ESPAGNE
« elles étaient nommées ici chacune distinctement, qu’elle gar- « dera et conservera le patrimoine royal de la couronne, et n'a- « liénera en aucune manière les villes, bourgs et communes, ni « leur territoire et leur ju‘Miction, ni les droits et les revenus « des villes, ni autres choses de leur dépendance, ni rien de ce « qui appartient à la couronne et au domaine royal qu’elle pos- « sède aujourd’hui, ou qui pourra lui échoir à l'avenir. Que si « votre altesse les aliène, cette aliénation sera nulle et comme « non avenue, et la personne à qui elle sera faite, à titre gra- « tuit ou onéreux , n’acquerra aucun droit à la propriété. Votre « altesse jure, en outre, et promet de conserver les lois et droits « de ces royaumes , et principalement la loi de Valladolid, qui . « règle et dispose tout ce qui est nécessaire touchant le présent « acte de serment.
« En outre, vous confirmez aux villes, bourgs, communes « et provinces, et à chacune d’elles en particulier, les libertés, « priviléges, franchises, lettres etexemptions concernant la con- « servation du domaine de la couronne, comme tout ce qui est « contenu dans lesdits priviléges..….
« Et de tout cela, votre altesse jure de ne rien altérer, suppri- « mer ou diminuer par soi ou par son ordre royal, sous quelque « forme que ce soit, à présent ni en aucun temps, pour quelque « cause ou motif que ce soit... Ainsi Dieu et les saints évangiles « vous soient en aide! Amen... »
Charles jura, prit le titre inusité de majesté , et, mécontent du pays, retourna en Allemagne, où, sur ces entrefaites, il avait été élu empereur, et où il se fit couronner solennellement.
Lorsqu'il fut parti, le mécontentement éclata. Le peuple, indigné, se souleva contre la noblesse de Valence, qui abusait de
ses priviléges; Charles, joyeux de voir humiliés ceux qui osaient
lui mesurer ses dépenses, non-seulement refusa de leur venir en aide, mais encore autorisa le peuple à rester en armes. Les bourgeois, enhardis, formèrent l’hermandad, association qui avait pour but l’abaissement des grands. Jean de Padilla, jeune seigneur très-influent, et qui méditait le projet d’abattre u::
gent incapable, comme aussi d’affermir les libertés publiques en élevant les communes, se constitua le centre de cette association. Le peuple l’écoute avec faveur; la sainte junte, réunie à Avila, somme Adrien d'abdiquer ses pouvoirs, et gouverne au nom de la reine Yeanne qui était tombée entre ses mains. Sur le refus que fit C'::": de recevoir les députés de la junte, on prit les armes.
Padilla.
Antoine d’Acuña, évêque septuagénaire de Zamora, combattit à la tête de ses prêtres (1); Marie Pachéco, femme de Padilla, remplie d'amour pour son mari et la liberté, conduisit les femmes en procession à l'église de Tolède, ôù elles demandèrent pardon aux saints de déncnffler leurs autels pour la défense de la patrie. L'hermandac : 1.11 deux ans contre l'effort discipliné des nobles ; mais en(n ils réussirent à s'emparer de Padilla, Au milieu
. des douleurs d’une blessure mortelle, et en présence du supplice,
il écrivait à sa femme : « Madame, si votre affliction ne me tou- « chait plus que ma mort, je me tiendrais pour bien heureux ; « car, puisqu’elleést inévitable, r’eet our moi une grâce signalée « de Dieu de l'obtenir telle que, si elte cause beaucoup de regrets, « ellé ne restera pas toutefois sans avantage. Je désirerais avoir « plus de temps pour vous écrire quelques conseils ; mais on ne « m’accorde pas et je ne solliciterai pas non plus de délai pour « recevoir la couronne que j'attends. Vous, madame, pleurez « votre malheur, maïs non ma mort, qui, étant si juste, ne doit « être déplorée par personne. Mon âme, puisqu'il ne me reste « pas autre chose, je la laisse en vos mains; faites d’elle comme « de la chose qui vous aïma le plus. Je ne veux pas m’étendre & davantage, attendu que le bourreau m'attend, et qu’il soup- « çonnerait que j’allonge le feuillet pour allonger ma vie. Mon « fidèle Sossa, comme témoin oculaire et confident de ses vo- « lontés secrètes, vous dira le reste; je ferme ici cette dépêche « pour attendre le couteau de votre douleur et de mon repos. »
I adressa ses adieux en ces termes à la ville de Tolède : « A toi, « couronne de l'Espagne et lumière du monde entier, libre de- « puis les anciens Goths ; à toi qui, à force de sang étranger et « du tien, as conquis la liberté pour toi et les villes voisines, « inoi, ton fils légitime, je te fais savoir que par le sang de mon « corps se rafraîchiscent tes victoires passées. Si je n’ai pas eu le « bonheur de placer mes actions au rang de tes mémorables « exploits, c'est la faute de mon mauvais sort et non de ma « bonne volonté, que je te prie d’agréer comme une mère, « puisque Dieu ne m'a pas accordé autre chose à perdre pour toi
(1) Guevara raconte, dans les L: ‘{res aorées, avoir vu plusieurs fois l’évêque d’Acunha « avec la pertuisane «1 ‘épaule, jamais avec le bréviaire à la main ou l’étole au cou. » Il ajoute : i Vi de mes propres yeux un prêtre qui, avec son escopette, jeta à terre onze des nôtres; et le beau étaitque, tout en les mettant en joue , il les bénissait avec l'arquebuse, puis les expédiait avec la balle, »
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« que ce que j'ai risqué. Ton: venir m'est plus cher que la vie. « Considère donc que telles sont tes vicissitudes de la fortune, « qui jamais n'est stable. Je vois avec allégresse que moi, le « moindre d’entre tes fils , je vais mourir pour toi, et que tu en «as créé dans ton sein beaucoup d'autres qui pourront tirer ven- « geance de mon supplice. Plusieurs bouches te raconteront ma « mort, que je ne connais pas encore, bien que prochaine, et ma « fin te rendra témoignage de mon intention, Je te recommande « mon âme, comme à la protectrice de la chrétienté. Je ne te dis « rien du corps, car il ne m’appartient déjà plus. »
La veuve de Padilla releva sa bannière, et défendit intrépidement Tolède; puis, chassée par les habitants fatigués d’un long siége , elle se soutint encore dans la citadelle, d’où elle réussit enfin à s'échapper, pour se réfugier en Portugal.
Charles-Quint, après avoir ordonné une vingtaine de supplices, proclama le pardon, et mit à profit cette insurrection avortée, pour réduire les cortès à une simple formalité.
Le roi de France, dans sa rivalité avec Charles-Quint , conçut
un heureux espoir de ce commencement. Ces deux rois se tou-
chaient sur trois points ; bien que les seigneurs de Chièvres et de Boissy, leurs précepteurs, eussent conclu à Noyon un traité de paix qui laissait Naples à l'Espagne, et passait sous silence les autres droits, moyennant le mariage de Charles avec une fille de François I°" encoreen bas âge, il existait entre eux trop d'éléments de désunion. Outre le dépit de s’être vu préférer le prince autrichien pour la couronne impériale, François se trouvait soumis , pour le duché de Milan, à la suzeraineté de l’empereur, qui bientât le réclama comme un fief vacant ; il élevait les mêmes prétenms sur la Bourgogne.
L'indemnité promise n’avait jamais été donnée au roi de Navarre.
Les conventions pontificales s’opposaient à ce que la couronne impériale pût jamais être réunie à celle de Naples sur la même tête; en conséquence Francois Le" demandait pour lui ce royaume.
Rapproché de Léon X par l’intérèt commun, i! donna en mariage la princesse Madeleine de la Tour- d'Auvergne au fils de Laurent de Médicis, qui venait d’être investi du duché d’Urbin ; mais, comme il différait à restituer Parme et Plaisance au saint-siége, Léon X se remit à proclamer l'expulsion des barbares. Placé comme il l'était au milieu d’États épuisés par les guerres passées ; agrandi par les conquêtes d'Alexandre. VI, de Jules II et les
Première guerre.
19 novembre. ennemie, Lautrec fut obligé de se retirer sur le territoire véni-
siennes propres ; arbitre de la république florentine «: riche des contributions de toute la chrétienté, Léon X aurait pu tenir la balance entre les deux rivaux et assurer l'indépendance de l'Italie; mais, sans élévation dans son ambition, il la compromit en fomentant la guerre, et s’allla contre son propre intérêt avec Charles-Quint ; il consentit à la réunion de Naples à l’Empire, et se proposa de rétablir François Sforza dans Milan.
François I" profita de l'insurrection de l'hermandad en Espagne pour envahir la Navarre, afin d'y rétablir le roi Henri; il s'en rendit maître en quinze jours, mais il la reperdit en aussi peu de temps. D'un autre côté, Robert de la Mark, seigneur de Bouillon, s'étant détaché de Charles, qui avait refusé de lui rendre justice, s’allia avec la France et dévasta le Luxembourg. Les Impériaux marchèrent sur la France, qui soudain se leva toute en armes. Bayard défendit l'entrée de la Champagne avec trèspeu de monde contre trente-cinq mille hommes : Z/ n’est pas de places faibles où sont des gens de cœur pour les défendre, àisait-il, et, non content de sauver sa patrie des étrangers, il prit quatre places dans les Pays-Bas; en même temps, du côté des Pyrénées, l'amiral Bonnivet s'emparait de Fontarabie.
Les Italiens avaient de l’antipathie pour Charles-Quint, et comme empereur, c’est-à-dire héritier d'anciennes prétentions, et comme Allemand , c'est-à-dire originaire d'un pays d’où l’hérésie venait saper le trône pontifical , et comme Flamand, c’està-dire d’une nation rivale de la leur dans le commerce, et enfin comme Espagnol et maitre de ce nouveau monde qui leur avait ravi le sceptre des mers. Par suite, ils voyaient de bon œil François 1° ; ce prince oppose à Prosper Colonna, général du pape et de l’empereur, Odet de Lautrec, frère de la dame de Chateaubriand , sa maîtresse, guerrier vaillant, étranger à l’avarice et à la luxure, mais très-orgueilleux, et n’écoutant aucun conseil. Le Milanais, traité en pays de conquête, qu’on pressurait , et dont on bannissait les riches en foule pour usurper leurs biens, était dans les plus mauvaises dispositions. Jérôme Morone, ardent patriote, infatigable, délié, menteur, excellent, en un mot, pour ourdir des conjurations , inspirait les plus belles espérances à François Sforza, fomentait les désordres intérieurs et les jalousies des États voisins, et fit si bien que de toute part s'insurgea contre les Français. Les Suisses ayant refusé de combattre parce que des bandes de leur pays étaient au service de l'armée