‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 30 sur 146 · DESCENTE DE FRANÇOIS · texte numérisé non relu

DESCENTE DE FRANÇOIS

les guerres d'Italie. En effet, s’il eût laissé subsister les petites puissances d'Italie , elles auraient fini par l’accabler ; s’il ne se fût pas allié avec Alexandre VI, ces puissances se seraient unies au pontife, et l’auraient écrasé de concert; s’il n’eût pas réclamé le concours de Ferdinand , il n’aurait pu conquérir Naples, et serait tombé sous les coups du pape; s'il eût établi sa résidence à Naples, il aurait perdu ce royaume et la France. Mais il se montra pour les Italiens perfide et sans politique, ambitieux et sans capacité; il jeta un schisme dans l'Église, retint dix ans, dans une forteresse, son rival Ludovic le More, provoqua la ligue de Cambrai, et fit la guerre avec cruauté, sans pourtant réussir.

François I", qui lui succéda, se fit, lors de son couronnement à Reims, proclamer par le héraut duc de Milan, et hâta les préparatifs d’une expédition, en même temps qu'il négociait pour obtenir la paix. Elle fut conclue avec l’Autriche et l'Angleterre ; mais il ne put attirer les Suisses de son côté. Il s’entendit doncavec les Vénitiens, et se mit en marche avec la meilleuré armée qui jamais eût passé les Alpes : elle se composait de deux mille cinq cents lances, comptant pour quinze mille hommes, de vingt-deux mille lansquenets, dits les bandes noires, de huit mille aventuriers français, de six mille Gascons, de trois mille sapeurs et de soixante-douze grosses pièces d'artillerie. Pierre Navarro, qui avait introduit l’usage des mines, et se vantait que nulle forteresse ne lui résisterait, avait été fait prisonnier à la bataille de Ravenne ; sur le refus de Ferdinand de payer sa rançon, il se mit au service de la France et commandait les Gascons. Avec cette armée, revenait Bayard, guerrier de grand renom, qui jamais ne commanda en chef, bien qu’aucun général ne voulüt rien entreprendre d’important sans le secours de son bras et de ses conseils ; il aimait mieux combattre où il lui convenait et affronter le péril sans être retenu par aucun lien dans un poste assigné (1).

Le général tonsuré, comme on appelait le cardinal de Sion, ennemi mortel des Français, excitait les Suisses à conserver Milan à Sforza, leurcréature et leurinstrument. Ils fortifièrent doncles passages des Alpes, et les autres confédérés suivirent leur exemple; mais François L°', d’après le conseil du vieux Trivulce, déboucha par la vallée de la Stura, et le chevalier Bayard tomba si brus-

(1) BRANTÔME, Vies des capitaines français.

27 juin.

15 août.

13 septembre.

quement sur l'ennemi, qu’il fit prisonnier, à table, Prosper Colonne, le meilleur des guerriers italiens.

Les Milanais restaient spectateurs du combat sans faire 1 mouvement, dans l’espoir trompeur de recouvrer leur indépendance au bout de la lutte engagée entre leurs deux maitres. Jérôme Morone, ministre de Sforza, cherchait à réveiller l’ardeur patriotique, et àsuppléer, par son activité, à l’insuffisance de son prince.

Les Français et les Suisses en vinrent aux mains à Marignan ; le choc fut si terrible qu'au dire de Trivulce, les dix-huit batailles auxquelles il avait assisté étaient des batailles d'enfants auprès de ce combat de géants, Les dompieurs des princes se virent domptés, car vingt mille Suisses furent tués. Le roi François I°' voulut être armé chevalier sur le champ de baiaille, de la main de Bayard, qui s’écria : Heureuse ma bonne épée, d’avoir conféré la chevalerie à si vaillant et puissant roi! Ma bonne épée, tu seras comme relique gardée, et honorée pardessus tout autre ; el jamais netetirerai, hormis contre les Turcs, les Sarrasins ou Les Maures.

Les Suisses, qui avaient cessé d’être invincibles , partirent sous prétexte de retard de leur solde, en jurant de venir prendre leur revanche ; mais ils ne tardèrent pas à conclure avee le roi de France un traité de paix perpétuelle. Maximilien Sforza, renfermé dans le château de Milan, où la peur des mines de Navarro ne lui laissaient pas de repos, capitula moyennant 30,000 :écus de-pension ; il fut conduit en France, où il mourut comme son père (1530). Alors François I°' fitson.entrée durs Milan.

Après la défaite de ses Suisses, auxquels les papes étaient dans l'habitude de se fier comme aux moins dangereux parmi les étrangers, Léon X se jugea perdu (1) ; il oublia donc ses rancunes, et pour arrêter le roi, qui pouvait fort bien se rendre maître de l’Italie entière, il lui céda Parme et Plaisance, à la condition qu’il assurerait aux Médicis cette Florence dont il aurait dû prendre la liberté sous sa protection, à cause de son attachement inviolable à sa maison. François I‘, qui n’avait plus rien à redouter :des Suisses, retourna dans ses États, en laissant pour gouverner ile Milanais le connétable de Bourbon et, après lui, Lautrec ; le maréchal Trivulce fut jaloux de cette préférence , se plaignit, en-

(1) Il disait au Vénitien Zorzi : Domine orator, nous verrons ce que fera le roi très-chrétien, si nous nous mettons dans ses mains en lui demandant miséricorde.

courut la disgrâce du roi, et cette disgrâce ahreuva d'amertune la fin de sa longue carrière.

Ferdinand, dans la crainte que les Français ne vinssent à tomber de la Lombardie sur le royaume de Naples, donnait de l'argent à l'empereur, afin qu'il continuât à tenir le roi François I°" sur le qui-vive ; Henri VIII avait recommencé la guerre; François Siorza, autre fils de Ludovic le More, mettait en avant ses droits sur le duché, en sorte que de nouvelles hostilités ne tardèrent pas à éclater. Elles étaient poussées faiblement par l’empereur, dont les projets toujours mal conçus avaient une issue malheureuse ; par Lautrec, qui secondait les instructions secrètes de son maître, et par les Vénitiens, qui recouvrèrent Vérone, mais qui, épuisés par une guerre sans fin, durent mettre les emplois à l'enchère, virent le commerce leur échapper, et les Turcs devenir menaçants pour leur république.

Sur ces entrefaites mourut Ferdinand le Catholique ; Charles d'Autriche, appelé à lui succéder, se hâta de conclure la paix avec la France, pour écarter toute 6pposition de sa part. Le traité, dont les conditions furent arrêtées à Noyon, procura un moment de calme qui permit à toute l’Europe de respirer. Déjà François 1°" avait fait un arrangement avec les Suisses, par lequel il déterminait le subside qu’il payerait à chacun des cantons; aveé la cour dé Romé il souscrivit un concordat qui abolissait la pragmatique sanction et les libertés gallicanes. Julien, frère de Léon X, étant mort, le pape investit Laurent, son neveu , du duché d’'Urbin, dont la force avait dépouillé François-Marie de la Rovère ; après la mort de Laurent, ce duché fut réuni au patrimoine de Saint-Pierre,

Pérouse fut aussi soumise, et Jean-Paul Baglione envoyé au supplice. Les autres chefs, qui s'étaient élevés à la chute du duc de Valentinois, furent domptés par la force ou la perfidie; le sacré collége lui-même dut subir le joug, et les deux cardinaux Sauli ét Pétrucci, convaincus de trames, furent condamnés à mort.

Maximilien, resté seul dans la lice, jeta les hauts cris, menaçant de traiter Milan comme l'avait fait Frédéric Barberousse ; mais les Suisses, qu'il ne pouvait payer, ne voulaient pas lui obéir ; il fut donc réduit à s'enfuir, et les Suisses se retirèrent en saccageant Lodi, Saint-Ange et tout le pays sur l’Adda. Bientôt Maximilien adhéra au traité de Noyon, laissant Vérone aux Vénitiens, maïs conservant Riva de Trente, Roveredoet tount'ce qu'il

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