituer le cardinal d’Amboise, et se faire couronner empereur. Jules alors se retourna du côté de Maximilien; ce prince, qui avait déjà rompu le traité de Blois conclu uscs la France, et qui brûlait d’avoir la couronne impériale pour la remettre à son fils, convoqua les états à Constance, leur représenta l’ambition de Louis, et les toucha jusqu'aux larmes par son éloquence; mais, au lieu de trente mille hommes qu’il demandait, il ne lui en fut accordé que douze mille, dont un tiers à peine se présenta,

608, Novembre.

et pour six mois seulement. Alors il ordonna aux États italiens de lui envoyer les hommes et les subsides dus en pareille occurrence; mais, comme il formulait des demandes exorbitantes, en empereur qui ne pouvait compter que sur les ressources du dehors, et sur les services des Suisses avides, il fut mal secondé par tout le monde, D'un autre côté, les Vénitiens, à l'instigation de la France, lui résistèrent ouvertement, défirent ses premiers détachements, et lui eulevèrent les ports de l’Adrieii-

que. Privé alors du secours des Suisses et des Allemands, il fut

obligé de retourner sur ses pas, avec la honte qu'il retirait d'ordinaire de ses entreprises.

Page 1